9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 13:36

Tribunal de Saint-Laurent du Maroni, mercredi matin. Un jeune homme est accusé d'avoir transporté 1,8 kg de cocaïne. Il est arrêté à l'aéroport de Cayenne, alors qu'il partait vers la métropole. Originaire du Surinam, il risque 10 ans de prison pour un voyage qui devait lui rapporter 10 000€. La valeur marchande de sa cocaïne est estimée à 76 700€.

Deuxième affaire. Un jeune homme, 1,1 kg de cocaïne. Soit 120 boulettes qu'il a ingurgitées.

Troisième affaire. Une femme, sans emploi, a ingurgité 4,320 kg de cocaïne. Menacée par quelqu'un, auprès de qui elle était endettée, elle aurait réussi, grâce à ce voyage, à éponger sa dette de 8 000€. La valeur estimée de sa cargaison est de 175 260€.

Quatrième affaire. Une femme, sans emploi. Elle est mère de 8 enfants. Son bébé de 6 mois est à l'hôpital militaire de Paris. Elle voulait le voir. Elle n'avait pas l'argent pour le rejoindre. Elle transportait 1,6 kg de cocaïne dans son corps. C'est son second voyage, la première fois, elle n'avait pas été payée.

Misère sociale. Argent facile. Envie de société de consommation. Prise de risque. Les mules, en Guyane, sont un phénomène de société. 500 personnes ont été arrêtées en 2018 aux aéroports de Cayenne et de Paris-Orly. Un chiffre en expansion, qui ne reflète qu'une partie de la réalité : les douaniers estiment qu'une dizaine de mules seraient présentes dans chaque avion quittant la Guyane pour la métropole. Selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies, quasiment un tiers du marché français de cocaïne vient de Guyane. Comment en est-on arrivé là ?

Saint-Laurent du Maroni (3/3), narco-city

Le Surinam, de l'autre côté du fleuve Maroni (juste au fond sur la photo ci-dessus), est un narco-Etat. Depuis les années 1990, un trafic de très grande intensité existe avec la Colombie, le Surinam envoyant des armes au cartel de Cali, quand celui-ci envoie la cocaïne au Surinam. Ce trafic se fait par les airs, avec des pistes d'atterrissage en pleine forêt amazonienne. C'est un trafic d'Etat, littéralement : le président du Surinam Desi Bouterse a été condamné pour trafic de drogue par le tribunal de la Haye (mais il est aujourd'hui encore le président en exercice....) tandis que son fils est en prison aux Etats-Unis pour la même chose. Le principal opposant politique, Ronnie Brunswijk, a été condamné par contumace pour trafic de drogue... La cocaïne corrompt l'économie du Surinam, et touche l'Europe : 60% de la cocaïne qui arrive au port de Rotterdam, l'un des plus grands centres de distribution d'Europe, provenait du Surinam.

Les deux "opposants"

Les deux "opposants"

Le Suri-cartel étant sous le feux des projecteurs, et, dans le même temps, Saint-Laurent du Maroni ayant un taux de chômage de 60% (85% pour les moins de 25 ans).... la rencontre s'est révélée inévitable.

Si le nombre de mules augmente, c'est aussi que la consommation française de cocaïne augmente. Il y a quinze ans, j'aurais été surpris de rencontrer quelqu'un ayant consommé de la cocaïne dans sa vie. Aujourd'hui, j'en connais plusieurs, et ça ne me surprend plus. La cocaïne est tendance, 1,6% d'usagers en 2017 contre 1,1% en 2014, multiplication des saisies par deux en dix ans, tandis que le nombre d'intoxications a été multiplié par six depuis 2010. Oui, petit rappel, la drogue, c'est de la merde. Pour celui qui en consomme. Pour celui qui la transporte aussi. En février 2017, une mère de famille de 35 ans voyage avec son fils sur la ligne Cayenne-Paris. Elle convulse. Un médecin la prend en charge. Elle meurt par overdose, une des boulettes s'est déchirée dans son ventre. Devant son fils. La drogue c'est aussi de la merde pour les pays producteurs (je ne reviens pas sur les guerres en Colombie et au Mexique, vous connaissez Pablo Escobar et El Chapo).

 

Alors, à Saint-Laurent du Maroni, on fait de la prévention. Dans mon lycée, on rappelle tous les mauvais côtés (risque pour la santé, risque judiciaire). Dans le même temps, j'ai des collègues... qui consomment de la cocaïne en soirée. Des infirmières aussi. Des médecins. En fait, beaucoup de monde. C'est quelque chose que j'ai du mal à comprendre. C'est la première fois que je vois autant de personnes consommer de la cocaïne. Et l'assumer. Ils ont l'impression que les lois ne sont pas les mêmes. On sniffe, on boit. On reprend même le volant. "C'est la Guyane". Ce n'est pas si grave. Quelques grammes, tellement pas cher en plus (10€ le gramme, 3€ au Surinam, quand tu l'achètes 80€ en métropole!).

 

C'est la demande qui crée l'offre. C'est une règle économique, quand il n'y a plus de demande, il n'y a plus d'offre, l'inverse n'étant pas vrai. Quel rôle jouons-nous dans le trafic de drogue ? Dans les guerres colombiennes ? Quel rôle avons-nous lorsque des gamins deviennent des mules ? Quand je dis « nous », je veux dire « les métros », ceux qui arrivent ici, en Guyane, grassement payés, et déterminés à en profiter. Nous sommes les consommateurs principaux. Nous sommes cette narco-city. J'aurai certainement des collègues qui vont lire cet article, j'aurai certainement des copains et copines qui vont se reconnaître. Je vous jette un peu la pierre, j'avoue, et j'assume.

Saint-Laurent du Maroni (3/3), narco-city

[on pourrait bien sûr avoir un gros débat sur ce sujet, évoquer l'échec des politiques répressives menées à tous les niveaux (français ou mondial), se poser la question de la légalisation, etc.]

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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 21:42

J'aime bien quand les gens viennent me voir. Oui, ceci est un message à tous, vous êtes les bienvenu(e)s en Guyane, et vous ne le regretterez pas. Car cette région de France en Amérique du Sud est bien plus que des moustiques, des araignées et de la pluie. C'est même parfois bien son contraire ! Prenez ma sœur et son copain : arrivés pour dix jours, c'est tout juste s'ils ont vu de la pluie ! De la chaleur, du soleil, oui ! Crème solaire obligatoire ! Surtout sur les marais de Kaw.

 

C'était la dernière chose que je voulais absolument faire ici. Une réserve naturelle à l'est de Cayenne, des marais dont on nous avait dit le plus grand bien. Avant cette visite, nous nous arrêtons sur le sentier des coqs de roche. Là, une drôle d'espèce d'oiseaux y vit : les coqs de roche, un oiseau à crête, la femme est marron-noire et le mâle... rouge ! Et quel rouge ! Tellement beau qu'il le sait lui-même, et drague les femelles grâce à son plumage ! Il laisse une plume devant elle pour lui montrer sa belle valeur ! Nous avons de la chance, car nous apercevons une femelle, puis un mâle.

Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune
Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune

Quelques kilomètres plus loin, c'est le village de Kaw, assez connu par ceux qui regardent la série Guyane (c'est là où a été tournée la saison 1). Pas grand chose à y signaler, atmosphère bizarre, village très peu habité et totalement isolé par l'eau... on pourrait aussi y faire un film d'horreur !

Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune

Nous sommes dans une pirogue avec une dizaine de personnes. Et c'est parti pour la régalade grâce à notre guide, celui qui arrive à te voir un oiseau à 500 mètres sans jumelles, et à expliquer ce que c'est ! Impressionnant, surtout quand arrive le soir, et que nous recherchons les caïmans !

Le caïman, ce petit crocodile.... enfin, y'en a qui peuvent faire plusieurs mètres. J'ai par exemple eu un gros bébé à un mètre de moi, dans l'eau, et le guide avait beau répéter que c'est inoffensif, j'avoue que je n'étais pas serein. Lui, par contre, il est facile : il descend de la pirogue à pieds nus... et choppe un caïman avec ses mains ! WTF ! Il nous explique alors tout de leur vie, de leur fonctionnement, nous permet de la toucher etc. Sensation étrange, on se sent un peu mal pour le caïman, mais apparemment celui-ci ne semble pas si malheureux, c'est tout juste s'il se débat un peu de temps en temps : il reste parfois posé sur le ventre du guide, tel un bébé.

Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune

Parmi les autres bestioles, des poules d'eau, ou kien kien, plus jolies qu'à Saint-Omer, des zébus dans l'eau (et quand zébu, zé pu soif... ok, je sors), des petites tortues, et une famille de cabiaïs, le plus gros rongeur du monde ! Le tout dans un décor de moucou moucou, cette plante qu'on voit beaucoup beaucoup dans les marais. Un régal !

Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune
Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune
Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune
Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune
Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune

Au bagne des annamites, ce fut un régal de saïmiris, du nom de ce petit singe si mignon ! Avec quelques morphos (plus difficiles à capter avec l'objectif)

Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune

Dans les marais de Yiyi, un martin pêcheur et une poule d'eau bleue, tandis qu'un énorme rapace se pose à quelques mètres de nous.

Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune
Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune

Dans les îles du Salut, en plus des singes que Max a failli ramener avec lui, des beaux aras verts ou bleus se sont baladés dans les airs.

Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune

Enfin, et c'est pour finir en beauté, les pondaisons de tortues.... et elles étaient très nombreuses et au rendez-vous ! Bref, un régal.

Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune

En plus de ça, ils ont eu énormément de chance supplémentaire, car une fusée a été décalée rien que pour eux ! Et comme cette fois on regardait du bon côté (merci la nuit), ce fut un spectacle exceptionnel !

Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune
Sophie pas la guigne : safari sur l'eau et fusée au clair de Lune

[Bon Sophie la guigne est réapparue quand l'avion du retour a été annulé, puis le lendemain a eu deux heures de retard, puis l'alerte attentat au terminal à Paris...mais ça valait le coup!]

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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 14:39

Après Huit Clos (génial) et Les mouches (bien), c'est un retour à mon année de terminale. A l'époque, mes cours de philosophie avaient lieu juste après la cantine. Je somnolais donc régulièrement, même si j'avoue que Monsieur Rosset expliquait plutôt bien chaque idée derrière des lignes qui me semblaient incompréhensibles lorsque j'étais confronté seul à ce livre...

Quelques années plus tard, je voulais voir un peu mon évolution : suis-je capable de le comprendre ? C'est mon troisième Sartre, je pense être prêt.

 

L'existentialisme est un humanisme (1946)

 

Quelques idées que j'ai retenues :

- L'homme est la somme de ses actes (l'existence précède l'essence) : « l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il fait »

- L'homme fait des choix personnels qui représentent l'image qu'il souhaite de l'humanité toute entière : « il n'est pas un acte qui, en créant l'homme que nous voulons être, ne crée en même temps une image de l'homme tel que nous estimons qu'il doit être ». Bon, je ne suis pas toujours d'accord avec cette idée. Le choix qui est bon pour moi n'est pas forcément bon pour un autre, qui devra alors faire un autre choix. Ce que je considère être bon pour l'humanité, quelqu'un considérera peut-être l'inverse. Ai-je tort ? Dois-je changer de choix ? Cela part du principe qu'il existe une seule vérité à l'humanité, et je suis en désaccord avec ce principe, justement par principe. L'idée d'une seule vérité, si elle peut paraître objective, n'en demeure pas moins dangereuse (elle peut établir un rapport de force vis-à-vis de celui qui détient une autre vérité). De ce fait, je ne considère pas, à titre personnel, que mon choix engage l'humanité.

- Si Dieu n'existe pas, l'homme est liberté. Mieux, ou pire : « l'homme est condamné à être libre », c'est à dire qu'il est le seul à choisir ses actes. J'adore cette phrase.

- Les sentiments se construisent par nos actes. Très intéressant cette partie, et sans doute assez proche de la réalité.

- Il se pose deux fois la question de l'engagement, et il en arrive à l'idée que l'existentialisme s'oppose au quiétisme.

 

Un livre qui fait bien tourner la tête, et qui donne envie d'agir, de faire. De ne pas simplement être. Ce n'est pas je pense donc je suis. C'est Je fais, donc je suis. Clairement l'une des idées guidant ma vie au jour le jour.

 

Le mur (1939)

 

Le Mur est un recueil de nouvelles. Suivent la Chambre, Erostrate, Intimité, L'enfance d'un chef.

 

Le Mur est l'histoire d'un prisonnier républicain espagnol qui est condamné à mort. On lui propose alors un arrangement, il dénonce un de ses amis, et il aura peut-être la vie sauve.

La Chambre est l'histoire d'un père de famille essayant de convaincre sa fille de placer son mari, devenu fou.

Erostrate est l'histoire d'un tueur voulant se faire un nom.

Intimité est l'histoire de deux histoires d'amour d'une seule femme.

L'enfance d'un chef est celle de Lucien, futur grand chef fasciste.

 

Première chose : je crois bien que je n'aime pas les nouvelles. On a à peine le temps de s'attacher aux personnages qu'ils nous disent déjà au revoir. Oh, reviens, tu ne m'as pas tout dit ! Alors je me pose la question : choisit-on la nouvelle par manque d'inspiration ?

Le Mur est par exemple une faible copie du dernier jour d'un condamné d'Hugo. Les nouvelles suivantes ne valent pas le coup de s'y attarder. L'enfance d'un chef est plus développé, mais plus linéaire. C'est écrit d'un traite, et ça manque de pause justement. Du coup cette analyse de l'arrivée du fascisme dans la tête du personnage est trop rapide. Dommage, l'idée était intéressante.

Bref, c'est bien le premier Sartre que je n'ai pas savouré. Soit. Allez, direction La Nausée.

 

La Nausée (1938)

 

Antoine Roquentin, jeune homme de 30 ans, habite Bouville, où il fait des recherches pour un livre historique sur un conte du XVIIIème siècle. Il souffre d'une étrange maladie lui faisant avoir des crises d'angoisse. Ses retrouvailles avec son amour de jeunesse Anny sont l'un de ses derniers espoirs dans la vie.

Outch. C'est mauvais. Je veux dire, je n'ai vraiment pas aimé. Déjà, l'histoire et son scénario : rien. Ou si peu. Le livre hésite entre le roman et la philosophie. Quand on essaie de faire les deux, on fait mal les deux. Certains passages sont extrêmement longs et douloureux à lire (l'arbre et ses racines, chacune des crises du personnage en fait). Et j'en suis ressorti avec l'impression d'une belle branlette intellectuelle de son auteur. Dommage, car j'aime jusque là les livres de Sartre. Livre qui a pourtant fait sa renommée, où il évoque l'existentialisme, le néant etc. Un brouillon donc. Et il ne faudrait pas avoir à lire les brouillons.

 

Deux citations :

La passé, c'est un luxe de propriétaire

Sans doute, à son lit de mort, à cette heure où l'on est convenu, depuis Socrate, de prononcer quelques paroles élevées, avait-il dit à sa femme, comme un de mes oncles à la sienne, qui l'avait veillé douze nuits : « toi, Thérèse, je ne te remercie pas, tu n'as fait que ton devoir ». Quand un homme en arrive là, il faut lui tirer son chapeau.

 

Bon, je pense arrêter Sartre pour un moment après cette épreuve. Je ne sais pas si Les Mots ou L'être et le Néant sont faits pour moi de suite !

Les lectures de voyage, Jean-Paul Sartre
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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 14:52

Les grandes villes c'est bien, mais pas trop longtemps. A peine arrivés à Rio que nous la quittons déjà pour nous réfugier dans des montagnes, à une heure de là. Enfin, des montagnes, nous sommes à un peu plus de 800 mètres d'altitude, n'imaginez pas les Alpes !

Petropolis est une ville étonnante. Rien que par son nom, car « la ville de Pierre » rend hommage au deuxième roi du Brésil. Colonie portugaise, le Brésil devient indépendant à cause d'une histoire de famille. Et, comme souvent dans les histoires de famille, c'est un peu compliqué à expliquer. Commençons par Napoléon, qui provoque tout ça. Il envahit le Portugal, ce qui oblige la famille royale à se réfugier dans le Nouveau Monde. Sauf qu'en 1815, alors que Napoléon n'est plus là, ils refusent de repartir au Portugal (c'est qu'ils se sentent bien dans la colonie brésilienne!). Un début de révolution à Porto oblige néanmoins le roi, Jean VI, à repartir en 1821 pour mater tout ça. Son fils, Pierre, reste au Brésil. Un an plus tard, il proclame le Brésil royaume indépendant ! Son père n'est pas tout à fait d'accord, une petite guerre s'en suit. Mais le Brésil restera indépendant depuis 1822. (je vous passe l'épisode de la mort du père qui fait de Pierre Ier le roi du Brésil et du Portugal, mais il se dit que c'est une mauvaise idée, donne le trône du Portugal à sa fille, sauf que son frère vole finalement le trône... quand je vous dis que les histoires de famille sont compliquées!). Bref, toujours est-il que Pierre Ier, roi du Brésil, aime beaucoup le climat de Petropolis, et qu'il décide d'y construire son palais d'été. Il ne le verra pas, puisqu'il abdique pour son fils (Pierre II), qui donnera le nom à la ville !

La banlieue carioca, Petropolis et Ilha Grande : famille royale et tortue
La banlieue carioca, Petropolis et Ilha Grande : famille royale et tortue

En plus du palais (où la visite est très originale, puisqu'on vous oblige à porter des grosses pantoufles au-dessus de vos chaussures), la ville vaut le coup pour ses drôles de maisons bavaroises (ce fut un haut lieu d'immigration allemande, et pas seulement à partir de 1945 [sic!]). La vue fait d'ailleurs très Alpes Bavaroises. Plusieurs personnalités sont liées à la commune, comme l'écrivain Stefan Zweig (qui s'y est suicidé) et l'aviateur Santos Dumont (l'un des premiers à avoir fait décoller un avion).

La banlieue carioca, Petropolis et Ilha Grande : famille royale et tortue
La banlieue carioca, Petropolis et Ilha Grande : famille royale et tortue

Notre hôte, Caio, homosexuel revendiqué et fan de Lula, nous permet d'avoir beaucoup de discussions sur le Brésil contemporain, notamment une politique pas toujours facile à suivre.

 

Quelques jours plus tard, changement de décor, avec l'Ilha Grande, située à 3 heures environ de Rio. C'est la plus grande île des alentours et elle est aujourd'hui très connue des touristes, après l'avoir été des criminels : c'était une île pénitencière jusqu'en 1994. De belles randonnées sont possibles dans un désert vert, quand les plongées et le snorkeling permettent d'admirer le désert bleu. Nous avons choisi la seconde option. Un baptême de plongée pour Lucas, les deux autres fish (non, pas des Golden Fish, y'a ptet un Red Fish, mais c'est une longue histoire) ayant l'habitude d'aller sous l'eau.

La banlieue carioca, Petropolis et Ilha Grande : famille royale et tortue
La banlieue carioca, Petropolis et Ilha Grande : famille royale et tortue
La banlieue carioca, Petropolis et Ilha Grande : famille royale et tortue

Pour le coup, j'ai un peu de chance car avec mon masque et mon tuba je me retrouve pour la première fois de ma vie à nager avec une tortue ! (j'avais déjà vu des tortues pondre, naître, mais jamais en action dans l'eau). Le mouvement, cette fluidité des pattes arrières, que c'est beau ! On se régale en plus avec quelques plongeons dont nous avons le secret !

La banlieue carioca, Petropolis et Ilha Grande : famille royale et tortue
La banlieue carioca, Petropolis et Ilha Grande : famille royale et tortue

Nous finissons notre voyage par un petit football sur la plage au clair de lune. Le Brésil et Rio ne nous ont pas déçus, malgré nos attentes démesurées. Le contexte du carnaval joue sans doute un peu, le reste est à mettre au crédit de paysages incroyables. Allez-y, vous ne serez pas déçus !

La banlieue carioca, Petropolis et Ilha Grande : famille royale et tortue
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16 mars 2019 6 16 /03 /mars /2019 22:46

Si je vous dis que Rio de Janeiro est l'une des plus belles villes du monde, vous me croyez ?

 

Rio de Janeiro, « rivière de janvier » si on traduit du portugais (ça sonne moins bien!) n'est plus la capitale politique du Brésil depuis 1960 (coucou Brasilia, où je fais mes escales). Ce n'est pas non plus la capitale économique ou démographique, Sao Paulo jouant ce rôle. Mais Rio reste LA ville brésilienne que chacun a envie de voir, de découvrir, d'explorer. La faute à quelques lieux mythiques qui exercent sur l'esprit des images dès que leurs noms sont prononcés : la Corcovado et sa statue du Christ, le Pain de Sucre et la vue sur la baie, Copacabana et toutes les plages, Flamengo ou Botafogo.

 

On ne va pas se mentir, nous n'avons pas fait une visite originale. Dans ce genre de ville, il faut d'abord faire quelques classiques. C'est par les plages que j'ai commencé ma découverte, au cours d'une balade solitaire (enfin, avec mon sac à dos, qui est devenu un bon ami, mais j'ai encore du mal à lui parler en public, paraît que j'ai l'air d'un fou), alors que j'avais manqué mon arrêt de bus (c'est quoi ces bus qui ne s'arrêtent pas!). Me voici à Botafogo, et je dois repartir vers le centre ville. Le soleil est à son zénith, et je peux déjà voir, au loin, me surplombant, le Pain de Sucre et le Christ. Diable, qu'ils sont éloignés ! Je les pensais à côté l'un de l'autre, comme sur le poster dans ma chambre de fac !

Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel

Je longe alors des lieux qui résonnent comme des clubs de foot, après Botafogo, Flamengo, alors que je vois des panneaux de circulation vers Copacabana ! Pas de doute, j'y suis ! Le centre est plutôt riche, les immeubles s'enchaînent, et je rentre dans un petit resto où le buffet est à volonté (pour 6€, pas une mauvaise affaire!).

Rio, exceptionnel

Une fois rejoint par Grégoire, et après une petite noix de coco bien fraîche sur le plage, nous partons vers d'autres cieux (que j'évoquerai prochainement). Sur la route, nous longeons les anciens docks, du côté du quai de Valongo. Cette zone était le lieu du débarquement des esclaves pendant plusieurs siècles. Rio a été LA ville esclavagiste (quasiment 1 million d'esclaves y ont débarqué) dans le pays qui a reçu le plus grand nombre d'Africains. Cette histoire brésilienne, qui ressemble à l'histoire de beaucoup de territoires américains, se ressent dans les peintures murales, exceptionnelles.

Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel

A notre retour, c'est l'Atlantique Sud qui nous accueille, avec la plage de d'Itacoatiara, la plus belle plage de Rio selon notre Couchsurfer carioca. La plage est en fait de l'autre côté de la baie, à Niteroi, qui est aussi le lieu de notre hôtel. Et là, c'est régal de vagues ! Les plus impressionnantes que j'aie vues dans ma vie. Nous faisons de même quelques jours plus tard à Copacabana, avec une plage mythique de 4,5 kilomètres ! Clairement ça ne paraît pas si grand vu d'en bas ! La plage est très aménagée (football, volley, muscu etc.). Attention, les pickpockets ont l'air nombreux (on en a vu!).

Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel

Après Copacabana, le Pain de Sucre ! Que dire ? Y'a du monde, certes ! L'ascension se fait en téléphérique, afin d'escalader les 396 mètres (y'en a aussi qui l'escaladent pour de vrai ! Mais bon, on ne voulait pas trop se faire remarquer...). Quelle vue ! Le nom viendrait soit d'un terme amérindien, soit des blocs de sucre transportés à l'époque (à l'époque les Français appelaient ça le « Pot de Beurre »). En face le Corcovado joue à cache-cache derrière les nuages, tandis que des petits singes sont clairement moins timides.

Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel

Savez-vous que Rio est une ville verte ? Bah moi non plus ! En vérité, c'est celle qui possède la plus grande forêt urbaine du monde (3 200 hectares!), c'est le parc national de Tijuca. Nous souhaitons y faire une « petite randonnée », en fait ce sera l'activité de notre journée ! La cascade Taunay, le lac de la solitude, les singes, et une vue encore.... encore plus incroyable ! Rio de Janeiro, à 360° ! C'est là où on peut comprendre qu'il y a 12 millions d'habitants ! (on les avait presque oubliés dans cette forêt!).

Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel

Enfin, il y a le plus connu. Un brave type, les bras écartés, semblant vouloir faire un câlin à la terre entière, qui se prend la foudre chaque année, car posé sur une colline de 710 mètres de haut, le Corcovado. Inauguré en 1931 cette statue du Christ Rédempteur fait 38 mètres de haut, et a été réalisée par un sculpteur français (Paul Landowski) ! C'est clairement blindé de monde, mais il y a un petit truc en plus qui m'a fasciné. La vue est à nouveau exceptionnelle. Mais quand l'exceptionnel devient la norme, est-ce encore exceptionnel ? Ainsi est Rio, une ville où les collines font son charme, où la baie fascine, où à chaque instant se dégage une vue. Nous l'avons découverte dans une atmosphère endiablée qui rajoute à son charme. Une ville pas comme les autres.

Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel
Rio, exceptionnel

Et maintenant, si je vous dis que Rio de Janeiro est l'une des plus belles villes du monde, vous me croyez ?

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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 23:18

Je vous ai déjà évoqué ma Bucket List. Environ 10 fois depuis le début du blog au lycée. Ou 20. Qu'importe, c'est la liste des choses que je souhaite faire avant de mourir. Ne pas avoir de regrets étant l'un de mes leitmotivs dans la vie, cette liste est toujours affichée chez moi, au-dessus de mon bureau, sur ma penderie ou ailleurs, à la mercie de mes déménagements respectifs. J'y jette de temps en temps un coup d'oeil, afin de me rappeller ce qui est finalement très important dans la vie. Elle me sort de ma routine, me pousse à prendre des risques, voir à tout lâcher. Et sur cette liste figurait un lieu mythique, parmi d'autres : Rio de Janeiro.

 

Quand on pense à Rio, on pense à Copacabana, au Pain de Sucre, au Christ les bras en l'air, imitant Pauleta, ou encore au football tiens. Et puis il y a cette folie, une fois par an, le carnaval. Et quoi de mieux que d'avoir les copains d'enfance avec moi, de ceux avec qui j'ai fait le carnaval de Dunkerque chaque année quasiment depuis 2006, de ceux avec qui nous sommes partis à travers l'Europe il y a 10 ans, avec qui j'ai partagé tant de joie et de voyage depuis... oh, depuis longtemps. Et c'est encore plus agréable quand on ne les a pas vu depuis 6 mois !

Le carnaval de Rio

Le carnaval. Comment l'expliquer ? Il y en a deux : le carnaval de rue et le Sambodrome.

 

Commençons par le carnaval de rue, avec ses blocos ! (aucun rapport avec Eperlecques). Le principe est facile, il correspond à ce que certains ont déjà vu dans les ferias, ou à Dunkerque, ou à la braderie, ou dans des festivals : des gens sont rassemblés en ville, il peut y avoir de la musique, il peut y avoir de l'alcool, et il peut y avoir du monde. Beaucoup de monde. Dans certains blocos de la ville, ils sont 100. Dans certains blocos, ils sont 100 000. Nous avons privilégié ceux du centre, et puis après c'était un peu de la chance : on suivait la foule !

Les blocos sont politiquement engagés. Ainsi, nous avons vu tout un concert très à gauche, avec des drapeaux du parti communiste qui flottait, des affiches proclamant “Lula libre” et des slogans hostiles au président Bolsonaro (ça avait quelque chose à voir avec son anus, mais notre portugais ne nous a pas permis de distinguer la nuance !). Ici, les homosexuels s'affichent sans hésitation (je pense que Rio est la ville la plus gaie que j'ai vue).

Le carnaval de Rio

De l'autre côté de la baie, à Niteroi, le carnaval est différent. Ce n'est plus vraiment Rio, et nous voyons tout autre chose : les musiciens arborent ainsi le T-Shirt de Bolsonaro ! Le défilé est tout de suite plus à taille humaine et l'ambiance plus familiale. Ce n'est pas tout à fait le même niveau, même si les chars restent très sympas. Mais il ne faut surtout pas comparer les reines de la danse de Rio et celles de Niteroi ! Des juges sont présents pour noter le show, l'ambiance, les costumes, la musique, l'originalité etc.

Le carnaval de Rio
Le carnaval de Rio
Le carnaval de Rio
Le carnaval de Rio
Le carnaval de Rio

En plus des blocos, il y a le sambodrome. Qu'est-ce qui se cache derrière ce mot bizarre : des tribunes, le long d'une avenue. Littéralement. Le reste de l'année, les voitures circulent devant des gradins vides. Pendant le carnaval, c'est le coeur des écoles de samba. Nous avions entendu plusieurs discours : les “vrais Brésiliens” ne font pas le sambodrome. “C'est cher”. “Ca vaut le coup”. Bon, on était un peu dubitatif, mais nous sommes à Rio une fois dans notre vie, alors on y va. Nous achetons nos tickets auprès des vendeurs de rue (25€ pour les places en face des juges, quasiment les meilleures), quand les guides nous disent que ça vaut deux fois plus chères.... et les filles assises à côté de nous, deux fois moins chères. Bon, qu'importe, car ce qu'on va voir dépasse nos espérances.

 

Le sambodrome est le lieu où défilent les écoles de Samba. Elles sont des centaines à Rio, et seul une infime partie peut prétendre entrer dans ce lieu mythique. C'est une sorte de championnat, avec des divisions, la Série A et l'Elite étant le sommet. Nous sommes en série A (non, il n'y a pas la Juve Olivier), et 6 écoles vont défiler devant nous aujourd'hui. Chacune a 45 minutes devant elle ! On commence à 22h, et ça finit à 5h du matin ! Quand je vous dis que c'est fou !

 

Est-ce que c'est long ? Franchement, non. J'ai adoré. Car au cours des 45 minutes de chaque école, on voit passer des chars gigantesques, surmontés par des danseurs et des danseuses, parfois en très petites tenues (pour le plus grand plaisir de mes copains, moi j'ai à peine regardé). Entre ces chars, c'est une succession de centaines de personnes, avec des costumes très travaillés (et très chers, le routard dit 150€), des musiciens, une chanson qui rentre dans la tête (é Vamoch à Carnaval...), des reines, des portes drapeaux, et tout un show. Chaque école a un thème, ainsi le sport, ou la conquête du Brésil pour les Portugais. A l'intérieur, des sous-thèmes, et chaque char est décoré pour coller au thème. Enfin, c'est la théorie, dans les faits on n'a pas toujours compris ! Les écoles sont jugés sur 10 critères (adéquation avec le thème choisi, l'harmonie musical, la batterie, les costumes, les chars, l'impression d'ensemble etc). Devant les juges, c'est là où ils performent le plus (d'où l'intérêt d'être dans les tribunes 7 ou 9).

[cliquez sur les photos pour les voir en meilleure taille]

Le carnaval de Rio
Le carnaval de Rio
Le carnaval de Rio

A noter que tout le monde peut participer au carnaval, même nous. Pour cela, il faut contacter les écoles de samba quelques semaines avant, réviser avec eux pendant 2-3 semaines, et c'est parti pour les sambodromes ! Fou, non ?

Bon, qu'est que je vais faire pendant les vacances d'avril... ?

 

1- Parc des Princes

Voir les Pyramides

Grimper sur la Tour Eiffel

Visiter Amsterdam

5 - Faire du stop

Tour d’Europe

Istanbul

Voir l’Océan Arctique

Statue de la liberté

10 - Prendre le transsibérien

Marcher sur la Grande Muraille

Colombey-les-Deux-Églises avec l’ami Lucas

Être heureux

Faire un doctorat

15 - Réaliser mon arbre généalogique

Courir un marathon

Regarder l’ensemble des vainqueurs de l’Oscar du meilleur film

Sauter en parachute

Visiter l’Inde

20 – Le carnaval de Rio de Janeiro

Road 66

Traverser le Pacifique en bateau

Marcher en Antarctique

Voir Rome

25 - Aller à Jérusalem tout en ayant lu la Bible

Aller à la Mecque tout en ayant lu le Coran

Avoir des enfants

Voir la politique d’un peu plus près

Observer un volcan en feu

30 - Écrire un livre

Être quadrilingue

Escalader le Kilimandjaro

Faire un pèlerinage

Sauter à l’élastique

35 - Emprunter la route de la soie

Assister à une finale de coupe du monde

Monter l'Alpe d'Huez sur un vélo

Être capable de jouer mon aria préféré de Bach au piano (ouverture n°3 en ré majeur, air on the G string, + Prélude en do majeur)

Réaliser mon autoportrait avec un style de Rembrant ou Courbet

40 - Mettre un pied dans l’ensemble des pays du monde (61/193)

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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 23:20

« La Société de Géographie organise régulièrement des déjeuners-débats dans le Salon Pourpre du Sénat auxquels participent entre 50 et 80 personnes. Accepteriez-vous d'être notre invité et de nous parler du Rwanda ? […] L'invité prononce une allocution de 25 à 30 minutes au milieu du repas et répond aux questions des participants à la fin de celui-ci ».

C'est le genre de mail qui me fait sourire, qui me fait plaisir (et pas seulement parce que c'est précédé d'un très officiel « monsieur le professeur »). Ca me questionne aussi. Il fait suite à une série de sollicitations qui concernent mes recherches de thèse : un article pour la société de géographie, un appel de France Culture pour les éclairer, une autre demande d'article pour une autre revue, pour un livre et maintenant ça. Et j'ai une grande chance : je ne fais aucune démarche et on vient me chercher. Et pourtant, comme à chaque demande, je vais répondre par la négative.

 

A quoi sert une thèse ? C'est une question que l'on m'a posée 1 000 fois. Pour avoir soutenu il y a deux ans, j'ai maintenant plusieurs réponses (qui ne sont sans doute pas les mêmes qu'à l'époque).

A titre personnel, j'ai fait la thèse pour moi. Pour mon plaisir. Ca peut paraître fou de faire un travail de 3 ans minimum en le prenant comme un hobby. C'est pourtant le cas, car ma thèse n'avait pas de vrai projet professionnel derrière. Pour beaucoup de mes copains-copines qui ont fait ce travail, il y avait une ambition : travailler dans le monde de la recherche. Pour moi, ce n'était pas le cas. Et clairement, après 4 ans de recherche, ça ne me faisait toujours pas rêver, bien au contraire. Je pourrais insister sur les choses qui ne fonctionnent pas à mon goût dans la recherche française (les moyens dédiés, l'administratif, le rapport au public, etc.) mais, en vérité, c'est surtout que ça ne m'intéresse pas de travailler autant ! Car, être un bon chercheur, c'est être toujours au fait de l'actualité scientifique de son domaine. Etre un bon chercheur, c'est partager ses connaissances via les articles, les livres, les conférences, les cours. Etre un bon chercheur, c'est savoir se vendre, et mettre sa carrière au-dessus de sa vie personnelle quand on veut un poste. Etre un bon chercheur, c'est travailler beaucoup. Trop à mon goût ! (je reste un peu feignant!).

 

Si la thèse ne m'a pas servi à cela, m'a-t-elle néanmoins servi à trouver du travail ? Oui et non. Non, car je n'ai pas besoin d'un doctorat pour enseigner. Ce qui est « officiellement » nécessaire c'est un concours de l'enseignement (CAPES ou Agrégation). Un doctorat ne me donne pas de passe-droit. Dans les faits, les contractuels sont recrutés sans concours, et le fait d'avoir un doctorat (en plus d'un peu d'expérience aujourd'hui) me fera, sans doute, passer avant d'autres possibles contractuels en histoire-géographie (la prime au diplôme en quelque sorte). Ce fut le cas pour ma venue en Guyane, où l'inspecteur m'a dit par téléphone qu'il m'avait appelé en premier/dans les premiers, m'a parlé très vite de ma thèse, et m'a proposé un poste en lycée « à la vue de votre diplôme ».

 

Ma thèse me sert aussi au jour le jour, dans le métier d'enseignant. Etre carré. Organisé. Structuré dans son travail. C'était des choses où je ne pensais pas être totalement mauvais avant la thèse, mais le doctorat fait de nous des toqués : ne pas mélanger les documents sinon on va les perdre, classer ses idées au fur et à mesure pour ne pas être submergé etc. Le doctorat et les conférences apprennent aussi à présenter à l'oral des idées pas toujours faciles à comprendre : c'est un bon exercice d'enseignant. Et puis c'en est fini de la timidité : quand on fait une présentation via le ministère de la défense devant une centaine de personnes dont quelques hauts-gradés, on n'a plus peur d'être devant 28 adolescents ! Le doctorat est une grosse charge de travail (4 ans bon Dieu!), et ça prépare bien aux sacrifices de la première année de l'enseignant (celle où il faut faire tous ses cours!). Enfin, par rapport au métier, le doctorat amène, ou plutôt renforce, un côté perfectionniste.

 

A quoi sert une thèse ? Je pense aussi que ça sert à être regardé bizarrement. Quand les gens apprennent que vous êtes docteur, ils vous regardent un peu interloqués (surtout s'ils vous ont vu trois minutes plus tôt « interpréter » Pour que tu m'aimes encore en karaoké). Etre un docteur, en soirée, c'est être un animal de laboratoire. Les gens vous observent, et se disent : « c'est donc ça, un docteur. C'est bizarre, j'imaginais cela très différent de nous ». Car, être docteur, finalement, ça ne change pas grand chose. Je ne pense pas avoir pris plus la grosse tête qu'auparavant (« tu m'étonnes, vu d'où tu partais... » eh ! Je vous entends commenter cet article!). Et je ne pense pas le crier sur tous les toits dès qu'on me rencontre. Souvent, quand on me pose la question sur mes études, je préfère répondre qu'elles ont été longues, sans insister. A quoi bon ? Ca m'a déjà pris la tête pendant 4 ans !

 

Et si, aujourd'hui, on me proposait de refaire une thèse ? Hum. C'est une expérience de vie, certes. Mais je n'en ferai, je crois, pas deux ! Trop de sacrifices, trop de travail, trop de prise de tête, de charge mentale etc. Je le dis d'ailleurs à ceux que je croise et qui me parlent de leur envie de faire un doctorat : « es-tu bien sûr-e de te rendre compte ? ». Car, deux ans de recul plus tard, c'est là où je me rends compte qu'une thèse est un travail de maso, qu'il faut aimer se faire du mal, et rédiger des lignes et des lignes d'informations glanées au cours des heures, des jours, des semaines, des mois et des années de travail. A quoi sert une thèse ? A me rappeler qu'il ne faut surtout pas trop travailler si je veux être heureux dans la vie !

Le repas des sénateurs : de l'après-thèse
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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 18:28

C'est l'histoire d'un collier. Chaque matin, je le mets autour de mon cou. Et, chaque soir, je le défais. Cela, depuis une bonne quinzaine d'années. C'est devenu un rituel, un réflexe, une habitude. Souvent, quand je quitte un lieu, je touche ce collier, pour vérifier que je ne l'ai pas oublié. Je joue parfois avec. Et je l'embrasse à chaque fois que je suis dans un avion (à mon grand embarras d'ailleurs!). Qu'y-a-t-il aujourd'hui sur celui-ci ? Je vais procéder par ordre chronologique d'acquisition.

Ma religion

Le premier médaillon est un petit ange, pensif, le bras se touchant le menton. C'est l'un de ceux qui pose le plus de questions, car il détonne avec le reste. Il faut voir la face arrière pour bien le comprendre : « Jeremy 15-4-87 ». C'est ma médaille de baptême. Je ne sais même plus moi-même qui me l'a offerte (en même temps, je n'avais que quelques mois, c'est normal que ma mémoire me joue des tours!). Qu'est-ce qu'elle représente pour moi aujourd'hui ? Un rappel, une origine : je suis né dans une famille chrétienne, catholique.

 

 

Le second est une croix. Je pense que beaucoup d'entre-vous connaissent ce symbole de la chrétienté, provenant essentiellement de Jésus cloué sur la croix (quoique la croix soit un symbole plus ancien). C'est pour moi le symbole des catholiques et des protestants.

 

La main de Fatma. Egalement appelée Khamsa, elle se retrouve beaucoup en Afrique du Nord, notamment chez les berbères. C'est un symbole des musulmans, notamment chiites, quoiqu'on puisse aussi la retrouver chez les sunnites, les soufis, mais aussi chez les Juifs (main de Myriam). A titre personnel, je l'ai toujours décrit comme un symbole musulman (j'apprends des choses au fur et à mesure de l'écriture de cet article !)

 

L'étoile de David. Cadeau de mes amis d'université alors que je la cherchais (j'avais déjà les précédentes), elle représente pour moi la religion juive. Ce symbole est pourtant multiple, puisqu'il peut représenter à la fois les 6 jours de la semaine, les 12 tribus d'Israël, mais aussi Brahma chez les Hindous, ou encore le symbole de l'homme et de la femme... Bref, y'en a pour tout le monde !

 

La croix orthodoxe. Souvenir d'un périple à Saint-Pétersbourg, cette croix est une variante orthodoxe de la croix catholique et protestante. La première petite barre horizontale du haut est un rappel de la pancarte affichée par Ponce-Pilate (INRI, Jésus le Nazaréen, le rois des Juifs), tandis que la barre horizontale du bas symbolise le bon larron, à savoir le crucifié qui était à côté de Jésus et qui se repentit de ses pêchés.

 

La yin et le yang. Achat plus tardif, du côté de la Malaisie, il représente pour moi le taoïsme. Le Yin, en noir, évoque le principe féminin, la lune, l'obscurité, la fraîcheur, la réceptivité... Le Yang quant à lui (laissant apparaître le fond blanc), représente entre autres le principe masculin, le soleil, la luminosité, la chaleur... Le Yin représente le fait de recevoir quand le Yang permet de donner. C'est peut-être le signe qui me correspond le mieux, avec son idée de balance, d'équilibre. Ne pas tomber dans l'extrême, d'un côté ou de l'autre.

 

La svastika. Ohoh. Là, j'ai hésité quelque temps avant de l'acheter. Mais, à cette époque là, j'étais en couple avec une Allemande. Et c'est elle qui m'a dit : « ce n'est pas le signe d'Hitler, Hitler l'a volé ». Et nous avons donc décidé de refuser la recel nazi sur un signe très ancien, et très apprécié dans la culture asiatique (je l'ai très souvent rencontré en voyage). Là aussi la signification est multiple : l'éternité, le nirvana, l'esprit de Bouddha pour les différentes cultures bouddhistes, Ganesh chez les Hindous, ou les maîtres dans le jaïnisme. Pour moi, c'est le symbole le plus fort, car il témoigne de l'utilisation des symboles par d'autres, pour le meilleur et pour le pire. De l'autre côté, au revers de cette médaille, il y a aussi un portrait de Bouddha, ce qui me permettra le jour où je serai arrêté par la police, de justifier mon médaillon et de ne pas finir en prison pour apologie du troisième Reich !

 

Au final, à quoi ça sert tout ça ? A lancer une conversation sur la religion à chaque fois que quelqu'un me demande ce que ça représente, à coup sûr ! Mais aussi de me rappeler à moi-même qu'il faut respecter les croyances des autres. J'ai un peu tendance depuis quelques années à tourner vers l'anti-religion, au point d'avoir réfléchi à me faire débaptiser (j'en reparlerai un jour). Les religions, je crois souvent, sont plus la cause de problèmes terrestres que de réussites pour la paix. Une mauvaise utilisation en est faite, ce qui me met tout colère. De là à vouloir interdire toutes les religions, il y a un pas que je ne franchirai pas, grâce à ce collier. Celui-ci me servira aussi, un jour, peut-être, alors que j'arriverai devant le bon Dieu : « regarde mec, je les ai toutes, sûr qu'il y a la bonne dedans ! ».

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13 février 2019 3 13 /02 /février /2019 20:38

Je crois que c'est au printemps 2018 que ça m'a pris. Quoique non, c'est peut-être plus ancien, lors des voyages notamment. Je n'avais pas envie d'écrire. Je n'avais plus l'envie. Et, pourtant, je me sentais obligé de le faire. Pourquoi ce sentiment ? C'est que je n'écris plus seulement pour moi, comme c'était le cas au début sur Skyblog. J'écris aussi pour quelqu'un, via ce blog. Et, en voyage, j'avais l'impression de devoir écrire pour mon blog. D'y être contraint. C'est revenu en Bolivie cet été, un peu en Colombie en automne. Et, à plusieurs reprises, je me suis dit : n'est-ce pas là le temps d'arrêter ?

 

Ca fait 15 ans que j'ai un blog. La moitié de ma vie. Oh, j'en ai écrit des choses depuis ! Du PSG à mes groupes de rap préférés, les photos des soirées de ma jeunesse, la fac et Erasmus, les voyages, l'amour... Et pourtant j'ai parfois l'impression de ne pas vraiment écrire. Je ne sais pas si c'est le format qui me gêne, ou l'image qu'on en a encore aujourd'hui. C'est un blog, juste un blog ! On est loin d'un livre. Et à de (très) nombreuses reprises je me suis demandé si je n'avais pas envie d'écrire autre chose, plus long, plus intense, en mettant tout ce que j'ai. On me l'a demandé aussi, parfois. Et, au fond de moi, j'en rêve sans doute un peu. Mais je n'ai pas encore trouvé le courage pour le faire. Ou la motivation. Ou même le sujet. C'est que je suis handicapé : je ne sais qu'écrire sur moi, sur ce que je ressens, sur ce que je vis. Un putain d'égocentrique ! Je ne vais tout de même pas commencer par mes mémoires !

 

C'est que le format du blog me correspond finalement assez bien : je peux partir dans tous les sens. Présenter un épisode un peu fou de ma vie en Guyane, discuter d'un groupe de musique, écrire sur l'amour et mes échecs sentimentaux répétés etc. Certes, je me censure du fait du partage, notamment sur Facebook. Sans cela, j'irais sans doute plus loin. Beaucoup plus loin. Oui, je vais parfois loin, comme sur Pondichéry.... Mais, en vérité, il y a beaucoup de choses que je n'ai pas encore formulées. Que je n'ai pas osé écrire. Prenez les dernières années de ma vie : après Alba, j'aurais pu écrire à 100 reprises que j'avais l'impression d'être le plus malheureux et misérable des hommes. Mais je ne le voulais pas, vis-à-vis d'elle, pour ne pas l'embarrasser, vis-à-vis de vous, pour ne pas avoir le sentiment de me plaindre tout le temps, vis-à-vis de moi, pour ma fierté et mon ego démesuré. Ou alors je l'écrivais avec tellement de codes que moi-même je n'arrivais plus à le comprendre. Le pire dans tout ça, c'est que je pourrais écrire bien plus sur moi encore (l'égocentrique, le retour!), faire un introspection continue et répétée de mes sentiments, de ma confiance en moi (ou pas), de mes envies et projets souvent inaboutis. D'ailleurs, est-ce que je vais publier cet article ? Il n'intéresse que moi, c'est encore l'un de mes questionnements. A quoi bon le partager ?

 

Et c'est justement la vraie question. A quoi bon partager tout ça, avec vous ? Parce qu'écrire me sert, au jour le jour. J'écris pour exprimer ce que je suis incapable de dire. Ca provient sans doute de ma vieille timidité, et l'écriture a toujours été pour moi un médicament efficace. Le partage, via le blog et facebook, c'est différent, ce n'est pas une obligation. Arrêter d'écrire, ça me semble encore inconcevable. Arrêter de bloguer ça paraît plus cohérent. Alors, pourquoi partager ? Hum. Pour vous. Et pour moi, à nouveau (l'égocentrique, tome 3). Sans ce blog, comment je pourrais vous donner de mes nouvelles ? Par le téléphone, oui. Encore faut-il que je vous appelle de temps en temps (et que vous décrochiez!). Ou alors je devrais commencer à répondre à mes SMS ! Horreur ! Sans cela, étant de l'autre côté de l'Atlantique, on se reverrait une fois par an. Ah, ça, on en aurait des choses à se dire ! Tellement qu'on en oublierait les trois-quarts ! Et, peu à peu, on s'éloignerait. En fait, ce blog sert à vous garder proches de moi. C'est con à dire, c'est con à écrire, mais sans ce blog, je pense que j'aurais perdu des potes. Peut-être pas les meilleur-e-s. Mais disons tout un groupe de personnes que je ne croise pas souvent, que je n'ai pas souvent au téléphone, mais avec qui je partage des choses via ce blog, et via vos commentaires. Parfois, certains vont m'écrire après un article, directement, pour me raconter quelque chose sur le sujet. On vient aux nouvelles en lisant ma rupture, on m'écrit pour me dire qu'on est dans la même situation, on m'explique qu'on va visiter un pays d'où je reviens en demandant des tuyaux supplémentaires. Sans ce blog, je pense que ma vie sociale avec le 62 et le 59 (allez je vous inclus aussi!) serait réduite au minimum. Voilà à quoi sert ce blog. Et ça me donne le sourire quand je lis un de vos messages, un de vos commentaires. Je réponds rarement, car je suis un flemmard de première, mais vraiment je kiffe ça. Allez, je vous aime, et c'est pour ça que je vais continuer. Et même le publier tiens !

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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 18:27

Manifester est un droit. Comme celui de se mettre en grève. Avec mon coloc Tim, nous avons décidé ce mardi de suivre l'appel national à une mobilisation. Les suppressions de postes alors que nous avons plus d'élèves, c'est vraiment quelque chose qui nous paraît illogique. Ainsi, à 10h, nous avons rejoint le cortège. Et, pendant ce temps-là, quelqu'un arrivait chez nous...

 

Il est midi. Nous ne sommes même pas garés chez nous que les enfants des voisins se précipitent sur la voiture : « il y avait un voleur ! il y avait un voleur ». Tim, souriant, réplique quelque chose du genre : « vous l'avez fait fuir, j'espère ». On ne se rend pas compte dans les premières secondes, mais c'est que c'est sérieux ! Ils nous amènent vers notre porte arrière, que nous retrouvons ouverte. J'entre dans le salon. Mon premier regard est jeté sur le moteur du bateau que nous conservons chez nous. Il n'est plus là. Aïe. Tim a perdu le sourire arrivé dans sa chambre « oh la la mon ordi, oh la la ils ont tout pris ». De mon côté, je me dirige vers ma chambre. Fermée à clef. Comme toujours. J'ai un vieux TOC depuis que je suis arrivé, à écouter des histoires de cambriolages à droite à gauche. La chambre de Zoé a été retournée. Les deux autres ont eu du passage aussi, mais on ne se rend pas compte tout de suite. Car l'important, c'est l'action !

 

Les enfants nous font comprendre que c'est très récent, et qu'ils ont vu le voleur partir dans la forêt. Ni une, ni deux, on court avec Tim, chacun d'un côté des arbres. Un type avec un moteur de bateau 30 chevaux sur l'épaule, ça ne doit pas aller très vite, ni très loin. Surtout, ça ne doit pas passer inaperçu ! Je fais tout un tour. Tim aussi. Rien. J'ai juste le temps d'apercevoir une voiture de gendarmerie qui vient sur la piste derrière chez moi : je bondis dans la forêt, et je hèle « arrêtez-vous ! ». J'explique notre histoire. Ils reviendront vite et ouvrent l’œil. Chou-blanc donc.

 

Nous rentrons vers la maison. Les gendarmes débarquent. Nous observons un peu plus les dégâts. Merde, comment est-il rentré ? Les gendarmes observent la porte : « il n'y a pas eu d'effraction ». Tim pense secrètement qu'il n'a pas bien fermé la porte arrière, et s'en veut. Ca peut arriver à tout le monde. On est surpris de voir les ordinateurs de nos deux colocataires toujours là. Clairement, il a du faire vite. On fait le point sur ce qu'il manque, on voit une machette sortie de son étui (heureusement qu'on ne s'est pas retrouvé face à lui !). A ce moment-là, les voisins nous appellent. Une femme a vu quelque chose. On ne sait pas trop quoi, mais on se met à courir dans le quartier !

 

Quelques maisons plus loin, la dame nous montre... un moteur de bateau ! « Ce n'est pas le mien » qu'elle dit. Ca tombe bien, car ça ressemble au nôtre ! Il est au sol, à moitié recouvert. La cavalerie est avec nous, on trouve un blouson sur place qui doit appartenir au cambrioleur. Parfait pour les analyses ADN ! Les experts Guyane, c'est parti ! Nous poursuivons notre enquête. Une grande valise qui nous appartient est retrouvée dans la seconde maison, qui a été forcée. A l'intérieur, du matériel hi-fi, des outils etc. Toujours pas d'ordi, mais la grosse enceinte est aussi de retour (on n'avait même pas vu qu'elle avait été empruntée ! ). La dame est interrogée, elle était avec notre voisin à ce moment-là, et elle soupçonne l'ex-copain de sa sœur. On y reviendra.

 

Il manque toujours deux ordinateurs, un disque dur, un casque, une montre, quelques bijoux sans trop de valeur hormis sentimentale (mais n'est-ce pas là la vraie valeur des choses) etc. Ca fait chier. Les gendarmes finissent leur travail, prennent nos coordonnées, expliquent les démarches pour porter plainte... Les enfants des voisins expliquent ce qu'ils ont vu, un garçon, grand, 30 ans peut-être, avec une casquette sur la tête. La petite de 5 ans me raconte qu'elle lui a jeté des cailloux... ^^ Les gendarmes repartent. De mon côté, je repars dans la forêt, à la recherche d'éventuels indices. Je croise les voisins du lieu où on a retrouvé le moteur, le monsieur se plaint des voleurs. Je repars vers ma maison, je croise une voiture.

 

Une minute plus tard, les gens du quartier me font signe, et me désignent la voiture. Je cours. Je dis à Tim de me rejoindre. La voiture roule dans ma direction. Je suis au milieu du chemin. Je la fais s'arrêter. Nous nous faisons face. Tin tin tin tin tin, tin tin tin (c'est une imitation d'une musique d'un western de Sergio Leone, en mode duel!). Dans la voiture, deux hommes à l'avant. Ils m'observent. Je m'avance vers le conducteur, sans trop savoir ce que je fais, ni ce que je vais dire. « Bonjour messieurs ». « Bonjour ». Le passager a une casquette sur la tête. Plutôt costaud, du genre à pouvoir porter un moteur sur son dos. Bon, j'ai dit bonjour, qu'est-ce que je peux dire ensuite... « vous n'avez rien vu de bizarre dans le quartier ? ». « Non non ». Tim est là maintenant, mais la situation est la même : je ne suis pas un gendarme. Je voudrais bien fouiller la voiture, faire descendre les passagers, les questionner avec une lumière dans les yeux en mode « nous avons les moyens de vous faire parler ! », mais ce n'est pas possible. Et sans doute pas une bonne idée, étant donné que l'un des deux peut très bien avoir une machette ou autre chose sous son siège ! Je leur souhaite une « bonne journée ». Et je note la plaque.

 

Etait-ce eux ? Possible. Certainement même, car la voiture s'est arrêtée au niveau de la maison où le moteur de bateau était entreposé, ils sont descendus, et ils sont repartis aussi vite quand ils n'ont rien vu. Qu'est-ce que je peux prouver avec ça ? Pas grand chose. Nous en parlons aux gendarmes par téléphone, on leur donne le numéro de la plaque et l'adresse du monsieur que nous soupçonnons (car Saint-Laurent du Maroni est un grand village, tout le monde connaît tout le monde). Il faudrait avoir l'ADN... qui va être envoyé en métropole... bref, faudra pas être pressé ! En rentrant à la maison, Tim a finalement découvert par où il est rentré : une fenêtre de la cuisine a été forcée, elle est cassée. Du coup, pas besoin de s'en vouloir ! (et puis à quoi bon de toute façon).

 

Notre mardi est consacré aux conséquences du cambriolage : réparation de la fenêtre, dépôt de plainte, etc. Certains osent parfois comparer cet événement à un viol. Non, vraiment pas. Ca fait chier, il y a des pertes matérielles, sentimentales, mais ce n'est pas la même chose. Car, au commissariat, un gendarme arrivait pour une histoire glauque : deux mineurs violés. En comparaison, nous, tout va bien. On a juste une histoire de plus à raconter.

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