29 juin 2022 3 29 /06 /juin /2022 14:22

Quelle est mon envie ? Que veux-je faire ? Que vais-je faire ? Pendant plusieurs semaines, ce fut la course. Finir la campagne de Jadot. Finir le livre sur Houlle. Finir les cours. Finir les travaux. Faire un déménagement. Déballer les cartons. Et là, aujourd'hui, je m'arrête. Je me pose sur mon canapé, sans télé, sans connexion internet, juste moi, et du temps disponible. Et je ne sais pas quoi faire. Comme si j'avais perdu l'habitude !

 

La période fut dense. Et constructive. J'en ressors avec une nouvelle expérience professionnelle qui a permis d'assouvir ma soif de curiosité sur la politique nationale. J'en ressors avec un second ouvrage qui me rend fier, tout en donnant le sourire à des gens que je ne connaissais pas lorsqu'ils reçoivent de mes mains le livre sur l'histoire de leur village, ou celui de leurs parents. J'ai, en l'espace d'un mois et demi, noué des liens avec des élèves formidables à Calais. Et, aujourd'hui, je vous écris depuis chez moi. Ma maison. Littéralement. Car je suis devenu propriétaire.

 

Quand on repense à ma situation il y a deux ans et demi : célibataire, revenant d'Amérique du Sud, dormant sur un canapé à Lille... ça passe vite ! Et me voilà entré dans un monde qui me faisait sourire il y a quelques années : celui des taux négociés avec un banquier et des travaux dans sa demeure. Poncer un parquet. Une bordureuse. Fibre de verre. Branchement électrique. Changer un robinet. Autant de choses que j'avais jamais faites jusque là, un vocabulaire qui m'était étranger, et qui me permettait souvent de dire que « je ne suis pas très manuel ». En vérité, je n'avais jamais essayé. Et, au final, ce n'est pas toujours très compliqué. Un tuto, un conseil, et des essais (parfois nombreux) pour un résultat plutôt correct (quoi que la fibre de verre ne me satisfait pas complètement).

Bien sûr, il reste encore du travail. Quand je vois cette maison, ma maison... enfin, notre maison (!), je vois des choses à faire dans chaque pièce. Et je pense que j'en ai pour l'année. Sauf que là, j'en ai plein le dos. Deux semaines et demi à faire les travaux, à porter des cartons, un week-end de déménagement, des aller-retour à Emmaüs, à la déchetterie... je n'ai plus l'envie de m'y remettre. J'ai mal partout, je suis fatigué. Une journée de repos. Mais comment la vivre ? Comment s'arrêter brusquement lorsque l'on vit à 100 à l'heure ? Le choc est rude. Je regarde par la fenêtre. Je me dis d'aller faire du sport, un peu de vélo. Mais j'ai mal partout je vous dis ! Dormir. Manger. Lire. Triptyque d'un retraité. Et, aussi, regarder par la fenêtre. Cette école de musique, ce sera ma vue pendant plusieurs années. Je l'aime bien. Des arbres, du calme, des oiseaux qui chantent, des lycéens qui stressent pour leur grand oral. On y sera bien.

 

Venez, vous êtes les bienvenu.e.s.

Partager cet article
Repost0
1 juin 2022 3 01 /06 /juin /2022 14:03

« Hiiiiii aaaaaaahhhhhh ». Ce cri résonne encore dans mes oreilles. Chaque après-midi, sous la voûte, il est là, à hurler son hiiii ahhh, je l'entends depuis les préfabriqués où la chaleur est intenable et vous pousse à somnoler. C'est un réveil. Roland est là. Qui est ce Roland ? Est-il encore en vie ? Aucune idée, mais son cri et son visage sont ici.

3 ans à Ribot, c'est beau la vie

Il y a 17 ans, je passais mon bac. 17 ans, putain ! Du stress, j'en avais un peu. On sentait tous que c'était un moment important. Un rite de passage. Le bac, le permis, nos 18 ans, un triptyque qui allait signifier la liberté.

 

Quand je sors du collège de l'Esplanade, je suis content. Marre de certaines règles, marre de l'ambiance, une envie de voir autre chose. Et puis Ribot, c'est une réputation : un lycée où il fait bon vivre. Le jour de la rentrée, il y a l'appel, classe par classe, alors que nous sommes dans la grande cour. Pour moi, pas besoin d'attendre trop longtemps : la 2D2, avec quelques têtes connues : Camille, Angélique, Pauline, Vanessa et même Elsa, que je retrouve de l'école primaire. L'ambiance est d'entrée très bonne, et je me sens à ma place. Je travaille. Il faut dire que j'ai la pression : sur mon bulletin de fin de 3ème, on dit tout simplement que la transition au lycée risque d'être compliquée ! Alors je bûche un peu au premier trimestre, pour passer au-dessus de 12. Je n'ai pas une réelle marge de manœuvre et les lacunes héritées du collège plombent en partie ma moyenne (coucou les langues!). Le deuxième trimestre est déterminant : je travaille un peu plus encore. Et je passe au-dessus de 14. C'est bon, la transition est effectuée, je vais pouvoir travailler un peu moins et me reposer à nouveau en partie sur mes acquis !

3 ans à Ribot, c'est beau la vie

Car le lycée c'est une motivation limitée pour les cours. Pour la première fois, on regarde les filles. Magalie, Aurore, Stéphanie, Rose... y'a pas à dire, nous sommes servis ! Du haut de nos 15 ans, connaissant déjà tout du monde, nous parlons avec une voix muante, presque mutante [oui, je fais des néologismes], pleine d'affirmation. L'année de seconde est sans conteste la plus belle : les fêtes s'enchaînent, et l'année se termine au mois de mai sous le soleil au jardin public quand les 1ères et Terminales se doivent de réviser ! Ah, les cons ! On danse au son de Satisfaction de Benny Benassi, Kyo est en haut des charts, mais je garde ma préférence pour le rap : The Eminem Show, Graver dans la roche de Sniper, Psy4 et bien sûr, toujours la FF.

3 ans à Ribot, c'est beau la vie
3 ans à Ribot, c'est beau la vie

« Alors, tu l'as emballé ? » Pas vraiment, non. Parler aux filles, traîner avec des filles, ça, c'est plutôt facile. En embrasser une, c'est plus compliqué, et ma timidité deviendra petit à petit une légende de rue (la « révillonite », maladie consistant pour un garçon à apprécier une fille, la fille est d'accord, et il ne se passe rien. Je m'en suis remis tardivement!)

 

Au-delà des filles, il y a toujours le football. L'événement de l'année, c'est le tournoi du lycée ! On crée une équipe, et c'est un immense plaisir si on tombe contre les pions ! Encore plus si on les massacre ! Un tournoi qui nous réussit moyennement, on élimine des favoris, et on se fait sortir au tour d'après. Le syndrome français au tennis : un exploit, puis l'élimination directe contre un plus petit ! Je reprends du plaisir à jouer à l'Essor, je recrute même les copains de ma classe (coucou Benjamin et Yann) et se forme aussi peu à peu un groupe qui traînera bientôt devant les escaliers du forum.

Le forum ? Le lieu où il faut être vu, le lieu où les couples se tiennent la main, le lieu où l'on s'insulte un peu. Pour la bagarre, direction la voûte, et ça devient politisé (coucou les Skinheads!).

Nous, on a notre salle : la 121. On y cause, on y bosse, on y fait des Jungle Speed et des belotes. Ambiance bon enfant, en témoigne cette photo. 2 secondes plus tard, le proviseur entre dans la salle. Fou rire.

3 ans à Ribot, c'est beau la vie

La fin de la seconde est un peu dramatique : plus de 10 redoublants et réorientation. On dit au revoir à une partie du groupe, avec quelques larmes. Le lycée, c'est une sélection assez sévère au départ. Dommage, j'aimais la 2D2, et les batailles de neige de l'hiver sont gravées dans ma mémoire.

 

1ère. La classe explose en raison des spécialités. Je choisis 1ère ES, malgré le forcing de ma prof de chimie. Je découvre alors celui qui sera mon professeur préféré au lycée (on en a tous un) : Mr Carlier. Je le revois encore traversant la cour, lentement, très lentement, très très lentement. Il est aussi fan de foot, du RC Lens. A l'époque, j'ai un survêtement complet du PSG et une casquette iconique (et les filles passent leur temps à essayer de me la piquer!). Alors il ne me manque pas quand Paris perd. Et, à l'époque, il en faut du courage pour afficher les couleurs portées par Sammy Traoré et coachées par Guy Lacombe : défaite à domicile le 1er match contre Lorient avec un doublé de Fiorèse... Le 5 novembre 2006, Paris-Lens 1-3 (doublé de Daniel Cousin). Le lendemain, en classe, Mr Carlier s'assied, toujours lentement, ne dit pas un mot, et sort le journal L'Equipe, avec sa Une consacrée au match. Il met régulièrement le classement au tableau : à la fin des matchs aller, Lens est second, Paris est 16ème. Autant vous dire que c'est limite du harcèlement moral ! Les cinq défaites consécutives (Saint-Etienne, Sochaux, Sedan, Auxerre, Rennes... oui, que du lourd) manquent de me pousser au suicide alors que le club est 19ème. Heureusement, une victoire salvatrice à Bollaert me redonne le sourire. Beau joueur, j'achète l'Equipe, et je le pose sur le bureau de Mr Carlier.

En seconde et en première, je suis délégué. Je ne me souviens plus trop pourquoi j'ai postulé, mais je suis élu. Je vois l'envers du décor, les profs en conseil, les choix des compliments ou des félicitations (non, mais sérieusement, on s'en fout aujourd'hui en vérité!), et les blagues à l'encontre de certains élèves. A la fin de la première, je sens qu'on ne sert plus à grand chose, le bac fera juge de paix !

Le bac français, la SVT. Essayer d'avoir des points d'avance. 7 à l'écrit. 14 à l'oral, 13 en SVT. 8 points d'avance, ok, c'est pas fou, mais c'est mieux qu'avoir du retard.

3 ans à Ribot, c'est beau la vie
3 ans à Ribot, c'est beau la vie

En terminale, la classe est à nouveau bousculée, et hormis Yann et Benjamin, les autres disparaissent. Pas grave, c'est avec eux que je traîne. Mon groupe se recentre un peu plus encore sur l'ESSOR, et les soirées sont plus masculines. Certains commencent à avoir le permis, on parle de plus en plus de boîte de nuit au son de Bob Sinclar et de DHT (coucou le Té, Té, Téoria. Bon, en vérité ma première c'est les Jardins du Rosendael à Audruicq. On me proposera tout de suite de l'ecstasy). Mais ma vraie passion, c'est Football Manager. Les parties en réseaux existent désormais, et je passe mes soirées à faire des saisons avec le Werder de Brême ou même l'OM (on s'en fout, c'est qu'un jeu!). Alexandre et moi nous entraînons mutuellement, et j'ai le souvenir de réviser le bac en lisant mon cours devant une partie de FM et avec Roland Garros que Nadal commence à gagner cette année-là. Alexandre prendra l'option rattrapage, je pense que c'est un peu de ma faute (bon, la sienne aussi hein!).

3 ans à Ribot, c'est beau la vie

Le jour des résultats du bac. Direction la voûte. Le lieu de grand passage. Je me souviens l'année précédente d'une fille en pleurs devant son admission, disant que « c'était les plus belles années de sa vie ». Je suis moins sentimental, je le décroche, j'ai une mention AB (et mes sœurs radotent depuis des années qu'elles en ont eu une meilleure ! Oui, mais combien de Champions League ?!? Les chiffres ne mentent pas Mesdames, et mon palmarès à FM parle pour moi !). Quelques-uns restent au lycée, pour le BTS. De mon côté, direction Arras en histoire (après une hésitation avec économie... je ne serai pas le même homme!).

 

Qu'est-ce que je retiens de ces trois années ? La salle de perm' dans la cantine, une cantine qui justement n'était pas fameuse. Les TPE, le truc où tu as 6 mois pour faire quelque chose, et où tu fais tout la dernière semaine. Notre sujet, « La mondialisation du football », nous tenait pourtant à cœur ! Je me souviens aussi de la fatigue. Le lycée, c'est des journées très longues, de 8h à 17h40 (pourquoi cet horaire chelou?!), et, en rentrant, les devoirs. Je m'endors encore avec Skyrock, Romano me fait toujours rire, et si je crois être un adulte, je reste un grand ado. La fête de fin d'année, avec les dunks des basketteurs et le hip hop m'impressionne bien. Et j'ai encore des frissons en repensant à cette fille chantant « Elle est d'ailleurs » de Pierre Bachelet. Mais ça, c'était l'année suivante... j'étais pourtant à la fac, mais celle-ci est fermée avec un mouvement social (le CPE !). Pas cours, du temps, et une copine, la première, au lycée. Ribot, je reviens !

 

[honnêtement, quand je revois le lycée aujourd'hui, je pense à vous]

3 ans à Ribot, c'est beau la vie
Partager cet article
Repost0
30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 09:51

J'ai besoin d'écrire. Ça fait plusieurs semaines, j'ai des thèmes en stock, et, pourtant, je ne prends pas le temps de le faire. C'est un peu comme courir : on sait tous que ça nous fait du bien, mais on trouve toujours une excuse pour faire autre chose. Là, c'est les vacances, et je suis au bout de ma table, seul, avec deux heures devant moi. C'est parti.

 

Aujourd'hui, je reviens sur cette drôle d'année 2021, dans la continuité de 2020. Car, sans aucun doute, on parle d'une année COVID. Le premier confinement, « le vrai », made in 2020, nous a le plus marqué, mais je n'oublie pas que 2021 a commencé sous couvre-feu. Couvre-feu qui datait de début décembre pour le Nord-Pas-de-Calais, et qui a duré jusqu'au... 20 juin. Oui, six mois de notre année à regarder l'heure pour ne pas être en dehors des clous, à se balader avec des papiers justifiant le fait de travailler pour revenir tard... enfin, quand je dis tard, je parle tout de même de 18h. Extinction des feux à 18h pendant deux mois. C'est fou quand on y pense. Surtout que cela a signifié 6 mois sans bar, restaurant, cinéma ou tout autre spectacle.

2021 a été grecque, puisque nous sommes passés du variant Alpha au variant Delta, puis nous terminons avec Omicron. Font chier ces Grecs.

Heureusement, le vaccin est là... Bon, j'avoue, j'espérais plus de ces vaccins. Il faut dire qu'ils étaient vendus avec des chiffres presque parfaits : 95% d'efficacité pour Pfizer après deux doses, 94% pour Moderna. J'espérais, comme beaucoup je crois, un retour à une vie normale : sans masque, en serrant des mains et en claquant des bises. Le COVID 2020, d'accord, mais la suite... c'est comme au cinéma, on n'aime rarement le numéro 2. Il se trouve que les variants font chuter l'efficacité des vaccins (surtout Omicron), et, s'ils préservent des vies (l'objectif initial), ils ne permettent pas de faire tomber les masques.

 

Ce masque, je l'ai donc porté chaque jour au travail. Car 2021 fut une année de boulot. Les six premiers mois ? C'est quasiment la totalité de mes « heures de liberté » que j'ai passées à enseigner au lycée. J'avais quatre niveaux, et j'ai bûché dur pour parvenir à faire mes cours en temps et en heure. Enseigner est un métier formidable. J'adore les élèves, ils me le rendent bien, et cela m'a permis de tenir sur la durée (car la route St-O-Dunkerque, j'en ai un peu ma claque!). J'ai même hésité à passer le concours interne cette année. Une autre fois, peut-être.

2021, le Zapping

Qu'a-t-on fait de nos week-ends avec couvre-feu ? Des scrabbles. Des jeux de société. De la course à pied. Et nous avons redécouvert la région. Des Caps à Oye-Plage, en passant par Acquin-Westbécourt et Fauquembergues. Comment ça ce n'est pas sexy ? Notre région est formidable, et randonner avec un être cher vaut tous les Pérou.

2021, le Zapping

J'ai commencé 2021 en couple, je finis 2021 en couple. Champagne ! C'est sans aucun doute ce qui marquera le plus cette année : je me suis mis en ménage comme disent les anciens. J'ai re-re-re-re-re-re-re-re-re-re-re-redéménagé (12 fois sur les 15 dernières années, autant vous dire que j'ai bien fait le tri dans mes affaires), cette fois à un kilomètre. Rue de Dunkerque. Tout un symbole. Je vis aujourd'hui avec une fille, et, une semaine sur deux, avec trois enfants. Certains me promettaient l'enfer. En vérité, tout est très simple. C'est d'ailleurs la clef de cette réussite amoureuse : c'est simple, c'est limpide (« simple, efficace » → private joke), il n'y a pas de prise de tête, bref, que du bonheur. Je me suis retrouvé dans un rôle de « demi-papa » qui, finalement, me sied bien. Jouer au foot ou à des jeux de société... en fait, c'est parfait, car j'étais déjà un vrai gamin !

En cette fin d'année, nous avons même fait une offre pour une maison. Et si ça n'est finalement pas celle-ci, ce n'est pas très grave car c'était tout un symbole. Moi, le type qui n'a jamais fait de prêt (car il n'achète rien), je me retrouvais chez un banquier avec une fille pour parler taux d'intérêt et capital.

 

J'ai vieilli. Au-delà de cette conversation de vieux, j'ai toujours pensé que ce qui faisait basculer vers l'âge adulte était le triptyque « travail, maison, enfant ». J'ai sans aucun doute réussi à prolonger ma jeunesse au-delà du raisonnable, mais j'étais de plus en plus dans les cordes. Aujourd'hui, si on me propose de sortir en boîte, je souris (mec, je suis trop vieux pour ces conneries). Et, le pire du pire : je ne dors plus après 10h. Moi, qui étais capable de faire minuit-midi, j'ai aujourd'hui un réveil interne qui me fait émerger quasi tout le temps avant 9h. A ce rythme-là, dans 10 ans, je me réveille à 6h30 tous les matins.

Je suis aussi devenu tonton. Une première (ça va, mes soeurs ont largement attendu !), et une petite fille qui donnerait à tous l'envie de procréer tellement elle est facile et souriante. Un rôle qui va me plaire !

 

En 2021 nous avons pu voyager. Le monde s'est ré-ouvert cet été, et dès le 5 juillet nous avons filé en Géorgie. Une bouffée de liberté dans un pays où nous n'entendions plus les termes COVID et masque. Dans l'ancien bloc soviétique, nous avons fait du stop, de longues heures de bus, randonné dans des montagnes et longé la mer Noire. Une autre culture, une autre langue... c'était sexy. Surtout main dans la main.

Jusque-là, j'avais fait rêver ma moitié en l'emmenant à Charleville-Mézières. Différent. Nous avons aussi passé la frontière pour retrouver Gand ou Waterloo. Nous sommes descendus à Marseille et St Maximin pour Noël, avons visité la baie de Somme. Et puis nous avons repris l'avion pour la Réunion [prendre l'avion me questionne de plus en plus, j'y reviendrai le jour où j'ai deux heures devant moi au bout d'une table]. C'est parti pour mon dernier DOM historique, avec des retrouvailles en perspective. Les potes nous ont bien aidé sur place (merci Ju pour la voiture, merci Olivier pour l'appart), et cette île est juste incroyable. Des volcans, des cirques, que de randonnées possibles !

2021, le Zapping

2021 fut du sport. J'ai continué le football, et je reste persuadé que j'y passe certaines des meilleures heures de ma vie. J'ai fait un trail à Clairmarais (où l'on s'est perdu, merci la signalisation!) et, surtout, j'ai escaladé l'Alpe d'Huez à vélo. Et ça, c'est classe !

2021, le Zapping

De manière générale, j'ai tout de même eu l'impression de moins voir les copains-copines. La double lame COVID-être en couple explique ceci. Cela me frustre un peu de n'avoir vu mes potes de fac qu'une fois dans l'année, de ne pas être descendu dans le sud-ouest ou de ne pas faire plus d'aller-retour à Lille, Arras ou Paris. Le temps n'est pas extensible, je le conçois, et la vie est toujours une question de choix. Je ne les oublie pas. Et j'ai mis de côté mes questionnements écolos pour passer du temps avec eux à Budapest pour un EVG. Absurdité environnementale, sans doute. Mais 4 jours avec des copains, c'est vraiment chouette.

2021, le Zapping

D'ailleurs, en parlant d'écologie, j'ai été candidat à des élections. L'engagement politique était régulièrement dans mes réflexions, et le fait d'avoir sauté le pas me satisfait. C'était assez fatiguant à combiner avec le boulot et la vie privée, mais je ne regrette en rien. Et, si c'était à refaire, je n'hésiterais pas longtemps. Le jeu en vaut la chandelle. Et ce n'est pas les dernières évolutions du climat au niveau local ou international qui me feront changer d'avis. La Terre se réchauffe, nous sommes tous responsables (moi le premier), et nous pouvons tous faire quelque chose (moi le premier). D'ailleurs, il va falloir réfléchir aux bonnes résolutions pour 2022... [à suivre]

2021, le Zapping
Partager cet article
Repost0
26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 18:51

Rencontrer sa nièce, c'est rencontrer sa vie. Un peu comme quand un pote annonce son mariage alors que tu es célibataire, voir la fille de sa petite sœur quand tu n'as pas d'enfant, c'est une remise en question. Non pas que tu aies envie de tout jeter, ou de dire que ta vie c'est de la merde, loin de là. Mais disons que ça met un petit coup de vieux quand tu y réfléchis un peu.

 

Car ma sœur, je la revois petite et pitre, pipelette et pantouflarde, devant Sunset Beach ou jouant au Sim's (alors que j'attends l'ordinateur pour un petit FM). Ma sœur c'est quelqu'un qui me suit d'une année dans la vie, qui a fait les cours et les classes juste après moi, de l'esplanade à Ribot, d'Arras à Rennes. Ma sœur a encore 20 ans, à mes yeux. Et moi aussi d'ailleurs. Alors cet enfant, devant moi, si petite, si joufflue, qui sourit à la vie, qui croque ses premières secondes dans ce bas monde, c'est une petite claque.

 

C'est forcément le temps qui passe. C'est mes parents qui sont grands-parents. C'est ma (dernière) grand-mère qui est arrière-grand-mère. Et c'est moi qui suis tonton. Merde, tonton. Tonton Jérémy. Ca sonne un peu faux. Autant tonton Philippe ou tonton Frédéric c'est tout à fait naturel. Mais moi, tonton, vraiment ?

 

Elle attrape mon petit-doigt et le tient fermement de ses toutes petites mains. Elle dort sur moi. Elle me regarde. Elle observe tout autour d'elle. Le plafond a l'air, tout d'un coup, fort passionnant. Oh, tiens, le chat. Elle fixe. Elle remue, elle gigote, elle se dandine presque. Elle fait des petits bruits qui ne veulent pas dire grand chose, et qui disent pourtant déjà tout. Elle est vivante, elle est là, elle est née, elle est des nôtres. Avec elle, c'est toute une vie qui est transformée pour ma sœur, à tout jamais. Fini de se laisser aller, tu n'as plus le droit. Pourquoi tu travailles ? Pour elle. Pourquoi tu ne restes pas allongée dans le fauteuil ? Pour elle. Pourquoi vis-tu ? Pour elle. Ce petit morceau d'être humain à la tête rigolote sera ta vie. Ton plus bel accomplissement. Ta fierté. Ta tendresse. Tes peurs et tes angoisses du futur. Du présent. Ton bonheur. Qu'est-ce qu'elle est belle.

 

J'ai envie de pleurer. J'avais envie de pleurer juste avant son arrivée, en pensant à tout ça. J'ai encore envie maintenant, en y repensant. Elle va me manquer. Ma nièce.

Tonton
Partager cet article
Repost0
25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 22:45

4 étages, du bleu, du jaune, un peu d'orange. Y'a pas à dire, ce collège est le parfait exemple de la barre d'immeuble des années 70 au style plus que douteux. Arrivé là-bas à 11 ans, en sortant d'une école primaire de village, le choc est important. 4 étages c'est grand, très grand. Je revois les escaliers et les salles qui s'enchaînent. La sonnerie a remplacé l'instit qui frappait dans ses mains. Où aller ? J'ai de la chance, je suis dans la classe d'Alexandre, alors j'ai un copain de Tilques avec moi. Plus de Tony, plus de Guillaume, plus de Florent, Frédéric ou Yvan. Les filles ne sont pas là non plus. On était 12 en CM2, on est 28 en 6ème A3. Quand je regarde la photo de classe aujourd'hui, je vois de vrais sourires, mais aussi des sourires gênés, voire pas de sourire tout court. Je pense que j'étais loin d'être le plus flippé.

Dans la cour, on est au moins 800. Les grands, les 3èmes, jouent au foot dans la cour du bas, je les regarde avec envie. Un jour, ce sera moi. Je revois des gens de Tilques, Rémi, Johan. Lui m'avait vendu le collège un jour au coin de nos rues « c'est vraiment différent ». Quand t'es en CM2, tu n'imagines vraiment pas à quel point.

4 ans d'Esplanade

Le premier cours dont je me souviens, c'est celui d'arts plastiques. La salle dans le bâtiment A au troisième étage avait le sol défoncé, un vieux parquet dont il manquait des lamelles [elles ont été refaites l'été suivant]. Le prof avait l'air un peu perché. Surtout il criait. Nous ne comprenions pas trop pourquoi : personne ne parlait vraiment. Il impressionnait. La semaine suivante, il expliqua que des parents étaient venus au collège parce qu'il nous avait fait peur. Et il demanda « à qui je fais peur ici ? » La moitié de la classe leva la main. Tout d'un coup, il se tourna violemment vers Jonathan et lui cria « toi, je te fais peur ? ». Le pauvre répondit en larmes : « oui, beaucoup ».

 

Je crois que la violence a commencé ainsi. Car, honnêtement, quand je me souviens du collège, je pense surtout à cet univers où la loi du plus fort est toujours la meilleure (jusqu'à l'arrivée des pions). Ça se bastonnait sévère dès le début, et je me souviens des courses de la cour du haut jusque la cour du bas pour assister, souvent de loin, aux échanges de marrons. Quand c'était les 6ème, ça nous faisait presque rire, tant les coups s'échangeaient avec délicatesse, tandis que les larmes coulaient dans les yeux des deux boxeurs. Quand c'était les 3ème, ça nous semblait être un combat entre poids lourds pour la ceinture de champion de France, et ça tapait sévère. C'était rarement un sixième contre un troisième : il y a un minimum de savoir vivre, même en temps de guerre.

Son nez saigne. On le transporte dans les couloirs rapidement, avec, derrière lui, une foule de curieux. Lui, c'est un type de ma classe. Il s'est fait coincer contre un mur par trois autres sixièmes. Il avait des lunettes, le look Harry Potter. A 3 contre 1, on est toujours très fort. Et très lâche. Je les ai vu faire, je n'ai pas réagi. Il quittera le collège là-dessus.

Si ça se bagarre entre élèves, il y a aussi des tensions avec les adultes. Une prof d'anglais remplaçante attire les moqueries. Sa coupe, ses habits, même son nom. Un jour, alors qu'une bagarre éclate dans la cour du bas, elle vient chercher ses élèves dans la cour du haut. Elle est chahutée, je revois même un élève lui tirer les cheveux.

 

Attention, mon collège, ce n'est pas que ça. Déjà, c'est du football. Car en cinquième on a trouvé la technique pour jouer : une balle de tennis, et le fond de la cour du milieu est à nous. 3 contre 3, 4 contre 4, on s'use les semelles à chaque récré, et ma mère râle quand elle voit l'état des baskets.

J'ai 12 ans et demi, et je suis un grand maintenant. Je m'habille tout seul : j'ai troqué le gilet choisi par maman contre le survêtement intégral choisi par moi. Je veux acheter des chaussures de marque et je commence à faire attention à mon look. Je coupe mes cheveux à la tondeuse, et je veux me faire une houppette. Ca va bien à Rémi, et Rémi a l'air de plaire aux filles de ma classe. En vérité, et avec du recul, ça ne me va pas du tout ! Mais qu'importe, la balle de tennis qui court devant moi est plus importante encore, j'irai courir les filles plus tard.

Ma hantise de l'époque : faire tomber mon verre dans la cantine. Car, à ce moment-là, et comme dans toutes les cantines de France, un grand « wéééééééé » résonne et le malheureux, tout penaud, se retrouve avec un ramasse-poussière.

Le moment qui me plaît bien, c'est le cross du collège. On n'a pas cours de l'après-midi et on fait deux boucles autour du jardin public. J'ai de la chance, je cours plutôt vite. Pas contre, c'est plus compliqué pour certaines filles. Et quand tu es un peu plus gros ou grosse, c'est l'enfer. D'ailleurs c'est l'enfer tout le temps pour toi. Pareil si tu as des cheveux bizarres, ou un nom bizarre, ou un sac bizarre. Bref, le collège c'est l'enfer dès que tu n'es pas dans la normalité. L'objectif de tout collégien, c'est d'être dans le moule, de ne pas dépasser. Sinon, on se moque de toi. Et à 13 ans, tu n'as pas les épaules assez larges pour subir les moqueries.

 

En 4ème, je retrouve ma prof de français de 6ème. Elle me demande pourquoi mes résultats ont baissé à ce point. Je rigole. 14 ans, un garçon plein de maturité [sic!]. Elle veut nous faire travailler sur Haïti. Construire des petites maisons, faire un projet. Moi, l'art plastique, c'est pas trop mon truc. Mais c'est bien, on est en groupe, et on peut parler. Aujourd'hui, quand j'entends Haïti aux infos, je me demande ce qu'elle en penserait.

4 ans d'Esplanade

Je n'aime pas le collège. Les cours m'ennuient. Les bagarres me font parfois flipper, et pourtant j'en ai déjà vu quelques dizaines. Un jour, un troisième m'a poussé dans les sacs, autour d'un poteau. J'ai pleuré tellement j'étais énervé. Mais il fait du judo, et je le sais. Ma honte a redoublé quand une fille de ma classe m'a demandé pourquoi je pleurais. « Je pleurais pas » que j'affirme.

J'ai arrêté de travailler en musique. Honnêtement, 4 ans de flûte, quel gouvernement a eu cette idée ? Un instrument de canard, alors qu'il existe des guitares ! On aurait pu avoir une nation de guitariste, imaginez un peu ! En anglais, je ne comprends pas grand chose. En allemand, ce n'est pas beaucoup mieux. Je commence à tricher. Je ne fais plus trop mes devoirs. Les professeurs commencent à me mettre en garde. Pffff, ils ne comprennent rien de toute façon. C'est officiel, je suis un petit con. Et fier de l'être.

Si j'ai un rêve en quatrième, c'est de plaire aux Pauline. Et d'être footballeur. A la fin de l'année, j'arrive à 12 de moyenne. Deux ans auparavant, j'étais à 17. La chute est rude.

 

3ème. Prof principal : Mr Paris. Alors lui, on sait d'avance qu'on n'a pas intérêt à broncher. Sa réputation le précède et quand tu le croises dans le couloir tu baisses la tête, que tu sois bon ou mauvais élève. Son premier cours me reste gravé : la première guerre mondiale. Il explique que nous sommes en troisième et que nous devons maintenant prendre des notes, pour nous préparer au lycée. Et il commence son cours magistral. Son cours, magistral. J'y étais. Vraiment. Je croisais les poilus de 1914, j'entendais les bombardements, nous naviguions dans les tranchées. Tous. Sauf Guillaume, qui, après 10 minutes, a commencé à écrire. Et Mr Paris de dire : « c'est bien Guillaume, il faut prendre des notes ». Et nous tous de nous regarder et d'écrire en quelques lignes dix minutes d'immersion. Là, j'ai compris que j'aimais l'histoire. Et si je suis prof d'histoire-géo aujourd'hui, c'est sans doute grâce à Mr Paris.

Il avait un projet : faire un journal ! Alors nous nous y sommes mis, je me revois même être allé le vendre à Carrefour aux habitants du quartier.

Ce qu'il y a de bien en 3ème, c'est que les grands buts de la cour du bas sont désormais les tiens ! Alors, chaque midi, on se régale avec Yann, Guillaume et Alexandre. On frappe de toutes nos forces, et on refuse les petits sixièmes qui veulent jouer avec nous. Non mais oh ! Chacun son tour ! Tu verras dans 3 ans !

4 ans d'Esplanade

Quand je regarde la photo de 3ème je vois maintenant des adolescents. Les enfants de 6ème sont partis, leur innocence avec. A la fin de l'année, ça organise une soirée qui ne s'éternise pas, puis un grand camping. Ce sont des souvenirs mitigés, où j'ai vu les premiers verres d'alcool, où j'ai senti les premières odeurs de cannabis, où j'ai effleuré pour la première fois un corps.

 

Hum. C'est bizarre ce sentiment. Je souris avec une certaine mélancolie, et pourtant ça ne me manque pas le moins du monde. Même le foyer avec le baby-foot et les cannettes de coca où en appuyant deux fois très vite sur la machine ça en faisait tomber deux. Même les voyages scolaires en Allemagne où un cache-cache géant nous avait fait repartir en enfance. Alors oui, quand je revois les visages d'Emilie, Swan, Alexandra, Guillaume, Charlie, Aurélie, Amélie, Amandine, Angélique, Camille, Margaux, Guillaume, Alexandre, Yann, Vanessa, Amélie, Justine, Marie-Laure, Rémi, Camille, Sébastien, Jean-François, Romain, Benjamin, Pauline et Pauline, quand je les recroise au hasard des jours et des rues de Saint-Omer, je m'arrête, et je discute un peu. Mais pas de cette époque-là. Car le collège, c'est dur. L'adolescence est compliquée. Et quand je vois certains adultes dire aux plus jeunes « vous avez de la chance, profitez ! », j'ai plutôt envie de leur dire « bon courage ».

 

Au fait, je vous ai déjà parlé de mes 3 ans à Ribot ?

Partager cet article
Repost0
19 février 2021 5 19 /02 /février /2021 20:25

20h45. J'ouvre la porte. Le silence, assourdissant. Pas âme qui vive. J'ai envie de prendre l'air. Littéralement. Respirer. J'irai bien marcher. Me balader en ville. Voir les monuments éclairés. Passer devant un bar. Entendre un éclat de rire. Ou de la musique en fond sonore, imaginez, un live ! Woh, ce serait bien. Un bon petit concert d'un groupe d'adolescents boutonneux plagiant du rock anglais. Je referme la porte. Et ma pensée.

 

J'ai de la chance, mes quatre murs sont assez éloignés les uns des autres, et le plafond est haut. J'ai « de l'espace, de la luminosité », c'est comme ça que la vendeuse de l'agence m'a vendu l'appart. N'empêche qu'un an va bientôt sonner à l'horloge du COVID, et c'est un an qu'on ne retrouvera pas. J'ai mon globe terrestre qui trône au centre de la bibliothèque, il me nargue, je le vois bien, avec tous ces pays qui me font de l’œil. Je les aurai un jour, je les aurai.

Mais quand ? Honnêtement, j'imaginais 2021 plus clair, plus facile que 2020. Deux mois compliqués au départ, et ensuite on reprendrait la vie d'avant. Aujourd'hui, j'ai l'impression que plus personne n'espère reprendre cette vie là avant... l'automne ! Ou même 2022.

C'est con, j'avais des projets. On en avait tous d'ailleurs. Là, logiquement, demain, je pars à la Réunion. J'avais mon ticket, j'avais les copains là-bas, et j'avais soif de randonnée. Bref, le plan parfait. Sauf que demain j'irai un peu moins loin, un peu moins haut. Pas d'envol, les pieds sur terre, ma bonne vieille métropole.

 

« Faut pas se plaindre, il y a pire que nous ». Mais est-ce que j'ai vraiment envie, ce soir, de me comparer au pire ? Et si, aujourd'hui, je me comparais au meilleur de ce que la vie peut nous offrir ? Et bien le bilan n'est pas fameux ! Je me lève, je vais bosser, je rentre, je n'ai pas le droit de sortir le soir (et un soir qui commence à 18h c'est vachement tôt!). Alors je bosse un peu plus, et je vais me coucher. Et le lendemain, rebelote. Quelle vie de merde. Moi qui passais mon temps à rappeler aux gens qu'il n'y avait pas que le boulot dans la vie, me voici pris au piège !

 

Je réouvre la porte. Hum. J'hésite. Je marche 50 mètres à gauche, 50 mètres à droite. Je rentre. Je me dis qu'à la campagne je pourrais au moins faire le tour du patelin.

Liberté chérie, tu me manques. Je veux bien que ce soit pour le bien collectif, que les sacrifices ne sont pas vain. Mais un an quand même. J'ai essayé d'en faire quelque chose, mais je viens petit à petit à bout de mes idées. C'est que, vois-tu, j'ai besoin d'espace. De grands espaces. Et de projets, de grands projets. Sans ça, je m'ennuie. Et, surtout, je me vois vieillir.

 

Il y a dix jours, j'ai joué au football. C'était formidable, ça faisait quatre mois que ça n'était pas arrivé. On était 3, des un contre un sur un but, un terrain bien pourri, un ballon dégonflé, on surveillait le chien quand on dribblait... mais bon sang, du foot ! Quel bonheur ! Sauf que le lundi après-midi j'ai eu mal aux jambes. Et le mardi.

C'est ça, 33 ans. Dès que tu arrêtes le sport pendant plusieurs semaines tu souffres lors de la reprise. Et ça ne va pas s'améliorer. Alors, mon petit COVID, tu comprends que tu commences à sérieusement m'emmerder ! C'est que je veux jouer au foot pour mes dernières années où j'ai l'impression d'être encore à peu près compétitif. Et je veux voyager comme je l'entends, où je veux, quand je veux, rencontrer du monde, aller faire la fête, danser et chanter, vivre bordel ! Et là, depuis plusieurs mois, tu m'as enfermé entre quatre murs. J'en ai marre de ces murs. Je veux voir la mer. Entendre le bruit des vagues. Ce silence me fatigue.

 

Alors j'ouvre la porte.

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 23:43

En ce 31 décembre, j'étais bien. Quelques copains, des jeux de société, une raclette, pour moi, c'était la fête. Je n'en voulais pas plus. A vrai dire, ça fait des années que je souhaite faire cette soirée de cette façon. Il a fallu attendre le COVID et les prescriptions gouvernementales pour l'imposer. A ma grande joie.

 

J'aime bien faire le bilan de l'année. Régulièrement je faisais même un zapping, l'occasion de revoir les soirées, les sorties, les voyages et les grandes actions ou décisions des 365 jours écoulés. Ici, ça va y ressembler, sans forcément être tout à fait chronologique. Quoique, je reste prof d'histoire, et c'est souvent le meilleur plan.

 

Il faut dire qu'au début de l'année 2020 j'étais un peu perdu. Je revenais de deux années et quelques mois d'Amérique du Sud, je ne savais pas exactement ce que je voulais faire, je ne savais pas où, je ne savais pas avec qui. Liberté totale. Lille tenait la corde, l'enseignement était l'idée sécurité. Et puis... j'ai fait tout différemment ! C'est ça qui est incroyable au 1er janvier : on pense que l'année va aller dans un sens, et elle part dans un autre. Je ne parle pas simplement du COVID et du confinement, tant cela paraissait impossible. Mais c'est aussi le cas du reste.

 

Tiens, février, j'ai fait deux fois le carnaval à Dunkerque. Oui, au Kursaal, avec des milliers de personnes. Ça ressemblait à ça, le monde d'avant !

2020, c'était bien

Et puis le COVID est arrivé. Un tsunami. Une révolution. Je ne sais pas quelle métaphore fonctionne le plus. Indescriptible. Quelque chose qui marquera les livres d'histoire, quelque chose que l'on racontera à nos enfants. Les villes vides, la peur qui rôde, le décompte macabre chaque soir, les annonces gouvernementales scrutées à la loupe, l'attente d'un vaccin. Et moi, dans ma bulle, dans le Sud. J'en ai profité. Oui, il y a eu les profiteurs de guerre, moi je suis un profiteur de la maladie. Je me suis recentré, je me suis concentré, et j'ai écrit un livre. Le fameux, celui dont je parle depuis tant d'années. 2020, c'est un accomplissement. L'histoire de mon village, à 400 exemplaires. Oh, ce n'est pas beaucoup. Mais ce n'était pas pour le nombre, ce n'était pas pour l'argent, c'était pour le partage. Parler avec les anciens, retrouver les vieilles photos, découvrir des choses que j'ignorais sur un lieu que je pensais connaître comme ma poche. Je n'ai pas encore eu les retours, la faute à la maladie, et à un deuxième confinement. Mais j'en suis fier. C'est du beau boulot, ce livre a de la gueule, et il m'a montré que je suis capable d'écrire et de publier. Rien que pour ça, c'était bien.

2020, c'était bien

D'ailleurs, en 2020, je me suis retrouvé à Saint-Omer. Le retour aux sources. Une décision mûrement réfléchie et que je n'ai pas regrettée jusqu'à aujourd'hui. Une maison, un extérieur, un territoire. Chez moi. Finalement c'est ça que je suis venu retrouver.

 

2020 ce fut made in France. Je n'ai pas pris l'avion, je n'ai pas traversé une frontière. Ça me fait encore bizarre de l'écrire, je vous assure que c'était étrange à vivre. Je n'ai pas eu ma dose annuelle d'aventures, je n'ai pas rencontré de nouvelles cultures, langues, ou nourritures. Mais j'ai de la chance, j'avais fait des stocks les années précédentes. Et puis on a un pays magnifique. Je le savais, et ça s'est confirmé. Alors je me suis baladé dans ma région, et sur une côte d'Opale tellement belle quand un rayon de soleil la parcourt. J'y ai croisé quelques animaux fascinants.

2020, c'était bien
2020, c'était bien

Cet été, alors que la France se déconfinait, je me suis évadé dans le Jura, j'ai parcouru les gorges de l'Ardèche, arpenté la Lozère, découvert les gorges du Tarn et Albi.

2020, c'était bien
2020, c'était bien
2020, c'était bien

La famille m'aura même amené voir des dauphins... en Bretagne ! Quand je dis que c'est une année improbable !

2020, c'était bien

2020 c'était tout ça. Et c'était toi. Et ça, c'est fou. Quoique tu dirais plutôt canon. Ou canonissime. C'est marrant, je m'aperçois que ce mot n'existe pas dans le Larousse. Sûr que tu aurais pu le placer sur un plateau de Scrabble. 2020, ce fut une rencontre. Était-ce donc toi que j'attendais depuis tant d'années ? Ton humour ? Ta gentillesse ? Ton dynamisme ? Ton écoute ? Ta folie ?

Et maintenant, je regarde devant moi. 2021. Plein de projets dans la tête. J'ai un travail dans un lycée dunkerquois, j'ai une maison, j'ai une copine. Et pourtant, tout reste possible. Vais-je écrire un second livre ? Passer un concours ? Acheter un logement ? Partir en vadrouille ? M'engager en politique ? Me marier et avoir trois enfants ? Bon, il y a des choses un peu plus improbables que d'autres... mais quand on a vu 2020, rien n'est trop fou !

2020, c'était bien
Partager cet article
Repost0
31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 16:07

Dehors c'est gris. Tellement calme qu'on arriverait à entendre les feuilles tomber. Ça et là une voiture rappelle que la vie existe encore, un peu. C'est reparti pour quatre semaines.

 

Difficile d'exprimer clairement ce que je ressens. D'un côté, je fais partie de ces gens qui ont su apprécier le premier confinement, qui ont été capable de l'utiliser, et d'en ressortir avec quelque chose. De l'autre, mon livre sur Tilques est terminé, et j'avais déjà cette impression de grand vide avant même que le confinement ne commence. La dernière fois, le soleil brillait, et j'étais 3. Aujourd'hui, l'automne est là, et je suis seul.

Et maintenant, que fait-on ?


Aujourd'hui j'ai envie de grands espaces. J'irai bien randonner en montagne. Respirer le grand air, scruter l'horizon lointain, ressentir la nature. J'ai envie d'extérieur. C'est con. Car mon horizon actuel s'arrête à des murs, et le ciel paraît si bas que j'ai parfois l'impression qu'il touche mon sapin. Il fait sombre.
 

Vivre avec la maladie. Hier, j'ai appris que je serai remplaçant dans un lycée. 45 minutes de route, du lundi au samedi midi. 4 niveaux. J'observe la charge de travail, et j'ai peur. Jusque là, j'étais libre de mon temps. Je faisais ce qu'il me plaisait. Je sortais quand je voulais sortir. Désormais, je sortirai pour travailler. Et je rentrerai... pour travailler. Drôle de vie tout de même.

Dans le même temps, ce travail va me permettre de voir du monde, d'instruire des enfants, et de contribuer, un peu, à mon niveau, au progrès. Le professeur que je remplace est atteint d'un cancer. Clairement, en comparaison, je n'ai pas de problème.


C'est l'attente qui est compliquée. Surtout quand tu ne vois pas le bout du tunnel. Si on me dit « sois patient, c'est fini dans deux mois », je le serai. Si on me dit « sois patient, ça va peut-être durer deux ans », c'est plus compliqué. Le sacrifice du temps ? Très peu pour moi. La vie est déjà courte et j'ai une liste de rêves longue comme le bras à accomplir.


La vie d'avant me manque. Je veux aller chanter, crier, hurler sur une piste de danse avec des copains. Je veux faire la bise à ma grand-mère. Je veux jouer au foot. Je veux rire avec les gens, et parler d'autres choses que de l'actualité morbide. Il paraît que nous sommes en guerre. Mais moi, j'aime pas la guerre.

Voyageur à quai
Partager cet article
Repost0
13 juillet 2020 1 13 /07 /juillet /2020 20:17

Ça y est, le sac est posé. D'abord sur ce sol, puis rangé dans l'étagère. L'air de rien, ce sac ne m'a pas quitté pendant une année. 12 mois S.D.F. Enfin, du S.D.F. choisi, et non pas contraint (et ça change tout). Un sac qui aura vu un peu de pays, et qui est aujourd'hui fatigué de tout ça.

A peine les clefs en poche que j'ai cherché le plus important mobilier de la maison : un bon lit ! Mon lit ! Plus le lit de mes parents, plus le lit de ma grand-mère ou de ma marraine, plus le lit, le matelas ou le canapé des copains et des copines... c'est mon lit ! En quelques jours j'ai aussi récupéré mes vêtements, de ceux que je n'ai pas mis depuis 3 ans et mon départ en Guyane. Tiens, j'ai ce pull là ? Ah, mais oui, trop bien ! C'est facile, j'ai l'impression d'avoir acheté une nouvelle garde-robe.

 

Emménager, c'est aussi faire des trucs un peu chronophage. Électricité, gaz, ligne téléphonique, changement d'adresse... et il faut aussi passer par une étape que je n'affectionne pas tout à fait : faire les magasins. Comparer les prix, trouver un frigo, une gazinière, un salon. Ce midi, je mangeais toujours assis sur mon lit, l'assiette sur une table de salon gentiment donnée. Je n'ai pas encore de chaises, et les ampoules du salon ne fonctionnent pas.

 

Pas grave, car je suis chez moi. Vraiment chez moi. Mon premier chez moi, en solo, depuis 12 ans. Woh, 12 ans. Depuis, j'ai fait 7 colocs. Alors là, c'est moi qui vais décider du rythme du ménage et de la vaisselle, et je mets la musique au volume que je souhaite. Il n'y a plus de partage des taches, il n'y a plus non plus de partage des repas. Solitude. Est-ce que ça me fait peur ? Oui, toujours un peu. C'est d'ailleurs l'une de mes missions premières depuis que j'ai mon chez moi : voir du monde. Tous les jours je recontacte un copain ou une copine. Car c'est l'avantage de mon nouveau lieu de vie : Saint-Omer, la ville de mon enfance, et de ma jeunesse. Puisque je vous dis que je suis chez moi !

Emménager
Partager cet article
Repost0
12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 22:34

J'écris cet article dans un document intitulé Rédemption.

J'ai eu envie de pleurer devant un film, mais je n'ai pas assumer ces larmes. Une seule a coulé. A la fin du film, j'ai eu envie de faire pipi, et je me suis dit que pleurer aurait éliminer cette envie.

Le confinement ne m'a pas fait grand chose. Pas de changement dans ma vie, pas de baisse de moral. Au contraire, ça m'a permis de trouver un rythme et une motivation.

Je me demande ce que je vais faire dans 3 mois et demi. Et puis j'arrête de me demander, et ça va mieux.

Deux fois une fille m'a dit je t'aime, et je ne pouvais pas répondre. J'étais triste.

Je n'ai pas aimé depuis 6 ans. C'est long. Et je soupçonne le karma.

Quand quelqu'un se met en couple autour de moi, je le félicite. Et je le jalouse.

Je me suis demandé si je ne devais pas recontacter toutes mes ex. C'était apparemment une mauvaise idée.

Il y a un an je me levais en me disant « pourquoi je me lève si tôt ? » Maintenant, je me lève en pensant à ce que je vais faire. C'est mieux.

Je suis parfois asocial.

Je suis parfois un animal de sociabilité. C'est dur de me suivre. Moi-même j'ai du mal.

Je n'ai pas de regret. J'en suis fier.

J'ai quelques remords. Ca ne change rien.

Parfois je m'arrête en me disant « à quoi bon ? ». A rien, et c'est pour ça que la vie reste sexy.

J'ai envie de voyager. Mais moins qu'avant.

J'ai envie d'avoir des enfants rapidement. Et puis j'écoute les histoires de mes potes, et je me dis que j'ai encore le temps.

Il y a 15 ans, ma vie allait être séparée entre Arras et Saint-Omer. C'était facile.

Ce soir, à cet instant, je voudrais être ailleurs. Mais je ne sais où.

J'aime écrire des messages pour recevoir des nouvelles des gens. Et puis je réponds avec 3 mois de retard.

J'ai un super-pouvoir : je peux dormir n'importe où, n'importe quand. Ca m'a beaucoup aidé.

J'ai un autre super-pouvoir : je ne grossis jamais. J'aime moins celui-là.

Parfois j'écris, et les gens aiment. Je ne comprends pas toujours.

Je ferai bien un aller-retour express en Guyane pour voir mes élèves. J'en souris.

J'essaie de faire un jeu de mots avec Jean la souris. C'est nul, alors je m'arrête.

Y'a pas d'arrêtes dans le bifteck. Mais y'en a dans le poisson. Le poisson se jette dans la mer. La mer c'est sur le terre. La terre est une boule. Et toi t'es maboul.

C'est tout.

Transparence d'un soir
Partager cet article
Repost0

Plus De Blogs