5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 04:42

Pas le temps de s'éterniser à Kandy, nous prenons la direction de Dambulla. Je présume que vous êtes, tout comme moi je l'étais, incollable sur la géographie sri lankaise.... du coup je vais vous aider un peu !

Dambulla : singes, grottes et bouddhas

La description de Dambulla tient en une phrase sur Wikipédia : "ville de la province centre, elle est célèbre pour son Temple d'Or et son Bouddha couché". C'est court, mais l'essentiel est là ! Je détaille tout de même un peu. Nous arrivons par le stupa et le bouddha assis, tout en or. Le bouddha est un sacré bébé (qui a l'air plutôt grognon), et l'entrée vraiment kitch du musée nous fait sourire. Au-dessus du brave homme, ou plutôt à ses côtés, de nombreuses statues...qui feraient presque flipper. Une vraie armée semble aller vers lui, des cadeaux dans les mains.

Dambulla : singes, grottes et bouddhas
Dambulla : singes, grottes et bouddhas
Dambulla : singes, grottes et bouddhas

Pourrais-tu reculer, tu gênes ma photo. Ouvre les yeux au moins ! Et puis sacré coup de soleil ! (on dirait ma compère dans deux jours !)

Dambulla : singes, grottes et bouddhas

Nous sommes déjà plutôt contents, mais nous n'avions encore rien vu ! Après quelques marches (les premières du pays, mais loin d'être les dernières !), nous nous retrouvons face à des grottes. La vue est déjà sympa, et ce qui arrive va être fantastique.

Dambulla : singes, grottes et bouddhas
Dambulla : singes, grottes et bouddhas
Dambulla : singes, grottes et bouddhas

A l'intérieur des quatre grottes, plus de 150 statues de bouddhas, dans toutes les positions (enfin, pas toutes, espèce de pervers(e) !), le tout accompagné d'immenses peintures murales. Le lieu est magique. Et je me demande comment l'humain peut en arriver à construire des choses pareilles (il y a plus de 2 000 ans !)

Dambulla : singes, grottes et bouddhas
Dambulla : singes, grottes et bouddhas
Dambulla : singes, grottes et bouddhas
Dambulla : singes, grottes et bouddhas
Dambulla : singes, grottes et bouddhas

Peut-être mon endroit préféré du pays, en tout cas celui qui m'a laissé sans voix.

Dambulla : singes, grottes et bouddhas
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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 14:19

Alors que j'atterris à l'aéroport de Colombo, je fais le point sur mes connaissances sri lankaises : la guerre civile entre hindous (les tigres tamouls) et bouddhistes (le gouvernement) il y a quelques années (en caricaturant un peu) ; le film Dheepan... et c'est tout. Oui, le Sri Lanka, enfin la République démocratique socialiste du Sri Lanka selon son petit nom officiel, n'est clairement pas ma spécialité et nous évoquons rarement l'île à l'école/université.

Premier point justement, nous sommes sur une île, plutôt petite en comparaison avec l'Inde (1/8ème de la France environ). Je vais y rester deux semaines. 3 seraient sans doute idéales, mais je m'adapte à mon point numéro 2 : je ne suis plus seul, puisqu'une copine de Saint-Omer, Mathilde, m'a rejoint. Je l'attends d'ailleurs à l'aéroport, juste avant la douane, que nous allons franchir ensemble. Bienvenue dans mon pays 50 ! (outch). Pour rejoindre l'auberge, nous prenons un taxi tuk tuk. Le chauffeur conduit 5 minutes, puis s'arrête pour aller acheter des clopes. Tranquille ! Il est prévoyant, car les bouchons sont très importants dans Colombo, la capitale économique du pays (car la capitale officielle est Sri Jayawardenapura.... dis donc, ils ne se foutraient pas un peu de notre gueule les Sri Lankais !?). 1h30 plus tard, nous arrivons après une recherche de notre auberge longtemps infructueuse. Celle-ci est bas de gamme, et Mister ronflement 2017 (que je pensais pourtant déjà connaître) est dans notre chambre. Début idéal, Mathilde est direct dans le bain ! L'excellent petit-dej rattrape un peu l'ensemble, mais il est suivi par une double mauvaise info gare-horaire. Colombo, nous sommes heureux de nous échapper !

Sri Lanka, Colombo au pays de Kandy

Direction (le pays de) Kandy ! Le trajet est formidable, comme tous mes trajets en train sur ce continent : après quelques paysages de plaines, nous grimpons à flanc de colline, avec la vue sur les vallées. Rizières, palmiers, petits étangs et bananeraies se succèdent. Ma compère se régale et c'est sympa pour moi d'avoir un regard neuf sur les choses, quelqu'un qui s'extasie du paysage tropical, celui-la même qui est un peu devenu ma routine depuis 1 mois, et auquel je ne prête déjà plus l'attention qu'il mérite. Il en va de même avec la circulation parfois chaotique ou les couleurs des magasins dans la rue : elle est tout sourire quand je regarde à peine !

Sri Lanka, Colombo au pays de Kandy
Sri Lanka, Colombo au pays de Kandy
Sri Lanka, Colombo au pays de Kandy
Sri Lanka, Colombo au pays de Kandy

Arrivés a Kandy, nous escaladons une colline pour trouver notre auberge, bénéficiant d'une vue pas trop dégueulasse, merci le routard. 

Sri Lanka, Colombo au pays de Kandy

Pas trop le temps de se poser, on s'attaque à un bouddha géant avant d'aller visiter le lac, où un varan nous salue (ainsi qu'un vendeur d'héroïne !). Nous hésitons pour un spectacle de danse, et nous reculons finalement vu l'audience : une centaine de blancs et trois Sri Lankais, sans doute perdus. La ville est en effet très touristique (avec le recul, c'est l'une des plus touristiques du Sri Lanka), et ça me fait un peu drôle après l'Inde. 

Sri Lanka, Colombo au pays de Kandy
Sri Lanka, Colombo au pays de Kandy
Sri Lanka, Colombo au pays de Kandy

Après une petite balade dans le bazar de la ville, où temple hindou, église et mosquée se côtoient, nous terminons Kandy avec son temple de la dent, haut lieu de pélerinage bouddhiste (il y aurait une dent de Bouddha, mais c'est plus vraisemblablement une dent d'animal !!). L'ensemble est classé au patrimoine mondial de l'Unesco (et a subi deux attentats !). Mais ça fait malheureusement un peu Disneyland, la faute à un public extrêmement nombreux (c'est le jeu, nous en faisons partie !). 

Sri Lanka, Colombo au pays de Kandy
Sri Lanka, Colombo au pays de Kandy
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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 07:42

Si la beauté est d'apparence subjective, elle n'en est pas moins soumise aux canons de son époque. Chez la femme, le beau d'aujourd'hui, ou du moins ce qui est considéré ainsi, taille élancée, finesse, n'est rien d'autre que la mauvaise santé d'hier. L'inverse est également vrai, puisque le beau d'hier, charnu, potelé, aux formes allongées, est synonyme aujourd'hui d'obésité. Chez l'homme, les époques passent et le canon reste : c'est le Mars antique, la puissance et la fermeté, l'homme de muscles et d'acier.

Soyons honnêtes, je ne réponds guère à cette définition de la beauté du corps. Et, pourtant, je fais des efforts pour m'en approcher. Sinon, pourquoi ces pompes quotidiennes ?

Qu'est-ce que cela m'apporte ? Une confiance renforcée. Bien dans son corps, fort dans sa tête. Mais, surtout, une image dégagée. Un reflet. Un message envoyé. Ces efforts sont faits pour l'autre, pour le regard qu'il aura sur moi. Et, au final, ils n'ont pour but que de flatter mon ego.

 

La recherche de la jolie fille est une quête qui semble éternelle chez la gente masculine. Combien de fois admirons-nous un visage dans la rue, un corps de déesse à la plage, un sourire dans une cage d'escalier ? Quels sacrifices serions-nous prêts à effectuer pour repartir avec la belle, pour l'emmener jusqu'à la chambre à coucher, pour la regarder se dévêtir et admirer le paysage enchanté ? Mais, dans le même temps, ne choisissons-nous pas la jolie fille pour d'autres raisons ? Etre en couple avec elle, c'est tant de fierté. Regardez-nous, et regardez-moi, je suis capable et j'ai réussi à l'apprivoiser, à la capturer. Elle est à moi, elle est mienne. Et elle est belle. Néanmoins, suis-je avec elle pour ce qu'elle est, ou pour l'image qu'elle renvoie de moi ? Suis-je amoureux de sa beauté, ou suis-je amoureux de mon ego flatté par sa conquête ?

Le rapport à la beauté de l'autre est peut-être plus personnel qu'on ne le croit.

La beauté de l'Homme, la laideur de l'âme
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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 07:34

Les récits que j'avais de l'Inde étaient discordants. Il y avait pourtant de l'émotion à chaque fois, des sentiments. Mais ceux-ci étaient parfois positifs, et parfois négatifs. L'Inde, c'est un peu tu l'aimes ou tu la hais. Enfin, sans doute les deux à la fois. Mais, et c'est un grand MAIS, mes récits indiens étaient des récits de l'Inde du Nord.

L'avantage de commencer par l'Inde du Sud, c'est d'entrer de manière un peu plus soft dans le pays, sa culture, ses habitants. "Les gens sont plus sympas ici", "mieux éduqués", "les hommes n'osent pas aborder les filles", "région plus riche", "tranquille", "relax", voilà les réflexions des voyageurs que je rencontre au Tamil Nadu et au Kerala. Souvent, ce sont des gens qui viennent du Nord. Et la comparaison, dans ce domaine, est favorable au Sud.

Et c'est vrai que je ne suis ni choqué par la pauvreté, ni par la saleté (c'est pas clean non plus), ni par le monde autour de moi. La nourriture est moins épicée que dans le Nord, et mon estomac résiste aisément jusqu'ici. Je me suis bien adapté, et sans difficulté.

 

J'apprends beaucoup de choses. Sur le pays, d'abord. Enfin, sur les Indes, parce que les régions différent énormément. Pensez : 22 langues officielles ! Et presque autant d'alphabets  ! Certes, il y a des choses qui unissent le pays (la religion notamment, et l'autre religion, à savoir le cricket). Mais je reste étonné devant tant de disparités, au niveau politique ou linguistique.

 

Les voyageurs que je rencontre en Inde sont un peu différents du reste de l'Asie. Il y a un côté "recherche de spiritualité" qui est souvent important. Cela passe par une semaine dans un ashram, par des cours intensifs de yoga, de la méditation, des cures de desintox mentale. Le pays était connu pour être, dans les années 1960-70, un repaire de hippies. C'est encore le cas aujourd'hui.

 

Mon parcours a donc été le suivant :

Un mois en Inde, 1er bilan (et combien ça me coûte)

Ce que j'ai préféré niveau lieu : 1 - Munnar ; 2 : Kanyakumari ; 3 : Alleppey

Les moments fous : 1 : Pondicherry à la ferme ; 2 : bébés tortues a la mer ; 3 : la ferme aux serpents

Rejet : Varkkalla. This is not India.

 

Au niveau du bilan financier : environ 300 euros dépensés sur place. De la manière suivante :

- environ 57 euros d'hôtels. Couchsurfing m'a forcément bien aidé de ce côté la, puisque sur 4 semaines, il y a eu une semaine d'hôtels au total.

- environ 43 euros d'excursions-visites de temples. Le canoë à Alleppey et la randonnée de Munnar représentent la grosse partie de cette somme.

- 15 euros de frais de change. Que ce soit ma banque ou sur place, on se fait toujours enfler.

- environ 50 euros de frais de transports. Essentiellement les taxis/tuk-tuk. Les transports publics (bus ou train) sont très bon marché (j'ai payé maximum 2 euros !)

- 120 euros de frais de bouche. 2 à 3 repas par jour, quelques jus ça et là. Dans cette somme, environ 10 euros de pourboires.

- environ 10 euros d'Internet. 50 centimes de l'heure en moyenne dans les Internes cafés. 30 dans celui où je suis actuellement.

- 3 euros d'achats. Oui, j'ai fait une folie : un drap de plage. J'aurais pu l'avoir à 2.

 

En sachant qu'un aller-retour en avion jusque Chennai ou Kochi peut se trouver à 400 euros, et que le visa coûte 50 euros, ça vous fait le mois de vacances en Inde du Sud à 750 euros. A ma façon !

 

 

La suite ? Kochi - Mettupalayam - Ooty - Wayanad (?) - Mysore - Bylakuppe (?) - Hampi - Goa - Bombay. Hyderabad m'intéresse aussi, à voir. Mais, tout ça démarre le 3 avril. Aujourd'hui, place au Sri Lanka !

Un mois en Inde, 1er bilan (et combien ça me coûte)
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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 23:52

Assis à sa table, seul, il regarde passer les bus et les voitures, les piétons et les chiens, quelques vaches se baladant. Il est français, ça, j'en suis sûr. Difficile pour nous autres de passer inaperçus avec notre accent majestueux. Mais, sans ça, je l'aurais reconnu. Nous avons parfois quelque chose sur le visage, dans la coiffure, qui hurle à l'observateur attentif notre nationalité. Et puis il y a le sac Quechua, le meilleur tatouage de notre Hexagone. Enfin, et surtout, il y a ce geste, celui que les autres n'oseraient pas, de renvoyer la nourriture en cuisine pour une raison quelconque. Et, pour ça, il est vraiment français !

 

Munnar est la parenthèse de ce premiers mois. Je quitte le littoral, la mer d'Arabie, le sable et la chaleur pour la végétation à perte de vue. Le bus toussote quelque peu pour passer la première côte, puis la seconde...et ainsi de suite. Les lacets s'enchaînent, tandis que la fraîcheur fait une apparition remarquée. Une cascade, puis une deuxèeme. Et, enfin, cette toile de fond recherchée, les arbustes alignés, et découpés : me voici au milieu des plantations de thé.

Munnar, les richesses de l'Inde

Munnar est le lieu parfait pour ma première randonnée. 19 kms sont au programme, avec un départ à 7h. Mon pull sur les épaules (drôle de sensation !), je me lance à l'ascension de ce qui a fait, fait, et fera la richesse de cette région. Autour de nous, 55 000 pieds de thé. Ce sont des tribus locales qui ont découvert la plante, mais ce sont les Anglais qui en ont fait un véritable business, avec une grande politique de plantation. Le paysage est aujourd'hui une étendue verte, remplie de cicatrices, que nous empruntons. Nous grimpons à 2 100 mètres pour parvenir au sommet. C'est là que le petit-déjeuner apparaît enfin pour nos estomacs affamés.

Munnar, les richesses de l'Inde
Munnar, les richesses de l'Inde
Munnar, les richesses de l'Inde
Munnar, les richesses de l'Inde

Sri est notre guide. Du genre expérimenté, puisque cela fait 12 ans qu'il fait ce travail. Depuis 3 mois, il est à son compte. Marre de se faire exploiter ! Il a lancé Munnar Trekking Adventure et sa gentillesse et ses connaissances font de lui le guide parfait (en plus de la nourriture maison de sa femme !). Il nous explique la situation locale : 12 000 personnes travaillent aujourd'hui dans les plantations, qui sont le plus souvent la propriété de la famille Tata. Elles sont payées 301 roupies par jour (environ 4 euros), sur la base de 27 kilos de feuilles ramassées. Si tu en ramènes plus, tu es mieux payé. L'inverse est également vrai. Le thé est récolté toute l'année. L'autre travail important est la découpe, qui est régulière (à la base, c'est un arbre, et l'idéal pour la récolte est qu'il ne dépasse pas le mètre de hauteur). Pour les travailleurs, il existe quelques avantages à travailler à Munnar pour Tata : le logement est offert, tout comme l'école ou les équipements de sport. Ils pourront également bénéficier d'une retraite (ce qui n'était pas le cas auparavant, et ce qui n'est pas encore le cas de beaucoup) et de 3 semaines de congés. Les parents de Sri travaillaient dans les plantations, son petit frère aussi. La famille est originaire du Tamil Nadu, la région voisine, tout comme la majorité des travailleurs de Munnar.

On en arrive à parler de sa vie, du décès récent de son grand frère, "son second père". Nous parlons politique, nous parlons religion. Il raille notamment ceux qui prient Dieu pour un meilleur salaire, alors qu'ils feraient mieux d'aller voir leur patron. Il est curieux de tout, et moi aussi. Les 9 heures passeront très vite.

Munnar, les richesses de l'Inde
Munnar, les richesses de l'Inde

Après la montée, sans surprise, il y a la descente. Elle nous permet de traverser l'autre grande richesse de la région, l'autre grande richesse historique du pays : les épices. Je rencontre notamment le roi et la reine, à savoir le poivre (rouge, vert, noir et même blanc !) et la cardamone. Et puis il y a tout le reste : le jacquier (et son fruit de 10 kilos !), la vanille venue de Madagascar, les ananas, les mangues, le cacao (que l'on mange tel quel !), le pomelo (sorte de pamplemousse), les clous de girofle, l'eucalyptus, les noix de coco, lemongrass, noix de muscade, menthe, papaye, café... L'apprenti naturaliste que je suis se régale de tant d'informations (j'ai renommé mon guide Srikipedia), même si je ne retiens pas tout. Sans hésitation, ma meilleure journée indienne.

Munnar, les richesses de l'Inde
Munnar, les richesses de l'Inde
Munnar, les richesses de l'Inde
Munnar, les richesses de l'Inde
Munnar, les richesses de l'Inde
Munnar, les richesses de l'Inde

19 kilomètres plus tard, avec un bon dénivelé, je rentre sur les rotules. Mais cela ne m'empêche pas d'honorer le soir même, jour de Saint-Patrick, l'Irlande. La soirée est déchaînée. 

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 01:43

Il ne faut pas croire que chaque jour de voyage est un jour de bonheur. Non, parfois, j'ai une vraie journée de merde. Celle-ci a commencé avec des Anglais. Deux Londoniens pour être précis. Jeunes et plutôt sympas dans la chambre que je partage avec eux, ils se révèlent être très différents de mes valeurs pendant notre petit-dej en commun. La conversation tourne autour de 40k et de 60k (les salaires annuels), du monde de la finance, des fonds d'investissements, et des 70h semaine. Autant vous dire que je n'accapare pas la conversation ! Le lieu choisi ne me plaît guère, les prix sont doublés, pour le même résultat. Surtout, il se dégage dans leur discours un bon vieux sentiment de supériorité lorsque le sujet est celui de la politique, et notamment du Brexit. Ceux qui ont voté pour le Brexit ? "Des idiots". Plus que ceux qui ont été incapables de les convaincre de rester ? Je n'ai pas eu ma réponse. Mais leur discours m'aurait convaincu de quitter l'UE !

A la gare, j'attends deux heures mon train. Direction Kollam, où les hôtels se font rares. Je rentre dans le seul que je vois à l'horizon.... la nuit est à 200 euros ! Hum. J'atterris finalement dans un boui-boui, et je pense enfin me désaltérer... manque de chance, il n'y a que de la bière ! Décidément, mon karma doit être entaché !

Dans la ville, je vois les drapeaux communistes flotter, et même ce bon vieux Fidel Castro ! Le Kerala est l'un des deux seuls Etats du pays à être gouverné par le parti de la faucille et du marteau. 

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Au réveil, alors que j'observe l'horizon, une grosse tache se dessine. J'approche pour en avoir le coeur net : oui, c'est bien un bateau échoué, le Costa Concordia local !

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Pas de temps à perdre, je prends un train direction Alleppey ou Alappuzha (j'évoquerai le sujet des transports un de ces jours, tant il y a à dire). Le sourire est revenu, malgré les difficultés que je rencontre pour rejoindre mon couchsurfer. Et c'est à quelques centaines de mètres de la plage que je me retrouve. J'y passe deux excellentes journées (notamment à Marari Beach). L'eau est propre et chaude, le soleil brille, les Indiens enchaînent les parties de cricket.

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Un match de football s'organise et je décide de me joindre à la fête. Un Russe et son fils sont également là. C'est du football de plage, les jeunes Indiens attaquent... mais ne connaissent pas trop le principe de défendre ! Je me régale, je finis dégoulinant et j'ai juste le temps d'entrer dans l'eau pour voir le soleil faire de même.
Chaque jour a un coucher de soleil, mais l'avantage des pays tropicaux, c'est de pouvoir l'admirer à chaque reprise. Et j'ai toujours une sensation différente, une nuance de rouge ou d'orange changeant ma perception du moment. Puis, le soleil couché, vient le meilleur moment selon moi, ou en tout cas le plus beau : le ciel s'embrase de petites touches colorées, avec une gamme de couleurs encore plus variées. L'idéal, c'est d'avoir quelques nuages, puisque ce sont eux qui s'habillent de la parure ici violette, l-bas rouge, et orangée, tandis que le bleu ciel et le bleu nuit, étrangement opposés au départ, tel un couple en dispute, se marient finalement. Merveille de la vie.

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Le lendemain, direction les backwaters, pour un lieu que je compare à mon marais audomarois (ou poitevin), la végétation tropicale en plus. C'est la première fois que j'opte pour un tour organisé (1 250 roupies). Nous sommes six : un couple allemand, la vingtaine, en voyage 4 semaines, un Anglais de 48 ans, présent depuis plusieurs mois dans le pays, une Irlandaise de 34 ans arrivée il y a six semaines et Ricardo, un Portugais présent dans mon auberge depuis un mois (il étudie une sorte de kung fu local), à qui je dois cette photo dans le rickshaw.

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Après le petit-dej, nous nous retrouvons dans une petite barque assez différente des gros bateaux sur lesquels la plupart des tours opérateurs voulaient me faire monter. Ils sont des centaines, et entre le bruit, et les odeurs (hommage)... Notre barque est un ecotour, elle avance à la force des rames et emprunte de ce fait les petits canaux. Nous ne croisons pas les autres bateaux.

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Je me régale de la quiétude du lieu, et des cadeaux que nous fait la nature. La population vaque à ses occupations, les oiseaux chassent les petits poissons, les fleurs sortent des buissons. 

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Nous effectuons un seul arrêt, le temps de visiter une église. Le Kerala est plutot varié concernant la religion, puisque 20% de catholiques et 25% de musulmans cotoient 55% d'hindous

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Nous terminons notre petite croisière avec une noix de coco pas tout à fait fraîche et un repas indien.

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

A peine revenu que je me précipite à la plage, prêt a rechausser les crampons (enfin, c'est une métaphore). Un petit vent se lève, je regarde vers le ciel... mais c'est la mer Noire ! Je n'hésite pas, et je me rentre. Sous la douche, j'entends le déluge. Ouf ! 
La pluie existe donc en Inde, mais, tout comme les journées de merde, elle se fait très rare.

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 07:34

L'un des espoirs de ce voyage, c'est d'essayer de me cerner un peu plus encore. Je suis un grand adepte du travail sur moi (si tu lis ce blog depuis plusieurs années tu as sans doute remarqué). 6 mois à travers le sous-continent indien, c'est l'assurance de me retrouver face à certaines de mes questions existentielles. Au-delà de cette idée, je suis aussi en face à face constant avec le type de voyage que je souhaite, et le type de voyageur que je voudrais être. Varkala représente ce que je ne veux pas.

 

Nous sommes ici dans une station balnéaire. le lieu s'y prête fabuleusement bien : falaises, sable fin, cocotiers, coucher de soleil dans la mer d'Arabie.

Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat
Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat

Forcément, cela n'est pas resté inconnu, et Varkala attire aujourd'hui le monde entier : Russes (en grand nombre et avec la réputation sulfureuse qui les précède), Anglais, Allemands, Français, etc. Les paillotes succèdent aux restaurants et aux hôtels, au point où l'accès à la plage se fait de plus en plus difficilement, sauf à traverser l'un de ces endroits. Les prix sont surévalués, et je ne suis plus Jérémy, petit voyageur français, mais billets de banque, grand pigeon voyageur. Les rapports humains ne sont plus normaux, c'est à dire de ceux que j'ai eus avec le reste du pays. Tout est faussé, tout est marchandé. Et tout m'attriste. Sur la plage, entouré de mes congénères aussi blancs (puis rouges) que moi, je vois passer les vendeurs de bracelets et le loueur de parasols. Des planches de surf au large, un parachute dans les airs. Je serais à Ibiza ou à Puhket que ce serait pareil. Ce n'est plus vraiment l'Inde. Et je suis venu pour l'Inde.

Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat

Certes, cet endroit a ses avantages : repos, bikini sur la plage pour les filles, et free wifi puissant. Même la bouffe est diversifiée, a savoir qu'en plus des choix indiens il y a les choix européens : boulangerie allemande et crêpe banane-nutella.

Je hais cette crêpe. C'est le symbole des zones touristiques en Asie du Sud-Est, et c'est aussi le cas ici. Cette crêpe me rappelle Vang Vieng et son loop, l'alcool qui coule à flots, la drogue en libre accès et les touristes comatant devant les épisodes de Friends. Ce n'est pas aussi poussé ici, mais il y a comme un air de ressemblance.

 

Attention, je ne juge pas. Ca plait forcément et ça fait (bien) vivre les commerçants du coin. Mais ce n'est pas pour moi, tout simplement. Ce n'est pas le voyage que je cherche, et je pense que j'aurai beaucoup de mal à trouver un compromis là-dessus, sauf à être un peu malheureux. C'est pour cela que j'évite le Lonely Planet et le Routard comme la peste. Je crois être assez débrouillard maintenant pour pouvoir m'en passer. Et je m'interroge sur la suite du parcours que j'envisage dans le Kerala : n'est-ce pas les lieux que je souhaite éviter ?

 

5 kilomètres de marche plus loin. Je suis seul, le long de l'océan. Et je retrouve ce que je cherche. Comme quoi, c'est con. Il suffit de marcher quelques dizaines de minutes pour trouver une ambiance totalement différente. Plus d'odeur de crème solaire, plus de vendeurs. Moi, et la nature. Finalement, ce n'est pas si mal, Varkala.

Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat
Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat
Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat
Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat
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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 09:05

Les toilettes en Inde, c'est quelque chose. Sur une affiche, en plein centre-ville de Madurai, j'ai vu des dessins expliquant pourquoi il ne faut pas faire caca dans l'espace public (en plus de ne pas cracher et de bannir les sacs plastique). L'objectif : devenir la ville la plus propre du pays ! Comme vous le comprenez, cela ne va donc pas de soi. Mais il faut les comprendre, car les toilettes indiennes.... vous voyez les toilettes "à la turque". Pareil. Mais.... mais... mais il est où le papier ??
Oui, car, dans les toilettes indiennes, pas de papier, ni de petit jet d'eau. C'est ce qu'on appelle le "travail manuel". Je ne comprenais pas pourquoi les gens ne mangeaient qu'avec la main droite, alors qu'ils s'en servent pour serrer la paluche à tout le monde (bonjour les bactéries que je me disais !). Mais forcément, si la main gauche sert à se nettoyer les fesses... (je souhaite un bon appétit à celle ou celui qui mange en me lisant). Bref, passons ces détails, vous allez finir par me croire scatophile (déjà que certain(e)s doivent me considérer comme un pervers à la suite du dernier article !)

 

Ma phase d'adaptation s'est terminée à la gare routière de Pondy, C'est là, patientant 2h30 pour mon bus, que j'ai compris ce qu'était l'Inde : un immense bazar ! Pourtant, mon bus, enfin, celui qui devait être mon bus, était là, devant moi. Impossible d'y entrer. "Full", c'est à dire plein. Moi, je vois pourtant beaucoup de places ! Pas grave, le deuxième arrive dans... une heure trente. Outch, Bon. Après une grosse heure, je redemande et on m'envoie vers mon nouveau bus qui est.... "full". La deuxième fois, c'est énervant, au moins intérieurement. Bon, je paye de ma patience, assis sur le guichet vendant les tickets. Cette fois, on ne m'aura pas ! Et je suis monté le premier dans le troisième bus !
J'arrive à Madurai à 3h30 du matin, heure sympa pour retrouver Abubaker, mon couchsurfer. Enfin, ça, c'était le plan, comme le premier bus était mon plan. Car mon chauffeur de tuk-tuk me fait l'Indien : "oui, oui, je connais cette adresse". "Non, non, je ne demande pas aux autres chauffeurs car je suis perdu". Bon, après 45 minutes à faire l'avenue en long, en large, en travers et en marche arrière (!!), il m'avoue qu'il est perdu. "Dites moi pas que c'est pas vrai !" Mon imitation de Jamel était bonne, mais il ne semble pas avoir reconnu. Il n'est pas aidé dans sa recherche par les autres Indiens que l'on rencontre. Car lorsque tu demandes à un Indien où est quelque chose, il ne répondra jamais "je ne sais pas". Non, il préfère t'envoyer dans la direction opposée plutôt que de reconnaître son ignorance. 
4h30, "it's a bingo !" (il ne réagit pas non plus à ma très bonne imitation de Christopher Waltz !) Je sonne. Sans surprise, ça ne répond pas. Que diable font les gens à 4h30 du matin !? Hum, hum. Mon double coup de sonnette à 5 heures du matin me délivre de la moustiquaire que j'avais accrochée devant la porte d'entrée. J'entre, et je découvre rapidement le vrai prix d'un matelas.

Madurai est une ville de transition. Elle est surtout connue pour son temple de Minakshi et son palace. Le premier est impressionnant, les portes d'entrée valant leur pesant de statues (plus de 4 000 sur l'une d'entre elles, en sachant qu'il y a 5 portes !). je vais être honnête, je n'ai pas regardé toutes les statues (33 000 apparemment !). L'ensemble date des XVI-XVIIèmes siècles, et il est un peu terni par l'état actuel de conservation. Le musée est indécent (je pèse mon mot), étant bloqué en 1960 : l'ensemble est jauni, rarement traduit en anglais, il y a plein d'armoires vides, des photos d'identité d'anciens visiteurs se mélangent aux collections, celles-ci ne sont pas mises en valeur... un vrai travail de cochon. Dommage, car c'est en plein milieu de la salle des 1 000 colonnes, qui devrait être l'endroit le plus magnifique du temple. Les règles sont aussi arrêtées en 1960, car les appareils photos sont interdits, mais pas les smartphones (règle qui m'énerve particulièrement, mon appareil photo dans la consigne...).

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Apres avoir parcouru les lieux, je pars pour le Thirumalai Palace qui, lui aussi, mériterait un bon coup de peinture. Dommage, car la ville a un vrai potentiel.

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Je m'y ballade cependant avec un grand sourire. j'ai pris les transports en commun en solo et sans difficulté, les gens sont souriants et sympas, je choisis le bon resto (beaucoup d'Indiens = pas cher et bon, règle universelle du voyageur), j'évite les arnaques. Bref, j'ai l'impression de comprendre petit à petit ce pays, cette région.

Le soir, Abubakar me fait manger un repas soudanais avec ses potes est-africains dans une ambiance très Canterbury (surtout Sean en fait).

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Le lendemain, je continue ma traversée du Tamil Nadu, ma région indienne du départ, pour parvenir à Kanyakumari, l'endroit le plus au Sud de l'Inde. Les paysages traversés sont différents de la côte que j'ai longée au départ. Ici, c'est une sorte de savane, plus sèche, peu habitée. C'est la plaine du centre, avec les montagnes dans le lointain (j'irai prochainement). Puis la végétation se densifie, se reverdit, des palmeraies apparaissent tandis que je ressens l'air frais de l'océan. Le cap Comorin, j'y suis.

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Pour la première fois de ce voyage, je me retrouve dans une chambre d'hôtel. 1 000 roupies la nuit, environ 14 euros, un luxe en Inde. j'ai de ce fait une vraie salle de bain, des toilettes européennes et la BBC sur la télé, pour me permettre de suivre les nouvelles péripéties de Trump et Fillon (je remarque que les sujets n'ont pas beaucoup évolué depuis mon départ !). Mais, surtout, depuis ma fenêtre...

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Ah coucou toi ! Pour être tout à fait honnête avec vous, j'ai choisi Kanyakumari uniquement pour sa position géographique. C'est donc une véritable surprise que de me retrouver face à cette immense statue qui trône dans l'Océan Indien.

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Je suis fasciné par cette statue de Thiruvalluvar, poète et philosophe tamoul de l'Antiquité. Elle a été construite en... 1999 ! De même, le mémorial du rocher à côté est récent (1970), et il est en l'honneur de Vivekananda, philosophe indien de l'hindouisme du... XIXème siècle. Le petit trajet en bateau est agréable, tout comme la visite du lieu.

A noter, en Inde, il est de coutume de retirer ses chaussures avant d'entrer dans un temple (et pas seulement, cela se fait aussi pour les maisons, voire même pour les magasins). Le souci lorsqu'on visite un temple extérieur, c'est la température du sol ! Car 35 degrés dans l'air c'est encore plus sur les pierres et j'ai souvent l'impression de marcher dans un brasier ! Heureusement, une ligne de peinture blanche à même le sol permet de bénéficier d'un couloir de circulation moins brûlant (mais ce n'est pas toujours le cas).

 

Kanyakumari abrite également un mémorial pour Gandhi, à l'endroit où ses cendres ont été présentées au public avant l'immersion dans l'Océan Indien. Car oui, ici, devant moi, c'est vraiment l'Océan Indien. Immensité. Tout au fond, très loin, très loin, encore plus loin, c'est l'Antarctique.

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

La ville bénéficie de sa position géographique et elle l'utilise : bienvenue dans le seul endroit du sous continent ou vous pouvez voir le lever ET le coucher du soleil dans l'océan. Et ça, forcément, c'est la classe, et c'est ce qui attire les milliers d'Indiens qui m'entourent (en plus d'être un lieu de pélerinage). Bizarrement, peu d'Européens. Une tour a été construite pour mieux apprécier ces deux moments de la journée, dommage qu'elle soit dégueulasse (je l'ai d'ailleurs boycottée uniquement pour cette raison !).

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 06:01

Drôle de situation. Je crois que je ne réalise pas encore ce qui vient de se passer. Je l'ai pourtant vu arriver, je l'ai même souhaité. La décision de rester un soir de plus a sans aucun doute été prise dans ce but. Mais, tout de même, quelle étrange sensation. Je ne sais pas vraiment quoi en penser, quoi ressentir. Du contentement ? De la fierté ? De l'indifférence ? Ou une légère honte ? Non, ça, clairement pas. Il n'y a pas de raison, quoi qu'en présentant la situation par les faits, on pourrait parvenir à se moquer. Mais qu'importent les moqueries, les quolibets ou les jugements de valeur. L'histoire mérite d'être comptée.

Je pense que cela débute par son sourire. De celui qui montre l'ensemble des dents supérieures. J'étais parvenu jusqu'à elle après de multiples péripéties. Pourtant, j'avais bien réussi la route Mama..-Pondicherry. Arrivé dans cette ville, j'ai un gros rejet. Bon, c'est le quartier de la gare routière, et il ne faut jamais juger une ville sur le quartier de la gare. Mais, tout de même, les gens partout, le bruit, les klaxons, la circulation, la pollution...un beau mélange auquel je tente d'échapper en rejoignant mon hôte du jour. J'ai les instructions, je les montre à un type, puis à un deuxième, on me montre un bus, puis un autre, et me voilà assis. On sort de la ville, on traverse une voie ferrée, une rivière (quoi que le terme indien de rivière est égout), une deuxième et on prend une petite route. Après vingt-cinq kilomètres, le contrôleur me fait signe de descendre (c'est dans ces moments-là qu'il faut avoir une confiance aveugle envers les Indiens !). Tout le monde me regarde, et j'ai déjà l'impression d'être l'attraction de la ville. Je vois un petit marchand, et il m'explique que le lieu que je cherche n'est pas ici, mais a deux kilomètres de là. Bon, pas grave, je reprends un bus, en sens inverse. Je descends au niveau d'un hôpital, et un policier m'explique que le village que je cherche est dans la rue en face. Je demande au chauffeur de tuk-tuk d'appeler mon hôte, pour la prévenir de mon arrivée, et savoir où elle habite exactement. Après 3 minutes, il me la passe. Il se trouve que je ne suis pas dans le bon village. Je suis en fait à... 50 kilomètres !!! Merde. Deux villages de la région portent le même nom, et je me suis fait piéger. Me voilà reparti en bus à mon point de départ. Putain de carte sim qui ne fonctionne toujours pas. Arrivé à la gare de Pondicherry, pas question de refaire la même erreur. J'appelle mon hôte grâce à un type qui me prête son téléphone. Elle est en ville, et vient me chercher !

Me retrouver à ses côtés me met donc d'excellente humeur. Sans doute communicative, puisqu'elle ne tarde pas à arborer ce formidable sourire. Son regard a un je ne sais quoi, difficilement descriptible. Les yeux sont sombres, perçants, lui donnant un air sévere et une drôle de contradiction avec le reste du visage. Ses joues sont tachetées, et sa peau se divise alors en une palette de couleur brune. Les cheveux sont d'un noir intense, envoyés vers l'arrière. Elle parle français avec un accent indien. Je me noie dans ses paroles, buvant la tasse à chaque petite faute grammaticale. Mon regard se porte rapidement sur son poignet gauche, abîmé a la suite d'une récente mauvaise inspiration thérapeutique. Elle appuie sur le klaxon et se faufile à travers les rues de Pondicherry, celles-là même qui combinent des noms indien et français.

La ville prétend avoir une "french touch". Cette expression anglaise, visible sur l'autoroute, permet toutefois de relativiser le côté francophone ou francophile de Pondi. La population parle anglais dans sa grande majorité. Certes, c'est sans aucun doute le lieu où le français est le plus apparent, sur les panneaux du nom des rues (comme à Vientiane au Laos). Et il y a quelques bâtiments déroutants : un monument pour les soldats indiens morts en 1914-18, l'institut français ou encore la maison du soldat (tout ça en français dans le texte), où j'aperçois... le Général de Gaulle en personne ! Amusant ! Tout comme le marchand de fruits qui demande "cent soixante" (en français dans le texte), Quelques baguettes, des bonjours. Elle est là, cette "french touch".

Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie

Je parcours la ville avec Sacha (Alexandra) et Roman. Lui est russe, parle un petit peu anglais, musclé, fin, 68 kilos, a participé aux JO de Sotchi sur son snowboard. Elle est biélorusse, et arbore l'important bronzage qui témoigne de son année et demie passée dans le pays. Elle a notamment travaillé comme pom pom girl pour une équipe de sport (football ? cricket ? je ne me souviens plus) et elle me raconte les matchs arrangés. Elle porte un haut très court, laissant apparaître l'ensemble de son dos. Les Indiens se retournent à chacun de ses pas, et je pense qu'elle est, à ce moment-la, la fille la plus désirée de Pondy. Nous nous faufilons à travers les petites rues coloniales, zigzaguant entre les motos (ou l'inverse). Les petites échoppes, des restaurants, et un joyeux bordel. Le front de mer est plus respirable mais impossible de s'y baigner : les rochers sont partout. Apèes une longue marche pour enfin faire fonctionner ma carte SIM (15 kilomètres selon le smartphone de Sacha, en plein cagnard et dans les rues autrement délabrées de la ville), nous nous reposons dans un parc, alternant mangues, biscuits coco et noix toute entière. L'Asie, le paradis des fruits.

Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie

Ce pays me fascine déjà. Je suis particulièrement curieux (et ignorant) des religions locales. Je vois des temples, je vois des cérémonies, je vois un type maquillé (aucun rapport avec le carnaval de Dunkerque il me semble) et je n'y comprends rien. Pour l'instant, car je compte un peu lire sur le sujet, afin de ne pas confondre les hindous et les bouddhistes. 

Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie

Nous l'attendons chez sa soeur. Elle ne tarde pas à apparaître, revenant de son cours de natation et nous ramène dans sa ferme.

C'est tout de même amusant de se retrouver dans une laiterie alors que j'ai grandi à côté d'une. A 6h20, je me retrouve à la traite : ici cela se fait encore à la main. Il y a un total de 120 vaches, dont 60 sont laitières. Des holsteins (la vache que l'on voit le plus par chez nous), mais aussi des variétés indiennes. 5 employé(e)s sont à la tâche, et la traite va prendre 1h30 (308 litres récoltés). Plus de vingt personnes travaillent pour elle. Nous sommes dans une exploitation agricole d'un pays en développement, et c'est, comme je le disais à mes élèves, beaucoup de main d'oeuvre pour peu de productivité. La maison est immense, une grande partie de la famille est là lors de mon arrivée.

Pondy chérie
Pondy chérie

Je passe mes 3 jours à ses côtés, m'occupant essentiellement des tâches informatiques quand Sacha et Roman sont affectés aux tâches manuelles. Nous mangeons tous ensemble dans l'immense cuisine où pourraient s'entasser 50 personnes. Les filles ont souvent la parole, difficile de les arrêter (je ne suis pas aidé par le faible anglais de mon Russe). 

Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie

Le soir, avant d'aller nous coucher, elle me propose de faire un peu de sport. De la danse tonique le premier soir, quelle catastrophe ! Puis quelques abdos fessiers le lendemain. C'est ce jour-là que je l'ai compris. C'est une mangeuse d'hommes. A deux, sur le balcon, elle me raconte ses expériences. "Je vois le sexe comme un bon gâteau". "Je différencie le sexe et les sentiments". etc. Pendant plus d'une heure, j'écoute ses histoires, alors qu'elle doit être aujourd'hui bien incapable de dévoiler une seule anecdote me concernant. Parler c'est semer, écouter c'est récolter. Elle se trouve grosse. 52 kilos. Nous n'avons pas la même définition du terme. Elle est obsédée par la balance, me montrant une fiche de ses pesées depuis près de dix ans ! Dans un tiroir, elle me montre des photos de 2015 qui témoignent, selon elle, de sa prise de poids. Ce sont des nus.

Nos contacts physiques sont de plus en plus réguliers (main sur l'épaule, petite caresse sur le bras). Je doute un peu au départ : est-ce bien du rentre-dedans ? En plus d'être indienne, il y a un autre point capital : elle a 45 ans.

[instant moquerie, allez-y [...] voila, reprenons]

Le dernier soir, alors que je travaille à l'écriture de cet article, sans en trouver l'orientation, elle vient me chercher. Elle doit travailler, mais elle est fatiguée. "Où est ma motivation ?" Je décide de lui donner un mini-massage, qui se prolonge indéfiniment. Je décide toutefois de me stopper, et de lui demander si elle a enfin trouvé la motivation. C'est le cas. Elle descend les escaliers, et je repars à mon écriture. 

Une heure plus tard, libérée de son fardeau, elle remonte. Nos corps ne seront bientôt plus qu'un.

 

 

Fantasme ou réalité ? Espoir ou fait ? Folie ? Qu'importe. L'histoire s'est écrite, à Pondicherry.

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 06:12

Mamalapuram. Ou Muhabalipuram. Oui, les Indiens ont décidé de la faire simple avec les noms de leurs villes, qui existent en deux versions. Je pensais que ce n’était que le cas des grandes villes (Chennai = Madras, Mumbai = Bombay) mais je me rends compte que c’est la même pour les petites et moyennes bourgades. Ce qui facilite beaucoup mon périple… exemple : je dis que je veux aller a Mahabalipuram, et les gens ne me comprennent pas. Je pensais que c’était la prononciation iIndien 6ème langue, ça ne doit pas aider !). Et puis on m’a proposé d’aller à Mama. Je me suis dit : c’est le surnom affectif de la bonne restauratrice du village. Perdu, c’est le surnom affectif du village !

Direction Maha…ou Mama… donc, en bus, avec Youssef mon Couchsurfer, et 6 de ses potes. 5 nationalités : Tunisien, Soudanais, Chinois, Français et Taïwanais. Lorsque Youssef explique ça fièrement aux gens, je sens que le Chinois n’a pas l’air vraiment d’accord avec notre positionnement diplomatique sur le cas de Taiwan ! 
Le bus permet de tester pour la première fois les routes indiennes, fantastiques en comparaison avec les tanzaniennes. Nous nous arrêtons à la Madras Crocodile Bank, la plus grande ferme de crocodiles en Asie. 40 roupies l’entrée, l’équivalent de 65 centimes d’euro…ce serait dommage de se priver !
Des petits, des gros, des américains, des asiatiques. Certains sont menacés d’extinction, d’autres sont 40 dans un immense enclos. Mais ce n’est pas tant les crocodiles que…les serpents qui m’ont impressionné ! Vipères, mais surtout cobras !! Nous arrivons au moment où quelqu’un récupère le venin. Un Indien chope le cobra par la tête, l’incise, et, en réaction, le cobra ouvre sa bouche pour croquer. IMPRESSIONNANT ! J’avoue que ça m’a mis sur le cul. Le type a des énormes bottes, que les cobras attaquent de temps en temps. Et lui, serein, nous explique qu’en cas de piqûre il reste deux ou trois heures à vivre, selon l’espèce. En comparaison, les crocos ont l’air de petits chatons endormis (bon, je pousse un peu la comparaison !)

Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin

Arrivé à Mama, petite visite express pour le groupe qui n’est là que pour la journée. C’est dimanche, et il y a du monde partout. On voit quelques temples rapidement, puis direction la plage pour faire trempette. Le lieu est vraiment sympa, avec des rochers, les bateaux de pêcheurs et les maisons/hôtels colorés. Le Golfe de Bengale (car l’Océan Indien est techniquement au sud du pays) envoie quelques vagues, dont les surfers profitent (ce n’est pas Biarritz non plus !). Et puis c’est le moment de dire au revoir à Dragho (la même apparence) et bonjour à Antoine !

Mamalapuram, temples et venin

Mon deuxième couchsurfer est… lillois ! Rien que ça ! J’avais le choix entre quatre et il a répondu directement que la solidarité ch’ti l’obligeait à me recevoir. Il me récupère en moto et m’emmène rapidement faire un tour dans les campagnes environnantes, avec sa soeur Juliette (ancienne étudiante de Lille 2, en droit) et un de leurs potes. Antoine est ingénieur (école des mines), il est en V.I.E. ici, tandis que sa soeur cherche sa voie, à moindre coût ! Nous traversons les rizières et les palmeraies. Pas de doute, je suis bien arrivé en Asie. Beaucoup d’enfants nous font signe, les hommes et les femmes sont parfois à la récolte qui bat son plein depuis un mois.  Sur la moto, je ressens une intense liberté, j’ai envie d’écarter les bras et de crier “je suis le maître du monde !”. Bon, il faut tout de même se tenir ! 

Après un Call of Duty désastreux et une nuit à combattre les moustiques direction Mama pour enfin découvrir les attractions de la ville. Je mange à la cantine , pour 70 roupies (= 1 euro), riz, deux types de légumes, deux sauces. Ce pays est la paradis des petits budgets ! Un peu épicé par contre, pour changer..
La plupart des temples sont gratuits, et taillés directement dans la pierre. Magnifique. Les hommes sont sculptés, mais aussi les vaches, qui sont partout !

Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin

Les vaches sont donc partout, et.... ne serait-ce pas une chèvre qui prend la pose ?

Mamalapuram, temples et venin

Un phare trône là, au milieu des cailloux, sans trop que je comprenne pourquoi.

Mamalapuram, temples et venin

Direction ensuite le shore temple, le seul qui est payant (500 roupies tout de même !). La localisation est intéressante, puisqu’il est situé en bord de mer. Forcément, la vue n’est pas dégueu. Il y a beaucoup (beaucoup) moins de monde que la veille. Une partie est en travaux, un bâtiment de l’an 700 méritant bien une surveillance étroite. L’ensemble est classé Unesco.

Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin

Je termine ma visite sur le bord de mer, profitant du bruit des vagues. Un dernier petit tour à vélo pour aller chercher une carte SIM (j'y reviendrai), et je reprends la route, direction Pondicherry.

Mamalapuram, temples et venin
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