26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 04:02

30

Le train est arrêté en pleine voie depuis 20 minutes. Je me suis vaguement relevé de ma couchette, sans vraiment chercher à savoir ce qui se passe ; de toute façon, il n'y a pas d'explication. Les ventilateurs gardent la cadence au-dessus de nos têtes, les Indiens sont allongés en bas. Je souhaite aller à Raigad. Enfin, pas spécialement, mais il fallait que je trouve quelque chose entre Ratnagiri et Mumbai. La guichetière m'a répondu Roha, et me voilà dans ce train, sans être sûr. 286 kilomètres de trajet prévus, j'espère au moins que c'est vers le nord... Une vendeuse traverse l'allée, en disant "kiri" "kiri" "kiri", enfin quelque chose comme ça.

Parfois, je me demande bien ce que je fous là. Aujourd'hui j'ai 30 ans. D'ordinaire, les gens t'appellent, t'écrivent, te le souhaitent. Ma mère aurait fait un gâteau au chocolat, avec des cerises, peut-être le meilleur souvenir gustatif de mon enfance. Ce matin, j'ai mangé du riz. Et personne autour de moi ne sait que j'ai 30 ans aujourd'hui. Ca leur ferait une belle jambe. Ce que tout le monde recherche, à cet instant, c'est comment supporter au mieux cette chaleur. Il n'y a que ce père qui, lui, essaie de trouver un moyen pour rendre ses enfants immobiles et silencieux, espérant commencer sa sieste.

 

30 ans. Pas de copine, pas d'enfant. Je me disais ça à 20 ans, ne pas se marier trop tôt, profiter de la jeunesse. J'ai sacrément bien respecté mes voeux !

Ah, le train redémarre, après qu'un autre nous ait croisé. D'en haut, j'ai un petit angle sur une fenêtre en face de moi, mais difficile de déceler quelque chose. Ca ne m'intéresse pas vraiment de toute façon. Cela fait 8 semaines que j'enchaine les trains et les bus, que je me nourris de paysages. Aujourd'hui, j'ai un livre avec moi, un nouveau stylo, je peux laisser vaguer mon imagination autrement. 

A peine cette ligne écrite que nous traversons un long tunnel, et c'est dans l'ombre que je continue. Je pense à mon pays. Que font-ils aujourd'hui ? C'est samedi apparemment, le jour de la grande liberté. Certains doivent encore dormir après la grosse soirée d'hier soir. Mon père nettoie son camion. Je me demande bien ce que fait ma mère. Un peu de ménage ? S'il fait quelques rayons de soleil, elle est dehors. [bon sang, c'est le plus long tunnel indien ?] Samedi ne veut rien dire pour moi. C'est tous les jours samedi. Quoiqu'il n'y ait plus de jours, de semaines ou de mois. Seule compte la saison, chaude ou mousson. Je suis dans la première, la seconde débarque normalement dans un mois et demi. J'aurai fui l'Inde d'ici là.

 

Que retenir de ces 8 semaines ? Ah, de la lumière, enfin ! J'arrive à me relire, comme toujours. Et re-tunnel. Décidément. Que retenir donc ? 66 pages. 2307 photos ou vidéos. 2 pays. Près de 25 lieux découverts. Des rencontres. Une visite. Et je me trouve, peu à peu. C'est aussi ce que je venais chercher. Des questions. Et les réponses, qui apparaissent, presque naturellement. Faisons le point sur mon état d'esprit du jour.

Ma région me manque parfois depuis mon retour en Inde. J'ai eu de la visite, ça a peut-être perturbé l'équilibre de la solitude que j'avais trouvé auparavant. De ce fait, je me vois bien rentrer au début de l'été, sauf si quelqu'un me propose un voyage d'ici là.

A mon retour, Je pense à me poser dans cette région audomaroise. Cette réponse se dessine peu à peu. Les DOM-TOMs étaient donc une soif d'évasion avant tout. Alors que je suis actuellement évadé, ils ne me font plus envie. [Une odeur de saucisses au barbecue me monte jusqu'aux narines. C'est sans doute autre chose, mais ça n'en reste pas moins désagréable.]

Ce matin, je me suis réveillé avec l'envie de m'impliquer pleinement dans le lieu où j'habiterai. J'ai envie d'associatif. Ca m'a pris comme une envie de pisser, et pas sûr que ce soit tout de suite compatible avec mon métier et les révisions du concours, qui s'annoncent chronophages. Car oui, aujourd'hui, je crois que je veux vraiment le passer.  J'ai envie de stabilisation. C'est peut-être ça, avoir 30 ans. J'ai une envie d'appartement. J'ai même envie d'être en couple. A ce rythme la, je vais finir par avoir envie de me marier.

Je risque peut-être de m'ennuyer. De regretter cette drôle de vie qui est actuellement la mienne. Je serai donc un éternel insatisfait, jamais au bon endroit, idéalisant un ailleurs. Sauf si je trouve d'autres activitiés, des nouvelles, et c'est là où l'associatif doit m'aider. M'impliquer dans des choses qui me tiennent à coeur, auxquelles je crois, où je trouve du plaisir. Reste à trouver ces assos. Le café polyglotte est cool. Faut-il que je m'investisse à Tilques ? J'aime ce village, mais ça dépend d'où j'habite. Déménager ? En septembre-octobre ça serait plus logique. On va d'abord voir si je trouve un poste, et où. Des projets. Je me nourris de projets. Mon bonheur passera par là. Et par Elle.

Je pense que ce qui me manquait le plus avant mon départ, c'était de rencontrer de nouvelles personnes. Je suis un animal de sociabilité et de découvertes. C'est là où l'associatif doit aider. Il faut peut-être choisir une asso a l'écart de Saint-O pour renouveler un peu les têtes. Quelque chose qui puisse me faire rencontrer des gens de mon âge, ce serait bien aussi (j'aime bien le club de généalogie, mais soyons honnête...). La politique reste une option, même si mon attirance et ma curiosité n'ont jamais été aussi peu élevées. Quelque chose sur Lille, parce que le public de la métropole est différent ? Sur la côte ? J'aime bien le boulonnais, j'y vivrais bien. Apprendre le néerlandais côté flamand ? Ce n'est pas si loin et ça m'intéresse bien. Un nouveau sport ? Attends, n'oublie pas les cours et le concours... Hum, reperdre ma liberté pour bosser le concours, est-ce que je le veux vraiment ? Je peux aussi le passer plus tard. Faut-il d'ailleurs vraiment revenir cet été ? En ai-je envie ? Parfois. 

C'est flou.

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 03:35

13 ans plus tard, il est toujours vivant, toujours debout ! Nombreux sont ceux qui en ont eu un, surtout à l'époque des skyblogs. La mode est retombée depuis, et je continue à écrire, sur tout et rien, quoique principalement ma vie. Et on me demande parfois : mais pourquoi tout dire dans ton blog ? Pourquoi avoir publié cet article, alors que 200 personnes de Saint-O t'en parleront pendant des années ? Pourquoi te dévoiler ? Quel intéret ?

Figurez vous que ce sont aussi des questions que je me pose souvent. Pourquoi écrire par exemple ? Pour moi, forcément. Au départ, c'était pour écrire sur les choses que j'aimais à la fin de mon adolescence : le PSG, la FF, deux-trois films intelligents (la tour Montparnasse, le Dîner de Cons), et des moments avec les copains (c'était l'époque pré-permis où une soirée au bowling avec eux te paraissait vraiment fou-fou !). Depuis, ça a légèrement évolué.
 

J'écris pour me connaître. Connais-toi toi-même disait un philosophe célèbre. Grâce à l'écriture, j'arrive, peu à peu, à me cerner. Ce que j'aime, ce que je n'aime pas, ce que je pense, ce que je souhaite, ce que je veux. Bien sûr, c'est rarement en un article. Mais, en 13 ans, j'affirme que l'écriture m'a beaucoup aidé, dans mon "développement personnel" (je sors les grandes expressions, pardon !). L'écriture me permet de me remettre en question, elle m'interroge. Elle m'est aussi réparatrice, les mots pour les maux, elle me soulage souvent. C'est aussi très intéressant, pour moi, de me relire, quelques mois ou années plus tard : je vois mon changement d'état d'esprit, d'opinion. J'observe mes contradictions. Ca m'évite ainsi de trop rester fixé sur une idée, d'être borné, car ça me prouve que l'on change tout au long de sa vie.
 

Oui, pour l'écriture, mais pourquoi publier tout ça ? Car je pourrais très bien garder l'ensemble pour moi, tel un journal intime. Je pense ici que j'ai aussi envie de divertir mes proches. Pour les voyages, ça me semble une évidence. Publier mes articles m'évite aussi de répéter 30 fois la même chose. Je me dis que les photos peuvent également donner envie aux gens de visiter un pays, de découvrir un lieu où je passe. J'ai presque l'ambition de repousser les limites de mes proches et connaissances, de leur montrer qu'un voyage à l'autre bout du monde n'a rien d'impossible, car je le fais ! Ca a fonctionné comme ça pour moi, j'ai vu un copain partir en Erasmus puis aux Philippines, et je me suis dit : pourquoi pas moi ? Là, mon idée, c'est pourquoi pas vous (sans prétention aucune, l'idée étant vraiment d'ouvrir l'esprit comme le mien l'a été un jour, et continue de l'être).

 

Cependant, les gens comprennent souvent mes articles de voyages. Non, la vraie question qu'ils souhaitent poser, c'est "pourquoi publier des articles intimes ?" Là, on touche quelque chose. Car, c'est vrai, je pourrais me contenter d'écrire sur mes voyages. Mais j'écris aussi sur ma vie étudiante/professionnelle (prof), Sur les films que j'aime. Sur la politique (et pour qui je vote). Pour certains, c'est déjà la limite. Moi, je repousse cette limite, je vais jusque dans mes propres sentiments. Amour. Peine. Décès. Et même sexe.

Ai-je une limite ? Oui. Beaucoup d'ailleurs. Car il y a ce que j'écris, et ce que je publie. L'auto-censure fonctionne déjà a plein régime. De nombreuses fois, je m'interroge : dois-je publier cela ? J'ai des vrais débats et je ne suis pas toujours d'accord avec moi-même (coucou mon dédoublement de personnalité !).

Deux raisons expliquent principalement mes publications intimes : la première, c'est que si cela me concerne, c'est que cela peut aussi vous concerner. Une rupture amoureuse, un décès, ce sont des choses que l'on rencontre tous dans sa vie. L'idée est de montrer que l'on n'est pas seul face à certains de ses sentiments, et j'apprécie vraiment quand quelqu'un, à la suite d'un article, vient m'écrire un petit mot sur Facebook pour me dire qu'il/elle s'est reconnu/e.

La deuxième raison, c'est ce que j'appelle la double vanité. La vanité, aujourd'hui, est plutôt une critique. Est-ce-que je suis vaniteux, et qu'en publiant ces articles intimes. je recherche les clics, les vues, les commentaires, les réactions ? Ou est-ce la vanité ancienne, celle qui dit simplement que notre passage sur terre est limité, que l'on mourra tous ? Dans ces conditions, pourquoi vouloir donner une certaine image biaisée de nous, et non pas le tableau complet ? Les sentiments intimes font partie de moi. Je les assume, de plus en plus. Alors pourquoi vouloir les cacher ? Pour contrôler mon image, pour que mon paraître ne soit pas entaché, pour ne pas montrer mes faiblesses ? Je préfère le fait de laisser ma trace, mon empreinte, réelle, qui pourra faire rire, sourire, rêver mais aussi pleurer mes enfants, petits-enfants, ou neveux. Et vous aussi, d'ailleurs. C'est ce que j'ai préféré dans mes recherches familiales, les sentiments de mes anciens. Ils les écrivaient, sur des lettres, et les envoyaient à leurs proches. Je les envoie au monde. XXIème siecle.


Et, bien sûr, si une gêne apparaît chez vous à la lecture d'un article, ne perdez pas votre temps à aller jusqu'au bout, c'est qu'il n'en vaut pas la peine !

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 04:54

Il y a de ces réputations qui vous collent à la peau. Je serais une pince, un avare, un radin. Cette idée, développée par une Finlandaise à l'instant du divorce, je l'ai souvent répétée, entretenant ainsi le mythe. Ou la réalité ?

J'ai plusieurs fois discuté du sujet ces derniers jours, et c'est sans doute ce que je suis capable d'admettre : le pécunier est souvent relevé dans mes paroles et mes articles. Ainsi, en Inde, je m'extasie régulièrement du prix des choses, et je le fais remarquer. Je parle d'argent. Peut-être trop ? Est-ce un reste de ma longue vie étudiante, ou une habitude très familiale ? Car je signale également ce qui me semble trop cher, et les meilleurs qualité-prix. J'ai écrit un article sur combien ce voyage me coûte. 

Mais suis-je vraiment à côté de mes sous, comme oncle Picsou (je connais la tante) ? Je réfute cette idée. Car je ne m'interdis rien que j'aime pour des raisons monétaires. Mes voyages en sont la preuve : je n'hésite pas à partir, à de nombreuses reprises. Oui, ce n'est pas en mode 4 étoiles. Mais ce n'est pas tant en raison de l'argent que du style de voyage : j'aime voguer à la roots. J'ai déjà fait du all-inclusive ou des hôtels plus luxueux, et je n'y ai pas trouvé de plaisirs supplémentaires, bien au contraire. Certes, un vrai hôtel fait du bien de temps en temps, surtout quand on sait l'apprécier, mais je préfère le plus souvent me la jouer à la locale que ce soit pour le lit ou la bouffe.

On pourrait me répondre : "tu n'es pas radin en voyage, mais tu es radin dans la vie de tous les jours !". Et je réfute encore ! Ami(e)s, donnez-moi une seule activité que j'ai refusée pour une question d'argent ! Je suis toujours chaud pour un laser-game, paintball, football, concert, et sans réfléchir trois fois au coût. Certes, je ne dépense pas beaucoup en soirée. Mais vais-je boire 8 grenadines pour prouver mon point ?!

Surtout, je n'hésite pas à faire des "folies" pour les choses que j'aime. Avec l'exemple d'un ticket pour un match de foot à 200 balles. France-Allemagne, en demi de l'Euro, ce n'est pas Lens-Troyes, je le concède, mais cela démontre quelque chose.

Alors, oui, par contre, je ne dépense pas de thunes pour les fringues et j'attends que ce soit immettable pour aller dans les magasins. Ma garde-robe tient sur une mini-étagère, je n'ai qu'une paire de pompes à l'année et le même téléphone depuis 10 ans. Est-ce cela être radin ? Ou ça signifie simplement que je ne me soucie guère de la taille de mon futur dressing, privilégiant les cadres photos au mur. Cadres-photos achetés chez Emmaus, car c'est un sacré rapport qualité-prix, en plus de faire une bonne action.... ok, j'arrête de parler d'argent. Jusqu'au prochain article.

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 07:42

Si la beauté est d'apparence subjective, elle n'en est pas moins soumise aux canons de son époque. Chez la femme, le beau d'aujourd'hui, ou du moins ce qui est considéré ainsi, taille élancée, finesse, n'est rien d'autre que la mauvaise santé d'hier. L'inverse est également vrai, puisque le beau d'hier, charnu, potelé, aux formes allongées, est synonyme aujourd'hui d'obésité. Chez l'homme, les époques passent et le canon reste : c'est le Mars antique, la puissance et la fermeté, l'homme de muscles et d'acier.

Soyons honnêtes, je ne réponds guère à cette définition de la beauté du corps. Et, pourtant, je fais des efforts pour m'en approcher. Sinon, pourquoi ces pompes quotidiennes ?

Qu'est-ce que cela m'apporte ? Une confiance renforcée. Bien dans son corps, fort dans sa tête. Mais, surtout, une image dégagée. Un reflet. Un message envoyé. Ces efforts sont faits pour l'autre, pour le regard qu'il aura sur moi. Et, au final, ils n'ont pour but que de flatter mon ego.

 

La recherche de la jolie fille est une quête qui semble éternelle chez la gente masculine. Combien de fois admirons-nous un visage dans la rue, un corps de déesse à la plage, un sourire dans une cage d'escalier ? Quels sacrifices serions-nous prêts à effectuer pour repartir avec la belle, pour l'emmener jusqu'à la chambre à coucher, pour la regarder se dévêtir et admirer le paysage enchanté ? Mais, dans le même temps, ne choisissons-nous pas la jolie fille pour d'autres raisons ? Etre en couple avec elle, c'est tant de fierté. Regardez-nous, et regardez-moi, je suis capable et j'ai réussi à l'apprivoiser, à la capturer. Elle est à moi, elle est mienne. Et elle est belle. Néanmoins, suis-je avec elle pour ce qu'elle est, ou pour l'image qu'elle renvoie de moi ? Suis-je amoureux de sa beauté, ou suis-je amoureux de mon ego flatté par sa conquête ?

Le rapport à la beauté de l'autre est peut-être plus personnel qu'on ne le croit.

La beauté de l'Homme, la laideur de l'âme
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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 00:14

Le Zapping de Canal + était peut-être le meilleur programme de la chaîne. Il a disparu, comme l’esprit des Guignols ou celui du Petit Journal. L’esprit Canal n’est plus, reste Yann Barthès, mais sur une autre chaîne. Rassurez-vous, mon Zapping est toujours vivant, toujours debout ! Et sur le même blog (quoique le nom risque de changer prochainement).

2016, mon Zapping

2016 a commencé à Fampoux. Drôle d’idée me direz-vous. Et il a commencé sur les chapeaux de roues. Une belle année s’annonce, où tout semble possible.

 

Pourtant, le début d’année est compliqué. Mon grand-père décède le 10 janvier. Sur son lit de mort, je ne le reconnais pas. Croisé dans la rue, j’aurais dit « bonjour monsieur ». Pourtant, c’est bien lui, maigre comme un clou (c’est-à-dire encore plus que moi), d’une blancheur extrême. A la même période, ma grand-mère est en mauvaise santé. Cancer. Phase terminale, même si on ne prononce pas cette expression. Je passe plusieurs nuits là-bas, dans cette maison de ma tendre enfance, où les cigarettes au fromage et le 7up ont façonné mes souvenirs. Ces dernières nuits en sa compagnie me marqueront. Ses larmes, alors que je la prends dans mes bras. Puis sa souffrance et ses gémissements, alors que j’appuie une nouvelle fois sur la dose de morphine, espérant l’aider enfin. Son regard se floute, la dernière nuit. Son corps n’est plus un clou, c’est une fragile brindille, qui ne va pas tarder à se casser, et à s’envoler. « C’est beau de vivre ses rêves » m’a-t-elle dit lors de l’une de ces dernières nuits.

Clairement, ce ne fut pas ma plus grande année familiale. Et c’est pour cela que ma présence « chez moi » était nécessaire. Je l’ai senti ainsi, je le pense encore aujourd’hui. 3 enterrements, plus une galère au cours de l’été. Je n’oublierai pas ces visages, je n’oublierai pas ces regards. Ils vous marquent, pour une vie. Je les reverrai dans 10 ans. Juste besoin de fermer les yeux.

 

Youyou bonne année ! Oui, je le sens, je viens de casser l’ambiance. Bon, c’est aussi ça le bilan d’une année, revenir sur les joies mais aussi les peines, les sourires et les larmes. Mais rassurez-vous j’ai une ma dose de joie.

 

Après un début d’année chantant à Laval, je reprends mon rythme : bibliothèque de Saint-Omer chaque jour (à savoir le mardi, mercredi, vendredi, car c’est fermé le lundi et le jeudi !). Mon rythme va augmenter au printemps, puisque j’irai également le samedi. L’objectif, c’est de finir ma thèse. Challenge accepted.

 

Le café polyglotte organise un karaoké fin janvier, où mon talent subjugue l’assemblée (non, ce n’est pas vrai !). France Culture demande mes lumières début février pour expliquer la situation burundaise. Une petite fierté d’être reconnu dans mon domaine. Puis c’est le carnaval de Dunkerque avec un accent étranger et un temps… dunkerquois (et quelques frayeurs !). La semaine suivante ce fut le carnaval de Saint-Omer (hum hum).

 

Début mars, direction Bordeaux pour l’organisation d’une journée d’étude sur les Grands Lacs. Enfin ! Et cela succède à un article dans la revue de la Ligue des Droits de l’Homme. Ma thèse avance moins vite mais ce n’est pas trop grave dans ces conditions ! Je fais également dans le religieux à Bordeaux.

A mon retour direction le musée de la mine puis une visite de Douai (si, si, j’vous jure que c’est sympa !). Mi-mars, je fais parler mon talent sur les pistes de ski, un snowboard aux pieds (ou au-dessus de la tête, selon la chute que j’effectue !).


Après un petit périple Etretat-Gand, direction les Ardennes belges pour un enterrement de vie de garçon sportif. Bilan : nous ne sommes pas prêts de faire le record de l’heure à notre âge ! (vivement 105 ans !)

2016, mon Zapping

R-M a 30 ans. Woh, j’étais là à ses 20 ans, et c’était hier ! Arras avec Adeline, puis Aix-la-Chapelle avec une bande de joyeux loustics, prêts à enflammer les pistes allemandes (et avec quel succès !). Un nouvel échec à l’élastique mais se balader à Marseille reste toujours agréable. Quelques jours plus tard, j’ai vu la reformation d’un boys band à l’anniversaire de Julie. J’ai maintenant les vidéos, elles sont gardées précieusement dans un coffre-fort.

 

En mai, je connais quelqu’un qui s’est marié. Le dingue. Et j’ai signé pour lui ! (et il m’a même fait chanter à l’église le salaud !) Perturbé, j’ai décidé une semaine plus tard de me jeter d’un avion en plein vol. Le saut en parachute, enfin ! Drôle de sensation, mélange d’excitation, de crainte et d’envie. Un mal d’oreilles m’empêche de réellement profiter de la chute libre, mais j’observe avec beaucoup d’attention les côtes et la jungle sous la voile. Le 22 mai, c’est la première victoire du FC Wardrecques ! A savoir, mon club de foot, celui où je joue, et où on perd parfois 13-0. Pour fêter ça, direction Bordeaux et Osserain, où nous nous essayons au paddle avec deux doctorantes et un docteur !

 

Le mois de juin et le début du mois de juillet se feront au rythme de l’euro de football ! C’est au Touquet que j’ai hurlé sur le but de Payet pour le premier match de la France. J’ai eu énormément de chance, j’ai vu 3 matchs au stade. Le premier, sympa, Allemagne-Ukraine à Lille. Le second, génial, France-Irlande en huitième de finale à Lyon. Et le dernier, le plus beau de tous, à Marseille, au Vélodrome, pour la demi-finale France-Allemagne. Peut-être mon plus grand souvenir de supporter dans un stade.

A côté de ça, ce fut une période de famille, avec aussi une cousinade. Juillet fut mon mois de finition pour la thèse, alors pas grand-chose, hormis une nouvelle annonce de mariage et une nouvelle victoire au poker (comme ça c’est gravé dans le marbre !). Ah, si, quand même, Londres à la fin du mois, où le Royal Albert Hall m’a fasciné.

2016, mon Zapping

Je refais faire mon passeport, et direction la Zambie, après une longue réflexion ! (en passant par Dubaï) Du stop pour aller dans la brousse, les chutes Victoria. Forcément j’ai passé du bon temps ! Une vraie coupure. Et un voyage qui me permet d’affirmer que je suis heureux sur les routes du monde, même en solitaire.

2016, mon Zapping

Début septembre, j’ai rendez-vous au rectorat, où je tombe sur…mon ancienne prof d’histoire de Ribot ! Un entretien plus tard, et me voilà embauché ! MOI, j’ai fait un triathlon ! Expérience de fou, surtout sans entraînement et sans matériel adéquat ! Mais je recommande à tout le monde. A la fin du mois ce sont les dernières corrections de thèse, la conclusion. Sentiment incroyable. 649 pages de bonheur, de souffrance, de mental, de recherche. Et la liberté qui s’annonce. Après un périple jusqu’à Pau, je repasse par Limoges et Oradour, pour ne pas oublier.

 

12 octobre. Une rentrée des classes. Ca y est, je suis professeur d’histoire-géographie-éducation morale et civique. Remplacement d’un congé maternité. Une expérience géniale (j’y reviendrai prochainement). Forcément s’installe une routine de travail, et ma vie tourne autour de mon boulot (cette phrase me flippe toujours autant). J’ai tout de même des vacances scolaires, qui me permettent de découvrir le Danemark en stop à la Toussaint et Paris et le Quai Branly en décembre.

Oh, j'allais oublier : j'ai soutenu ma thèse et je suis officiellement docteur. Bonjour fierté.

 

Ce fut une année musicale. La Traviata et Le lac des cygnes côté classique, Renaud côté…classique aussi en fait, car toutes ses chansons sont devenues des classiques ! Et quel concert ! Quelle ambiance ! L’affiche de Laurent Gerra s’en souvient encore, j’étais fou ! J’ai également vu Dany Boon en chair et en os.

 

Côté sport, en plus du triathlon et du paddle, ce fut une année kayak dans le marais de Tilques (où je me suis vraiment bien senti), footing au même endroit (mais pas sur l’eau) et surtout football. Il faut que je vous raconte mon but de l’année. 80ème minute. 0-0. Dégagement aux six mètres pour l’équipe adverse. Aux 50 mètres, un de mes coéquipiers gagne son duel aérien et envoie le ballon dans ma direction. Je suis excentré, à 35 mètres. Et je reprends de volée. La trajectoire est parfaite, et le ballon va se loger dans la lucarne opposé. 1-0, score final. Après ça, je peux prendre ma retraite, je ne ferai pas mieux !

 

Côté politique, quelques réunions EELV, Réfugiés-Schengen ou Nuit debout (mouvement très intéressant). J’ai également voté aux primaires UMP, et je me prépare pour celles du PS. Les attentats m’ont beaucoup moins marqué que l’année dernière. Le fait d’avoir déserté les médias à ce moment-là, surtout la télé, a sans aucun doute aidé.

 

Bon, il est pas mal ce bilan. 2016, année de ma thèse, année d’adieu à ma jeunesse, à ma carte d’éternel étudiant, à mes grands-parents. Je suis prêt à grandir. Je suis prêt à devenir un adulte. Et, surtout, je suis prêt à retrouver ma liberté. Mes ailes vont se redéployer. 2017 sera fantastique.

PS : je n'ai pas évoqué les filles ou l'amour. Normal, je me réservais pour 2017.

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 15:13

Les listes. Je fonctionne à coup de liste. Je pourrais faire des listes de listes, tellement je suis capable d’en faire. Une liste des choses à faire avant de mourir. Une liste des choses à faire cette année. Une liste des films à regarder. Une liste des livres à lire… Et ainsi de suite. C’est peut-être un peu triste, mais c’est ainsi que je fonctionne. Sans elles, je me laisserais sans doute doucement bercer par le cours de la vie. Est-ce un problème ? Peut-être pas. Mais j’ai l’impression que réaliser quelque chose sur une de mes foutues listes me procure des moments, des instants de joie. Du bonheur en pièces détachées. Et l’ensemble me rend heureux.

 

Tout d’abord, un petit bilan 2016 !

 

Il y a les succès :

Découvrir deux nouveaux pays à Zambie, Dubaï et Danemark !

Découvrir deux nouveaux sports à paddle et triathlon

Sauter en parachute à oooooohhhhhhh

Travailler au moins 3 mois à coucou prof

Etre docteur à danse de la joie

 

Il y a les presque :

Etre quelqu'un de bien à je pense avoir un peu progressé cette année dans ce domaine, mais je peux encore faire mieux, avec les gens qui m’entourent.

Regarder 100 films à 60 films. Petite déception. Le top 5 : Mustang, Birdman, L’insoupçonnable légèreté de l’être, Night Call et ma découverte de Costa Gavras

 

Il y a les même pas essayé !

 

Courir 10 km en moins de 40 minutes à le football fut ma priorité sport de l’année !

Lire 3 livres n'ayant aucun rapport avec ma thèse à ayant fini la thèse tardivement, et ayant commencé à travailler rapidement après, j’avoue avoir déserté les rayons librairie…

Voir la politique d'un peu plus près à c’est un peu une surprise pour moi, mais j’ai lâché.

 

Et il y a les tu n’y arriveras décidément pas !

Arriver à 70 kg (67kg au 1er janvier) à 64kg au 31 décembre. Alors que j’ai vu 70 kg sur la balance en février ! Damn it ! L’Afrique n’a pas aidé, mais quand même !

Sauter à l'élastique à je suis maudit ! La météo est contre moi, à chaque fois. C’est pas comme si je souhaitais sauter dans le Pas-de-Calais, je veux les gorges du Verdon ! #stopauventetàlapluie

 

Objectif 2017

 

Les classiques

Deux missions de la Bucket List

3 nouveaux pays

Découvrir deux nouveaux sports

Revenir à 67 kg

Regarder 100 films

Travailler au moins 3 mois

Etre quelqu’un de bien

 

Les différents

Voyager au moins 3 mois

Faire 50 pompes par jour

Réaliser une exposition photo de mes voyages

Ecrire au moins 50 articles de blog

Publier un article dans une revue scientifique

 

PS : être en couple ne sera pas refusé.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 09:13

636 pages. 274 610 mots. J’ai tapé 1,7 millions de lettres sur ce clavier. Et encore, cette statistique ne prend pas en compte le nombre de lignes que j’ai supprimées. Une thèse, c’est des chiffres un peu déments. 4 ans de recherche. 46 cartes, 54 tableaux, 67 pages de bibliographie, 123 sigles. Et un dossier sur mon ordinateur de 15 GO, avec 6 410 dossiers et 343 134 fichiers.

C’est donc fait. J’ai déposé il y a un peu plus d’une semaine ma thèse. Enfin, la première version. Je l’ai envoyée aux deux rapporteurs. Ils sont professeurs à l’université, un en Belgique, l’autre au Rwanda. Et c’est mon destin qu’ils ont entre leurs mains. Oui, j’exagère peut-être un peu. Mais tout de même, ce sont eux qui, après lecture, diront si ma thèse a le niveau pour être soutenue. Si c’est le cas, vous pouvez déjà mettre le champagne au frais, car on n’a pas vu de thèse rejetée le jour de la soutenance. Par contre, on a déjà vu des thèses qui devaient être retravaillées… De ce fait, j’évite de crier sur tous les toits que c’est fait, que je suis quasiment docteur. Non, ce n’est pas encore le cas. Mais vous m’entendrez crier le jour où ça arrivera, pas d’inquiétude !

Comment je me sens ? Là, j’avoue que c’est bizarre. Je pensais avoir un énorme sentiment de soulagement, une grande fierté, l’ivresse de la liberté et le goût du bonheur. Et je me retrouve avec un peu d’indifférence. C’est fait, et c’est tout. Bizarre. Je pense que je ne me rends pas encore trop compte. Que l’attente m’empêche justement de savourer. Et puis une nouvelle étape professionnelle a déjà débuté, l’emploi du temps reste chargé.

Quoique. J’ai commencé une série pour la première fois depuis plus de deux ans. Baron Noir. Et je l’ai terminée. J’ai fait des albums photos qui traînaient depuis plusieurs mois. J’ai lu les lettres de mon grand-père en Algérie qui me faisaient tellement envie depuis plusieurs semaines. Et j’ai été faire la fête à Lille jusqu’au petit matin. J’ai retrouvé le temps, le seul, l’unique, pour faire ce que j’avais envie de faire. Et ça, ça n’a pas de prix.

Soutenance prévue à Pau le mardi 13 décembre (sauf nouveau changement de date). Une pensée à ceux qui luttent encore avec la rédaction, courage !

Déposer ma thèse
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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 19:21

10 juin 1944. 642 morts.

Il y a parfois des silences très bruyants. Des maisons vides qui vous impressionnent. Un simple jouet qui vous bouleverse. Quelques mots, d’une petite fille de 10 ans, promettant de ne plus jamais faire de mal. Il y a les visages. Les photos, joyeuses, souriantes. Une église.

Oradour-sur-Glane, même si vous n’êtes pas très familier avec l’histoire, doit vous rappeler quelque chose. Un massacre. Une division SS en lutte avec des maquisards. Un village sur leur route. Et une tuerie, sans mobile, sans distinction. Hommes. Femmes. Enfants. Les premiers sont fusillés dans des granges. Les autres sont rassemblés dans l’église. Des bombes asphyxiantes. Et puis le feu.

(…)

Oradour-sur-Glane

Il y a l’horreur des faits. Le récit du musée. Et il y a le village. Resté tel quel. Pour ne pas oublier. Pour se souvenir. C’est un moment fort. Auschwitz, un lieu de massacre au Cambodge, le mémorial du génocide rwandais. J’en ai déjà vu, j’en ai déjà entendu. Mais là, je ne sais pas pourquoi, ça me touche vraiment. Enormément. Les petits détails. Les petites lettres entreposées. Les petits objets récupérés. Le cimetière et les mots des survivants, « tué par les Boches » que c’est écrit.

Les plaies ne sont pas cicatrisées. Cela semble impossible. Surtout que le jugement des criminels a fait grand bruit en 1953 : les condamnés alsaciens sont amnistiés moins d’une semaine après leur condamnation, à la suite d’une proposition de loi. Limousins contre Alsaciens. Le débat fait encore rage aujourd’hui.

Oradour-sur-Glane

Un lieu que je conseille, aux petits, aux grands, aux jeunes, aux vieux. Aux démocrates, et aux racistes.

Oradour-sur-Glane
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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 21:52

Je dois admettre que ces vieilles cartes postales de Saint-Omer me passionnent. Une nouvelle livraison m’est parvenue récemment, et je replonge donc dans la correspondance de mes aîné-e-s au début des années 1900, avec une ville qui a souvent bien changé…

Saint-Omer, à l’ancienne (2)
Saint-Omer, à l’ancienne (2)

La place Victor-Hugo Cette carte est datée du 1er juillet 1910. Elle est envoyée par Eulalie Guilbert à Edmond Beaurain, domicilié à Mitry-Claye (Seine et Marne), pour un « Bonjour amical, Mes meilleurs vœux ». On peut remarquer le peu d’évolution dans l’architecture de la petite place audomaroise (hormis les deux grands arbres). Aujourd’hui immense parking, elle est simplement empruntée par deux chevaux et un charretier sur la carte.

Saint-Omer, à l’ancienne (2)
Saint-Omer, à l’ancienne (2)

Le marché aux poissons. Là, nous sommes aujourd'hui sur la place Pierre Bonhomme, au sortir de la Grand’ Place. La différence est importante, puisque la halle aux poissons a disparu (et même le nom de la place a changé). Construite en 1884, elle est détruite en 1945. Les maisons à l'arrière sont par contre restées très similaires. J’aime beaucoup cette carte pour le public présent : travailleuses avec des espèces de grands seaux ou paniers, hommes souriants à l’arrière (notamment celui avec son chapeau), femmes aux longues robes…

Saint-Omer, à l’ancienne (2)
Saint-Omer, à l’ancienne (2)

La place Sainte-Marguerite. Si, si, j’vous jure, c’est le même endroit ! Pas évident à première vue, je le reconnais. La carte est datée du 3 septembre 1907. La place Sainte-Marguerite tire son nom de l’église éponyme. Je la connaissais pour une raison : dans mes recherches généalogiques, je me suis retrouvé avec un acte de naissance de Saint-Omer (Sainte-Marguerite), qui est l’une des six paroisses de la ville. Bref, cette église est détruite à la révolution française. Mais la place garde son nom… jusqu’à Alexandre Ribot (c’est le nom de la place aujourd’hui). Aujourd’hui, la poste de Saint-Omer trône au milieu de la place. La seule similitude tient au bâtiment à l’arrière de la poste, qui est le même que celui derrière le kiosque : l’école Jules Ferry. La place fait clairement plus bucolique en 1907, avec le kiosque et les arbres. Trois hommes semblent d'ailleurs tranquillement profiter du lieu. 


La carte est envoyée par Eulalie Guilbert à Edmond Beaurain. Au-delà du message, assez classique ("Sincères amitiés et meilleurs souhaits"), c'est le lieu de destination qui est intéressant, car Edmond Beaurain est domicilié à cette période à Champigny : Pivot d'armes, 4ème escadron, 19ème chasseurs !

Saint-Omer, à l’ancienne (2)
Saint-Omer, à l’ancienne (2)

Le monument de Jacqueline Robins. Pour cette première carte postale en format portrait, c’est un peu le jeu des 7 différences ! Et pour cause, le monument de Jacqueline Robins a été remplacé par celui d’Alexandre Ribot (toujours dans les bons coups !) sur la place du Vainquai (en face du Bretagne). La tour de l’abbaye Saint-Bertin s’écroule quant à elle en 1947, ce qui fait qu’aujourd’hui, en plus de la végétation beaucoup plus fournie, on ne puisse plus rien observer en arrière-plan.

Mais qui est cette Jacqueline Robins ? Là, c’est une histoire un peu folle. Cette veuve serait une batelière qui réussit à sauver la ville d’un siège en 1710, au péril de sa vie (elle navigue jusque Dunkerque, et ramène du ravitaillement). La statue est inaugurée en 1884. Le problème, c’est qu’en 1710 la ville n’est pas assiégée… et toute l’histoire semble peu à peu ressembler à une légende ! Au-delà de la véracité des faits, cette statue est bien présente en août 1908, datation de la carte ! Elle est ensuite déplacée place de la Ghière en 1936 avant d’être fondue par les Allemands en 1942 !

Cette carte est destinée à la famille Sergent-Guilbert à Muncq-Nieurlet, par Ruminghem : « Chers parents. Veuillez, je vous prie, me renvoyer mes souliers, par Marie Hermant samedi sans faute car si je continue de mettre mes bottines, je vais avoir fait vite [je pense qu’elle a oublié un mot]. Donc samedi j’irai voir si elle les a et je vous écrirai pour vous dire. A samedi. ». Tout ça, c’est écrit normalement. Et puis la carte part dans tous les sens, c’est écrit en vertical « Bonne santé ». Et à l’envers (!) : « Nous sommes rentrés à bon port et vous autres. Des compliments à tous. Mes baisers à Germaine. Votre fille et soeur dévouée. E. G. »

Saint-Omer, à l’ancienne (2)
Saint-Omer, à l’ancienne (2)

La dernière, avec Saint-Omer aviation (!), les ruines de l’abbaye Saint-Bertin et le quai du Commerce. Cette carte est datée du 1er août 1910, elle est adressée à Mr et et Mme Beaurain, cantonnier au chemin de fer par la famille Guilbert-Sergent : « Bien le bonjour ». Oui, c’est ce qu’on appelle un roman !

L’architecture du quai du commerce n’a pas évolué. On peut remarquer plusieurs péniches accostées (il y en a une autre aujourd’hui, accostée un peu plus loin, mais c’est…différent !)

Voilà pour les cartes postales audomaroises en ma possession. J'en ai un bon paquet d'autres endroits, je fais le tri et je reviens vite !

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 13:53

Une boîte métallique chez une personne âgée contient souvent 1000 trésors. Par deux fois, très récemment, j'ai pu découvrir cela. Aujourd'hui, c'est grâce à de vieilles cartes postales que je vous emmène dans un périple historique, à travers Saint-Omer.

Saint-Omer, à l’ancienne
Saint-Omer, à l’ancienne

La fameuse rue de Dunkerque, l'artère commerciale historique de la ville. Ce qui est amusant sur cette carte, c'est que la rue est à l'arrêt : tout le monde regarde le photographe.
Cette carte est datée du 2 novembre 1907, c’est-à-dire la veille de la naissance de mon arrière-grand-mère, Léa Sergent. C’est sa tante Eulalie qui écrit à sa sœur Elodie Sergent, enceinte : « Affectueux baisers de loin. Eulalie ».

Saint-Omer, à l’ancienne
Saint-Omer, à l’ancienne

Le boulevard de Strasbourg. On peut remarquer au centre un cheval tirant une charrette. Une deuxième est visible en arrière-plan, tandis qu’un homme est sur son vélo. Le Grand Garage Audomarois fait le coin avec la rue de Calais. Les couvre-chefs sont une institution.

Cette carte est datée du 24 août 1910. Elle est envoyée par un certain R. S. (Sergent ?) à Mr Sergent Guilbert. « Envoyer linge aujourd’hui mercredi. Bonjour. »

Saint-Omer, à l’ancienne
Saint-Omer, à l’ancienne

La caserne de la Barre, loin d'être un parking ! Cette carte est datée du 17 septembre 1929. Elle est envoyée par un certain Boyaval Guillemant. « Chers cousin et cousine. De la part de Louis, je vous envoie deux mots, il vous attend à la ducasse, et François pourra venir avec son fusil pour tuer du gibier. Bien le bonjour à tous ».

Saint-Omer, à l’ancienne
Saint-Omer, à l’ancienne

La Caserne de Bueil (écrit Rueil sur cette carte). Aujourd’hui, c’est localisé dans la rue Carnot (pour ce qui est l'un des bâtiments les plus horribles de Saint-Omer, le jaune et le vert pomme n'aidant pas !). Sur la droite, on peut lire l'inscription "buvette militaire". Cette carte est datée du 17 janvier 1906. Elle est envoyée par Eulalie à mon arrière-arrière-grand-mère, Elodie Sergent : « Chère sœur. Sois assez bonne de venir au devant de moi demain jeudi, car je vais être très chargée. Ne viens pas plus loin que le pont de Recques. Je descendrai là pour ne pas perdre de temps et je partirai de suite. Viens pour être là vers onze heures s.t.p. Ta sœur qui t’aime ».

Saint-Omer, à l’ancienne
Saint-Omer, à l’ancienne

Le faubourg de Lysel. Cet endroit a été asséché depuis (c'est la rue Saint-Martin, juste après le pont de la gare, en allant vers Clairmarais) Cette carte est datée du 4 janvier 1909. « Bonne et heure année. Reniez-Soupé ». Elle est destinée à Mr et Mme Sergent Guilbert et Mme veuve Guilbert, à Muncq Nieurlet, par Ruminghem.

On peut remarquer le prix du timbre : 5 centimes !

Saint-Omer, à l’ancienne

L’arsenal et l’hopital militaire. Cette carte est datée du 12 décembre 1908. « Remerciement. Votre amie. S C ». Elle est destinée à Elodie Guilbert.

Saint-Omer, à l’ancienne

Le jardin public. Elle est datée du 1er février 1906. « Chère sœur, j’arriverai samedi soir au train de 4 heures, dis à maman qu’elle repasse par chez toi, j’irai là. Peut-être que Monsieur Delattre vient samedi, s’il ne part pas trop tard je retournerai peut-être avec lui en voiture, mais je monterai chez toi tout de même. Mes baisers à Germaine. Ta sœur qui t’aime. Eulalie. »

Ce n’est pas une photo mais un dessin. On remarque les ombrelles utilisées par les femmes pour se protéger du soleil. Tout le monde porte des longs habits.

Saint-Omer, à l’ancienne

La gare, sur une carte datée du 14 mars 1906.  La gare de Saint-Omer est facilement reconnaissable, de par sa forme. Elle est inaugurée deux ans plus tôt, en 1904 (sur le fronton actuel, on peut lire 1903). Deux différences avec le bâtiment actuel : sur le toit, un clocheton trone. Il n’existe plus aujourd’hui. Sur le fronton, on peut lire « chemin de fer du Nord ». L’inscription a également disparu aujourd’hui.

Sur la place, on peut remarquer plusieurs calèches à droite et à gauche, et une au centre : celle-ci porte l’inscription « Grand hôtel de France ». Je présume que l’hôtel vient chercher à la gare ses clients. Les longues robes des femmes.

« Chère sœur. Les carottes seront à Recques jeudi soir, monsieur allant demain à Leulinghem, va les mettre là où monsieur Delattre doit les prendre demain, donc tu peux aller à Recques vendredi matin. Mon retour a bien été. Peut-être à D. ou une lettre ( ?) ; des compliments à tous. Mille baisers à Germaine. Ta sœur qui t’aime. Bonne santé. Eulalie ».

Si le sujet vous intéresse, un site est consacré aux vieilles cartes postales de Saint-Omer (la base de données a 366 cartes postales !)
http://www.cpa-saint-omer.fr/cartes-recherche.html

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