15 août 2019 4 15 /08 /août /2019 14:28

Après 6 mois allemands, voici la deuxième étape du service militaire de mon grand-père : Châlons-sur-Marne, à partir du 8 avril 1957. Dès la première lettre, écrite le soir de l'arrivée, papy a un pressentiment « à première vue, je ne suis pas trop mal tombé ». Le lendemain, c'est confirmé « j'ai reçu mon affectation, je suis de nouveau dans un bureau!  […] nous avons été passés en revue par le colonel, il nous a dit que nous avons de la chance de venir là, et qui si nous ne faisions pas le con, nous serions les plus heureux de la Terre […] à part ça la nourriture n'a pas l'air d'être trop mauvaise, c'est surtout ça le principal. Ce soir je change de chambre, j'espère que je serai mieux que dans celle où je suis en ce moment car nous sommes trop nombreux à..... 32, ce n'est plus la piaule de Reutlingen où nous étions trois ! Enfin je serais sous la tente dans un djebel quelconque ça ne serait pas mieux ».

 

De retour en France, un mot apparaît de plus en plus dans les lettres « pour les PERMS, je peux prendre 24 heures tous les dimanches, où je ne serai pas de service. Mais vous savez chers parents 24h ce n'est pas lourd ! ».

 

Le 13 avril, papy a reçu une lettre « de Rousselet qui lui est à Tozeur en Tunisie. Il n'est pas gai, sous la tente isolée à 60km à la ronde, du sable partout, mal nourri, et presque pas de flotte, il se lave une fois par semaine, pour pouvoir en boire un peu plus et avec ça les coups durs sont à craindre dit-il car les fellagas vont se reposer par là, et c'est pour ça que ce poste là a été créé, alors vous savez chers parents je suis un rude veinard. […] PS : je suis grossi de 3kg ! »

 

Une semaine après son arrivée, c'est le retour au travail « vous savez chers parents, je suis vraiment un veinard, car je me retrouve magasinier au magasin des transmissions de l'école, je suis avec 4 anciens mais il y en a un qui a la quille et c'est moi qui vais le remplacer. Je vais changer de piaule sûrement jeudi, d'une chambre de 32 je vais passer à une de 4, plus d'appel, exempt de rassemblement, et de corvées, mais pas exempt de garde, enfin je n'ai pas le droit de me plaindre. Mon boulot consiste à donner aux élèves les postes qu'il leur faut le matin, et à les reprendre le midi, ou le soir, je vais apprendre aussi à les régler, et à contrôler leur état de marche, je travaille au son de la musique car il y a un poste qui marche en permanence (Europe 1 et Luxembourg) je suis vraiment très bien, la responsabilité que j'ai est assez importante, mais cela n'est rien car le boulot me plaît vraiment. […] 2ème canonnier Guilbert Alexandre, Service des transmissions, E.A.A. ».

 

Le 21 avril, « c'est vraiment une drôle de fête de Pâques qui se prépare pour moi car je suis de garde de ce soir 7h à lundi soir 7h, et en plus de ça mercredi matin je défile dans les rues de Châlons pour la venue d'un général, grande tenue, boutons astiquées, etc, etc, le grand merdier quoi ! Où sont les dimanches de Pâques où je montais sur les planches ? C'est loin tout ça.... mais ça reviendra, dans 18 mois !  […] tu sais chère maman, tu peux te rassurer, il n'est plus question de faire de la moto, car après un essai le colonel a dit que je n'étais pas assez lourd, car dans les virages je faisais de sacrées embardées, et si je n'avais pas rencontré un grillage je serai peut-être à l'heure qu'il est dans la région d'Honolulu ! Je viens de faire ma lessive, et pour un essai c'est pas brillant, car j'ai fait bouillir mon blanc avec..... des chaussettes de l'armée, et alors tout a déteint.... « putain » c'est pas jojo !»

 

Fin avril c'est la première permission, avec le train jusqu'à Paris Est, puis Gare du Nord, et direction Saint-Omer. « Mon retour s'est bien passé, à Paris j'ai vu Montmartre, mais je n'ai pas vu la tour Eiffel ! Enfin, ça sera pour la prochaine fois ! » A mi-mai, deuxième perm, « tu sais chère maman, je vais te donner du boulot à laver, c'est surtout pour ça que je repars ! ».

 

Les nouvelles de la famille arrivent aussi, ainsi pour sa grande soeur « j'espère que le ménage Massemin va mieux, il ne changera pas, elle doit l'user comme il est, mais c'est vraiment un drôle de coco ». Quelques mois plus tard « j'ai eu des nouvelles de Marie-Rose, elle m'a appris que son « fou » avait fait une démonstration de « brisetout », il ne changera pas ce con là, le plus qu'elle regrettait c'était le poste, vous parlez d'un fellaga ce con là, je vais finir par croire que sa place est à l'hosto à St-Venant, le plus malheureux c'est pour René-min ». Le mois suivant « le ménage a l'air d'être rétabli, enfin le « fou » avait plutôt une sale gueule, mais c'est l'habitude alors... » [j'en discute avec ma mère et ma tante, j'en apprends un peu plus sur ma famille et ses secrets!] De même quelques jours plus tard « bonjour chez Monique et si Hanscotte emmerde le monde, François n'a qu'à lui faire une grosse tête il a de grandes paluches lui ! ». C'est tout de même étrange de lire ces lettres et de remonter le passé. Papy me parle d'une comète qu'il a vue dans le ciel, de la défaite de ces « cons du LOSC » 7-1, de Jacques Anquetil ou des manifestations du 1er mai 1957.

 

24 mai 1957. « Je profite de ma lettre pour te souhaiter une bonne fête des mères chère maman, et je regrette bien de ne pouvoir te la souhaiter de plus près, car tu sais ici au régiment on s'aperçoit que sans sa mère on est bien perdu, surtout au début du service, avec le temps ça se tasse, mais tu sais rien ne peut te remplacer ».

Rose Dubois, la mère de papy

Rose Dubois, la mère de papy

Le 2 juin, « pour ma perm agricole j'en ai parlé au margis qui est au bureau, il me conseille de prendre mes 21 jours d'un seul coup, car plus tard on pourrait me chercher des misères pour les quelques jours qu'il me resterait à prendre, il me faut m'a-t-il dit un certificat du maire comme quoi grand-père tu me réclames pour la durée de la moisson, et que le maire certifie que je suis cultivateur ». Une perm justement arrive à la Pentecôte pour 48 heures. Fin juin, une nouvelle perm de 6 jours est posée « j'ai écrit à St-Omer pour demander des ustensiles de pêche car je vais faire l'ouverture ! ». De même pour le 21 juillet. Quant à la perm agricole, elle est posée du 7 au 17 août.

 

Très clairement papy est chanceux ! Ces lettres parlent plus des perms à venir que du travail, qui a l'air plutôt léger, et pas fatiguant pour un sou (« cette semaine le boulot est vraiment introuvable, et on passe le temps à jouer aux cartes et à discuter le coup »). A une époque où ils sont nombreux en Algérie, c'est un luxe ! Justement, dans l'un des trains du retour, il croise « le fils à Lanchan de la Panne, à qui grand-père a vendu un poulain, lui est en Algérie, il a un an de fait et c'était sa première perm, il est dans le bled, à Tizi-Ousou, et il est déjà 3 fois tombé dans une embuscade, et je vous prie de croire que c'était pas gai sur le quai de la gare de St-Omer en quittant son père et sa fiancée, ils étaient 4 qui repartaient en Algérie, et on ne voyait que des pleurs partout, et bien je vous prie de croire que malgré un moral à bloc ça fait une drôle d'impression de voir ça ».

 

Est-ce que mon grand-père se plaît à être un militaire ? Pas sûr. En tout cas, dans son discours, ça ne transparaît pas, au contraire ! Ainsi, à l'approche du 14 juillet, « je suis convoqué demain matin à Changy pour un exercice de défilé, mais j'espère bien me tirer des pieds, car le service transmission fait une sonorisation et j'espère bien en être car ça m'éviterait de faire le con toute la matinée avec un flingue sur l'épaule ». Deux jours plus tard, « j'ai bien reçu vos lettres, et celle que vous avez re-décachetée est celle de dimanche ? Je n'y comprends rien, car je suis sûr de l'avoir cachetée, peut-être que la censure est passée dessus, c'est certainement ça car c'est arrivé à un de mes copains d'Allemagne faut toujours qu'ils nous emmerdent, car nous ne sommes pas en Algérie et la censure n'a rien à voir à Châlons ».

 

Le 1er août, un peu d'animation « j'ai passé le permis de conduire poids-lourds, car avec celui-là on a le V.L. mais manque de pot, j'ai calé le moteur dans un demi-tour et j'ai monté sur une bordure donc je suis recalé […], alors Geneviève Mesmacre va être sœurette alors, il y a pas à dire chère maman, ta famille est une famille de culs-bénis ! Deux-trois curés, deux bonnes sœurs, des organistes !! (mon cher frère) si je vais au barouf avec tout ça je ne comprends plus rien ! »

 

Le mois d'août, c'est la perm agricole, qui permet à mon grand-père d'aider son père à la moisson. Enfin, pas que.... « je viens de rentrer à l'instant, et mon retour s'est bien passé […] à part une gueule de bois épouvantable tout va bien ! ». A peine rentré que papy enchaîne trois permissions en septembre (chaque week-end!) puis une autre pour la ducasse d'Eperlecques, et une bonne nouvelle : Follette a eu un petit toutou, j'espère que tout va bien, que la « mère et l'enfant se portent bien » !! surtout soignez les bien, grand-père ne parle pas de le supprimer j'espère ? Sacré Follette va ! ». Mais dans la lettre suivante du 18 septembre 1957.... « alors le petit toutou est crevé, pas de chance... ». Un peu de mouvement néanmoins « comme vous l'avez sans doute appris par la radio et les journaux, nous sommes consignés, et les gardes doublées, toutes les casernes de France sont en état d'alerte, parce que les Nations Unies sont en train de discuter sur l'Algérie, ils ont peur que les bougnoules se révoltent pour faire voir leur puissance, ici à Chalons il y a une équipe de Marocains qui arrangent un pont, ils sont 500 et ils ont dit que s'ils voulaient, ils se rendaient maîtres de toutes les casernes, ça a été rapporté à toutes les casernes, ça a été rapporté à l'état major, et depuis lundi c'est l'état d'alerte, 60 gars de garde tous les jours au lieu de 15, et armés avec ça, et défense de sortir du quartier, remarquez on n'y pense même pas ! ».

En octobre 1957, « j'ai essayé de capter « bébé lune » j'ai bien entendu des tips-tips, des tuts-tuts et des bips-bips, mais ils ne venaient pas de Spoutnik, et comme aujourd'hui il fait plutôt froid je reste dans le piaule, et... mer-e pour les Russes ».

Papy en permission, avec Follette

Papy en permission, avec Follette

Le 6 novembre, papy craque ! « cette fois c'est sûr je ne serai pas en perm encore cette semaine, car le quartier est consigné cette fois-ci pour la grippe, vous voyez un peu le bordel […] et vraiment j'en ai marre, j'en ai plein le cul, voilà la deuxième fois que ma perm va au panier et bien pour le moment je n'ai rien, je suis toujours dispo, mais je crois que je ne vais pas tarder à me faire « porter pâle » pour une bricole quelconque, et vraiment depuis que je suis à l'armée je crois que je n'ai jamais eu la boule aussi grosse sur l'armée, car c'est la deuxième fois qu'ils me roulent avec une perm ces salauds-là, il faut pas qu'ils me fassent défiler le 11 novembre avec ça, car je crois que mon flingue va plutôt se balader dans tous les côtés, je commence à en avoir assez de toutes leurs conneries, ça devient le vrai bordel […] c'est bien pour nous faire chier, il faut qu'ils trouvent toujours quelque chose, les bougnoules, les grèves, et vous voyez ça tombe justement pour le 11 novembre, un fait vraiment curieux hein ! ». Dis-donc, il est énervé ! Le contexte, c'est dans la lettre suivante « j'avais fait les plis, astiqué chaussures et boutons et préparé ma valise, rendez-vous compte du coup de foudre ! Et aussi sec je t'empoigne le stylo à bille et crac je vous ai mis au courant de la situation ». Tout en relativisant « remarquez que j'aurais tort de me plaindre car j'en ai déjà pas mal eu de ses sacrées perms, et franchement j'en connais pas mal qui voudraient bien ma place ». Comment la famille a-t-elle pris sa lettre de complainte ? Pas toujours bien à priori « j'ai bien reçu le colis et […] avec l'engueulade à grand-père […] une lettre de Saint-Omer (consolante), une de Monique (également engueulade!) »

 

Le 8 décembre, alors que papy se retrouve à nouveau en manœuvre, un PS : « il y a 14 mois que j'ai quitté Houlle, avec leurs politiques d'économie les grands chefs du gouvernement vont peut-être nous donner la quille à 18 ou 20 mois ?? ». Noël se passe en famille, je n'ai plus d'info du 19 décembre au 5 janvier. Dommage, car beaucoup a dû être dit à ce moment là. A moins que papy n'ait préféré tout annoncer à l'oral. Car la lettre suivante est essentielle : « demain je rends mon paquetage à Châlons, le séjour au camp est terminé, nous partons pour Marseille mardi soir à 6h avec le rapide Lille-Dijon, un wagon spécial en queue, et de là, Lyon, et le camp St Marthe près de Marseille où nous serons logés quelques heures avant d'embarquer, j'embarque le 9 vers midi sur le« raffiot » « la ville de Tunis » et destination Casa Tanger ».

 

L'info est confirmée, « d'après nos guides nous resterons à Casa même, j'espère me retrouver aux transmissions avec un boulot peinard pour les quelques mois qui me restent à faire. […] Canonnier Guilbert Alexandre 1/39e RA, Casablanca, Maroc ».

 

Là-bas, ça sera une autre histoire, avec la guerre d'Algérie...

[A suivre]

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 19:23

J'ai de la chance. Des vieux cartons chez mes grands-parents. Certains ont été rongés par... bah, des rongeurs du coup. Et l'un d'entre eux, quasiment intact, avec des cartes postales. Pas n'importe lesquelles, puisque des enveloppes arborent le bleu-blanc-rouge avec un « F.M. » en haut à droite (pour Franchise Militaire) tandis qu'un tampon « poste aux armées » en décore d'autres. Le carton contient 242 cartes postales (!) écrites par mon grand-père à destination de ses parents. Du 8 novembre 1956 au 29 janvier 1959, à un rythme très régulier, mon papy écrit. Il faut dire qu'à l'époque le téléphone était très rare (je ne parle pas d'Internet hein!). Allez, je vous emmène dans un voyage militaire assez particulier.

Papy fait son service militaire (1/3) : un hiver allemand (1956-57)

La première carte a été postée à Amiens. « Chers Parents, je suis arrivé à bon port, tout va bien. Je suis avec un gars de St-Omer qui va au 32ème aussi, nous partons ce soir. Bons Baisers. Alexandre. » Adressée à ses parents Elie Guilbert et Rose Dubois, elle est datée du 8 novembre 1956. Mon grand-père part de son village natal de Houlle et prend le train.

La durée légale du service militaire est alors de 18 mois. Mais les « événements d'Algérie » prolongent bien souvent le service, parfois jusqu'à 30 mois. On y reviendra.

 

Le lendemain, suite du voyage : « Je vous écris du centre d'accueil de Strasbourg, d'où nous allons être dirigés vers l'Allemagne. Je suis avec un gars d'Audruicq, et un de St-Omer et nous allons tous les trois sur le 111/32 qui est à Coblence parait-il. [...]Le moral est toujours 1m90 ! comme aurait dit Pierre et surtout ne vous faites pas de bile avec moi car ça va très bien. Je passe pour un veinard car la plupart des gars qui vont en Allemagne ont un frère en A. F. N. [Afrique Français du Nord], et la plupart en Algérie. […] Recevez chers parents mes baisers les plus affectueux et surtout maman ne te fais pas de bile car ça va très bien. Alexandre ».

 

Dans cette lettre trois choses intéressantes  : la première, c'est l'importance d'être avec des gens que tu connais quand tu pars seul ! Alors deux gars du même coin, c'est clairement un plus pour mon grand-père. La deuxième, c'est la destination, qui semble inconnue ! (« parait-il »!). Ça paraît fou ! Enfin, il y a la peur d'être envoyé en Algérie, et l'insistance de mon grand-père à rassurer sa mère. Quelque chose qui reviendra énormément dans les autres lettres.

 

Le 11 novembre, la lettre est postée à Reutlingen. C'est là que mon grand-père effectuera la première partie de son service. Où diable est-ce ? A deux heures de Strasbourg, plein Est ! Oui, en Allemagne ! A l'époque la France y a des soldats pour l'OTAN (les T.O.A.) mais lui fait partie des Forces Françaises d'Allemagne.

Papy fait son service militaire (1/3) : un hiver allemand (1956-57)

« Je reviens de la prise d'armes où nous avons assisté en spectateurs, deux de nos capitaines ont reçu la légion d'honneur par un Général […] ceci nous fait entrevoir un bon dîner. Pour la nourriture nous avons pas à nous plaindre, ce matin nous avons déjeuné du fromage et deux quarts de cacao, le plus dur c'est le réveil à 6h30 ! […] nous sommes en dehors de la ville et le paysage est très beau, devant nous il y a un grand mont qui me rappelle le mont Cassel. Dans la chambrée nous sommes déjà tous copains. Il y a un gars de Boulogne, un de Lille, nous sommes très bien, car il n'y a pas d'anciens avec nous pour nous faire de vacherie. J'espère que ça va toujours et que les betteraves s'arrachent. […] les copains me réclament pour faire une belote. Je vous embrasse bien tous les deux et surtout maman ne te fais pas de bile. Alexandre 2ème CST (canonnier, servant, tireur), 1ère batterie. » [24 régiment d'artillerie]

"Souvenir du 11 novembre 1956, Reutlingen"

"Souvenir du 11 novembre 1956, Reutlingen"

Le lendemain, il rassure sa mère à nouveau « j'espère que maman ne se fait pas trop de bile, car tu sais maman tu aurais tort, bien entendu ce n'est plus le bois de Houlle, mais après ce que racontait Guy Lips et compagnie, il n'y avait pas un mot de vrai, bien entendu la discipline est là, on ne fait pas à sa mode mais ce n'est pas terrible ».

 

Le 14 novembre, petit récit de sa vie de militaire. « Ce matin nous avons passé la visite d'incorporation, alors j'ai dit que mon cœur battait vite par moment. Ils m'ont pris à part et il m'ont fait mettre un appareil spécial. Il m'avait trouvé 16 de tension alors comme j'ai cru bon de dire que j'étais essoufflé par moment et que j'insistais, le major m'a demandé si je me foutais pas de sa « gu____ » et il m'a déclaré « bon pour le service […] nous ne sommes pas crevés au boulot nous faisons 7 km par jour, et encore nous avons un quart d'heure de repos toutes les heures. Nous sommes commandés par deux Marseillais dont la devise est « si nous en faisons trop ce jour-ci, nous ne saurons quoi faire demain ! ».

 

Le 18 novembre, Alexandre signale l'achat d' « un poste d'occasion que nous avons payé 8 000 francs à 12. Nous écoutons Radio Luxembourg et Europe 1 ». Oui, car dans la chambre ils sont douze ! « nous sommes la chambre la plus gaie de l'étage ! Nous avons un trompettiste qui a joué dans un bal, deux harmonicas, un chanteur (premier prix amateur à Amiens) et moi qui fait le zaz avec deux fourchettes et le casque lourd ! Nous avons du succès dans l'étage et notre chambre est enviée par beaucoup d'anciens ».

La caserne. le petit point bleu en haut à droite représente sa chambre.

La caserne. le petit point bleu en haut à droite représente sa chambre.

A partir de cette date, c'est l'instruction (à l'intérieur dans des salles chauffées, c'est mieux, car il fait – 12°C dehors! et parfois « il neige des flocons comme des pièces de cinq francs ! ») et des exercices (longue marche, tir au fusil, champ de manœuvre, même la nuit). La messe le dimanche, et parfois le cinéma, ainsi que... des piqûres ! (des vaccins)

 

Quelques demandes parfois. Le 26 novembre, alors qu' « il y avait trois doigts de neige », Alexandre demande « voudriez vous m'envoyer mes gants fourrés, car ceux de l'armée ne sont bons à rien ! Vous n'avez qu'à bien les envelopper je ne crois pas que ça doit coûter bien cher, je voudrais bien les avoir car quand on a froid aux mains, on n'est vraiment pas heureux ». Une semaine plus tard les gants sont arrivés, avec deux plaques de chocolat et des bonbons « ces friandises m'ont fait bien plaisir ! ». Un beau cadeau qui sonne comme une récompense « tous les samedis nous avons un examen, la première semaine j'ai été dixième, la deuxième j'ai eu la seconde place et cette semaine je suis premier sur 43 alors vous voyez chers parents que je ne suis pas encore si bête que ça ! » Du coup, le lendemain, après l'achat d'un rasoir électrique, Alexandre réclame un peu d'argent. Le surlendemain c'est des timbres, et trois jours plus tard, « un petit mandat siou plait » !.

La caserne sous la neige

La caserne sous la neige

Pour mon arrière grand-père, poilu de 14, les lettres s'attardent parfois sur le côté militaire, les pelotons, les régiments, le fusil etc. « souvent je pense aux histoires que tu m'as racontées ». Sans pouvoir toujours tout expliquer « tu me demandes ce que c'est que l'OTAN, je sais que le régiment en fait partie, mais je ne sais pas au juste ce que cela veut dire ! Il est question d'entraide atlantique... et je n'en sais rien. » A l'époque, c'est la guerre froide, quoique l'année 1956 soit plutôt chaude : en novembre une insurrection est réprimée à Budapest tandis que la France et la Grande-Bretagne font un fiasco diplomatique sur le canal de Suez. Pour mon grand-père, c'est clair : « ces salauds de Russes commencent à nous faire chier ».

Le fantôme de l'Algérie inquiète, surtout que certains de ses copains y sont, « alors ma chère maman, le jour tu attrapes le cafard en pensant que je suis ici, pense aux copains qui sont là-bas, exposés au danger, et qui ont faim, et que je pourrais être là-bas aussi moi ».

 

Le 23 décembre « une grande nouvelle, hier soir je suis sorti en permission de spectacle (jusqu'à une heure du matin) ». Un resto, un film « en couleur » au foyer « et en rentrant nous sommes entrés dans un petit bal de quartier, mais nous n'y sommes pas restés longtemps, car ici pour se faire comprendre « tintin » ». Le lendemain « un bon petit gueuleton [...] et après entre copains dans la chambre nous avons réveillonné !... avec les moyens du bord, ce fut le bordel dans toute la batterie, nous nous sommes couchés ce matin à quatre heures ! Vous voyez que l'armée a quand même du bon ! »

Papy fait son service militaire (1/3) : un hiver allemand (1956-57)
Papy fait son service militaire (1/3) : un hiver allemand (1956-57)

Après un gros mois de routine, deux semaines de manœuvres en février ! « Le pire c'est le temps car il neige la nuit et pleut le jour, alors vous voyez un petit peu le bourbier que cela fait ! Enfin on se console car il n'y a pas que nous qui sommes dans le merdier, car ici il y a une concentration incroyable de troufions, nous sommes au moins 10 000, il y a de tout, depuis des tanks jusqu'à de l'aviation, des paras, des tirailleurs marocains, algériens etc etc ». Pour mon grand-père ce sont les tirs aux lance-grenades, aux grenades antichars et anti-personnels et au lance-roquettes deux fois ! « Bien souvent je pense à toi tu sais grand-père et à tous les anciens de 14, et je me demande comment ils ont pu tenir pendant si longtemps dans cette vie de taupe ! ».

"Souvenir des 35 kms, février 1957, Reutlingen"

"Souvenir des 35 kms, février 1957, Reutlingen"

A carnaval, c'est la première permission d'une dizaine de jours. Mais au retour une mauvaise nouvelle « nous sommes tous séparés, la chambre est désunie, logée un peu partout […] on ne nous a pas encore parlé de l'Afrique et nous ne savons rien ».

Le 13 mars la nouvelle tombe « je suis passé bureaucrate ! Oui chers parents, je suis un gratte-papier, je travaille au bureau de batterie, et je suis à la disposition du Lieutenant Couturier, chef de peloton.[...] Pour le moment je classe le courrier comme le chef du bureau m'a appris et je suis chargé d'aller porter des papiers […] je suis muni d'une bicyclette et je ne me presse pas trop ! Pour la planque c'est la planque espérons que ça va durer. » Pour les autres de la chambre ? « tous les copains sont partis ou vont s'en aller ces jours-ci […] deux direction la Tunisie, 4 dans le Constantinois [Algérie] les autres Oran [Algérie]. […] Vous voyez que j'ai du pot hein ! ».

Le lendemain, le moral alterne « le plus dur c'est que tous les copains sont partis, je me retrouve tout seul de la piaule, ils sont en route pour l'A.F.N. Alors quand je pense à eux j'ai le cafard. Puis je pense à vous, et le cafard s'en va....... ».

 

La vie continue de l'autre côté du camp. Les parents d'Alexandre, plutôt content de son nouveau poste, lui écrivent tout aussi régulièrement, envoient des mandats, de la nourriture et des nouvelles. Ainsi sa sœur accouche : « Monique de nouveau mère ? Six filles, c'est vraiment pas de chance ».

 

Et alors que l'Algérie devait arriver au mois de mai voilà qu'une nouvelle tombe le 3 avril : « école d'artillerie de Chalon sur Marne, car nous sommes tous affectés là-bas, cela ne me déplaît pas car je serai en France […] le colonel nous a passés en revue à 11h et nous a fait un petit speech, en disant que nous étions des veinards ».

4 jours plus tard, mon grand-père quitte l'Allemagne et Reutlingen. Un séjour qui lui a plutôt bien plu -bonne bouffe, bonnes rencontres- et qui lui aura permis d'éviter l'Algérie par un gros coup de chance. Car le 7 janvier a débuté la bataille d'Alger, avec des attentats et des embuscades meurtrières pour les soldats français. Une chance pour moi aussi, je ne serais pas là à vous écrire ces lignes si mon grand-père était tombé là-bas !

Papy fait son service militaire (1/3) : un hiver allemand (1956-57)

[A suivre]

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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 11:33

Balance ton quoi ? Balance ton porc. Oui, me too. Depuis plusieurs mois (on va finir par remercier Weinstein... euh, non, ptet pas en fait!), les scandales s'accumulent. Des femmes dénoncent. Souvent des femmes connues. Le milieu du cinéma, puis de la télévision, la musique, les journalistes... De quoi faire délier des langues, de quoi donner un coup de fouet à de vieilles revendications. Car être une femme, encore aujourd'hui, c'est galérer. Oui, plus que nous les mecs. Je ne m'en rendais pas suffisamment compte avant ce phénomène. Ca m'a petit à petit ouvert les yeux.

 

Ca passe déjà par des « petites choses ». Je mets les guillemets, car c'est une expression que j'aurais utilisée il y a plusieurs années, alors que ce ne sont pas des petites choses. C'est important. Oui, les mots ont un sens. Les expressions. La langue française, machiste. Le sexe fort, c'est qui ? Madame LE ministre. Le masculin l'emporte sur le féminin (oui, même à 216 contre 1). L'écriture inclusive, celle où on affiche le féminin, peut sembler être un hobby de bobo parisien, car « il y a plus important ». Oui, il y a toujours plus important, mais en réfléchissant comme ça on ne fait plus grand chose. C'est un début, un premier pas. Casser des barrières, des frontières mentales inculquées depuis notre enfance, et l'école. Oui, l'école, l'éducation, comme toujours. Car le machisme s'apprend. Ce n'est pas inné. C'est notre société qui a amené à cette situation problématique (pour ne pas dire honteuse).

 

Femmes tuées sous les coups de leur conjoint. Viols. Agressions. Remarques. Combien chaque jour ? Combien parce que la victime est une femme ? Trop. Vraiment trop. En France, et dans le monde entier. Ce n'est pas comme une famine dans un pays lointain alors que le magasin du coin déborde de bouffe. Là, c'est à côté de chez nous. Et nous avons tous un rôle là-dedans.

Depuis le début du mouvement balance ton porc, je me suis plusieurs fois posé la question de mon comportement, de mes expériences passées. Qu'ai-je fait ? Ai-je bien agi ? Pourquoi j'ai dit ça ? Pourquoi je n'ai pas dit ça ? Et, finalement, est-ce que j'ai été un porc ? Oui, c'est bien ça aussi le sens de cette contestation féminine : nous amener les mecs à nous regarder dans le miroir. Ensuite ? Ca dépend de chacun de nous. A titre personnel, je vais vous raconter une histoire.

 

Il y a quatre ans de cela, j'ai rencontré une fille à Bordeaux. Un concours de circonstances, une interview en rapport avec ma thèse, un appartement fermé, une soirée... bref, toujours est-il que j'ai une petite histoire avec la demoiselle. Oh, non, pas une histoire d'amour, la distance étant, comme souvent pour moi, un frein (je suis rentré dans le Nord à ce moment là). Nous restons en contact régulier, j'apprécie cette fille, et nous nous revoyons deux-trois mois plus tard. Rien. Je suis un peu déçu, j'espérais quelque chose. Les contacts téléphoniques restent. Nous nous recroisons quelques mois plus tard. Elle me fait une mini-déclaration. Ce jour là, je sais que toute relation est impossible. Et, dans ma tête, je sais que je ne dois pas l'embrasser, au risque de la blesser quelques heures/quelques jours plus tard. Je l'embrasse. Quelques jours plus tard, je lui fais mal. Mentalement, sentimentalement. Elle m'en veut, me le fait bien comprendre par sms. Je fais l'innocent. Putain d'ego.

 

Est-ce que j'ai été un porc ce soir là ? Peut-être pas. Le mot est fort. J'ai néanmoins abusé de sa confiance. Il y a quelques mois, je lui ai envoyé des excuses. Un petit pas, qui ne répare par l'erreur du macho que j'étais ce jour là. Un petit pas quand même, qui a été bien reçu.

 

Nous faisons tous du mal à quelqu'un, un jour. Je ne connais pas de saint, et je ne pense pas que ça existe. L'idée, c'est de reconnaître nos erreurs, et d'éviter de les refaire.

 

Le mouvement me too/balance ton porc me fait surtout reconsidérer mon comportement aujourd'hui avec les filles (à mon âge je devrais dire les femmes, mais je n'y arrive pas !). Comment les draguer par exemple ? Quand tu es célibataire, c'est un peu l'une des grandes questions de ta vie ! C'est un vrai dilemme pour moi, notamment en soirée. Il m'arrive de danser. Souvent des rocks. Je trouve parfois des partenaires de danse. Certaines me plaisent. Parfois, j'ai l'impression que nos rocks endiablés (oui, je me débrouille!) pourraient mener à quelque chose de différent. Comment en être sûr ? Comment interpréter les signaux ? Et là, c'est le drame ! Car il n'y a pas de recette miracle. « y'a un signal là ? Elle m'a regardé plus de 5 secondes d'affilée dans les yeux, c'était le signal, non ? Elle a remonté les bras au niveau de mon cou, c'est un signal ? Elle a dansé huit fois d'affilée avec moi, c'est un signal ? » [ceci est une conversation avec moi-même, oui, nous ne sommes pas seuls dans ma tête!] En vérité, il n'y pas de signal. Et je me retrouve comme un con, et avec mon ancienne maladie (que certains ont appelée révillonite). Du coup, je n'ose plus. Je n'ose plus, car je ne veux pas être le mec lourd qui pense qu'une danse ça veut dire qu'on peut essayer d'embrasser sa partenaire. Je n'ose plus, car je ne veux plus embrasser une fille juste pour l'embrasser, au risque de la blesser plus tard. Je n'ose plus, car je ne veux pas être un porc, qui pense avec son sexe au lieu de son esprit.

[...]

Et le cœur, dans tout ça ?

[…]

Quel cœur ?

[...]

Alors oui, balance ton porc a eu une réelle influence sur moi. En bien je pense (tout en étant loin d'être parfait). Je soutiens les filles dans les conversations avec mon coloc sur les thématiques féministes. Je me pose des questions sur les blagues que nous faisons entre mecs, de celles où l'on rit grassement. Je m'interroge sur le rôle des films, des clips, de la musique dans les rapports hommes/femmes. Et j'essaie de faire prendre conscience aux mecs, à chacun d'entre nous, que nous avons un rôle à jouer.

 

C'est ça, l'homme du XXIème siècle devra être féministe.

Etre un homme au XXIème siècle
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11 juillet 2019 4 11 /07 /juillet /2019 07:51

Dire qu'il y a deux ans j'ai hésité. La Guyane, en ai-je vraiment envie ? Le contexte était celui-là : je revenais de trois mois en Inde-Sri Lanka-Népal, et je voulais me poser quelque part. Alors, à quoi bon traverser l'Atlantique et me retrouver, à nouveau, loin de ma famille et de mes ami-e-s ? Et finalement le départ est devenu l'évidence.

 

Franchement, je n'ai jamais regretté mon choix. J'ai adoré la Guyane, j'ai aimé mon temps là-bas, j'ai été heureux pendant deux ans. Et je pense que beaucoup que j'ai côtoyé ont vécu cette région comme moi. Car au-delà d'une image déplorable en métropole (le mythe des moustiques-araignées-serpents à tous les coins de rue), tout est extraordinaire, que ce soit les paysages, les activités (une fusée qui décolle tout de même ou de la pirogue en pays amérindien, c'est fou!) ou la vie sauvage (que d'animaux ! Et dire que des singes venaient me saluer le matin quand je corrigeais mes copies). Je n'insiste pas là-dessus, j'ai assez écrit sur mes balades. Je n'évoquerai pas non plus la misère, tous les problèmes, et une métropole qui ne fait rien, même si je l'ai bien en tête. Non, aujourd'hui je veux évoquer le reste, de ceux qui ont fait mon bonheur.

 

Je commence forcément par ma colocation. Car j'ai trouvé là-bas, très vite, une deuxième famille. La solitude en Guyane ? Je ne l'ai pas connu. Et c'est grâce à eux. Tim naturellement, Julie, Lise, Jérémy, Margot pour la première équipe (comment ça j'ai oublié quelqu'un?!), Guillaume, Zoé, Maïté pour la seconde. Une colocation de cinq personnes, parfois six (coucou Rinio!), parfois plus avec les Couchsurfers ou la famille/les ami-e-s en visite. Une salle de bain, une petite cuisine. Une maison que j'ai découvert.... disons en mauvais état ! Et qui est devenue pour moi la maison du bonheur. J'ai passé une bonne partie de ma première année à bosser et mes instants de repos étaient avec eux, en leur compagnie, sur une terrasse qui est le lieu de vie principal. Des apéros pour Tim, des barbecues... pour Tim aussi ! Et des débats à n'en plus finir sur le féminisme au XXIème siècle (comment ça pour Tim aussi?!). J'ai rencontré des colocs engagés, plein de vie, plein de projets, plein d'amour. Des jeunes de mon âge arrivés comme moi, sans famille, sans ami-e, prêt-e à quitter tout ça pour découvrir et se découvrir. J'étais dans mon moule, l'intégration était trop facile. Et c'est comme ça à l'échelle de la ville. A peine arrivé que tu connais 100 personnes, et tu te retrouves à faire le marché comme Chirac à la veille d'une élection (« bonjour ça va » en serrant 50 paluches). SLM c'est petit, tout se sait, alors la colocation est devenu le lieu du partage des petits secrets, le lieu de divulgation des ragots, de la rumeur, et, parfois, des petites prises de têtes. C'est le jeu, c'est le caractère de chacun, et ça va très certainement me manquer si je me retrouve l'année prochain en solo dans un petit appartement (rien que de l'écrire je souffle).

La deuxième fournée de coloc arrivée à l'été, après un démarrage en fanfare (je ris bêtement), ce fut le temps du temps. Les cours sont prêts, allons-y pour créer une vie de coloc comme je la voulais. C'est beaucoup passé par la nourriture (à la fin ça s'équilibre de toute façon), et, aussi, par les voisins. Car cette année nous avons découvert les gamins du quartier, et tout a changé. Des petites têtes sont apparues autour de la terrasse, puis dans la piscine. Ce fut du plaisir pour eux, pour nous aussi. Francisco, Merlando, Ramona la chouchou etc. (je ne fais pas la liste, ils sont très nombreux!). C'est d'ailleurs à eux qu'on n'a rien dit, jusqu'au bout quasiment, sur notre départ. J'ai vu la tête de Babouch quand mes deux colocs expliquaient qu'ils allaient déménager. Moi, j'ai été lâche : « je pars en vacance ». Et on se retrouvera, un jour, Inch'Allah. Pas envie des pleurs.

 

En vérité, le plus compliqué fut surtout de dire au revoir aux élèves. Ceux que j'ai côtoyé pendant deux ans, à raison de 5h par semaine pour certains. Ils ont été formidables. Franchement, j'ai rien à leur reprocher, je devrais juste les féliciter. Et je leur ai dit d'ailleurs, merci pour tout, vous êtes géniaux, grâce à vous j'ai été heureux dans mon boulot pendant deux ans, je me sentais utile, ayant un impact sur le monde de demain, et vous allez tout casser au bac. Soyez heureux, je ne vous oublierai pas. Depuis, j'ai oublié 20 prénoms. Bon.

Au boulot j'ai aussi eu des collègues qui sont devenus des ami-e-s. Ce n'est pas toujours le cas, et je réalise la chance que j'ai eu. Des jeunes de mon âge (ce qui n'était pas du tout le cas dans mon précédent collège) avec qui j'ai fait la fête, voyagé, partagé. Augustin et Anaïs, Victor (et Marjo, comment ça tu ne travaillais pas avec nous?!), Pierre, François le mythe.

 

Et puis SLM ce sont les autres. De ceux que je n'ai pas encore cités une fois, mais que je croisais souvent, au détour d'une rue ou d'une rangée de Super U. Des visages, des sourires, et parfois un peu de vomi en fin de soirée (la personne saura se reconnaître). A SLM j'ai continué de vivre ma jeunesse éternelle, même si je répète de plus en plus que je suis vieux. La coloc voisine, les bargettes forcément, un gang de Paramaribo, quelques partenaires de rock, mes coéquipiers du foot, et les autres. Car le bonheur, c'est les autres.

 

Et pourtant, ce serait mentir de dire que ce départ m'a bouleversé, ou même ému. En vérité, ce fut très simple, presque une évidence. Je savais au fond de moi que je n'étais que de passage (nous le sommes tous d'une certaine façon!). Et c'est peut-être la force des au revoir/adieu régulier depuis 10 ans : ça me touche de moins en moins. Mon cœur se fane ? Peut-être. Mais je crois surtout en la vie. Les plus proches de ceux-là, je vais les revoir, certains dès cet été, d'autres au détour des routes, ou, par surprise, dans un autre Super U. C'est la vie. C'était ma vie guyanaise. Elle était belle. La suite le sera aussi, j'y crois.

 

A faire en Guyane

Décollage d'une fusée

Iles du Salut

Camp de la transportation

Chutes Voltaire et vieux Broussard

Nuit en carbet

Marais de Kaw

Descendre/remonter le Maroni en pirogue

Saül

Pondaison des tortues

Lac de Petit-Saut

 

Aller au Surinam

Aller au Brésil

Aller au Guyana

Deux ans de Guyane, le bilan
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22 juin 2019 6 22 /06 /juin /2019 23:42

Le plan était limpide : je récupère une pirogue à Saint-Laurent, direction Maripasoula. La remontée du Maroni devait me prendre une journée, deux en cas de souci. A Maripasoula je récupère un avion, et je pars au milieu de la Guyane, au coeur de la forêt amazonienne, Saül.
Mais (car il y a un mais), j'ai mal au ventre. Ca m'a pris jeudi après-midi, je vous passe les détails, je suis au bout de ma vie (comme chaque homme un peu enrhumé). Pour la pirogue c'est foutu. Maripasoula me passe à nouveau sous le nez. Saül ? Allez, ça va passer ! Je trouve par miracle un ticket d'avion et je débarque lundi après-midi.
L'avion en Guyane ? Vous imaginez une forêt. Sans fin. Eternelle. Un océan vert, un peu vallonné. Et, de temps à autre, un trou au milieu de la forêt.

Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Ces trous, ce sont des sites d'orpaillage. La Guyane est malade de ses richesses naturelles, comme beaucoup d'autres pays (notamment en Afrique). Le sous-sol est aurifère, les rivières ont des pailettes d'or, et certains sont prêts à tout pour les attraper. Qui ? En Guyane, ce sont essentiellement des Brésiliens au début de la chaîne. Ce sont eux que l'on retrouve sur les sites, les fameux garimpeiros. Ils sont régulièrement pourchassés par les militaires français (opération Harpie), ils reviennent néanmoins à chaque fois. Les chantiers clandestins sont nombreux en Guyane, et le butin s'élève à des centaines de millions d'euros chaque année (entre 5 et 10 tonnes d'or, à titre comparatif, l'orpaillage légal c'est environ 1 tonne d'or...). En cadeau, du mercure, et des cours d'eau pollués... Les opérations militaires ont repoussé les orpailleurs un peu au loin de Saül, afin de ne pas décourager les touristes, mais la situation reste préoccupante dans toute la région... (le sujet mériterait beaucoup plus de recherches, mais ce n'est pas le thème du jour !).

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Nous arrivons à Saül, je vois une piste au loin - la piste de secours je pense - quoi ? c'est la vraie piste ??! Mais attendez, la terre battue, c'est seulement pour du tennis, pas pour un avion ?! Quoi Roland Garros ??

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Ca plante d'entrée un décor ! Saül est un village isolé : pas de route, pas de cours d'eau réellement emprunté. Le seul moyen de s'y rendre sans mettre une semaine : l'avion ! Tout arrive en avion, les touristes comme moi, les habitants qui doivent aller à Cayenne, le médecin qui est dans l'avion du lendemain pour sa visite mensuelle, la nourriture, les boissons, et autres qui débarquent dans l'avion cargo qui me suit. Pas de voiture, ici les gens se déplacent en quad ! Et encore, quand ils se déplacent...

Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Car Saül, en plus d'être le premier roi d'Israël selon la Bible, est un petit village. Très petit ! 60 habitants à tout casser quand nous y sommes. Le village tient son nom d'un chercheur d'or originaire de l'île de Sainte-Lucie (une grosse partie de village a des origines à chercher là-bas). Au début du XXème siècle, en pleine fièvre de l'or, le village comptait plusieurs centaines d'habitants (plus de 400 encore en 1960).

Il reste aujourd'hui une église sympa (la seule à deux clochers en Guyane), une école (où l'instit a tous les niveaux), une mairie etc. Et, aussi, le bureau du parc amazonien de Guyane, le plus grand parc de l'Union Européenne, c'est d'ailleurs surtout pour ça que nous sommes ici : nous voulons voir la nature !

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Quand je dis nous, ce n'est pas ma copine et moi (désolé les amateurs de croustillant !), mais mon collègue Augustin, son père et son cousin. Un peu la famille donc (le premier nommé étant un très bon copain, malgré un niveau plus que limite au football -il n'a pas Facebook je peux être honnête !).

Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Au programme à Saül, des randonnées au nom évocateur : Belvédère, Gros arbres, Roche bateau, Mont la fumée, Grand boeuf mort... bon le dernier interpelle un peu ! Sur ces chemins, des points de vue, quelques vestiges d'orpaillage traditionnel, des polissoirs amérindiens, ça monte, ça descend et, sans surprise, il y a des arbres !

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Mais quels arbres ! Des arbres tellement immenses que je n'arrive pas à vous les mettre en un seul morceau ! Des formes chelous, des racines hallucinantes.... la forêt guyanaise dans toute sa splendeur !

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

En plus des arbres il y a les criques (le nom guyanais pour n'importe quel petit cours d'eau). Des baignades pleines de fraîcheur dans un décor d'Eden.

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Saül c'est aussi ses animaux. Mes premiers toucans, pas faciles à capturer avec l'appareil et les yeux, mais magnifiques à voir passer. Quelques oiseaux, une tortue dans une flaque d'eau, des papillons (allez le morpho, déploie tes ailes !)... et, roulements de tambours... le truc le plus fou !

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent
Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Je vous présente un drymoluber dichrous (également appelé couresse sévère) et un aigle blanc !

Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Que s'est-il passé ? Connaissez-vous le rat et l'huître de Jean de la Fontaine ? Peut-être pas tous. Mais je suis sûr que vous connaissez sa morale. Car notre aigle blanc est un amateur de serpents... et il aperçut une couresse sévère. Celle-ci (ou celui-ci ?) se baladait tranquillement sur le chemin. L'aigle blanc se jetta sur sa proie, mais il eut apparemment un peu trop confiance en lui, et sous-estima son adversaire. Par un ippon à la Teddy Riner, la couresse blanc retourna l'aigle blanc et lui fit un manoeuvre d'étouffement. Et tel est pris qui croyait prendre...

Saül, la fable de l'aigle et du serpent

Notre photo a fait jaser jusque dans les bureaux du parc amazonien, ils étaient tous sur le cul ! (et un vrai débat a eu lieu pour savoir c'était quoi l'oiseau). A titre personnel, j'ai eu l'impression d'être au milieu d'un des documentaires animaliers de France 5 sur lequel tu tombes quand tu rouilles dans le canapé un dimanche après-midi pluvieux.


Bref, deux jours de pleine nature à Saül que je recommande à tous ceux qui souhaitent du calme et du temps pour réfléchir, penser, lire, écrire etc.

Saül, la fable de l'aigle et du serpent
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16 juin 2019 7 16 /06 /juin /2019 19:59

Il y a des pays dont nous ne savons rien. Prenez en Europe la Moldavie par exemple. Un point sur la carte, un drapeau, une équipe pas terrible lors des éliminatoires de la Coupe du Monde de football. Qui habite là-bas ? A-t-on déjà rencontré un Moldave ? Qui est le premier ministre ? C'est quoi l'histoire ? C'est connu pour quelque chose ? Pour la plupart d'entre nous, il n'y a pas de réponse à ces questions. C'est l'inconnu. Le Guyana, en Amérique du Sud, c'est la même chose. Déjà, les gens confondent la Guyane et le Guyana. La Guyane est une région française, le Guyana est un pays indépendant. Qu'est-ce qui s'y passe ? Même en Guyane on ne sait pas ! Il y a bien des rumeurs "Georgetown est dangereux", "faut faire attention" etc. Mais c'est souvent des "on dit". 5 jours devant nous. Allez, en route !

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

Clairement, ça fait un peu expédition. Nous traversons le Maroni en pirogue pour rejoindre le Surinam. 2 heures 30 de route pour arriver à Paramaribo. Le temps de se recharger en sushis et de perdre quelques dollars au casino... La suite, c'est 5h de route à travers les canaux et les polders du nord du Surinam... sacrés Néerlandais ! Ils voient de l'eau, ils font des canaux ! (enfin ce sont surtout les esclaves qui les ont faits...).  Nous arrivons à la frontière, Nickerie, où la douane est... fermée ! Bon, c'est embêtant. Nous apprenons également que le bateau qui fait la traversée ne fonctionne pas le jour même. Oups. On aurait peut-être du regarder avant ! Le lieu est bizarre, la douane, 4 maisons, et de la forêt. Mon collègue Augustin décide d'aller voir dans les maisons, il trouve les douaniers, l'un d'eux sort et vient faire nos tampons. Deux moments gênants : il me regarde et dit "on se connait !". Euhhhhhh. Il me montre un tampon sur le passeport de l'aéroport de Paramaribo, et me dit "c'est moi qui l'ai fait !". Apparemment je ne passe pas inaperçu au Surinam ! Deuxième moment gênant lorsqu'il nous glisse "vous auriez pas quelque chose pour que je puisse le donner à mon commandant, une bière peut-être ?" Euhhhhh. C'est un appel à la corruption ? Bon, il est un peu timide dans sa corruption, nous résistons. Les tampons sont faits. On reprend la route vers "nouveau Nickerie" (ils ne se font pas chier pour trouver le nom des lieux ici !). Et là c'est une nouvelle pirogue pour enfin entrer au Guyana, nous franchissons la rivière Corentyne (Corentyne c'est ça ?) et nous voici à Springlands !

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

Springlands et ses plages de rêve.

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

Springlands et sa douane moderne.

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

D'entrée nous avons une vision un peu apocalyptique du Guyana ! C'est le pays le moins développé d'Amérique du Sud si l'on regarde les statistiques. On est en plein dedans ! 3 heures de route de plus, on passe à côté de New-Amsterdam (aucun rapport avec New York) et on débarque enfin à Georgetown. Nous avons choisi un petit hôtel sans prétention...

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

Avec moi, mon coloc Tim, et mes deux collègues Pierre et Augustin. Un voyage entre mecs à travers le pays le plus connu du coin pour ses prostituées... Bon, on n'y est pas pour ça !
Direction le coeur de la ville avec le marché de Stabroeck (l'ancien nom de la capitale). Un bâtiment sympa vu de devant... l'arrière est plus défoncé.

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange
Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

Les petits marchés sont partout les mêmes dans le monde ? Non, clairement pas ! J'imagine par exemple très mal une vente de tortues sur un marché de Provence.

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

De façon générale les animaux ont un traitement très différent des normes européennes. Les chevaux sont utilisés comme engin de transport, les boeufs, les ânes, les chèvres et même un cochon traînent aux alentours ou sur la route ! Certains disent parfois que les chiens sont mieux traités que les hommes dans nos sociétés.... pas partout, clairement !

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

Le centre-ville de Georgetown est connu pour son architecture coloniale. Le parlement et la cour de justice sont des bons exemples.

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange
Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

Bon ça a l'air propre et bien entretenu... c'est plutôt des exceptions. Ainsi la mairie, avec fenêtres manquantes et fissures... les travaux devraient commencer prochainement ! (on parle quand même de la mairie de la capitale du pays)

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

Le musée national est une plongée dans le temps... au sens propre ! J'imaginais découvrir l'histoire du Guyana, l'épisode de la colonisation britannique après le départ des Hollandais, peut-être un peu d'histoire améridienne... et je me retrouve avec un musée qui date de la période coloniale ! Des vieilles cartes, des vieux panneaux, des trucs bien glauques qu'on n'ose plus faire aujourd'hui (pleins d'animaux empaillés, des foetus...) Hummm

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

Il faut être honnête, le Guyana est un pays étrange, et Georgetown est à son image. Pensez, plus de la moitié de la population du Guyana est originaire d'Inde. Etrange sensation que de se balader dans Georgetown et de reconnaître Bombay ! Comment est-ce possible ? Retour à la période coloniale...

Après avoir aboli l'esclavage en 1833, les Anglais mettent en place l'indenture, un statut de travailleur engagé : concrètement, des Indiens d'Inde sont recrutés et envoyés dans les colonies britanniques en Afrique et en Amérique. Pourquoi eux ? Ils sont plus dociles et respectueux de la discipline que les Africains, ils ont l'habitude de travailler sous la chaleur et dans cet environnement, et ils coûtent beaucoup, beaucoup, beaucoup moins cher que les Européens !

Cöté histoire, il y a également le temple du peuple ! Une secte créée par un révérend américain dans les années 1950 qui décide d'acheter des terres au Guyana et de faire déménager ses fidèles là-bas. En 1978, après avoir fait tuer un membre du congrès américain venu enquêter, le révérend oblige tous les fidèles à se suicider... 910 morts, principalement par empoisonnement au cyanure...

Bon, y'a pas que ça hein ! Mais c'est vrai que les informations sur le pays et sur la ville restent limitées malgré notre présence sur place. On va faire un peu la fête avec les locaux... dans l'aile d'un supermarché (avec de la musique qui rend sourd !), on regarde la finale de la Ligue des Champions dans un pub où on croise quelques Blancs, on se retrouve aussi dans un bouchon un peu fou, où un camion est en travers (on apprendra plus tard que le camion a tué une piétonne et que les habitants en colère ont mis le feu au camion !).

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange

Qu'est-ce qu'on en retient de ce voyage ? C'est qu'importe la ville ou le pays, c'est toujours sympa de partir avec les copains. Alors nous avons fait la fête au retour à Paramaribo, Surinam et on est reparti à Saint-Laurent du Maroni, autres lieux de l'étrange. Allez, je finis avec le drapeau du Guyana, comme ça vous l'aurez vu !

Le Guyana, des Indiens d'Inde au pays de l'étrange
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9 juin 2019 7 09 /06 /juin /2019 16:56

Cela fait quelques mois, deux-trois ans peut-être, que la question arrive chaque été. Paris est bondé, Barcelone et Venise aussi, les habitants se rebellent et certains commencent à le clamer haut et fort : enfoirés ! Repartez chez vous ! Le tourisme est-il devenu un problème ?

 

Ce n'est pas forcément nouveau. Déjà, il y a 10 ans, alors que je voulais visiter le Louvre, je découvrais, effaré, la queue devant la Pyramide. Une heure d'attente l'été, à zigzaguer avec une moitié d'Asiatiques et deux tiers de touristes. Les Parisiens ? Ils ne sont pas fous, ils esquivaient le Louvre à cette période ! Ma surprise augmentait devant la Joconde : un cordon de sécurité l'entourait, et de drôles d'individus la prenaient en photo. Oh, regardez bien, c'est l'époque où les smartphones n'existaient pas... aujourd'hui je présume que tout le monde a son téléphone dans la main, et que l'on doit faire la queue afin de pouvoir faire un selfie avec !

Les touristes, ces salauds !

1,4 milliard de touristes dans le monde en 2018, dont la moitié en Europe. C'est 500 millions de plus qu'il y a 10 ans. Le tourisme se démocratise, et je connais de plus en plus de personnes qui prennent l'avion pour découvrir un autre continent. Est-ce un problème ? Oui disent en chœur les défenseurs de l'environnement. La pollution émise par les avions est en effet un problème de plus en plus important. La mode, depuis quelques mois, est de dire qu'on arrête de prendre l'avion. Bon... ça m'embête un peu cette histoire !

 

Car le tourisme n'a pas que des mauvais côtés. Comme la voiture d'ailleurs. C'est bien beau de dire que la voiture pollue, mais si on n'évoque pas le côté pratique de l'outil, on passe à côté de beaucoup. Le tourisme a ses mauvais côtés, je vais y revenir ensuite, mais il a aussi des bons côtés (pas seulement économiques). Les rencontres entre les peuples peuvent être exceptionnelles : on se côtoie, on apprend sur l'autre, on respecte les différences. Le voyage ouvre l'esprit, le voyage forme la jeunesse. Et le voyage est une sacrée source de bonheur !

 

Mais si tout le monde voyage autant que moi, en aura-t-on assez d'une seule planète ? Sans doute pas. Il y a quelques années, j'étais fier de prendre l'avion. Moi, le fils de parents qui n'avaient jamais pris l'avion ! C'était un surclassement social, la preuve d'une réussite. Aujourd'hui, je ressens de plus en plus de gêne, et ça n'ira pas en s'améliorant. Comme les habitants des années 60-70, heureux d'obtenir leur première voiture, prêts à faire des kilomètres juste pour faire des kilomètres, et qui aujourd'hui choisissent leur vélo pour aller chercher du pain. Les temps changent, le monde évolue, et ma consommation d'avion devra diminuer ces prochaines années. Sinon la planète m'en voudra.

 

Voyager, c'est aussi découvrir des lieux très connus. Et quand je prends une photo, que je la partage, ça donne envie à d'autres personnes de découvrir ces lieux. Cercle devenu vicieux. Exemple de Ko Phi Phi, avec la baie de Maya. La Plage, celle du film avec Di Caprio. Quand j'y suis allé en 2012, j'avais un peu halluciné du monde, alors que d'autres lieux de Thaïlande étaient plutôt paisibles. Aujourd'hui cette plage est fermée... jusqu'en 2021 ! Le problème ? Trop de touristes, trop de dégâts. L'eau bleue était devenue sombre, presque noire !

Les touristes, ces salauds !

Le tourisme de masse. Ce n'est pas forcément les tours opérateurs, et un groupe de 50 vieux Allemands en bus ! C'est aussi nous, les back-packers, avec notre guide dans la poche. Prenez ce « magnifique » coucher de soleil au Laos, recommandé en 2012 par le Lonely Planet...

Les touristes, ces salauds !

Oups. Bon, puisque il y a trop de monde pour les couchers de soleil, j'essaie un lever de soleil, au pic d'Adam, au Sri Lanka....

Les touristes, ces salauds !

Oups. Ces deux photos résument mieux que toutes mes phrases. Les touristes sont nombreux, très nombreux, sans doute trop nombreux dans les lieux les plus connus. Que ce soit la grande muraille, la tour Eiffel, le Taj Mahal ou le Corcovado, ils sont là, et ils veulent leur photo ! Mais une photo sans touriste ! Alors on court dans les escaliers du Machu Picchu pour être le premier à l'ouverture, ou on trouve des angles improbables cachant les 343 personnes autour de nous pour publier la photo parfaite sur un réseau social. C'est comme ça, c'est tout, je le fais aussi, et je ne juge pas. Ca pose certainement un problème de transparence, car nous ne montrons pas la réalité du lieu, la tension que nous avons parfois en nous devant ces salauds de touristes, qui font la même chose que nous.

 

Néanmoins, il faut l'admettre, si ces lieux sont visités, c'est qu'ils ont quelque chose en plus. Il y a un côté mythique, la beauté, la grandeur, l'élégance, une vue... je ne nous jette pas la pierre, et ces lieux restent gravés en nous. Là où nous posons peut-être plus de problèmes encore, c'est lorsque nous recherchons l'authentique. Le vrai. Les vrais gens. Pas ceux qui côtoient des touristes. Ou encore mieux : les autochtones ! Les peuples qui ne voient jamais personne ! Ceux qui nous font nous sentir comme des aventuriers, comme des précurseurs. Une sensation étrange, et pourtant très appréciable. Ainsi les Massaï. 2014, en Tanzanie.

Les touristes, ces salauds !

A posteriori, cette photo me gêne un peu. D'un côté, je sais ce que cela leur apporte (un contact, un peu d'argent, des sourires), mais je crois aussi que ça leur prend beaucoup, car ils tirent parfois leurs forces de leur isolement. Ce contact, cette danse, c'est peu à peu la perte de leur authenticité. Viendra un jour où ils danseront sans doute plusieurs fois par jour une « danse traditionnelle » pour des groupes venant en nombre. Et cette impression que j'aurai alors, d'être dans un zoo humain, comme à l'époque de la colonisation, où Paris avait ses villages asiatiques et africains « authentiques », avec des « vrais sauvages », exécutant leurs danses traditionnelles.

 

Tout est à jeter ? Certainement pas. Mais c'est à prendre en compte. Quel type de voyage veut-on faire ? Quel est notre impact sur le lieu, au niveau humain, au niveau environnemental ? Faut-il privilégier des zones non-touristiques, au risque de reproduire le même schéma ? Faut-il mettre des quotas dans certains lieux, certaines villes, certaines plages, comme ça se fait désormais parfois ? Ce sont des questions difficiles, et je n'ai pas les réponses. Tiens, d'ailleurs je viens d'acheter un ticket d'avion pour Lima. Ensuite direction Cuzco. Il paraît que le Macchu Pichu est très sympa. Surtout si je me lève tôt et que j'y arrive en premier. Sûr que ma photo sera parfaite.

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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 20:36

Il y a des questions qui fâchent. Des mots aussi. La Guyane était une colonie française jusqu'à la seconde guerre mondiale. Elle est ensuite devenue, le 1er janvier 1947, un département français. Ce fut le sort réservé aux « vieilles colonies », avec la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion. Un choix pour elles ? Mieux, une demande ! Les députés de ces territoires réclamaient, comme apparemment une partie de la population, le droit à devenir des « vrais » Français, avec tout ce que cela impliquait. Ainsi, Gaston Monnerville, le député de la Guyane, futur président du Sénat. Ainsi Eugénie Tell-Eboué, femme de Félix Eboué (présent au Panthéon pour avoir été l'un des premiers à rejoindre de Gaulle et la France libre), députée de la Guadeloupe. Ainsi, Aimé Césaire, l'immense écrivain fondateur du courant de la négritude, député de la Martinique. On parle ici de monuments, des hommes et des femmes qui ont marqué leur territoire, et qui ont souhaité la départementalisation. Quelques voix se faisaient également entendre, comme celle de Léon Gontran-Damas, expliquant que l'égalité politique n'apporterait pas l'égalité économique. En métropole, ce n'était pas l'enthousiasme... c'est que la départementalisation de ces colonies allait coûter cher ! En cette période de reconstruction où chaque franc comptait, le ministre des Outre-Mer insistait sur le prix. En Outre-Mer on rappelait le prix du sang, payé par les soldats lors des deux guerres mondiales. On méritait le citoyenneté, on méritait de devenir des vrais Français. Et ainsi les quatre « vieilles colonies » sont devenues des départements.

 

70 ans plus tard. C'est surprenant d'arriver en Amérique du Sud, de traverser un océan, d'effectuer 7 000 kilomètres, et de se retrouver en « France ». J'utilise les guillemets, est-ce que je devrais ? Je ne le sais pas. C'est étrange tout de même d'être en Amazonie française, d'être frontalier du Surinam et du Brésil, de retrouver la Poste et la Caf à des coins de rue, tandis que les singes sauvages vadrouillent au loin. La France a gardé certaines de ses anciennes colonies, les a transformées. Vu de l'étranger, c'est stupéfiant. Les Britanniques ont bien gardé quelques îles dans les Caraïbes, 260 000 habitants aujourd'hui entre les Bermudes, les îles Caïmans, Gibraltar... (comment ça, tous des paradis fiscaux??!). Les Néerlandais ont conservé des îles caribéennes : Aruba, Curaçao, une partie de Saint-Martin, 310 000 habitants, mais avec une grosse autonomie. La France ? 2,8 millions d'habitants, avec des îles dans le Pacifique, dans l'océan Indien, dans les Caraïbes et donc sur terre, avec la Guyane. Et certains territoires sont des départements, où chaque loi de France est censée être appliquée. Alors j'ai quelques copains étrangers qui appellent ça des colonies. Je les corrige : ce ne sont pas des colonies, les droits politiques sont les mêmes : le droit de vote, et de représentation ; il y a 27 députés d'Outre-Mer à l'Assemblée Nationale, et 21 Sénateurs. Aujourd'hui, on a les mêmes droits à Cayenne ou à Paris. Et, en effet, le droit d'être soigné existe bien dans les deux. La Sécurité Sociale a été mise en place dès 1947. Mais, étonnamment, les droits économiques et sociaux sont parfois plus longs à arriver. Les allocations familiales ont été alignées sur la métropole en 1993 (elles sont arrivées en 1932 en France), l'assurance chômage établie en 1980 (au lieu de 1958), et l'égalité du salaire minimum en 1996... Un territoire de seconde zone, la Guyane ?

 

Il faut être franc : si l'égalité politique est permise avec le changement de statut, il n'en est pas de même pour l'égalité économique. La Guyane est pauvre, et ses quelques richesses sont détenues par une minorité. « Mais c'est pareil en France ?! ». Non, c'est pire. Le taux de chômage est deux fois plus élevé qu'en métropole. 30% des Guyanais vivent sous le seuil de pauvreté, établi à 420€ par mois (quand il est établi en 1015 euros dans l'Hexagone!). Dans le même temps, ceux qui payaient l'ISF en Guyane étaient... les plus riches de France en moyenne ! (2,6 millions d'euros de patrimoine, essentiellement foncier). Cayenne était numéro 3 en valeur moyenne de l'ISF. Comment en est-on arrivé là ? Qui détient ces terres ? Pourquoi l'Etat, propriétaire de 93% des terres de Guyane, n'a-t-il pas laissé comme dans les autres départements décolonisés leur gestion à la région ? Car c'est l'image d'une colonie qui est envoyée : une extrême minorité de riches très très riches, possédant tout, ou presque, et la grande majorité de pauvres, très très pauvres.

A côté de ceux-là, comme au temps de la colonisation, il y a l'administration. Les fonctionnaires. Nous. Moi. Ceux qui font tourner la région, alors que le secteur privé est presque inexistant. Surpayés, grâce à un bonus de 40% par mois. Une classe moyenne plutôt riche au regard de ceux qui nous entourent.

 

Au-delà d'une injustice économique, miroir à peine déformant du temps de la colonie, il y a la question de la colonisation des esprits. J'en suis un acteur central, je suis enseignant. C'est moi, parmi d'autres, qui éduque la jeunesse guyanaise. Je leur évoque l'histoire mondiale, l'histoire européenne et française, l'histoire de l'Amérique du Sud, l'histoire locale aussi. Le programme est adapté, ainsi j'ai évoqué la colonisation et la décolonisation de la Guyane. J'ai lancé cette question un peu taboue de l'indépendance. Clairement, ça n'a pas pris. Les contre-exemples du Guyana et du Surinam voisins n'enthousiasment pas les foules et c'est compréhensible (respectivement pays le plus pauvre du continent, et pays sortant d'une guerre civile). La France, on y voit les intérêts. Le social revient souvent, l'éducation justement, la santé, et tout de même des libertés. Mes élèves se sentent Français, et ils ont vibré comme moi lors de la dernière coupe du monde. Ils suivent les gilets jaunes avec curiosité, ils parlent de Macron plus que lui ne parle de la Guyane. C'est ainsi. Je leur inculque des idées qui me semblent universelles, la liberté, l'égalité, la justice. Est-ce là imposer une vision occidentale ? Peut-être un peu. Pour le meilleur je l'espère. J'entends aussi d'autres discours, notamment chez les collègues. La question de l'eugénisme revient souvent : ne faut-il pas que les Guyanais arrêtent de faire autant d'enfants ? « Ils ne vont jamais réussir à se développer dans ces conditions ». Des discours à la chinoise reviennent, maximum deux enfants, trois pour les plus généreux (on est à plus de cinq à Saint-Laurent du Maroni). Les discours sont conservateurs, pour ne pas dire réactionnaires. Quand tu commences à vouloir déposséder les femmes de leur corps, quand tu veux légiférer sur ce qui se passe dans la chambre à coucher, tu te rapproches doucement du temps des colonies. Les discours sont parfois sévères : les élèves ne peuvent pas apprendre ça, car c'est trop difficile pour eux (mais ça ne le serait pas en métropole). Et quand certains demandent plus d'autonomie, voire l'indépendance, les discours sont enflammés : comment osent-ils ? Quand on va partir, ce sera foutu pour eux. Tant pis pour eux. Bien fait ! Ils ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont de nous avoir.

 

Hum. Pas sûr. Disons que c'est très compliqué. Les Guyanais d'aujourd'hui sont majoritairement des descendants d'anciens esclaves, quand les fonctionnaires sont majoritairement des blancs, européens, venant des pays qui ont colonisé. Forcément le rapport est particulier. Quand je fais cours à 28 noirs devant moi, 28 Français, que je considère comme tels, que je leur évoque l'esclavage, j'utilise parfois le nous, et le vous. Vous, descendants d'esclaves. Nous, européens, esclavagistes. Pas à titre personnel, je le rappelle (mes ancêtres étaient majoritairement des pauvres paysans), mais au niveau collectif.

La question de la langue est aussi très importante. Je fais mes cours en français, quand la majorité de mes élèves ne parle pas français à la maison. J'impose ma langue, j'impose de fait certains concepts. Il y a une multitude de langues en Guyane, à Saint-Laurent c'est encore plus compliqué, et le français est la langue officielle, qui fait s'entendre amérindiens, hmongs, djukas, bonis ou haïtiens. Est-ce là une sorte de colonisation par le langage ?

 

Bien sûr, tout ceci n'est que mon opinion, et je ne prétends pas donner la vérité. Juste poser quelques questions, et des pistes de réponses, très incomplètes. Et lorsqu'on me demande si je suis un acteur de la colonisation, je hausse les épaules, et je réponds simplement que c'est une bonne question.

 

Suis-je un acteur d'une nouvelle colonisation de la Guyane ?
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2 mai 2019 4 02 /05 /mai /2019 23:25

25 ans. Pour le Rwanda, cela fait 25 ans que le génocide a eu lieu.

10 ans. Une décennie que je travaille sur le Rwanda (et le Burundi). De manière moins insistante qu'il y a quelques années, à l'époque de ma thèse, mais je reste un spectateur attentif aujourd'hui. Je n'ai pas « transformé l'essai », à savoir publié mes recherches, notamment la thèse, par manque de motivation essentiellement. Mais j'ai un statut, je suis un « docteur », un « chercheur associé » dans un laboratoire d'université française. Alors, de temps en temps, on vient me chercher pour répondre à quelques questions sur la région (France Culture et La liberté ces deux dernières semaines). Par contre, je n'ai pas encore reçu d'invitation concernant la commission d'enquête française chargée de travailler sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. D'ailleurs, cette commission n'a aucun spécialiste de la zone... Etrange. Qu'importe, je donne ma version des faits ici, avec des informations que vous retrouverez forcément ailleurs. Car la France a un rôle important dans le génocide rwandais.

 

Pourtant, le Rwanda n'était pas une colonie française, mais allemande, puis un mandat belge (de 1919 à 1962). Paris débarque à Kigali via un accord de coopération civile (1962) puis d’assistance militaire technique signé le 18 juillet 1975 et modifié en 1983. A cette époque, le président rwandais est Juvénal Habyarimana. La France s'engage donc à aider militairement le Rwanda, comme elle le fait dans la majorité de ses anciennes colonies, via l'envoi d'instructeurs par exemple. Stabilité, gain diplomatique, facilité économique, les raisons justifiant cet accord sont de natures diverses pour la France.

Lorsque la guerre débute en 1990 entre le gouvernement de Kigali (toujours mené par Juvénal Habyarimana) et les rebelles, descendants de réfugiés (le FPR, mené par l'actuel président Paul Kagamé), la France choisit son camp : celui du gouvernement. La France envoie des hommes, le Détachement d’Assistance Militaire et d’Instruction (et aussi son pendant gendarmerie), envoie des armes (mortiers de 60 mm, 81 mm et 120 mm ainsi que des fusils de 105 mm) tandis que la BNP garantit les achats d'armes (dès 1992). Cet approvisionnement en armes inonda le pays, si bien qu’en 1993, il devint possible d’acheter des grenades sur les marchés de plein air pour quelques dollars la pièce...

 

La France est le pays le mieux informé sur ce qui se passe en Rwanda avant 1994. Des militaires entendent parler de listes, les discours extrémistes ne sont pas susurrés, ils sont criés sur tous les toits. Paris ne réagit pas, les militaires français participent même, souvent dépassant leur fonction/ordre, à des combats sur le front entre l'armée rwandaise et les rebelles. Deux mois et demi avant le génocide, alors qu'un embargo sur les armes existe désormais, la France est prise la main dans le sac à l'aéroport de Kigali, alors qu'elle envoie des armes à l'armée rwandaise...

Lorsque le génocide débute, les principaux organisateurs se réfugient à l'ambassade de France. Ils sont évacués, ils sont protégés par la France. Agathe Habyarimana, la femme du président, celle vers qui beaucoup se tournent quand il faut expliquer le génocide, vit encore en France aujourd'hui, bien à l'abri de la justice. Un gouvernement provisoire est mis en place... dans l'ambassade de France. Ce gouvernement provisoire qui supervisera le génocide.

Quant à ceux qui encadrent le génocide, sur le terrain, ce sont essentiellement des militaires et des gendarmes formés par les Français. Très bien formés. Trop bien formés, en y regardant avec 25 ans de recul.

 

Que fait la France ? Comment réagit-elle alors qu'un génocide a lieu, et que, selon le terme, l'ensemble de la communauté internationale doit réagir ? Elle tergiverse. Elle garde à l'esprit son vieux schéma, elle reste du côté du gouvernement. Les premiers avions débarquent avec des munitions pour le gouvernement rwandais. Des avions transportant des armes sont envoyés de France à Goma pendant le génocide. Quand la France lance l'opération Turquoise, le 23 juin, à la fin du génocide, elle le fait toujours avec une idée derrière la tête : protéger le gouvernement officiel, celui qui doit fuir devant l'avancée des rebelles. Tout cela en se drapant du manteau de l'opération humanitaire, destiné à sauver des vies. Les génocidaires sont heureux, ils acclament l'armée française à son arrivée, celle qui va les protéger pour qu'ils puissent fuir, avec leurs armes, leurs munitions, et le sang sur leurs mains. Des armes arrivent au Zaïre, pour les génocidaires, alors qu'un embargo international a été mis en place. Des militaires français de haut rang le voient, et ne réagissent pas. Ces armes seront bientôt utilisées dans les guerres congolaises.

 

Voilà le rôle de la France pendant le génocide rwandais de 1994. C'est clair, c'est précis, c'est documenté. Les Français sont restés les plus proches alliés du gouvernement rwandais sur les plans militaire, politique et diplomatique. On peut parler de complicité, notamment en raison des armes envoyées. Certains hommes politiques de l'époque ne veulent pas regarder la vérité en face (Hubert Védrine en premier lieu). Des erreurs monumentales ont été faites par l'Elysée à l'époque (François Mitterrand donc), sans doute très mal conseillé par son fils Jean-Christophe ou par les militaires qui l'entourent.

Oui, la France doit présenter ses excuses officielles. Les Etats-Unis et la Belgique l'ont fait il y a bien longtemps (1998 et 2000). Ce n'est pas cracher sur l'armée française, c'est simplement admettre que de nombreuses erreurs ont été commises. Les faits sont têtus.

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29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 23:30

Mardi soir, une très bonne amie du lycée, et sa fille. Jeudi soir, un très bon copain d'enfance, 3 enfants dans la maison, une femme enceinte. Dimanche après-midi, la bande de l'université, deux enfants, et deux nouveaux bébés. Si parfois j'essaie de me persuader que je ne vieillis pas vraiment, que c'est simplement dans la tête, ces rencontres me mettent un gros coup de vieux. Et aussi un peu le spleen. Oh, je n'avais pas besoin de ça pour l'avoir, je crois même que je l'ai toujours un peu eu. Là, ça se renforce quand je rentre. Tout d'abord parce que ces amis, avec qui j'ai passé du bon temps, ne seraient plus disponibles aujourd'hui pour faire les mêmes conneries/soirées/sorties qu'avant. Alors qu'à titre personnel, j'ai encore le temps pour ça. Surtout, ils avancent dans la vie, une vie qui tourne autour des enfants. On le sent très vite dans les « conversations ». Enfin, les bribes de conversation, car les coupures sont très fréquentes quand on a des bambins ! Ici que je crie pour avoir à manger, ici que j'interromps la conversation pour montrer mon bobo, là que je veux que tu joues avec moi. J'ai beau essayer de causer ou de faire causer les copains, on en revient forcément à eux. Et, bien sûr, je comprends. Oui, une vie avec un enfant est totalement transformée. C'est LE changement dans une vie. A partir de là, tout tourne autour de lui, de votre temps à votre amour.

C'est vrai qu'ils sont beaux. C'est vrai que je vous envie. Je ne vous le dis pas trop, car vous, de votre côté, vous me répétez souvent que j'ai de la chance, qu'il faut que je profite, etc. Moi, je pense que c'est vous qui avez de la chance. Le tic-tac fait son effet. Petit à petit, depuis quelques mois, j'ai l'impression d'avoir une envie d'enfants. Je ne sais pas si ce sont les voisins en Guyane qui me font ça (les gamins traînent régulièrement chez nous, ça crée des contacts), vous qui pondez, ou le temps qui fait son effet sur moi. Là, il y a juste un hic : l'homme ne peut pas procréer tout seul. La nature est intraitable là-dessus ! Mon objectif du moment est donc, non plus de trouver une copine, mais aussi une mère. Et je me rends compte que mes critères ont bougé en l'espace de quelques mois.

 

C'est que les enfants des autres me rappellent que je veux aussi des enfants. Si possible une petite tripotée. Je les voyais bien jouer avec vos enfants d'ailleurs. Là, ça risque d'être les petits de la bande, de ceux qui vous saoûlent un peu, et qui risquent de saoûler encore plus vos enfants, une fois grands : « ah, non, on ne veut pas jouer avec Benito, il est trop petit !: ». [le prénom risque d'être modifié] Je m'estime néanmoins chanceux, mes sœurs n'ont pas encore franchi le cap, et la pression est un peu moins intense. Quand ça viendra, par contre...

 

Cette pression (car je le ressens de plus en plus ainsi) me stresse. Je me dis que je dois trouver assez vite quelqu'un, et surtout ne pas me planter. Contradictoire. J'en suis arrivé à aller voir des sites de rencontre. Sans payer. Juste parce que ça a fonctionné pour d'autres, aujourd'hui parents. Est-ce que je rencontre beaucoup de monde dans ma vie en ce moment ? Bof. Est-ce que je rencontre des filles qui me plaisent. Niet. Merde, qu'est-ce qui cloche.

Pour être encore plus compliqué, je me mets dans la tête que je pars au Pérou en septembre, avec mon sac à dos, et que je reviendrai à Noël. Tu parles d'un bon parti. Vaudrait peut-être mieux que je me pose. Où d'ailleurs ? La Guyane ? J'ai l'impression d'avoir fait mon temps. Le Nord ? Mes parents vendent la maison et déménagent, Saint-Omer ne m'attire plus, Lille ne m'a jamais vraiment attiré. Le Sud alors ? Avec qui ? Je reprends la route ?

 

Vous voyez, vos enfants perturbent un peu mon esprit (bon, j'étais perturbé de base). Ils confirment néanmoins que le bonheur n'est réel que s'il est partagé (je n'en doutais plus). Aujourd'hui, ce soir, j'ai l'impression d'avoir de plus en plus de mal à ne vivre que pour moi. Pour deux, c'est certain. Pour plus, à fond. Alors mes ami-e-s me disent que ça viendra. Il n'y a pas de raison. Hum. Ca fait bientôt 5 ans sans amour. C'est long vous savez. Très long. Alors une petite étincelle, et je vendrais mon royaume, mes souvenirs, mes photos, mes films, ma patrie. Mais où est-ELLE ?

Les enfants des autres
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