20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 01:43

Il ne faut pas croire que chaque jour de voyage est un jour de bonheur. Non, parfois, j'ai une vraie journée de merde. Celle-ci a commencé avec des Anglais. Deux Londoniens pour être précis. Jeunes et plutôt sympas dans la chambre que je partage avec eux, ils se révèlent être très différents de mes valeurs pendant notre petit-dej en commun. La conversation tourne autour de 40k et de 60k (les salaires annuels), du monde de la finance, des fonds d'investissements, et des 70h semaine. Autant vous dire que je n'accapare pas la conversation ! Le lieu choisi ne me plaît guère, les prix sont doublés, pour le même résultat. Surtout, il se dégage dans leur discours un bon vieux sentiment de supériorité lorsque le sujet est celui de la politique, et notamment du Brexit. Ceux qui ont voté pour le Brexit ? "Des idiots". Plus que ceux qui ont été incapables de les convaincre de rester ? Je n'ai pas eu ma réponse. Mais leur discours m'aurait convaincu de quitter l'UE !

A la gare, j'attends deux heures mon train. Direction Kollam, où les hôtels se font rares. Je rentre dans le seul que je vois à l'horizon.... la nuit est à 200 euros ! Hum. J'atterris finalement dans un boui-boui, et je pense enfin me désaltérer... manque de chance, il n'y a que de la bière ! Décidément, mon karma doit être entaché !

Dans la ville, je vois les drapeaux communistes flotter, et même ce bon vieux Fidel Castro ! Le Kerala est l'un des deux seuls Etats du pays à être gouverné par le parti de la faucille et du marteau. 

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Au réveil, alors que j'observe l'horizon, une grosse tache se dessine. J'approche pour en avoir le coeur net : oui, c'est bien un bateau échoué, le Costa Concordia local !

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Pas de temps à perdre, je prends un train direction Alleppey ou Alappuzha (j'évoquerai le sujet des transports un de ces jours, tant il y a à dire). Le sourire est revenu, malgré les difficultés que je rencontre pour rejoindre mon couchsurfer. Et c'est à quelques centaines de mètres de la plage que je me retrouve. J'y passe deux excellentes journées (notamment à Marari Beach). L'eau est propre et chaude, le soleil brille, les Indiens enchaînent les parties de cricket.

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Un match de football s'organise et je décide de me joindre à la fête. Un Russe et son fils sont également là. C'est du football de plage, les jeunes Indiens attaquent... mais ne connaissent pas trop le principe de défendre ! Je me régale, je finis dégoulinant et j'ai juste le temps d'entrer dans l'eau pour voir le soleil faire de même.
Chaque jour a un coucher de soleil, mais l'avantage des pays tropicaux, c'est de pouvoir l'admirer à chaque reprise. Et j'ai toujours une sensation différente, une nuance de rouge ou d'orange changeant ma perception du moment. Puis, le soleil couché, vient le meilleur moment selon moi, ou en tout cas le plus beau : le ciel s'embrase de petites touches colorées, avec une gamme de couleurs encore plus variées. L'idéal, c'est d'avoir quelques nuages, puisque ce sont eux qui s'habillent de la parure ici violette, l-bas rouge, et orangée, tandis que le bleu ciel et le bleu nuit, étrangement opposés au départ, tel un couple en dispute, se marient finalement. Merveille de la vie.

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Le lendemain, direction les backwaters, pour un lieu que je compare à mon marais audomarois (ou poitevin), la végétation tropicale en plus. C'est la première fois que j'opte pour un tour organisé (1 250 roupies). Nous sommes six : un couple allemand, la vingtaine, en voyage 4 semaines, un Anglais de 48 ans, présent depuis plusieurs mois dans le pays, une Irlandaise de 34 ans arrivée il y a six semaines et Ricardo, un Portugais présent dans mon auberge depuis un mois (il étudie une sorte de kung fu local), à qui je dois cette photo dans le rickshaw.

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Après le petit-dej, nous nous retrouvons dans une petite barque assez différente des gros bateaux sur lesquels la plupart des tours opérateurs voulaient me faire monter. Ils sont des centaines, et entre le bruit, et les odeurs (hommage)... Notre barque est un ecotour, elle avance à la force des rames et emprunte de ce fait les petits canaux. Nous ne croisons pas les autres bateaux.

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Je me régale de la quiétude du lieu, et des cadeaux que nous fait la nature. La population vaque à ses occupations, les oiseaux chassent les petits poissons, les fleurs sortent des buissons. 

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur
Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Nous effectuons un seul arrêt, le temps de visiter une église. Le Kerala est plutot varié concernant la religion, puisque 20% de catholiques et 25% de musulmans cotoient 55% d'hindous

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

Nous terminons notre petite croisière avec une noix de coco pas tout à fait fraîche et un repas indien.

Alleppey, le Kerala dans toute sa splendeur

A peine revenu que je me précipite à la plage, prêt a rechausser les crampons (enfin, c'est une métaphore). Un petit vent se lève, je regarde vers le ciel... mais c'est la mer Noire ! Je n'hésite pas, et je me rentre. Sous la douche, j'entends le déluge. Ouf ! 
La pluie existe donc en Inde, mais, tout comme les journées de merde, elle se fait très rare.

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 07:34

L'un des espoirs de ce voyage, c'est d'essayer de me cerner un peu plus encore. Je suis un grand adepte du travail sur moi (si tu lis ce blog depuis plusieurs années tu as sans doute remarqué). 6 mois à travers le sous-continent indien, c'est l'assurance de me retrouver face à certaines de mes questions existentielles. Au-delà de cette idée, je suis aussi en face à face constant avec le type de voyage que je souhaite, et le type de voyageur que je voudrais être. Varkala représente ce que je ne veux pas.

 

Nous sommes ici dans une station balnéaire. le lieu s'y prête fabuleusement bien : falaises, sable fin, cocotiers, coucher de soleil dans la mer d'Arabie.

Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat
Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat

Forcément, cela n'est pas resté inconnu, et Varkala attire aujourd'hui le monde entier : Russes (en grand nombre et avec la réputation sulfureuse qui les précède), Anglais, Allemands, Français, etc. Les paillotes succèdent aux restaurants et aux hôtels, au point où l'accès à la plage se fait de plus en plus difficilement, sauf à traverser l'un de ces endroits. Les prix sont surévalués, et je ne suis plus Jérémy, petit voyageur français, mais billets de banque, grand pigeon voyageur. Les rapports humains ne sont plus normaux, c'est à dire de ceux que j'ai eus avec le reste du pays. Tout est faussé, tout est marchandé. Et tout m'attriste. Sur la plage, entouré de mes congénères aussi blancs (puis rouges) que moi, je vois passer les vendeurs de bracelets et le loueur de parasols. Des planches de surf au large, un parachute dans les airs. Je serais à Ibiza ou à Puhket que ce serait pareil. Ce n'est plus vraiment l'Inde. Et je suis venu pour l'Inde.

Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat

Certes, cet endroit a ses avantages : repos, bikini sur la plage pour les filles, et free wifi puissant. Même la bouffe est diversifiée, a savoir qu'en plus des choix indiens il y a les choix européens : boulangerie allemande et crêpe banane-nutella.

Je hais cette crêpe. C'est le symbole des zones touristiques en Asie du Sud-Est, et c'est aussi le cas ici. Cette crêpe me rappelle Vang Vieng et son loop, l'alcool qui coule à flots, la drogue en libre accès et les touristes comatant devant les épisodes de Friends. Ce n'est pas aussi poussé ici, mais il y a comme un air de ressemblance.

 

Attention, je ne juge pas. Ca plait forcément et ça fait (bien) vivre les commerçants du coin. Mais ce n'est pas pour moi, tout simplement. Ce n'est pas le voyage que je cherche, et je pense que j'aurai beaucoup de mal à trouver un compromis là-dessus, sauf à être un peu malheureux. C'est pour cela que j'évite le Lonely Planet et le Routard comme la peste. Je crois être assez débrouillard maintenant pour pouvoir m'en passer. Et je m'interroge sur la suite du parcours que j'envisage dans le Kerala : n'est-ce pas les lieux que je souhaite éviter ?

 

5 kilomètres de marche plus loin. Je suis seul, le long de l'océan. Et je retrouve ce que je cherche. Comme quoi, c'est con. Il suffit de marcher quelques dizaines de minutes pour trouver une ambiance totalement différente. Plus d'odeur de crème solaire, plus de vendeurs. Moi, et la nature. Finalement, ce n'est pas si mal, Varkala.

Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat
Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat
Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat
Varkala, l'effet crêpe banane-chocolat
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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 09:05

Les toilettes en Inde, c'est quelque chose. Sur une affiche, en plein centre-ville de Madurai, j'ai vu des dessins expliquant pourquoi il ne faut pas faire caca dans l'espace public (en plus de ne pas cracher et de bannir les sacs plastique). L'objectif : devenir la ville la plus propre du pays ! Comme vous le comprenez, cela ne va donc pas de soi. Mais il faut les comprendre, car les toilettes indiennes.... vous voyez les toilettes "à la turque". Pareil. Mais.... mais... mais il est où le papier ??
Oui, car, dans les toilettes indiennes, pas de papier, ni de petit jet d'eau. C'est ce qu'on appelle le "travail manuel". Je ne comprenais pas pourquoi les gens ne mangeaient qu'avec la main droite, alors qu'ils s'en servent pour serrer la paluche à tout le monde (bonjour les bactéries que je me disais !). Mais forcément, si la main gauche sert à se nettoyer les fesses... (je souhaite un bon appétit à celle ou celui qui mange en me lisant). Bref, passons ces détails, vous allez finir par me croire scatophile (déjà que certain(e)s doivent me considérer comme un pervers à la suite du dernier article !)

 

Ma phase d'adaptation s'est terminée à la gare routière de Pondy, C'est là, patientant 2h30 pour mon bus, que j'ai compris ce qu'était l'Inde : un immense bazar ! Pourtant, mon bus, enfin, celui qui devait être mon bus, était là, devant moi. Impossible d'y entrer. "Full", c'est à dire plein. Moi, je vois pourtant beaucoup de places ! Pas grave, le deuxième arrive dans... une heure trente. Outch, Bon. Après une grosse heure, je redemande et on m'envoie vers mon nouveau bus qui est.... "full". La deuxième fois, c'est énervant, au moins intérieurement. Bon, je paye de ma patience, assis sur le guichet vendant les tickets. Cette fois, on ne m'aura pas ! Et je suis monté le premier dans le troisième bus !
J'arrive à Madurai à 3h30 du matin, heure sympa pour retrouver Abubaker, mon couchsurfer. Enfin, ça, c'était le plan, comme le premier bus était mon plan. Car mon chauffeur de tuk-tuk me fait l'Indien : "oui, oui, je connais cette adresse". "Non, non, je ne demande pas aux autres chauffeurs car je suis perdu". Bon, après 45 minutes à faire l'avenue en long, en large, en travers et en marche arrière (!!), il m'avoue qu'il est perdu. "Dites moi pas que c'est pas vrai !" Mon imitation de Jamel était bonne, mais il ne semble pas avoir reconnu. Il n'est pas aidé dans sa recherche par les autres Indiens que l'on rencontre. Car lorsque tu demandes à un Indien où est quelque chose, il ne répondra jamais "je ne sais pas". Non, il préfère t'envoyer dans la direction opposée plutôt que de reconnaître son ignorance. 
4h30, "it's a bingo !" (il ne réagit pas non plus à ma très bonne imitation de Christopher Waltz !) Je sonne. Sans surprise, ça ne répond pas. Que diable font les gens à 4h30 du matin !? Hum, hum. Mon double coup de sonnette à 5 heures du matin me délivre de la moustiquaire que j'avais accrochée devant la porte d'entrée. J'entre, et je découvre rapidement le vrai prix d'un matelas.

Madurai est une ville de transition. Elle est surtout connue pour son temple de Minakshi et son palace. Le premier est impressionnant, les portes d'entrée valant leur pesant de statues (plus de 4 000 sur l'une d'entre elles, en sachant qu'il y a 5 portes !). je vais être honnête, je n'ai pas regardé toutes les statues (33 000 apparemment !). L'ensemble date des XVI-XVIIèmes siècles, et il est un peu terni par l'état actuel de conservation. Le musée est indécent (je pèse mon mot), étant bloqué en 1960 : l'ensemble est jauni, rarement traduit en anglais, il y a plein d'armoires vides, des photos d'identité d'anciens visiteurs se mélangent aux collections, celles-ci ne sont pas mises en valeur... un vrai travail de cochon. Dommage, car c'est en plein milieu de la salle des 1 000 colonnes, qui devrait être l'endroit le plus magnifique du temple. Les règles sont aussi arrêtées en 1960, car les appareils photos sont interdits, mais pas les smartphones (règle qui m'énerve particulièrement, mon appareil photo dans la consigne...).

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Apres avoir parcouru les lieux, je pars pour le Thirumalai Palace qui, lui aussi, mériterait un bon coup de peinture. Dommage, car la ville a un vrai potentiel.

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Je m'y ballade cependant avec un grand sourire. j'ai pris les transports en commun en solo et sans difficulté, les gens sont souriants et sympas, je choisis le bon resto (beaucoup d'Indiens = pas cher et bon, règle universelle du voyageur), j'évite les arnaques. Bref, j'ai l'impression de comprendre petit à petit ce pays, cette région.

Le soir, Abubakar me fait manger un repas soudanais avec ses potes est-africains dans une ambiance très Canterbury (surtout Sean en fait).

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Le lendemain, je continue ma traversée du Tamil Nadu, ma région indienne du départ, pour parvenir à Kanyakumari, l'endroit le plus au Sud de l'Inde. Les paysages traversés sont différents de la côte que j'ai longée au départ. Ici, c'est une sorte de savane, plus sèche, peu habitée. C'est la plaine du centre, avec les montagnes dans le lointain (j'irai prochainement). Puis la végétation se densifie, se reverdit, des palmeraies apparaissent tandis que je ressens l'air frais de l'océan. Le cap Comorin, j'y suis.

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Pour la première fois de ce voyage, je me retrouve dans une chambre d'hôtel. 1 000 roupies la nuit, environ 14 euros, un luxe en Inde. j'ai de ce fait une vraie salle de bain, des toilettes européennes et la BBC sur la télé, pour me permettre de suivre les nouvelles péripéties de Trump et Fillon (je remarque que les sujets n'ont pas beaucoup évolué depuis mon départ !). Mais, surtout, depuis ma fenêtre...

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Ah coucou toi ! Pour être tout à fait honnête avec vous, j'ai choisi Kanyakumari uniquement pour sa position géographique. C'est donc une véritable surprise que de me retrouver face à cette immense statue qui trône dans l'Océan Indien.

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

Je suis fasciné par cette statue de Thiruvalluvar, poète et philosophe tamoul de l'Antiquité. Elle a été construite en... 1999 ! De même, le mémorial du rocher à côté est récent (1970), et il est en l'honneur de Vivekananda, philosophe indien de l'hindouisme du... XIXème siècle. Le petit trajet en bateau est agréable, tout comme la visite du lieu.

A noter, en Inde, il est de coutume de retirer ses chaussures avant d'entrer dans un temple (et pas seulement, cela se fait aussi pour les maisons, voire même pour les magasins). Le souci lorsqu'on visite un temple extérieur, c'est la température du sol ! Car 35 degrés dans l'air c'est encore plus sur les pierres et j'ai souvent l'impression de marcher dans un brasier ! Heureusement, une ligne de peinture blanche à même le sol permet de bénéficier d'un couloir de circulation moins brûlant (mais ce n'est pas toujours le cas).

 

Kanyakumari abrite également un mémorial pour Gandhi, à l'endroit où ses cendres ont été présentées au public avant l'immersion dans l'Océan Indien. Car oui, ici, devant moi, c'est vraiment l'Océan Indien. Immensité. Tout au fond, très loin, très loin, encore plus loin, c'est l'Antarctique.

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap

La ville bénéficie de sa position géographique et elle l'utilise : bienvenue dans le seul endroit du sous continent ou vous pouvez voir le lever ET le coucher du soleil dans l'océan. Et ça, forcément, c'est la classe, et c'est ce qui attire les milliers d'Indiens qui m'entourent (en plus d'être un lieu de pélerinage). Bizarrement, peu d'Européens. Une tour a été construite pour mieux apprécier ces deux moments de la journée, dommage qu'elle soit dégueulasse (je l'ai d'ailleurs boycottée uniquement pour cette raison !).

De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
De Madurai à Kanyakumari : cap vers le cap
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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 06:01

Drôle de situation. Je crois que je ne réalise pas encore ce qui vient de se passer. Je l'ai pourtant vu arriver, je l'ai même souhaité. La décision de rester un soir de plus a sans aucun doute été prise dans ce but. Mais, tout de même, quelle étrange sensation. Je ne sais pas vraiment quoi en penser, quoi ressentir. Du contentement ? De la fierté ? De l'indifférence ? Ou une légère honte ? Non, ça, clairement pas. Il n'y a pas de raison, quoi qu'en présentant la situation par les faits, on pourrait parvenir à se moquer. Mais qu'importent les moqueries, les quolibets ou les jugements de valeur. L'histoire mérite d'être comptée.

Je pense que cela débute par son sourire. De celui qui montre l'ensemble des dents supérieures. J'étais parvenu jusqu'à elle après de multiples péripéties. Pourtant, j'avais bien réussi la route Mama..-Pondicherry. Arrivé dans cette ville, j'ai un gros rejet. Bon, c'est le quartier de la gare routière, et il ne faut jamais juger une ville sur le quartier de la gare. Mais, tout de même, les gens partout, le bruit, les klaxons, la circulation, la pollution...un beau mélange auquel je tente d'échapper en rejoignant mon hôte du jour. J'ai les instructions, je les montre à un type, puis à un deuxième, on me montre un bus, puis un autre, et me voilà assis. On sort de la ville, on traverse une voie ferrée, une rivière (quoi que le terme indien de rivière est égout), une deuxième et on prend une petite route. Après vingt-cinq kilomètres, le contrôleur me fait signe de descendre (c'est dans ces moments-là qu'il faut avoir une confiance aveugle envers les Indiens !). Tout le monde me regarde, et j'ai déjà l'impression d'être l'attraction de la ville. Je vois un petit marchand, et il m'explique que le lieu que je cherche n'est pas ici, mais a deux kilomètres de là. Bon, pas grave, je reprends un bus, en sens inverse. Je descends au niveau d'un hôpital, et un policier m'explique que le village que je cherche est dans la rue en face. Je demande au chauffeur de tuk-tuk d'appeler mon hôte, pour la prévenir de mon arrivée, et savoir où elle habite exactement. Après 3 minutes, il me la passe. Il se trouve que je ne suis pas dans le bon village. Je suis en fait à... 50 kilomètres !!! Merde. Deux villages de la région portent le même nom, et je me suis fait piéger. Me voilà reparti en bus à mon point de départ. Putain de carte sim qui ne fonctionne toujours pas. Arrivé à la gare de Pondicherry, pas question de refaire la même erreur. J'appelle mon hôte grâce à un type qui me prête son téléphone. Elle est en ville, et vient me chercher !

Me retrouver à ses côtés me met donc d'excellente humeur. Sans doute communicative, puisqu'elle ne tarde pas à arborer ce formidable sourire. Son regard a un je ne sais quoi, difficilement descriptible. Les yeux sont sombres, perçants, lui donnant un air sévere et une drôle de contradiction avec le reste du visage. Ses joues sont tachetées, et sa peau se divise alors en une palette de couleur brune. Les cheveux sont d'un noir intense, envoyés vers l'arrière. Elle parle français avec un accent indien. Je me noie dans ses paroles, buvant la tasse à chaque petite faute grammaticale. Mon regard se porte rapidement sur son poignet gauche, abîmé a la suite d'une récente mauvaise inspiration thérapeutique. Elle appuie sur le klaxon et se faufile à travers les rues de Pondicherry, celles-là même qui combinent des noms indien et français.

La ville prétend avoir une "french touch". Cette expression anglaise, visible sur l'autoroute, permet toutefois de relativiser le côté francophone ou francophile de Pondi. La population parle anglais dans sa grande majorité. Certes, c'est sans aucun doute le lieu où le français est le plus apparent, sur les panneaux du nom des rues (comme à Vientiane au Laos). Et il y a quelques bâtiments déroutants : un monument pour les soldats indiens morts en 1914-18, l'institut français ou encore la maison du soldat (tout ça en français dans le texte), où j'aperçois... le Général de Gaulle en personne ! Amusant ! Tout comme le marchand de fruits qui demande "cent soixante" (en français dans le texte), Quelques baguettes, des bonjours. Elle est là, cette "french touch".

Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie

Je parcours la ville avec Sacha (Alexandra) et Roman. Lui est russe, parle un petit peu anglais, musclé, fin, 68 kilos, a participé aux JO de Sotchi sur son snowboard. Elle est biélorusse, et arbore l'important bronzage qui témoigne de son année et demie passée dans le pays. Elle a notamment travaillé comme pom pom girl pour une équipe de sport (football ? cricket ? je ne me souviens plus) et elle me raconte les matchs arrangés. Elle porte un haut très court, laissant apparaître l'ensemble de son dos. Les Indiens se retournent à chacun de ses pas, et je pense qu'elle est, à ce moment-la, la fille la plus désirée de Pondy. Nous nous faufilons à travers les petites rues coloniales, zigzaguant entre les motos (ou l'inverse). Les petites échoppes, des restaurants, et un joyeux bordel. Le front de mer est plus respirable mais impossible de s'y baigner : les rochers sont partout. Apèes une longue marche pour enfin faire fonctionner ma carte SIM (15 kilomètres selon le smartphone de Sacha, en plein cagnard et dans les rues autrement délabrées de la ville), nous nous reposons dans un parc, alternant mangues, biscuits coco et noix toute entière. L'Asie, le paradis des fruits.

Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie

Ce pays me fascine déjà. Je suis particulièrement curieux (et ignorant) des religions locales. Je vois des temples, je vois des cérémonies, je vois un type maquillé (aucun rapport avec le carnaval de Dunkerque il me semble) et je n'y comprends rien. Pour l'instant, car je compte un peu lire sur le sujet, afin de ne pas confondre les hindous et les bouddhistes. 

Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie

Nous l'attendons chez sa soeur. Elle ne tarde pas à apparaître, revenant de son cours de natation et nous ramène dans sa ferme.

C'est tout de même amusant de se retrouver dans une laiterie alors que j'ai grandi à côté d'une. A 6h20, je me retrouve à la traite : ici cela se fait encore à la main. Il y a un total de 120 vaches, dont 60 sont laitières. Des holsteins (la vache que l'on voit le plus par chez nous), mais aussi des variétés indiennes. 5 employé(e)s sont à la tâche, et la traite va prendre 1h30 (308 litres récoltés). Plus de vingt personnes travaillent pour elle. Nous sommes dans une exploitation agricole d'un pays en développement, et c'est, comme je le disais à mes élèves, beaucoup de main d'oeuvre pour peu de productivité. La maison est immense, une grande partie de la famille est là lors de mon arrivée.

Pondy chérie
Pondy chérie

Je passe mes 3 jours à ses côtés, m'occupant essentiellement des tâches informatiques quand Sacha et Roman sont affectés aux tâches manuelles. Nous mangeons tous ensemble dans l'immense cuisine où pourraient s'entasser 50 personnes. Les filles ont souvent la parole, difficile de les arrêter (je ne suis pas aidé par le faible anglais de mon Russe). 

Pondy chérie
Pondy chérie
Pondy chérie

Le soir, avant d'aller nous coucher, elle me propose de faire un peu de sport. De la danse tonique le premier soir, quelle catastrophe ! Puis quelques abdos fessiers le lendemain. C'est ce jour-là que je l'ai compris. C'est une mangeuse d'hommes. A deux, sur le balcon, elle me raconte ses expériences. "Je vois le sexe comme un bon gâteau". "Je différencie le sexe et les sentiments". etc. Pendant plus d'une heure, j'écoute ses histoires, alors qu'elle doit être aujourd'hui bien incapable de dévoiler une seule anecdote me concernant. Parler c'est semer, écouter c'est récolter. Elle se trouve grosse. 52 kilos. Nous n'avons pas la même définition du terme. Elle est obsédée par la balance, me montrant une fiche de ses pesées depuis près de dix ans ! Dans un tiroir, elle me montre des photos de 2015 qui témoignent, selon elle, de sa prise de poids. Ce sont des nus.

Nos contacts physiques sont de plus en plus réguliers (main sur l'épaule, petite caresse sur le bras). Je doute un peu au départ : est-ce bien du rentre-dedans ? En plus d'être indienne, il y a un autre point capital : elle a 45 ans.

[instant moquerie, allez-y [...] voila, reprenons]

Le dernier soir, alors que je travaille à l'écriture de cet article, sans en trouver l'orientation, elle vient me chercher. Elle doit travailler, mais elle est fatiguée. "Où est ma motivation ?" Je décide de lui donner un mini-massage, qui se prolonge indéfiniment. Je décide toutefois de me stopper, et de lui demander si elle a enfin trouvé la motivation. C'est le cas. Elle descend les escaliers, et je repars à mon écriture. 

Une heure plus tard, libérée de son fardeau, elle remonte. Nos corps ne seront bientôt plus qu'un.

 

 

Fantasme ou réalité ? Espoir ou fait ? Folie ? Qu'importe. L'histoire s'est écrite, à Pondicherry.

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 06:12

Mamalapuram. Ou Muhabalipuram. Oui, les Indiens ont décidé de la faire simple avec les noms de leurs villes, qui existent en deux versions. Je pensais que ce n’était que le cas des grandes villes (Chennai = Madras, Mumbai = Bombay) mais je me rends compte que c’est la même pour les petites et moyennes bourgades. Ce qui facilite beaucoup mon périple… exemple : je dis que je veux aller a Mahabalipuram, et les gens ne me comprennent pas. Je pensais que c’était la prononciation iIndien 6ème langue, ça ne doit pas aider !). Et puis on m’a proposé d’aller à Mama. Je me suis dit : c’est le surnom affectif de la bonne restauratrice du village. Perdu, c’est le surnom affectif du village !

Direction Maha…ou Mama… donc, en bus, avec Youssef mon Couchsurfer, et 6 de ses potes. 5 nationalités : Tunisien, Soudanais, Chinois, Français et Taïwanais. Lorsque Youssef explique ça fièrement aux gens, je sens que le Chinois n’a pas l’air vraiment d’accord avec notre positionnement diplomatique sur le cas de Taiwan ! 
Le bus permet de tester pour la première fois les routes indiennes, fantastiques en comparaison avec les tanzaniennes. Nous nous arrêtons à la Madras Crocodile Bank, la plus grande ferme de crocodiles en Asie. 40 roupies l’entrée, l’équivalent de 65 centimes d’euro…ce serait dommage de se priver !
Des petits, des gros, des américains, des asiatiques. Certains sont menacés d’extinction, d’autres sont 40 dans un immense enclos. Mais ce n’est pas tant les crocodiles que…les serpents qui m’ont impressionné ! Vipères, mais surtout cobras !! Nous arrivons au moment où quelqu’un récupère le venin. Un Indien chope le cobra par la tête, l’incise, et, en réaction, le cobra ouvre sa bouche pour croquer. IMPRESSIONNANT ! J’avoue que ça m’a mis sur le cul. Le type a des énormes bottes, que les cobras attaquent de temps en temps. Et lui, serein, nous explique qu’en cas de piqûre il reste deux ou trois heures à vivre, selon l’espèce. En comparaison, les crocos ont l’air de petits chatons endormis (bon, je pousse un peu la comparaison !)

Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin

Arrivé à Mama, petite visite express pour le groupe qui n’est là que pour la journée. C’est dimanche, et il y a du monde partout. On voit quelques temples rapidement, puis direction la plage pour faire trempette. Le lieu est vraiment sympa, avec des rochers, les bateaux de pêcheurs et les maisons/hôtels colorés. Le Golfe de Bengale (car l’Océan Indien est techniquement au sud du pays) envoie quelques vagues, dont les surfers profitent (ce n’est pas Biarritz non plus !). Et puis c’est le moment de dire au revoir à Dragho (la même apparence) et bonjour à Antoine !

Mamalapuram, temples et venin

Mon deuxième couchsurfer est… lillois ! Rien que ça ! J’avais le choix entre quatre et il a répondu directement que la solidarité ch’ti l’obligeait à me recevoir. Il me récupère en moto et m’emmène rapidement faire un tour dans les campagnes environnantes, avec sa soeur Juliette (ancienne étudiante de Lille 2, en droit) et un de leurs potes. Antoine est ingénieur (école des mines), il est en V.I.E. ici, tandis que sa soeur cherche sa voie, à moindre coût ! Nous traversons les rizières et les palmeraies. Pas de doute, je suis bien arrivé en Asie. Beaucoup d’enfants nous font signe, les hommes et les femmes sont parfois à la récolte qui bat son plein depuis un mois.  Sur la moto, je ressens une intense liberté, j’ai envie d’écarter les bras et de crier “je suis le maître du monde !”. Bon, il faut tout de même se tenir ! 

Après un Call of Duty désastreux et une nuit à combattre les moustiques direction Mama pour enfin découvrir les attractions de la ville. Je mange à la cantine , pour 70 roupies (= 1 euro), riz, deux types de légumes, deux sauces. Ce pays est la paradis des petits budgets ! Un peu épicé par contre, pour changer..
La plupart des temples sont gratuits, et taillés directement dans la pierre. Magnifique. Les hommes sont sculptés, mais aussi les vaches, qui sont partout !

Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin

Les vaches sont donc partout, et.... ne serait-ce pas une chèvre qui prend la pose ?

Mamalapuram, temples et venin

Un phare trône là, au milieu des cailloux, sans trop que je comprenne pourquoi.

Mamalapuram, temples et venin

Direction ensuite le shore temple, le seul qui est payant (500 roupies tout de même !). La localisation est intéressante, puisqu’il est situé en bord de mer. Forcément, la vue n’est pas dégueu. Il y a beaucoup (beaucoup) moins de monde que la veille. Une partie est en travaux, un bâtiment de l’an 700 méritant bien une surveillance étroite. L’ensemble est classé Unesco.

Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin
Mamalapuram, temples et venin

Je termine ma visite sur le bord de mer, profitant du bruit des vagues. Un dernier petit tour à vélo pour aller chercher une carte SIM (j'y reviendrai), et je reprends la route, direction Pondicherry.

Mamalapuram, temples et venin
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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 05:24

Mon arrivée a été facile. Le taxi m’a emmené direction mon Couchsurfer. Celui-ci habite à quelques dizaines de mètres de l’océan. Localisation idéale. Lui est tunisien, il travaille pour une ONG, Save a turtle. Dès mon arrivée, je discute avec lui du projet, et surtout, de comment il est arrivé ici. Des études, un travail en Libye, du stop en Tunisie, on mélange le tout, et on se retrouve à Chennai. Son prochain plan : rejoindre Hong Kong, à vélo ! Des sacrés énergumènes sur ce site !
Nous allons voir son patron, où je me retrouve à manger ce que je crois être mon dîner. Perdu, c’était une sorte d’apéro-dîner. J’aime le principe. Le repas principal sera au domicile de son collègue, entrecoupé de chicha pomme. « Un tunisien sans chicha est perdu » m’explique-t-il. La nourriture n’est pas épicée qu’ils me disent, ou seulement un petit peu. Et si 1 euro = environ 70 roupies, une conversion mérite également d’être faite concernant la nourriture :

pas épicé = un peu épicé

un peu épicé = beaucoup épicé

beaucoup épicé = arrache la gueule

arrache la gueule = danger de mort

Du coup, j’ai un peu souffert (quand mon corps considère que c’est trop épicé, j’attrape le hoquet, réaction physique incontrôlable). Il y avait notamment une sauce à base de lentilles (dal ou samber), du riz (forcément, c’est de l’idly), une omelette, du riz trop cuit qui devient une pâte (du pongol (aucun rapport avec Sinama)), et des paratas (sorte de crêpes avec de l’huile). Ici, pas de couvert, on mange avec les mains… avec la main droite ! Pour le gaucher que je suis, c’est pratique !

 

Sans surprise, je dors jusque midi, petit décalage horaire oblige (4h30 je crois, mais je paye surtout ma nuit dans l’avion à côté du seul môme de l’appareil !). Je décide de marcher le long de l’Océan Indien. Le soleil est tropical, et je ne suis pas mécontent d’avoir l’air un peu frais de l’océan à mes côtés (qui n’empêche pas le coup de soleil sur mon poignet gauche).

Océan, port dans le lointain, sable fin et bruit des vagues. Côté paradisiaque. De l’autre, des déchets, des chiens qui cherchent dedans, des poissons morts, un enfant qui mendie et…. mais  qu’est-ce-qu’il fait le monsieur ?? Une chose que je n’avais pas encore vue, il fait caca sur la plage. Devant moi. RAB de ma gueule. Au départ, je pensais que c’était des crottes de chien. Mais il s’avère que la population se soulage sur la plage. Sympa ! Et j’ai au moins vu 6-7 types le faire. Je dois donc faire attention où je marche, et surtout, où je m’assois. Du coup, pas grand monde ne se baigne, et c’est interdiction de boire la tasse ! Humm. Certains endroits sont tout de même plus propres, et plus fréquentés. Lien de cause à effet, mais j’ignore quoi devance quoi. 

Je m'assois à plusieurs reprises, observant les garçons jouer au cricket, et les filles dans leur sari, tenue magnifique. Une quinzaine de kilomètres à être attentif à tout ce qui se passe autour de moi.

Chennai, rando-vélo et bébés tortues
Chennai, rando-vélo et bébés tortues
Chennai, rando-vélo et bébés tortues

23 heures, l’heure pour mon Youssef de m’emmener sur la plage pour… chercher des oeufs de tortue. Allez ! Et c’est ainsi qu’une cinquantaine de personnes marchent chaque jour sur la plage durant la saison de pondaison. Coup de chance, des bébés tortues sont nés il y a deux heures. Il faut qu’ils aillent jusqu’à l’océan. Vision incroyable de 14 bébés tortues rejoignant le large, se déplaçant avec difficultés, pour enfin parvenir à la liberté. Enfin, c’est le plan, parce que seulement 1% des naissances arrivent à l’age adulte. 
Nous ne trouvons pas de nid cette nuit, malgré les… 7 heures de marche ! Par contre un cadavre de tortue de mer est retrouvé. L’année 2017 est catastrophique en Inde pour l’espèce, ce sont les pires chiffres depuis deux décennies. Une des volontaires me raconte son expérience depuis plus de vingt ans, sa déprime vis-à-vis de la situation actuelle. Pêcheurs, marée noire, déchets, plastique, chiens… les raisons de mourir ne manquent pas. La solution semble être politique, mais le lobby des marins est bien trop fort comparé à celui des écologistes.

Après une nuit un peu plus courte, Youssef me file un vélo pour découvrir Chennai. Bonjour la circulation ! La métropole rassemble 9 millions d’habitants, et les pistes cyclables… quelles pistes cyclables ?
Qu’importe, ça ne m’empêche pas d’apprécier “the hottest city”, la ville qui attire aujourd’hui le plus en Inde. Je commence par la Theosophical Society, un immense parc où les religions cohabitent (c’est le principe du mouvement, qui considère que chaque religion possède un aspect de LA vérité). J’avoue y être surtout pour la nature, et les bâtiments d’aspect colonial.

Chennai, rando-vélo et bébés tortues
Chennai, rando-vélo et bébés tortues
Chennai, rando-vélo et bébés tortues

Pour la religion, il y a the place to be, la basilique Saint Thomas. Je rappelle qu’il est l’un des douze apôtres de Jésus. Or, j’ai appris qu’il aurait été assassiné en Inde ! Et son corps serait conservé dans la basilique. Bon, le conditionnel est de rigueur, puisqu’il est dit qu’il serait mort en + 72, et les traces archéologiques sont faibles.

Chennai, rando-vélo et bébés tortues

J’arrive enfin sur le lieu de Chennai : Marina Beach. C’est une plage immense, qui semble faire le bonheur de toute la ville (un monde fou !). Je grimpe sur le phare et je peux admirer l’ensemble, avec le port au fond, un grand stade de cricket ou encore la petite circulation (sic). Marina Beach est le lieu des manifestations, et Chennai en a connu beaucoup récemment (merci le courrier international), sur fond de corruption et de détournement d’argent public (heureusement que ces choses là n’existent pas en France…).

Chennai, rando-vélo et bébés tortues
Chennai, rando-vélo et bébés tortues
Chennai, rando-vélo et bébés tortues
Chennai, rando-vélo et bébés tortues

Pour ma dernière nuit, Youssef a une nouvelle idée folle : participer à l’organisation d’une course à pied. Réveil 3 heures du mat’, content. Et me voici en train de donner des verres d’eau et de crier “energy drink” à l’ensemble des coureurs. Attaqué comme jamais par les moustiques, je dois mon salut aux bouts de citron que l’on distribue : je me les colle sur le corps et ça fonctionne ! 

Chennai, rando-vélo et bébés tortues

De mes premiers jours je garde un très bon souvenir. Je m’adapte assez rapidement et la pauvreté ne me choque pas (je suis dans une ville et une région riche). Mon estomac n’a pas de problème. Bref, jusqu’ici, tout va bien.

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 13:32

Stade

FC Barcelone vs. Borussia Mönchengladbach
FC Barcelone vs. Borussia Mönchengladbach

Barcelone. Camp Nou : 99 354 sièges. Une arène, datant de 1957. Les sièges avec des couleurs blaugrana. Impressionnant. Pas de toit, c’est l’avantage d’être en Espagne.

FC Barcelone vs. Borussia Mönchengladbach
FC Barcelone vs. Borussia Mönchengladbach

Mönchengladbach. Borussia Park 54 057 sièges. Il date de 2004, et pourtant… il est mal terminé. Des gros tubes sont apparents à l’extérieur, et le gris est ultra-présent. Dommage, car l'intérieur n'est pas trop mal.

Barcelone 1 – 0 Mönchengladbach

 

Ambiance

Barcelone. Un stade de 99 000 places et un kop de… 500 personnes, à tout casser ! Forcément, ça fait tache ! Certes, j’ai l’habitude des grosses ambiances (Lens, Paris), mais même un supporter monégasque se rendrait compte de la supercherie ! Nous sommes dans un  stade de spectateurs, pas de supporters.

Mönchengladbach. Le kop, qui remplit tout le bas de la latérale, est devant nous, les supporters du RB Leipzig à côté. Et l’avant match promet ! L’entrée des joueurs est spectaculaire, ça chante, ça saute. Et puis… plus rien pendant 19 minutes du côté des supporters de Mönchengladbach. Les fans de Leipzig s’en donnent à cœur joie ! On ne comprend pas trop….jusqu’à ce qu’un décompte arrive à la 18ème minute et 50 secondes. 10 – 9 – 8…0 ! Et tout le monde, debout, se met à chanter. Le club a été fondé en 1900, et les supporters, en protestation (contre Red Bull ?), ont décidé de se taire jusqu’à la 19ème ! Qu’importe, le reste du match est très sympa, des chants, des sauts, et une belle ambiance, dans les deux camps.

Barcelone 1 – 1 Mönchengladbach

 

Football

Barcelone. Messi. Neymar. Si tu es fan de foot, tu comprends déjà. Devant nous, ce sont parmi les plus grands joueurs du monde. Le Brésilien impressionne par sa vitesse d’exécution (notamment les dribbles). Messi et son plat du pied font forcément rêver. La victoire est facile, 3-0 contre Bilbao. Enfin, le score laisse penser que c’était facile. En vérité, Bilbao a au moins dix coups à jouer, et Barcelone peut repartir avec une valise. Quelques mauvaises passes, et un niveau défensif qui fait peur (c’était avant le match contre Paris !). Ça joue par à coups, et la fin du match est sans suspense.

Mönchengladbach. Ce serait mentir que de dire que nous connaissions les joueurs de Mönchengladbach ou de Leipzig ! Thorgan Hazard, à la rigueur. Le reste, c’est du made in Bundesliga, et il faut bien admettre que l’on ne regarde pas assez ce championnat. Moins médiatisé ? Sans doute. Et c’est dommage. Parce que je suis sur le cul quand je vois le niveau technique. Ça joue vite, c'est précis, ça va vers l’avant. 90 minutes de régalade. Je pense qu’il y a eu au moins trente transversales, et elles ont toutes fini dans les pieds. Impressionnant. On comprend pourquoi on se fait déchirer à chaque fois en Europa League. Le score final est 2-1 pour Leipzig, avec un bon suspense. 

Barcelone 1 - 2 Mönchengladbach 

Le football est un sport qui se joue à onze contre onze, et, à la fin, c'est l'Allemagne qui gagne.

FC Barcelone vs. Borussia Mönchengladbach
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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 12:36

En route ! Voiture jusque la gare de Saint-Omer, train jusque Lille puis Roissy. Air India. Chennai. Taxi jusqu'à mon premier Couchsurfing.

Voilà ce qui est organisé. Le reste ? Hum, un plan. Une idée. Une envie. Ce trajet.

Road to India
Road to India
Road to India

Mais les plans sont faits pour évoluer. Il y a cinq ans, je croyais voir l'Australie à Noël, puis débarquer l'été suivant en Amérique du Sud. Le résultat fut très différent, mais tout aussi beau. 

C'est l'avantage de partir seul, et libre. Je peux changer quinze fois de parcours, ce n'est pas un problème : rien n'est réservé ! Ainsi, le Sri Lanka devait apparaître assez rapidement. Mais j'ai appris que je ne pouvais pas rejoindre l'île en bateau. De ce fait, mon premier parcours serait déjà différent de la première carte ! Je continuerai jusqu'à Madurai, et je ferai une bonne partie du Kerala, avant de prendre l'avion à Cochin. Affaire à suivre...

Après ces trois cartes, ce serait un départ pour le Népal. Quand ? Je pense à fin mai. Mais ce sera peut-être un mois plus tard. Ou deux. Ou pas de Népal du tout. Pas d'obligation. Si ce n'est de voir le Taj Mahal, faut pas déconner non plus.

J'essaie de vous envoyer des nouvelles régulièrement. 
Carpe Diem

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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 19:54

Il y a de ces questions si simplement posées qu’elles vous désarçonnent.

 

« Pourquoi tu pars ? » est celle qui m’a récemment déstabilisée. Je me suis retrouvé comme un con avec mes contradictions. Car je pars pour une multitude de raisons, notamment de celles que je n’ai pas envie d’exposer. Que je n’ai pas envie de ressasser. Lorsque l’on part, c’est qu’il y a, au fond de nous, un mal-être. Un sentiment d’insatisfaction. Personne ne quitte le bonheur parfait. Lorsque l’on s’y trouve, on ne bouge plus. On admire, on profite, on le vit à 200%, en sachant bien que ce n’est pas toujours éternel. Partir, c’est se dire que le bonheur parfait n’est pas actuellement au centre de ma vie. Et que je ne suis pas pleinement heureux.

 

Je pars donc je quitte. Je quitte une vie « bien rangée ». Un travail qui me plaît. Une maison et un village que je connais par cœur. Une famille et des ami(e)s. Je quitte une situation stabilisée, posée. Et c’est pour cela que je pars. Avant mes 30 ans, je veux vivre, une dernière fois peut-être, différemment. Différemment de ce(ux) qui m’entoure(nt). Je quitte une certaine routine, qui peut paraître comme un gros mot dans ma bouche. Je quitte un pays qui m’ennuie parfois. Souvent. C’est peut-être cela que je quitte le plus : l’absence de surprises dans ma vie. De rencontres. Un ennui.

 

Je pars donc je vais chercher. Une folie. Une vie de bohème. Quelque chose d’intense et de déstabilisant. Je pars pour me faire peur, pour me remuer, pour me mettre des bons coups de pieds au cul et pour en avoir plein les yeux, les narines, les oreilles et la bouche. J’ai faim de ce que le monde peut m’offrir, et j’ai l’impression d’avoir passé plusieurs années au régime. J’ai envie de tout voir, et de tout ressentir. Découvrir le monde. Rencontrer du monde. Je veux voir ce que la vie réserve aux fous qui, comme moi, décide de tout quitter pour mieux renaître. Car c’est peut-être cela que je cherche le plus : une renaissance.

 

 

Je pars donc je m’échappe. Ce n’est pas un départ physique, c’est une évasion, une fugue. Je veux quitter certains de mes souvenirs qui m’obsèdent, ou plutôt qui me hantent. Je fuis mon purgatoire.

 

Cela fait deux ans et demi maintenant. Je m’y suis plongé au cours d’un été, et je n’ai pas été capable d’en revenir. Je suis entre ciel et ténèbres, prisonnier de mes souvenirs, de mes décisions. Il y a de la souffrance. Mais aussi des moments de joie. Des questionnements. De temps en temps, des réponses. Mais ce n’est clairement pas le paradis. Et c’est ce que je veux retrouver. Y arriverais-je ? Je l’ignore. Mais j’ai pris cette décision dans cette optique. J’espère qu’elle sera la bonne.

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 22:02

J’avoue, j’ai eu un petit pincement au cœur. Un sourire a dû apparaître à ce moment-là sur mon visage, et j’ai baissé la tête. Elles se tenaient devant moi, tandis qu’un grand bruissement parcourait la salle. Vendredi. 15h. Mon derniers cours. Ma dernière classe.

 

Je vécu quatre mois formidables. Foooormidables. Car oui, même eux trouvent que je ressemble à Stromaé, avec mes cheveux courts. Eux, ce sont mes élèves. 150. 150 gamins. 150 adolescents et adolescentes. Au départ, je ne pensais pas être capable un jour de les reconnaître. Ils se ressemblaient tous pour moi. Et retenir leur prénom…. Et pourtant… Après ces quatre mois passés au collège, je pouvais les reconnaître entre 100. Ils étaient uniques. Chacun avait ses caractéristiques. Forcément, on retient d’abord les phénomènes, les plus bruyants, les plus bavards, ceux dont on répète le prénom dès les premiers cours. Puis, peu à peu, semaine après semaine, ce sont ceux qui lèvent la main pour participer, puis, à la toute fin, les plus timides. En corrigeant les copies je savais souvent à quoi m’attendre après la deuxième note. Il y a celui qui travaille. Et celui qui travaille moins. Certains ont leurs raisons, tout à fait excusables. D’autres sont flemmards, et préfèrent la play ou l’entraînement de foot. On dirait moi. A leur âge.

 

Mes derniers cours ont été un peu particuliers. Il y a une drôle d’atmosphère lorsque l’on annonce à ces 25 élèves que l’on s’en va. Enfin, ses 25 élèves. Car c’était devenu les miens. C’était à eux que je pensais le soir, en finissant, parfois (souvent) très tard, mes cours. C’était à eux que je pensais dès ma première heure de réveil, alors que je finissais mon petit-dej en regardant encore ma présentation powerpoint. Et c’était même eux qui venaient parfois me hanter la nuit, au plus profond de mes rêves. Professeur est un métier ultra-prenant. Encore plus quand on y croit. Et j’y croyais vraiment. Je croyais en chacun d’entre eux, parfois plus qu’eux-mêmes croyaient en leur chance. « J’y arriverai pas ». Non, tu y arriveras.

J’ai trop voyagé pour ça. J’ai trop vécu. Je sais la chance qu’ils ont d’être ici, dans une salle de classe, avec un professeur et des conditions de vie supportables, même si elles ne sont pas toujours idéales. J’ai vu l’Afrique Centrale, j’ai vu les gosses dans les rues d’Addis Abeba ou sur les plages cambodgiennes. Oui, certains ont des problèmes. Oui, certains ont une enfance compliquée. Et c’est justement pour ça qu’il faut se battre ici, à l’école. Qu’il faut y croire. Car c’est la seule vraie chance de changer tout ça. Encore faut-il s’en donner les moyens. Et, peut-être, rencontrer les bonnes personnes.

 

Je voulais être l’une d’entre elles. Je voulais qu’ils se souviennent de moi, comme moi je me souviens de mes très bons profs, de ceux qui m’ont un peu changé, de ceux qui m’ont un peu amené là. Alors j’ai tout donné. J’ai voulu faire des cours intéressants, et que les heures passent vite. Je redoutais l’ennui et l’indifférence plus que tout. Du rythme, du rythme, du rythme. J’arrivais dans ma classe avec une pêche d’enfer, et je repartais souvent avec une certaine satisfaction. Mais, pas toujours.

 

Avant-dernière journée de classe. Je renvoie une élève de ma classe. J’ai ressassé le moment plusieurs fois, cherché d’autres solutions. Il y a des moments où l’on est fier de soi, après un cours qui a bien fonctionné. Et il y a ces moments-là, où tu reviens chez toi avec de l’amertume et un goût d’inachevé. Je n’ai pas réussi à apprivoiser cette élève, je n’ai pas réussi à l’aider. Voulait-elle être aidée ? Je me pose la question. J’ai voulu essayer, peut-être pas de la bonne façon. Comment faire ? Je reste avec mes questions, sans réponses. Je trouverai peut-être, un jour, avec un peu plus d’expérience. Je l’espère en tout cas.

 

Néanmoins, je retiens surtout les sourires. Les rires. Les visages. Les yeux qui s’illuminent quand je mets la photo d’un zèbre. Et que je leur raconte une histoire de voyage. Mon dernier quart d’heure de cours, c’était ma vie. Un résumé. Je voulais leur expliquer qu’un petit gars né à Saint-Omer pouvait décider un jour de faire le tour du monde. Que rien n’interdit de rêver en grand, surtout ici, en France. Qu’il ne faut pas toujours écouter les pessimistes, les rabat-joie. Qu’ils n’ont qu’une vie, et que Carpe Diem.

 

Et ces filles, devant moi, avec un petit cadeau. Des chocolats. Des dessins. Des lettres. Quelques mots. Des élèves qui passent la tête à la porte. Une grande salve d’applaudissements. Une émotion. Mes premiers enfants.

Mes premiers enfants
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