18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 10:02

Un noir dans le nord de la Finlande ou dans un profond village de Lozère, ça ne passe pas inaperçu. Les gens se retournent, les enfants montrent du doigt. Et bien figurez-vous que c'est un peu pareil en Afrique. Mais pour le blanc.

C'est déjà une sensation que j'avais expérimentée en Asie : les gens te regardent. Ou plutôt bloquent littéralement sur toi, les yeux grands ouverts, l'air de dire « mais c'est quoi ce fichu animal ?! ». Pire, les photos. En Asie, tu étais la star, le VIP, nous étions Brad et Angelina, prenant parfois 5 photos en l'espace de deux minutes avec des inconnu(e)s. J'ai toujours dit que l'on devrait faire pareil avec les touristes chinois à Paris, juste pour voir leur réaction !

L'Afrique ça reste dans le même esprit. Tout d'abord il faut s'habituer au « Muzungu ». Muzungu ça signifie occidental, blanc de manière générale. Et c'est le mot que les Kényans/Tanzaniens/Rwandais prononcent le plus à votre vue. Certains enfants le crient littéralement dans la rue (et après l'ensemble de la rue se retourne), d'autres le susurrent à leur voisin et les deux se retournent discrètement.
Imaginez une seconde, en Europe, que les gens crient « un noir ! » à chaque fois ! Ça choquerait !

Dans le même esprit, il y a l'argent. En Afrique, tu dois te faire entuber, c'est la règle. Si tu es blanc. Car si tu es un touriste noir, tu auras le même prix que les locaux, il suffit de ne pas parler. Pour moi, homme blanc, ce sera régulièrement le double. Après négociation, je reviens presque au prix normal. Presque. Car le sourire du vendeur signifie qu'il a tout de même fait une bonne affaire avec toi.
Imaginez deux secondes qu'en Europe les touristes noirs paient un prix différent ! Ça choquerait !

Les enfants te touchent. Et te demandent de l'argent. Et pour cause, tu es blanc, donc riche. Tu es le blanc de la télévision, celui qui a une grande maison avec piscine sur la Côte d'Azur et qui fait des fêtes gigantesques chaque semaine. Tu as beau expliquer que ton statut d'étudiant fait que... rien à faire, tu restes plus riche qu'eux. De même, la mendicité est interdite au Rwanda. On ne la voit pas. Si on est noir. Car le fait d'être blanc t'amène forcément à rencontrer des mères de famille, la main tendue vers toi : « give me money ».
Les gens te parlent. Ici vaut mieux être sociable. Difficile de faire quelque chose de bizarre aussi. Tu t'assois au bord de la route et tu auras 10 personnes qui vont t'entourer, te parler etc... Quand tu manges dans un restaurant local, impossible de faire une erreur, de manquer la bouche, de faire tomber un bout de viande : on t'observera toujours !

Pour le moment je le vis bien. Et pour cause, je fais des courts séjours. Mais si je devais vivre ici pendant plusieurs années je pense que ça me gênerait beaucoup. L'Américaine qui m'hébergeait en Tanzanie était là depuis plus de deux ans, et elle était limite énervée quand des vendeurs la suivaient cinq minutes pour lui vendre trois bricoles. Elle avait beau parler leur langue, leur expliquer qu'elle n'était pas une touriste, ils persévéraient. Car blanche de peau, money à gogo.

Je pense que c'est quelque chose sur quoi les pays africains vont devoir travailler ces prochaines années. Ne plus considérer le blanc comme un animal de foire dans la rue, et ne plus agir comme s'il était un pigeon pour le business. 

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 09:45

Mon premier souvenir, au-delà de l'avion RwandaAir contenant 30 personnes, c'est le Lac Victoria, le plus grand lac d'Afrique, que nous survolons pendant plusieurs minutes : un bleu magnifique, reflétant le ciel de façon parfaite, des petits nuages tapissant de blanc le lac. 

L'avion poursuit sa route vers Kigali. Nous survolons le pays des mille collines qui porte bien son nom. Et c'est avec surprise que je vois que la capitale rwandaise mérite également une telle appellation.

 

 

Kigali, un million d'habitants, un dixième de la population du pays, ne comptait que 6 000 habitants en 1960. Construite entre trois montagnes, la ville s'étend sur plusieurs collines qu'il faut monter, descendre et remonter sans cesse. C'est facile, je passe mon temps sur des motos-taxis qui font des courses entre chaque colline.

Sur cette première photo, vous pouvez observer le point culminant de la ville, le mont Kigali, 1850 mètres d'altitude. La ville s'étend principalement dans les vallées et sur les collines. 

Kigali (1)

Kigali (2) By day/By night

 

Kigali est le centre économique du pays. La ville est devenue en quelques années un hub pour les investisseurs. L'électricité tient le coup (plus qu'à Nairobi) et les immeubles poussent comme des champignons. La ville se prépare même, grâce à un énorme plan de transformation du centre-ville, à créer sa City. Vous pouvez déjà en voir un aperçu.

Kigali (5)

Ce qui me plaît à Kigali, au-delà de la nature (j'y reviendrai), c'est le propreté qui y règne. C'est la fluidité des transports. Et c'est son atmosphère paisible. Beaucoup imaginent le Rwanda comme un pays dévasté. Je les arrête tout de suite, le Rwanda s'est remis à vitesse grand V. C'est d'ailleurs la perle économique d'Afrique centrale depuis plusieurs années. Les spécialistes s'accordent à dire que le pays est bien géré en matière économique, et que la lutte contre la corruption a payé. Plusieurs panneaux témoignent de cette lutte à l'échelle du pays.

Kigali (6)

En quelques jours, j'avoue avoir déjà adopté la ville et sa population. Les Rwandais parlent un mélange d'anglais (parfois) et de français (un peu plus souvent) en plus du kinyarwanda, la langue locale. Cela facilite les échanges (au contraire de la Tanzanie où le swahili est plus que nécessaire). On y rencontre aussi une importante communauté congolaise, dont le français est quasi-parfait. Cela me permet d'évoquer mon sujet et notamment la situation inhérente à l'est de la RDC. 
Kigali (4)Côté travail, j'ai déjà pu rencontrer deux professeurs, des membres de l'institut français, un investisseur congolais et déposer quelques documents officiels aux ministères locaux, le tout en deux jours et demi. Un bon rythme, j'attends maintenant les réponses à mes demandes.

Au prochain épisode, je vous emmène dans le Kigali nature, à travers le mont Kigali.

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 09:31

Il était difficile pour moi de ne pas commencer ma série d'articles sur le Rwanda par un petit point historique. Pour deux raisons. Tout d'abord, le pays est un cas très spécial, connu mondialement pour le génocide de 1994. Il y a seulement 19 ans. Et puis l'histoire de ce pays fut également les deux sujets de mes mémoires de Master. Je ne prétends pas être un spécialiste de grand chose, mais l'histoire récente du Rwanda est un peu mon dada.

Tutsi/Hutu. Au départ, avant la colonisation allemande, au XIXème siècle, ce sont deux clans. Plutôt économiques d'ailleurs. Les Hutu sont des agriculteurs, les Tutsi sont des éleveurs. Il est possible pour un Hutu de devenir Tutsi, et vice-versa. Ces deux clans ont la même langue et les mêmes coutumes. Ce n'est pas deux ethnies. Au départ...
Car ensuite vient le temps de la colonisation allemande, puis belge. Nous sommes dans une époque où l'anthropologie européenne aime beaucoup classer les peuples selon des théories ethniques. Avec au-dessus de toutes les ethnies le blanc. Ici, au Rwanda, on mesura les nez, les cous, les visages, et on en déduisit que les Tutsi étaient l'ethnie supérieure. Ca tombe plutôt bien, le roi du pays était Tutsi !
Pendant plusieurs décennies, les colons belges vont donc diriger le pays avec l'aide d'une petite minorité Tutsi (environ 15% de la population). Ils mettent même des cartes d'identité où l'ethnie est la première ligne.
Au moment de la décolonisation, les Tutsi sont imprégnés par des idées socialistes en vogue dans la région (Tanzanie). Les colons belges vont alors totalement changer leur mode de gouvernance, et donner le pouvoir à la majorité Hutu.

Pendant des décennies, on a enseigné aux deux clans qu'ils étaient deux ethnies. Les Tutsi, gouvernant le pays pendant la colonisation, ont adopté une attitude très fière, à la limite du racisme, vis-à-vis de la majorité Hutu. Cela vaut principalement pour une petite élite proche du pouvoir. Le reste de la population étant plus mélangé et n'hésitant pas à effectuer des mariages entre les deux clans.
Après la décolonisation, le pouvoir en place, des Hutu du Nord du pays, joua de ces divisions ethniques. Au cours de la décennie 1960 des massacres de Tutsi eurent lieu, ce qui donna un grand mouvement d'émigration vers les pays voisins, notamment l'Ouganda.

Le président Habyarimana est arrivé au pouvoir par un coup d'Etat. Les choses s'améliorent quelque peu pour les Tutsi, moins pris à parti. Mais la crise économique engendrée par la chute des cours du café à la fin de la décennie 1980 entraîne un nouveau raidissement vis-à-vis de la communauté Tutsi. Dans le même temps, une armée rebelle, menée par un certain Paul Kagamé, entre en conflit avec le gouvernement, et tente d'envahir le pays depuis l'Ouganda. Entre 1990 et 1994, c'est une guerre civile, ponctuée par de nombreux massacres de Tutsi, considérés parfois comme des ennemis intérieurs.

Le reste de l'histoire est connu. Le 6 avril 1994, l'avion transportant le président Habyarimana est abattu au-dessus de Kigali. Par qui ? Éternelle question sans réponse. La suite est macabre. Un génocide, préparé depuis plusieurs mois, est lancé. Les Tutsi (et des modérés Hutu) sont systématiquement abattus. Les génocidaires ont des listes, des maisons, des noms. La radio lance des appels au meurtre. Elle signale qui se cache où. On tue à la machette. Un voisin tue son voisin. On s'entre-tue dans la même famille. Des baptisés tuent leur propre prêtre.

En l'espace de trois mois, ce sont 800 000 personnes qui perdent la vie, à 97% des Tutsi.

Comment ? Pourquoi ? Comment un voisin peut tuer son propre voisin ? La haine entretenue depuis des décennies. La peur que ce soit les Tutsi qui commencent, comme la radio et les journaux le répétaient depuis plusieurs mois. La peur, aussi, d'être pris pour un Hutu modéré et ainsi d'être abattu. Parfois on trouve même des Hutu tuant des Tutsi et en protégeant d'autres.
Pourquoi la Communauté Internationale n'a-t-elle rien fait ? Les médias s'étaient habitués à cette Afrique où les guerres civiles régnaient dans la décennie 1990. Le conflit semblait être toujours le même. L'année précédente les Américains avaient perdu une dizaine de soldats en Somalie. L'opinion publique s'était indignée : pourquoi perdre nos hommes dans un pays lointain, sans intérêt stratégique ? Le Rwanda était un pays lointain, sans intérêt stratégique. L'ONU, surtout, a complètement failli à sa mission, réduisant même son contingent de 5000 hommes à 270 hommes en plein milieu du génocide. La France, alliée du régime Habyarimana, est restée aveugle face à la radicalisation d'une partie du pays. La France entraînait les soldats rwandais, ces mêmes-soldats qui ont participé au génocide...
Memorial-Center-Kigali--3-.JPGJe suis allé au mémorial de Kigali. Après Auschwitz et le mémorial de Phnom Penh, c'était ma troisième rencontre avec un génocide. Le mémorial est très éducatif, et ne joue que très rarement sur le sentimental, ou sur l'horreur. Le Cambodge était autrement plus difficile. J'ai été plusieurs fois étonné des discours, comme ceux signalant le rôle positif de la colonisation belge (en matière d'éducation ou de santé), ou encore sur l'attentat contre l'avion présidentiel, où le commentateur déclare « qu'on ne saura peut-être jamais qui a abattu l'avion ». Le rôle (trouble) de la France est signalé plusieurs fois, mais sans en rajouter.
Memorial-Center-Kigali--1-.JPGMemorial-Center-Kigali--2-.JPGVoilà pour cette petite introduction rwandaise, qui, je pense, est importante pour mieux cerner le pays actuel. Je ne peux pas être complet en un article, loin de là. Je peux toujours vous envoyer mes mémoires de Master si vous souhaitez en savoir un peu plus. 

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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 14:07

Comme souvent, mon hôte Couchsurfing a une tonne d'histoires extraordinaires à raconter. Pensez, cette Belge est la petite fille d'un homme mort au Congo du temps de la décolonisation, des suites d'un bombardement de l'ONU au début des années 1960. Son père a ensuite travaillé en Afrique, et elle est née au Gabon. A ses six ans, elle est revenue en Belgique mais n'a cessé d'avoir un attrait particulier pour le continent.
Il y a deux ans, elle a décidé de partir à Djibouti en tant que volontaire. « Enfin » se sont exprimés beaucoup de ses amis, alors qu'elle évoquait son départ depuis tant d'années, mais trouvant toujours un moyen de reculer. Elle a finalement mieux sauté. De son expérience djiboutienne elle garde quelques regrets (pas assez d'intégration avec les locaux) mais également quelques voyages fantastiques en Éthiopie.
L'année dernière elle a décidé d'aller enseigner en... Russie. Changement de climat, changement de culture. Moscou, sa place rouge, ses basiliques aux mille couleurs. Elle a profité de l'occasion pour aller jusqu'au lac Baïkal, ainsi que faire de la plongée sous glace (oui, oui, c'est possible, et ça semble fou!).

Cette année, elle enseigne à l'école belge de Kigali. Une institution qui accueille plus de 800 enfants, dont une partie de l'élite rwandaise (le fils du président du Sénat par exemple). Elle a visité le Burundi, est allée jusqu'au lac Kivu. Et puis...
Et puis pendant quelques jours elle ne se sentait pas bien. Elle voyait double. Ça tournait beaucoup. Direction un médecin, puis l'hôpital. Scanner. On ne voit rien. Mais comme ça continue elle est rapatriée.
Là c'est l'hésitation. Doit-elle prévenir sa famille, ses ami(e)s de son rapatriement ? Finalement on la pousse à le faire. De retour en Belgique, début décembre. Aéroport-hôpital. 5 jours de tests.

Sclérose en plaques.

Là forcément c'est une claque. 29 ans. Dans la force de l'âge. Imaginez quelques secondes la sensation.

Imaginez aussi ma sensation à l'écoute de cette histoire. Cela me ramène indubitablement à mon époque de l'université. Un cours de première année, alors que nous étions en troisième. Les colonnes doriques et ioniques. Et puis une fille assise à côté de moi. Que je ne connaissais guère. On discute. Et après plusieurs minutes, l'aveu : « j'ai été violée par mon oncle ».
Cette fois-ci, comme aujourd'hui, je pense avoir eu la bonne réaction, si bonne réaction il y a. J'essaie d'en savoir plus. J'essaie de faire parler la personne. Cette fille à l'université avait même été étonnée : « d'ordinaire les gens essaient de changer de sujet quand je leur dis ça ». C'est compréhensible. Mais pas moi. J'ai l'impression que ces personnes ont besoin d'en parler, ont besoin de se soulager. Avec moi, être inconnu, ils ne craignent rien. Je ne les reverrai peut-être jamais. Alors ils se lâchent.
Pour ma Belge ce fut une ribambelle de questions sur la maladie. Sclérose en plaques. Rien que le nom me faisait peur. Mais à son discours j'ai compris qu'on pouvait vivre avec. A ses actes j'ai compris qu'on vivait avec, et sans grand problème. Cette fille rit la moitié de son temps, fait du sport, sort, voyage. Profite de la vie. Peut-être encore mieux que nous, car elle sait que son temps est compté. Elle a l'épée au-dessus d'elle, elle connaît son nom, la rencontre chaque jour avec son traitement. Nous aussi une épée est en permanence au-dessus de nous, sans que nous nous en rendions compte. Enfin, un peu moins depuis quelques jours. Carpe Diem.

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 13:31

Pendant ces premiers mois de recherche, j'avoue m'être souvent posé des questions : qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi faire un doctorat ? Quel est l'intérêt de cette recherche ? Pourquoi ne pas avoir passé le concours d'enseignant ?
Et puis jeudi et vendredi j'ai trouvé mes réponses.

Travailler seul est parfois très difficile. Seul face à son sujet, seul face à une motivation qui peut être fluctuante. Le thésard est un être solitaire qui doit son succès, ou son échec, à sa personne. Nous sommes encadrés, mais de loin. Quand j'étais au collège ou au lycée, il était difficile de ne pas travailler : les professeurs nous surveillaient en cours et ma mère était toujours derrière moi à l'extérieur des cours. Puis vint le temps de l'université, le temps des premières gamelles pour certains qui croquent un peu trop la pomme de la liberté due à cette époque : maman n'est plus là et les professeurs, du haut de leur amphithéâtre, nous regardent de loin. Là j'ai réussi à passer le test, après un peu d'adaptation lors de la première année. J'arrivais à me motiver, surtout grâce aux copains à côté de moi travaillant sur le même sujet. 

 

Le doctorat est totalement différent, et plus dur encore. Je n'ai pas de cours. Je n'ai pas d'autres étudiants à mes côtés. Et mon directeur de thèse vit à plusieurs milliers de kilomètres et nous échangeons des mails une fois par mois. Je suis seul. Face à mon sujet. Sans avoir le rythme des cours. Je dois décider de me réveiller tôt le matin, je dois décider de lire sur mon sujet au lieu de regarder un film, et je dois essayer de me motiver chaque jour. Ce serait un mensonge de dire que ce fut facile. Après les deux premiers mois de découverte, j'avoue avoir eu une période de flottement. Et pour cause, après deux mois sur le même sujet, c'en est fini des découvertes. Je retombe irrémédiablement sur les mêmes informations, les mêmes conclusions, le même type de document. Cependant je dois continuer à lire l'ensemble des articles, car ce n'est parfois qu'une seule phrase qui sera déterminante. L'hiver, la fatigue. J'avoue en avoir eu un peu marre parfois, glandant plus que travaillant.

 

Depuis deux mois c'est reparti. J'ai trouvé mon second souffle. Si mes questions existentielles sur l'intérêt de cette thèse étaient toujours là, j'arrivais à me motiver chaque jour pour étudier.

 Et puis jeudi et vendredi arriva la conférence sur l'intégration régionale (en gros, le sujet que j'étudie depuis six mois!). Autant vous dire que j'attendais impatiemment de me confronter avec des spécialistes et des acteurs de la Communauté d'Afrique de l'Est.

 

Conference-integration-regionale-IRID-2.JPG

J'avais mon beau badge, et une belle équipe qui m'entourait : des anciens députés, l'ancien secrétaire général (un peu le Barroso local), des gens de la Banque Mondiale, de la Banque Africaine de Développement, des professeurs... Un beau gratin ! 

 Et figurez-vous que j'ai adoré. Pour la première fois, je me suis senti à ma place. Je comprenais tout, je connaissais tout. Même les textes de loi ou les détails de la dernière affaire portée devant la cour de justice locale. J'ai enfin pu constater que ces six mois de lecture m'ont servi à quelque chose ! Ouf !

Conference-integration-regionale-IRID.JPG

Au-delà de cette conférence, c'est aussi le retour avec mon professeur, vendredi, à travers les bouchons de Nairobi. J'en ai profité pour en savoir un peu plus sur lui, sur sa vie. Et j'ai eu le droit à un récit détaillé : le coup d'Etat au Burundi en 1993 il était là. Il a même abrité des opposants. Puis les informations concernant le génocide du Rwanda en 1994. C'est facile, j'avais l'impression d'avoir un livre d'histoire ouvert devant moi. J'étais passionné. J'étais satisfait. J'étais au bon endroit.

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 08:58

L'épisode tanzanien, maintenant refermé, ne peut pas passer sous silence mon expérience Couchsurfing, la première en Afrique. Bon, ce n'est pas ce que l'on peut appeler une expérience africaine, puisque j'étais hébergé par Megan, une Américaine. Cependant, c'est peut-être l'une des Américaines les plus africaines. Et pour cause, cela fait maintenant deux ans et demi qu'elle vit à 8 kilomètres de Moshi, au milieu de nulle part. Enfin, au milieu d'une école.

L'expérience de Megan est celle des Peace Corps Volonteers, les Corps de la Paix, une agence fédérale créée par JF Kennedy ayant pour but de favoriser la paix et la solidarité dans le monde. Vaste programme. Pour Megan cette mission se réalise par la voie de l'enseignement. Cela fait donc deux années et demie qu'elle enseigne à des écoliers les sciences et les mathématiques.
Peace CorpsPour arriver chez elle nous avons pris une moto. La route cassante ne m'empêchait pas de suivre le coucher du soleil sur le Kilimandjaro, mon point de vue du week-end. Après vingt petites minutes nous arrivons enfin devant sa demeure. Et là c'est la surprise. Une maison ancienne, très ancienne même. Une odeur bizarre. Une pièce minuscule. La lampe qui fait mal aux yeux. Elle me montre les toilettes, à l'extérieur. A la turque. Et la douche. A l'extérieur. Sans eau chaude. Sans douche. Une bassin en fait. Et la cuisine. A l'extérieur aussi.
Les toilettes-la salle de bainCela fait longtemps que je n'ai pas été dans ce genre de Couchsurfing. Peut-être une fois en Chine, et une autre fois à Grenade (ma sœur s'en souvient). Mais là j'avoue... j'avoue que je la plains. J'imagine passer deux ans et demi de ma vie ici, au milieu de nulle part, dans des conditions de vie pareilles. Sans la famille, sans les ami(e)s. Trois Noël. Megan ne se plaint pas, c'est même elle qui a demandé à prolonger pour une troisième année. Et le tout sans salaire !
Le repasNous cuisinons ensemble (ici c'est la fête aux fruits et aux légumes) puis je m'endors sur des coussins. J'hésite entre la moustiquaire malodorante et la piqûre des moustiques. Un espèce de... moustique me passe à côté de l'oreille, je me pince le nez et me réfugie sous la moustiquaire. Je dors mal, et me réveille le dos en compote.

En cette matinée, Megan décide de me faire faire le tour du propriétaire. Tout d'abord l'école. Construite par les colons allemands, elle est encore debout. D'ailleurs c'est l'ensemble du coin qui doit son existence aux colons allemands. La maison de Megan a aussi été construite par ceux-ci . Quand on sait que les Allemands ont été mis dehors en 1914, on ne s'étonne plus de la vétusté des lieux. Derrière l'église, des tombes de colons morts de la malaria. Sensation bizarre de retrouver des Allemands enterrés là, si loin de leur pays natal.
Puis nous arrivons chez un autre professeur, kényan, un peu la famille de Megan ici. L'intérieur de la demeure est très sobre, très dépouillé. Nous sommes dans un salon, et seul le divan, un fauteuil et une étagère composent la pièce. Nous prenons le thé, et je les écoute parler. Megan maîtrise parfaitement le swahili, élément indispensable en Tanzanie (alors qu'au Kenya l'anglais suffit). Plusieurs fois d'ailleurs on lui dit que je dois apprendre la langue. En une semaine c'est difficile, et j'avoue être plutôt orienté vers la langue des anciens colons, à savoir l'allemand, on va donc éviter de mélanger les deux !
L'école de KolilaEn dépit des conditions, je passe un vrai bon moment en sa compagnie. J'ai l'impression de voir un peu l'envers du décor tanzanien, la vie des locaux, et leurs difficultés. Nous repartons en ville en début d'après-midi. Nous marchons à travers les champs de maïs pendant une bonne heure pour retrouver la grande route. Les locaux connaissent Megan, essaient de discuter un peu avec nous. C'est un peu la star du village. Nous prenons un bus bondé, où la place pour mes jambes est limitiée (trop d'ailleurs, à tel point que je me fais vraiment mal !). Au moment de lui dire au revoir, je la remercie grandement. Et Couchsurfing aussi. Des expériences comme on ne peut pas en faire ailleurs.Le salon-cuisine-ma chambre

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 15:15

On s'inquiète souvent pour moi quand je dis que je vais en Afrique. « L'Afrique, c'est dangereux.» « Le Rwanda, ça craint là-bas ! » J'ai beau tenter de rassurer les personnes concernées, ça ne fonctionne pas toujours. « Non, ça ne craint pas vraiment. » « Non, l'Afrique n'est pas une terre de guerre civile permanente ! ». « Le Rwanda se développe à vitesse grand V ».

La population occidentale garde en général une vision très négative de l'Afrique. La faute à des conflits récurrents depuis la décolonisation. La faute à une décennie 90 sanglante (Sierra Leone, Somalie, Rwanda, RDC) et à des famines à répétition. Les médias n'aident pas forcément, évoquant simplement le continent quand quelque chose d'affreux s'y passe. Mais les choses commencent à évoluer, suivant par là l'évolution même des pays africains.

En l'espace de sept mois, je peux déjà voir l'Afrique bouger, le Kenya se transformer. Ici vous avez mon quartier, et les changements après sept mois.
SAM 0116
SAM 0116 2

 

 

 

SAM 0117SAM 0117 2C'est surtout au niveau des infrastructures et de la construction que l'on peut mesurer à l’œil nu cette transformation. Car avec un PIB en augmentation moyenne de 6%, l'Afrique subsaharienne pourrait presque donner envie à notre bonne vieille France (et à son 0% depuis 3 ans).

L’afro-pessimisme a laissé place à l'afro-optimisme. En image, voici deux Une du grand journal britannique The Economist, en 2000 et en 2011. Le continent sans espoir a laissé place au continent qui prend son envol.

The Economist The hopeless continentThe Economist Africa rising

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce qui est étonnant, c'est que cette transformation, cette évolution, je ne la ressens pas en France. Preuve en est lorsque je suis revenu d'Asie : rien n'avait changé, ou si peu. Ma région était restée la même, pas de nouvelle route, pas de nouveau bâtiment. L'Audomarois était calme, quasi-endormi. A Nairobi tout est réveillé, actif, en mouvement. L'Afrique bouge, évolue, et il est grand temps que notre regard sur ce continent en fasse autant.

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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 14:15

Mon rêve africain, c'est lui. Du haut de ses 5 895 mètres. La sensation fut magique. Kilimandjaro (1)Je le savais présent, derrière ses nuages. Oui, ses nuages, avec lesquels il se protège. Il cache ses formes, ses couleurs. Et petit à petit, il s'est dévêtu. Lentement, très lentement. Il dévoila son épaule gauche avec tendresse, et enleva soudainement le haut avec passion.

Kilimandjaro (2)

Kilimandjaro (3)

Mes yeux s'extasièrent devant un tel spectacle. J'observais la couleur blanche de sa peau, et me délectais de ses petites formes qui le symbolisent : quelques vallées où s’engouffre son froid légendaire. Le soleil tapait fort, et j'avais de plus en plus chaud. Lui aussi apparemment, car il décida de laisser tomber le bas.

Kilimandjaro (4)

Et il se présenta devant moi, nu, splendide. Le coucher du soleil permettait de mieux déceler son visage. A partir de ce moment là, tout était clair : j'étais amoureux.

Kilimandjaro (5)

Kilimandjaro--6--copie-1.JPG

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 11:13

Les voyages n'ont plus le même goût qu'auparavant. Bizarre. Si même cela perd de sa saveur, qu'est-ce que ça va être long 70 ans de vie supplémentaires !
Je me souviens de mon périple en Espagne. Mon arrivée à l'aéroport de Girona, et les pensées qui me traversaient. Que c'était génial de partir ainsi, à l'assaut du pays. Et en solitaire. Je me disais que j'étais fou. Rencontrer des dizaines de personnes, découvrir des centaines de paysages. Et quand ce fut le départ pour l'Asie c'était autrement plus fort. Je me rappelle l'image du transsibérien, la fumée autour du train, les lumières l'éclairant. C'était magique. Et encore plus fou.
Transsiberien.jpgAujourd'hui, ça n'est plus magique. Le Kenya ne fut pas magique à l'automne dernier, la Tanzanie ne l'est pas aujourd'hui. J'ai peur pour le Rwanda dans deux semaines, alors que c'est peut-être le pays que j'ai le plus envie de découvrir à ce jour. Ne suis-je plus fou ?

 

Ici je regarde les gens avec un regard étrange quand on me propose de rester pour six mois ou deux ans. « Euh, mais j'ai une vie en Europe ! ». Si je restais ici 6 mois je sombrerais tristement en dépression. Quand je vois les expatriés je suis impressionné. Ils ont quitté l'Europe et ils ne la regrettent pas. Moi je regarde le calendrier chaque matin en me demandant comment ça se fait que les jours soient si lents à défiler.

La raison c'est toi. Forcément. Et pour cause, à chacun de mes voyages je partais pour te rencontrer. Je te cherchais à travers l'Europe. Ce ne fut pas en Espagne mais au milieu de la Russie. La suite, on la connaît. Alors aujourd'hui pourquoi repartir ? Je sais où tu es localisé, dans le sud-ouest de l'Allemagne.
Ici tu me manques. Ici je ne suis pas heureux.

Il faut le reconnaître, je ne suis pas un grand voyageur. Je suis juste un grand romantique. Prêt à partir à l'assaut du monde pour trouver l'amour. Car ces girafes, ces zèbres ou ce Kilimandjaro, sans toi, ça n'a plus le même goût.

Un mois.

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 18:57

Il est six heures quand le réveil sonne. J'ai envie de le jeter par la fenêtre, puis réalise que ce n'est pas mon téléphone, mais simplement celui que l'on m'a gentiment prêté. Pas de violence, c'est les vacances, et c'est aujourd'hui le départ. Au revoir Nairobi, tes bouchons, ta pollution. Direction Arusha, Tanzanie, le pays de Nyerere et de son socialisme africain, le pays des parcs nationaux et animaux en tout genre, et surtout, le pays du Kilimandjaro...

C'est d'ailleurs lui que j'espère voir sur la route. 5 895 mètres, j'essaie de m'imaginer un peu ce que ça représente, mais à mon avis on doit le voir de loin ! Je traverse d'abord les collines du sud Kenya, boisées. Puis je remonte vers Arusha. Je rencontre des cultures en tout genre, du maïs à volonté, et je suis impressionné par le vert qui m'entoure.

caramba encore raté !-copie-1Nous arrivons près d'Arusha, et toujours pas mon Kili ! Cruelle déception ! Pourtant j'en ai vu des collines qui, de loin, pouvait me faire penser... mais non ! Et au détour d'un regard, surgissant des nuages, le... Mont Méru. Caramba, encore raté !
Bon, mon erreur peut s'expliquer : le Mont Méru est le quatrième plus haut sommet d'Afrique avec ses 4 565 mètres d'altitude. Et s'il n'est pas aussi connu que le Kili il n'en demeure pas moins une spectacle pour les yeux. D'un peu partout en ville on peut l'apercevoir. Pour un homme comme moi qui est né dans une région où les terrils sont des montagnes... ça fait quelque chose.
Mont Méru, ArushaMont Méru, Arusha (2)Qu'est-ce que je viens faire en Tanzanie, et plus précisément à Arusha ? Bonne question ! La Communauté d'Afrique de l'Est. C'est là une grande partie de mon sujet de thèse, et il se trouve que la capitale de cette communauté est Arusha. Je pars donc à l'assaut des députés et du personnel administratif qui la composent. Bon, les députés ayant décidé de s'échapper en Ouganda, il me restera du petit administratif, et il faut reconnaître que les deux rendez-vous que j'ai eus se révèlent être un peu décevants.Communauté d'Afrique de l'Est, Arusha, EAC, East African CEn plus de la CAE (EAC selon son nom anglais), il y a quelque chose que je voulais voir de mes propres yeux : le tribunal pénal international pour le Rwanda. Pour quelqu'un comme moi qui a fait deux mémoires de recherche en lien avec le génocide rwandais, c'est forcément un petit aboutissement (avec le grand qui arrivera dans quelques semaines, un déplacement au Rwanda).tribunal pénal international pour le Rwanda ArushaDemain direction LA montagne d'Afrique.

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