14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 23:19

La chaleur m'accable. L'humidité aussi. J'ai passé l'Equateur depuis de nombreuses semaines, et pourtant mon corps ne s'habitue pas. Et cette nécessité de porter le pantalon et la chemise... Ce n'est pas par coquetterie, c'est le boulot qui veut ça.

Mon esprit est troublé. Ca fait deux semaines que ça dure. Elle est là, autour de moi, régulièrement. Elle me fait rire. Elle est mes moments de respirations après l'apnée du travail. L'autre, par contre, ne répond pas. Ou si peu. Je n'arrive plus à établir la communication, la base du couple. J'essaie, encore et encore. La connexion ne se fait pas. Pourtant, il y a trois semaines, je la regardais s'endormir, sans faire de bruit, sans respirer. Je suis resté là, les yeux grands ouverts, à l'admirer. Elle était paisible. Elle semblait heureuse. Comment en sommes-nous arrivés là ? Cruelle distance. La souhaite-t-elle ? Que fait-elle à cette heure-ci ? Pourquoi ne répond-elle pas ? Elle voit pourtant mes messages. Je ne comprends pas. Je me sens seul.

Dans le jardin. Dans la maison. En ville. Sur Internet. Elle est partout. Elle répond vite, elle répond présent. Elle est là, et elle me fait penser à autre chose...à quelqu'un d'autre ? Merde. Je me rends compte. La situation est dangereuse. Il faudrait partir, il faudrait imposer une distance. Mais en ai-je envie ? C'est surtout elle qui contribue à mon sourire depuis deux semaines. Mon cœur balance. Pour la première fois.

 

[…]

 

Hiroshima mon amour. Tant de haine, tant d'amour, un dialogue, un échange. Ce qui me manque. La connexion n'est toujours pas rétablie. Elle me fuie. Volontairement ? Je reste dans le flou.

Elle a aimé le film. Elle était à mes côtés. Elle a partagé l'instant. On en a reparlé. L'échange s'est poursuivi au-delà, par sms, alors que je me suis couché. Je pense à elle, alors que je ne devrais pas. Culpabilité. Sentiment de dégoût. Envie. Mélange de tout ça. Le cerveau me joue des tours, ou c'est peut-être mon deuxième cerveau. Résister. Je n'entends plus mon cœur. Où es-tu ? Où sont les sentiments ?

 

[…]

 

Je ne la vois plus quand je ferme les yeux. Je me connecte, et je sais que c'est l'autre qui sera déjà là. C'est elle que j'attendais. C'est avec elle que j'ai envie de reparler. Elle l'a un peu remplacé, déjà. Je ne lutte quasiment plus. Je ne cherche plus à rétablir le contact. J'ai l'impression qu'elle est partie, qu'elle est très loin de moi. J'ai l'impression que c'est fini.

 

[…]

 

Il est tard. Il fait nuit. Un nouveau film lancé. Une drôle de sensation. Côte à côte. Une tension. Nous la sentons tous les deux. Il faut que je parte, sinon.. Un enlacement de départ. Elle ne me laisse pas partir. Elle me retient. ELLE. Je me sens bien dans ses bras. Je ne ressens pas la culpabilité. J'étais persuadé d'avoir une morale. Où est-elle ?

L'histoire s'arrête.

 

[…]

 

6 mois plus tard. Les métros. Le gris. Paris. Passage furtif. Une nuit. Les échanges se sont ralentis, mais ils existent. Elle m'invite à dormir chez elle. Nous nous sommes déjà croisés deux mois auparavant, et ce fut une drôle de sensation. Repas indien. Tension toujours existante. Regard malicieux et sourire de coin. La revoir, c'est un risque. Mais, cette fois, je suis libre.

Elle ne l'est pas. Elle ne me l'avait pas dit. Se mettre en danger. La complicité est toujours là, naturelle. Nous ne devons pas faire chambre commune. C'est bien, ça évitera la bêtise. Je ne veux pas être sa pomme, le fruit défendu, comme elle le fut pour moi. Mais elle est là, à côté de moi, dans ce lit, alors que le noir a remplacé le gris. Que veut-elle ? Je lui demande. Je lui rappelle. Pars vite, sinon.. Elle ne part pas. Elle ne veut pas. Elle est bien là, allongée à côté de moi. Ressent-elle la culpabilité ? A-t-elle une morale ? Encore une fois, où est la mienne ?

 

[…]

 

6 mois plus tard. Je ne l'attendais pas. Elle s'est décidée en une soirée, après un de nos longs appels. Et la voilà devant moi, devant une gare qui m'est familière. Il est tard, et je ne devrais pas être là. Ils m'attendent. Le week-end est chargé. Je ne devrais pas être là, car il y a une nouvelle « elle ». Ce n'est pas une longue histoire, ce n'est pas gagné, mais je me suis engagé à essayer. Et revoilà ma pomme, prête à me tenter.

Je me crois plus fort. Je veux retrouver mes principes, montrer que je suis l'image que je souhaite envoyer. Aux autres, mais surtout à moi-même. Le risque est là, mais je me promets d'y arriver. Je tiens, plutôt facilement, les deux premiers jours. Le troisième jour n'est plus qu'une formalité. Fini le film, fini le câlin, fini les nuits, fini le fruit. La journée est belle, et j'ai réussi.

Une heure avant son départ. Je suis allongé. Elle me rejoint, et se blottit contre moi. Ses cheveux bruns, ses yeux verts, son cou délicieux. Je ne veux pas agir, je ne dois pas agir. Sinon..

Mais je ne réagis pas. Il est trop tard. La limite est franchie, et je me retrouve à nouveau délinquant, punie d'une peine si tendre.

 

Pourtant, je me suis condamné. Le crime, puis son châtiment.

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 13:52

L'effet groupe. Très connu dans le milieu des dragueurs, il signifie qu'un groupe de filles attire forcément l'attention des garçons, quand bien même celles-ci, prises une à une, ne sont pas très jolies. La leçon de cette histoire est qu'il faut toujours se méfier de l'effet groupe.

 

Et puis il y a cette fille, pas forcément jolie. Et puis il y a ce garçon, un peu différent. Elle, et ses vêtements démodés. Lui, et sa dentition imparfaite. Ce sont les cibles faciles. Ceux a qui l'on s'attaque lorsque l'on est en groupe. C'est notamment le cas au collège et au lycée. Quand j'écris leur descriptif, je revois leur visage. Et j'entends encore les remarques. Moqueries faciles. En leur absence, souvent. « Dans leur dos », comme on dit au collège. Devant, on reste très poli, voir amical. Parfois, ce sont même « des copains ». Je pensais que c'était une activité d'adolescents, désireux de se rassurer, de se renforcer, ayant ainsi l'impression d'appartenir au groupe. J'avais tort : la pratique perdure à l'âge adulte.

Les moqueries physiques sont les plus nombreuses. Pourtant, je pense bien que l'on ne choisit pas son corps. Ses kilos en trop. Son fasciés peu commun. Son handicap... Quoi que, non, les moqueries sur les handicapés tendent à disparaître. Sur les « moches », par contre, ça reste d'actualité.

 

Des cibles faciles, j'en rencontre encore aujourd'hui. Et l'effet groupe est intact. Prenez le QI d'un garçon seul, et mettez-le à 120. Maintenant, prenez trois garçons, ensemble. Pris un par un, on leur met 120. Le fait d'être ensemble fait descendre leur QI moyen à 100. Un groupe de cinq garçons ? Leur QI moyen descend à 80. S'ils sont huit, on touche le 40. Au-delà, on se rapproche dangereusement du QI 2, à savoir la moyenne des groupes de supporters enivrés.

Mon jugement est sévère, mais je témoigne à titre personnel : seul, je ne pense pas être tout à fait idiot. Avec sept garçons autour de moi, je pense être assez bête, surtout avec un groupe de filles à proximité (#metoo?). C'est l'effet groupe qui prend mon contrôle : je veux en faire partie, et je joue un rôle, pas forcément le mien d'ailleurs.

 

Si je suis bête avec un groupe de garçons, je ne pense pas être insultant. Et c'est là l'un de mes principes (on m'a d'ailleurs déjà accusé d'avoir « trop de principes », j'avoue être resté dubitatif devant cette accusation). Ne pas dire du mal des gens. S'ils ne m'intéressent pas, je n'en parle pas, point. Quel est l'intérêt de faire des attaques physiques sur quelqu'un ? Faire rire son groupe ? Ou se rassurer ? Personnellement, ça ne me fait pas rire. Et je reprends de plus en plus les gens ayant des paroles offensantes vis-à-vis des absents. Je reprends aussi les termes homophobes, ou racistes. Un combat de chaque instant, contre l'effet groupe. C'est pas gagné.

L'effet groupe et la cible facile
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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 03:13

Il y a bien des choses que je n'aime pas dans cette vie, du sable qui me colle aux pieds au moustique qui passe à côté de mon oreille en pleine nuit (et qui revient toutes les deux minutes, tandis que je claque des mains à chacun de ses passages, faisant ainsi croire à mes colocs que je danse un flamenco, chose étrange à trois heures du matin, mais tout le monde a le droit d'avoir des hobbies). Il y a aussi des gens que je n'aime pas, des situations, des mots (« tradition » par exemple, que je vomis de par son utilisation). Mais, assez généralement, je pense que j'aime la vie.

 

Et puis il y a elle. Pourtant, à première vue, elle a l'air comme tout le monde. Même plus enjouée que la moyenne. Elle a un large sourire, des yeux pétillants. A n'en pas douter, elle est festive. Sur une piste de danse, elle se déhanche et fait vivre le rythme. Mais cette façade cache une personnalité complexe : elle aime la mort. « Je veux ne pas être, je veux le néant ». Elle est cartésienne, elle est professeure. Et elle est suicidaire. Deux tentatives déjà, une défenestration et un découpage de veine dans le bain. « Vous avez eu beaucoup de chance » lui a dit le docteur. « Non, je n'ai pas eu de chance, je voulais mourir » a-t-elle répondu. La mort ne veut pas d'elle, ou quelque chose la retient à la vie. Qu'importe. Elle a décidé de vivre à nouveau, pour quelques années en tout cas.

Elle a presque mon âge. Elle a les cicatrices. Et elle en parle comme moi je vous le décris. En souriant. En riant même parfois. Complexe. Je ne l'ai pas lâchée de la soirée, je voulais la comprendre, saisir ses motivations, trouver une piste, quelque chose qui puisse expliquer. Et je suis rentré presque bredouille. Pourtant je me plais à faire parler les gens, à m'incruster dans leurs idées, leur réflexion. A les pousser dans leurs retranchements. J'ai l'impression de pouvoir peu à peu les comprendre. Là, nous étions trop éloignés.

 

Quoique. Il a suffit de parler d'amour. Son assurance a un peu disparu. Elle semblait plus fragile. Elle a évoqué une peine de cœur. Et c'était clairement ça, son antidote. Seul l'amour la sauvera. Comme beaucoup. Moi compris.

 

[…]

 

Je la recroise quelques jours plus tard. Elle porte une robe. Une cicatrice est bien visible, sur sa jambe. On pourrait croire qu'elle est tombée à vélo, un jour. Ou autre chose. Pas moi. Plus maintenant. Elle est assoupie. Tout semble paisible. A quoi rêve-t-elle ?

 

A son enfance ? Son frère peut-être. Lui aussi a fait une tentative de suicide. Sauf qu'elle a fonctionné. « Il a réussi ». Elle le dit sans tristesse. Limite avec une sorte de petit plaisir, voire même une jalousie. Je me demande bien ce qui se cache derrière cette famille. Est-ce dans les gènes ? Est-ce une autre histoire familiale douloureuse ?

 

[…]

 

Visite d'un hôpital en construction. Elle est à mes côtés. Sa bonne humeur est transmissible. Nous arrivons devant ce qui doit être la morgue, « où je voudrais être » me glisse-t-elle à l'oreille. Je la regarde. Et elle sourit.

 

[...]

 

Etrange cette sensation. Non pas qu'elle soit méconnue. Mais cela fait quelque temps. Quelques mois. Quelques années. Quoique. Non, quelques mois. Elle revenait régulièrement, malgré le temps qui passe. Là, elle est neuve, et, pourtant, ressemblante. Une histoire qui commence. Une histoire qui finit. Rapide.

Rapide, c'est le mot. 3 jours après mon arrivée, j'étais en couple. Elle était là, à la gare routière. Elle était venue me chercher. C'est la première fille que j'ai rencontrée à Saint-Laurent. Elle était souriante, pleine de vie. Elle me plaisait pour ça, moi qui avais parfois tendance à ressentir un certain mal-être, et qui ne savais peut-être plus apprécier le grand ensemble. Elle m'a pris par la main, elle m'a montré la ville, elle m'a montré sa vie, elle m'a donné envie de vivre la mienne, à 100%. C'était la bouffée d'oxygène initiale, l'adaptation facile et parfaite. Elle était Française, en plus. Comme quoi, ce n'est pas impossible pour moi.

J'ai un peu de mal à analyser la fin. Sur le papier, nous nous correspondions. En réalité, il n'y avait pas l'étincelle. Ce quelque chose que l'on n'explique pas, ce quelque chose de magique, ce quelque chose difficilement descriptible.

Mais elle m'a rassuré. J'y crois encore. J'y crois toujours. Je serai patient. Car ma vie sera longue. Et belle. Pleine de flamenco.

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 23:15

Le sang versé, les trottoirs maculés, les regards épouvantés, les cris des blessés. Et toi, dans ton fourgon, souriant, pensant prêcher la vérité. La haine te guide, aveugle et sourd, traître à ta patrie, traître à tes amis, traître à la vie. Mais tu ne m'auras pas, j'ai trop d'amour pour toi. Recherche ma haine, recherche ma colère, recherche ma vengeance. Recherche les ressentiments, les amalgames, recherche l'opposition fratricide. Ton ego te guide, ta soif de reconnaissance, l'envie d'être martyr, et de laisser ton nom. Pardonne-moi, je ne me souviendrai pas de toi, de vous. Tu seras d'ailleurs le dernier dont je me souviendrai. Pardonne-moi, je privilégie l'humanité toute entière. Pardonne-moi, j'ai trop d'amour. Pardonne-moi, j'aime trop la vie. Je suis sûr que le gamin qui sommeille toujours en toi me comprendra. Je suis sûr que dans un autre contexte nous serions amis. Ton dernier souffle, ton dernier regard. Tu es parti. Dommage, tu avais tellement de choses à découvrir. L'amour d'une femme, l'amour d'un enfant. Courir dans un champ, nager dans une rivière, te perdre dans une forêt. Tu n'as eu qu'un instant, tu n'as croqué qu'une bouchée. Pas le temps de la digérer, pas le temps d'y repenser. C'est déjà fini. Explosion et destruction. Course-poursuite dans un fourgon. Tu laisses la désolation. Dans les yeux des autres, des étrangers. Dans des yeux si familiers, dans les yeux de tes aînés. Les larmes coulent à mesure que le sang se répand. Mais je n'y arrive pas, pardonne-moi. Pas de haine naissante. Pas de colère. Pas de besoin de vengeance. Un peu d'incompréhension. Et une certitude qui se renforce : amour, toujours.

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 21:51

Ardres, en voiture. Un homme marche le long de la route. De loin, j'hésite entre un "migrant" (terme inadéquat, mais entré dans le langage courant) et un autostoppeur/backpacker : une sorte de voyageur quoi, avec un sac sur le dos. Mais il ne lève pas le pouce. Je décide de m'arrêter quand même au-milieu de la départementale. Ouverture de la vitre. "Tu vas où ?" Dans un français hésitant, il me dit : "je ne parle pas très bien français". Bon, je passe en anglais. Il me dit qu'il est du Canada, et qu'il va dans la direction de Lille, quoiqu'il n'ait pas l'air très sûr. "Allez, monte". Le type est un peu surpris. 

 

Je l'observe du coin de l'oeil en posant mes questions traditionnelles (tu viens d'où, qu'est-ce que tu fous là ?). Une barbe fournie, des vêtements crades, une odeur corporelle appuyée. Clairement, ce type doit dormir dans la rue. Il m'explique qu'il s'est fait rejeter par la douane britannique, et il ne comprend pas pourquoi (moi non plus d'ailleurs, avec un passeport canadien ça passe logiquement). Est-ce que son look l'a handicapé ? Je crois. Je n'ose lui dire. J'essaie tout de même d'entrer dans le vif de la conversation, mais l'entrée d'autoroute est déjà là. C'est l'anniversaire de sa mère. Je lui file mon téléphone. Je l'entends, elle. Un soulagement mêlé à une colère. Si j'ai bien compris, ça fait 3 semaines qu'il n'a pas donné signe de vie. J'imagine ma mère dans cette situation. Il essaie de les rassurer, et leur dit qu'il va écrire un mail prochainement. il raccroche et me remercie. Je le laisse.

 

Ca m'emmerde.

 

Après 30 secondes, je m'arrête. J'appelle ma mère. Elle me dit que je peux le ramener. Demi-tour. A nouveau surpris de me voir. Nouveau trajet.

 

Où dort-il ? Où il peut qu'il me dit. Que mange-t-il ? Ce qu'il trouve. Les réponses sont floues. Il m'explique qu'il "voyage" en Europe depuis octobre. Il avait un ticket retour, mais il a décidé de rester. Il parle avec hésitation (on est pourtant dans sa langue maternelle). J'ignore depuis combien de jours il n'a pas eu une conversation suivie. Il arrive à la maison. Ma mère voit un SDF. Je vois aussi, de moins en moins, le backpacker. Je lui montre sa chambre et je l'emmène manger. 

"Broke artiste". L'artiste fauché. Jay, car c'est son nom, avait cet idéal de voyage, d'être un artiste fauché à Paris. Image romantique du XIXème siècle. La réalité a l'air différente. Il a l'air paumé. Complètement perdu. Il ne sait pas où il va, géographiquement. Il ne sait pas où il est, mentalement. J'essaie de l'aider. Pas de trouver les réponses, mais au moins de lui poser des bonnes questions. De temps en temps, il me demande si j'ai déjà ressenti "le fait de changer en voyage". "Comment est le retour". Je lui donne mon point de vue. 
Il est canadien. Il a fait quelques études et puis a tout lâché pour découvrir l'Europe. Et, surtout, se trouver. Enfin, c'était l'idée. Il a vu Paris, il y a même travaillé. L'Italie. La Croatie. La suite ? Il l'ignore.

Après un repas où il garde les restes, une vraie douche. Il y reste un temps fou, nous nous demandons même avec mes parents s'il n'a pas fait un malaise ! Je lui propose de laver ses vêtements. Il acquiesce. Une connexion Internet. Une bonne nuit dans un lit chaud. Le petit dej'. Un sandwich pour le midi. 80 kilomètres de plus direction Arras. Paris n'est plus très loin, c'est ce qu'il veut. Enfin, il n'était pas tout à fait sûr. Mais il avait l'air content de mon accueil. 

Je lui devais. Je le voulais. Car ils ont été nombreux à m'accueillir au cours de mes quelques périples. Parfois, j'étais dans la merde, comme sous un pont allemand à 23h, sans possibilité d'avancer, ou sous une drache de fou au milieu de la Champagne, le pouce en l'air. Les deux fois, quelqu'un est arrivé, et m'a hébergé. Sans rien attendre en retour. Pour le geste. Savoir le faire. 

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 04:02

30

Le train est arrêté en pleine voie depuis 20 minutes. Je me suis vaguement relevé de ma couchette, sans vraiment chercher à savoir ce qui se passe ; de toute façon, il n'y a pas d'explication. Les ventilateurs gardent la cadence au-dessus de nos têtes, les Indiens sont allongés en bas. Je souhaite aller à Raigad. Enfin, pas spécialement, mais il fallait que je trouve quelque chose entre Ratnagiri et Mumbai. La guichetière m'a répondu Roha, et me voilà dans ce train, sans être sûr. 286 kilomètres de trajet prévus, j'espère au moins que c'est vers le nord... Une vendeuse traverse l'allée, en disant "kiri" "kiri" "kiri", enfin quelque chose comme ça.

Parfois, je me demande bien ce que je fous là. Aujourd'hui j'ai 30 ans. D'ordinaire, les gens t'appellent, t'écrivent, te le souhaitent. Ma mère aurait fait un gâteau au chocolat, avec des cerises, peut-être le meilleur souvenir gustatif de mon enfance. Ce matin, j'ai mangé du riz. Et personne autour de moi ne sait que j'ai 30 ans aujourd'hui. Ca leur ferait une belle jambe. Ce que tout le monde recherche, à cet instant, c'est comment supporter au mieux cette chaleur. Il n'y a que ce père qui, lui, essaie de trouver un moyen pour rendre ses enfants immobiles et silencieux, espérant commencer sa sieste.

 

30 ans. Pas de copine, pas d'enfant. Je me disais ça à 20 ans, ne pas se marier trop tôt, profiter de la jeunesse. J'ai sacrément bien respecté mes voeux !

Ah, le train redémarre, après qu'un autre nous ait croisé. D'en haut, j'ai un petit angle sur une fenêtre en face de moi, mais difficile de déceler quelque chose. Ca ne m'intéresse pas vraiment de toute façon. Cela fait 8 semaines que j'enchaine les trains et les bus, que je me nourris de paysages. Aujourd'hui, j'ai un livre avec moi, un nouveau stylo, je peux laisser vaguer mon imagination autrement. 

A peine cette ligne écrite que nous traversons un long tunnel, et c'est dans l'ombre que je continue. Je pense à mon pays. Que font-ils aujourd'hui ? C'est samedi apparemment, le jour de la grande liberté. Certains doivent encore dormir après la grosse soirée d'hier soir. Mon père nettoie son camion. Je me demande bien ce que fait ma mère. Un peu de ménage ? S'il fait quelques rayons de soleil, elle est dehors. [bon sang, c'est le plus long tunnel indien ?] Samedi ne veut rien dire pour moi. C'est tous les jours samedi. Quoiqu'il n'y ait plus de jours, de semaines ou de mois. Seule compte la saison, chaude ou mousson. Je suis dans la première, la seconde débarque normalement dans un mois et demi. J'aurai fui l'Inde d'ici là.

 

Que retenir de ces 8 semaines ? Ah, de la lumière, enfin ! J'arrive à me relire, comme toujours. Et re-tunnel. Décidément. Que retenir donc ? 66 pages. 2307 photos ou vidéos. 2 pays. Près de 25 lieux découverts. Des rencontres. Une visite. Et je me trouve, peu à peu. C'est aussi ce que je venais chercher. Des questions. Et les réponses, qui apparaissent, presque naturellement. Faisons le point sur mon état d'esprit du jour.

Ma région me manque parfois depuis mon retour en Inde. J'ai eu de la visite, ça a peut-être perturbé l'équilibre de la solitude que j'avais trouvé auparavant. De ce fait, je me vois bien rentrer au début de l'été, sauf si quelqu'un me propose un voyage d'ici là.

A mon retour, Je pense à me poser dans cette région audomaroise. Cette réponse se dessine peu à peu. Les DOM-TOMs étaient donc une soif d'évasion avant tout. Alors que je suis actuellement évadé, ils ne me font plus envie. [Une odeur de saucisses au barbecue me monte jusqu'aux narines. C'est sans doute autre chose, mais ça n'en reste pas moins désagréable.]

Ce matin, je me suis réveillé avec l'envie de m'impliquer pleinement dans le lieu où j'habiterai. J'ai envie d'associatif. Ca m'a pris comme une envie de pisser, et pas sûr que ce soit tout de suite compatible avec mon métier et les révisions du concours, qui s'annoncent chronophages. Car oui, aujourd'hui, je crois que je veux vraiment le passer.  J'ai envie de stabilisation. C'est peut-être ça, avoir 30 ans. J'ai une envie d'appartement. J'ai même envie d'être en couple. A ce rythme la, je vais finir par avoir envie de me marier.

Je risque peut-être de m'ennuyer. De regretter cette drôle de vie qui est actuellement la mienne. Je serai donc un éternel insatisfait, jamais au bon endroit, idéalisant un ailleurs. Sauf si je trouve d'autres activitiés, des nouvelles, et c'est là où l'associatif doit m'aider. M'impliquer dans des choses qui me tiennent à coeur, auxquelles je crois, où je trouve du plaisir. Reste à trouver ces assos. Le café polyglotte est cool. Faut-il que je m'investisse à Tilques ? J'aime ce village, mais ça dépend d'où j'habite. Déménager ? En septembre-octobre ça serait plus logique. On va d'abord voir si je trouve un poste, et où. Des projets. Je me nourris de projets. Mon bonheur passera par là. Et par Elle.

Je pense que ce qui me manquait le plus avant mon départ, c'était de rencontrer de nouvelles personnes. Je suis un animal de sociabilité et de découvertes. C'est là où l'associatif doit aider. Il faut peut-être choisir une asso a l'écart de Saint-O pour renouveler un peu les têtes. Quelque chose qui puisse me faire rencontrer des gens de mon âge, ce serait bien aussi (j'aime bien le club de généalogie, mais soyons honnête...). La politique reste une option, même si mon attirance et ma curiosité n'ont jamais été aussi peu élevées. Quelque chose sur Lille, parce que le public de la métropole est différent ? Sur la côte ? J'aime bien le boulonnais, j'y vivrais bien. Apprendre le néerlandais côté flamand ? Ce n'est pas si loin et ça m'intéresse bien. Un nouveau sport ? Attends, n'oublie pas les cours et le concours... Hum, reperdre ma liberté pour bosser le concours, est-ce que je le veux vraiment ? Je peux aussi le passer plus tard. Faut-il d'ailleurs vraiment revenir cet été ? En ai-je envie ? Parfois. 

C'est flou.

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 03:35

13 ans plus tard, il est toujours vivant, toujours debout ! Nombreux sont ceux qui en ont eu un, surtout à l'époque des skyblogs. La mode est retombée depuis, et je continue à écrire, sur tout et rien, quoique principalement ma vie. Et on me demande parfois : mais pourquoi tout dire dans ton blog ? Pourquoi avoir publié cet article, alors que 200 personnes de Saint-O t'en parleront pendant des années ? Pourquoi te dévoiler ? Quel intéret ?

Figurez vous que ce sont aussi des questions que je me pose souvent. Pourquoi écrire par exemple ? Pour moi, forcément. Au départ, c'était pour écrire sur les choses que j'aimais à la fin de mon adolescence : le PSG, la FF, deux-trois films intelligents (la tour Montparnasse, le Dîner de Cons), et des moments avec les copains (c'était l'époque pré-permis où une soirée au bowling avec eux te paraissait vraiment fou-fou !). Depuis, ça a légèrement évolué.
 

J'écris pour me connaître. Connais-toi toi-même disait un philosophe célèbre. Grâce à l'écriture, j'arrive, peu à peu, à me cerner. Ce que j'aime, ce que je n'aime pas, ce que je pense, ce que je souhaite, ce que je veux. Bien sûr, c'est rarement en un article. Mais, en 13 ans, j'affirme que l'écriture m'a beaucoup aidé, dans mon "développement personnel" (je sors les grandes expressions, pardon !). L'écriture me permet de me remettre en question, elle m'interroge. Elle m'est aussi réparatrice, les mots pour les maux, elle me soulage souvent. C'est aussi très intéressant, pour moi, de me relire, quelques mois ou années plus tard : je vois mon changement d'état d'esprit, d'opinion. J'observe mes contradictions. Ca m'évite ainsi de trop rester fixé sur une idée, d'être borné, car ça me prouve que l'on change tout au long de sa vie.
 

Oui, pour l'écriture, mais pourquoi publier tout ça ? Car je pourrais très bien garder l'ensemble pour moi, tel un journal intime. Je pense ici que j'ai aussi envie de divertir mes proches. Pour les voyages, ça me semble une évidence. Publier mes articles m'évite aussi de répéter 30 fois la même chose. Je me dis que les photos peuvent également donner envie aux gens de visiter un pays, de découvrir un lieu où je passe. J'ai presque l'ambition de repousser les limites de mes proches et connaissances, de leur montrer qu'un voyage à l'autre bout du monde n'a rien d'impossible, car je le fais ! Ca a fonctionné comme ça pour moi, j'ai vu un copain partir en Erasmus puis aux Philippines, et je me suis dit : pourquoi pas moi ? Là, mon idée, c'est pourquoi pas vous (sans prétention aucune, l'idée étant vraiment d'ouvrir l'esprit comme le mien l'a été un jour, et continue de l'être).

 

Cependant, les gens comprennent souvent mes articles de voyages. Non, la vraie question qu'ils souhaitent poser, c'est "pourquoi publier des articles intimes ?" Là, on touche quelque chose. Car, c'est vrai, je pourrais me contenter d'écrire sur mes voyages. Mais j'écris aussi sur ma vie étudiante/professionnelle (prof), Sur les films que j'aime. Sur la politique (et pour qui je vote). Pour certains, c'est déjà la limite. Moi, je repousse cette limite, je vais jusque dans mes propres sentiments. Amour. Peine. Décès. Et même sexe.

Ai-je une limite ? Oui. Beaucoup d'ailleurs. Car il y a ce que j'écris, et ce que je publie. L'auto-censure fonctionne déjà a plein régime. De nombreuses fois, je m'interroge : dois-je publier cela ? J'ai des vrais débats et je ne suis pas toujours d'accord avec moi-même (coucou mon dédoublement de personnalité !).

Deux raisons expliquent principalement mes publications intimes : la première, c'est que si cela me concerne, c'est que cela peut aussi vous concerner. Une rupture amoureuse, un décès, ce sont des choses que l'on rencontre tous dans sa vie. L'idée est de montrer que l'on n'est pas seul face à certains de ses sentiments, et j'apprécie vraiment quand quelqu'un, à la suite d'un article, vient m'écrire un petit mot sur Facebook pour me dire qu'il/elle s'est reconnu/e.

La deuxième raison, c'est ce que j'appelle la double vanité. La vanité, aujourd'hui, est plutôt une critique. Est-ce-que je suis vaniteux, et qu'en publiant ces articles intimes. je recherche les clics, les vues, les commentaires, les réactions ? Ou est-ce la vanité ancienne, celle qui dit simplement que notre passage sur terre est limité, que l'on mourra tous ? Dans ces conditions, pourquoi vouloir donner une certaine image biaisée de nous, et non pas le tableau complet ? Les sentiments intimes font partie de moi. Je les assume, de plus en plus. Alors pourquoi vouloir les cacher ? Pour contrôler mon image, pour que mon paraître ne soit pas entaché, pour ne pas montrer mes faiblesses ? Je préfère le fait de laisser ma trace, mon empreinte, réelle, qui pourra faire rire, sourire, rêver mais aussi pleurer mes enfants, petits-enfants, ou neveux. Et vous aussi, d'ailleurs. C'est ce que j'ai préféré dans mes recherches familiales, les sentiments de mes anciens. Ils les écrivaient, sur des lettres, et les envoyaient à leurs proches. Je les envoie au monde. XXIème siecle.


Et, bien sûr, si une gêne apparaît chez vous à la lecture d'un article, ne perdez pas votre temps à aller jusqu'au bout, c'est qu'il n'en vaut pas la peine !

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 04:54

Il y a de ces réputations qui vous collent à la peau. Je serais une pince, un avare, un radin. Cette idée, développée par une Finlandaise à l'instant du divorce, je l'ai souvent répétée, entretenant ainsi le mythe. Ou la réalité ?

J'ai plusieurs fois discuté du sujet ces derniers jours, et c'est sans doute ce que je suis capable d'admettre : le pécunier est souvent relevé dans mes paroles et mes articles. Ainsi, en Inde, je m'extasie régulièrement du prix des choses, et je le fais remarquer. Je parle d'argent. Peut-être trop ? Est-ce un reste de ma longue vie étudiante, ou une habitude très familiale ? Car je signale également ce qui me semble trop cher, et les meilleurs qualité-prix. J'ai écrit un article sur combien ce voyage me coûte. 

Mais suis-je vraiment à côté de mes sous, comme oncle Picsou (je connais la tante) ? Je réfute cette idée. Car je ne m'interdis rien que j'aime pour des raisons monétaires. Mes voyages en sont la preuve : je n'hésite pas à partir, à de nombreuses reprises. Oui, ce n'est pas en mode 4 étoiles. Mais ce n'est pas tant en raison de l'argent que du style de voyage : j'aime voguer à la roots. J'ai déjà fait du all-inclusive ou des hôtels plus luxueux, et je n'y ai pas trouvé de plaisirs supplémentaires, bien au contraire. Certes, un vrai hôtel fait du bien de temps en temps, surtout quand on sait l'apprécier, mais je préfère le plus souvent me la jouer à la locale que ce soit pour le lit ou la bouffe.

On pourrait me répondre : "tu n'es pas radin en voyage, mais tu es radin dans la vie de tous les jours !". Et je réfute encore ! Ami(e)s, donnez-moi une seule activité que j'ai refusée pour une question d'argent ! Je suis toujours chaud pour un laser-game, paintball, football, concert, et sans réfléchir trois fois au coût. Certes, je ne dépense pas beaucoup en soirée. Mais vais-je boire 8 grenadines pour prouver mon point ?!

Surtout, je n'hésite pas à faire des "folies" pour les choses que j'aime. Avec l'exemple d'un ticket pour un match de foot à 200 balles. France-Allemagne, en demi de l'Euro, ce n'est pas Lens-Troyes, je le concède, mais cela démontre quelque chose.

Alors, oui, par contre, je ne dépense pas de thunes pour les fringues et j'attends que ce soit immettable pour aller dans les magasins. Ma garde-robe tient sur une mini-étagère, je n'ai qu'une paire de pompes à l'année et le même téléphone depuis 10 ans. Est-ce cela être radin ? Ou ça signifie simplement que je ne me soucie guère de la taille de mon futur dressing, privilégiant les cadres photos au mur. Cadres-photos achetés chez Emmaus, car c'est un sacré rapport qualité-prix, en plus de faire une bonne action.... ok, j'arrête de parler d'argent. Jusqu'au prochain article.

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 07:42

Si la beauté est d'apparence subjective, elle n'en est pas moins soumise aux canons de son époque. Chez la femme, le beau d'aujourd'hui, ou du moins ce qui est considéré ainsi, taille élancée, finesse, n'est rien d'autre que la mauvaise santé d'hier. L'inverse est également vrai, puisque le beau d'hier, charnu, potelé, aux formes allongées, est synonyme aujourd'hui d'obésité. Chez l'homme, les époques passent et le canon reste : c'est le Mars antique, la puissance et la fermeté, l'homme de muscles et d'acier.

Soyons honnêtes, je ne réponds guère à cette définition de la beauté du corps. Et, pourtant, je fais des efforts pour m'en approcher. Sinon, pourquoi ces pompes quotidiennes ?

Qu'est-ce que cela m'apporte ? Une confiance renforcée. Bien dans son corps, fort dans sa tête. Mais, surtout, une image dégagée. Un reflet. Un message envoyé. Ces efforts sont faits pour l'autre, pour le regard qu'il aura sur moi. Et, au final, ils n'ont pour but que de flatter mon ego.

 

La recherche de la jolie fille est une quête qui semble éternelle chez la gente masculine. Combien de fois admirons-nous un visage dans la rue, un corps de déesse à la plage, un sourire dans une cage d'escalier ? Quels sacrifices serions-nous prêts à effectuer pour repartir avec la belle, pour l'emmener jusqu'à la chambre à coucher, pour la regarder se dévêtir et admirer le paysage enchanté ? Mais, dans le même temps, ne choisissons-nous pas la jolie fille pour d'autres raisons ? Etre en couple avec elle, c'est tant de fierté. Regardez-nous, et regardez-moi, je suis capable et j'ai réussi à l'apprivoiser, à la capturer. Elle est à moi, elle est mienne. Et elle est belle. Néanmoins, suis-je avec elle pour ce qu'elle est, ou pour l'image qu'elle renvoie de moi ? Suis-je amoureux de sa beauté, ou suis-je amoureux de mon ego flatté par sa conquête ?

Le rapport à la beauté de l'autre est peut-être plus personnel qu'on ne le croit.

La beauté de l'Homme, la laideur de l'âme
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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 00:14

Le Zapping de Canal + était peut-être le meilleur programme de la chaîne. Il a disparu, comme l’esprit des Guignols ou celui du Petit Journal. L’esprit Canal n’est plus, reste Yann Barthès, mais sur une autre chaîne. Rassurez-vous, mon Zapping est toujours vivant, toujours debout ! Et sur le même blog (quoique le nom risque de changer prochainement).

2016, mon Zapping

2016 a commencé à Fampoux. Drôle d’idée me direz-vous. Et il a commencé sur les chapeaux de roues. Une belle année s’annonce, où tout semble possible.

 

Pourtant, le début d’année est compliqué. Mon grand-père décède le 10 janvier. Sur son lit de mort, je ne le reconnais pas. Croisé dans la rue, j’aurais dit « bonjour monsieur ». Pourtant, c’est bien lui, maigre comme un clou (c’est-à-dire encore plus que moi), d’une blancheur extrême. A la même période, ma grand-mère est en mauvaise santé. Cancer. Phase terminale, même si on ne prononce pas cette expression. Je passe plusieurs nuits là-bas, dans cette maison de ma tendre enfance, où les cigarettes au fromage et le 7up ont façonné mes souvenirs. Ces dernières nuits en sa compagnie me marqueront. Ses larmes, alors que je la prends dans mes bras. Puis sa souffrance et ses gémissements, alors que j’appuie une nouvelle fois sur la dose de morphine, espérant l’aider enfin. Son regard se floute, la dernière nuit. Son corps n’est plus un clou, c’est une fragile brindille, qui ne va pas tarder à se casser, et à s’envoler. « C’est beau de vivre ses rêves » m’a-t-elle dit lors de l’une de ces dernières nuits.

Clairement, ce ne fut pas ma plus grande année familiale. Et c’est pour cela que ma présence « chez moi » était nécessaire. Je l’ai senti ainsi, je le pense encore aujourd’hui. 3 enterrements, plus une galère au cours de l’été. Je n’oublierai pas ces visages, je n’oublierai pas ces regards. Ils vous marquent, pour une vie. Je les reverrai dans 10 ans. Juste besoin de fermer les yeux.

 

Youyou bonne année ! Oui, je le sens, je viens de casser l’ambiance. Bon, c’est aussi ça le bilan d’une année, revenir sur les joies mais aussi les peines, les sourires et les larmes. Mais rassurez-vous j’ai une ma dose de joie.

 

Après un début d’année chantant à Laval, je reprends mon rythme : bibliothèque de Saint-Omer chaque jour (à savoir le mardi, mercredi, vendredi, car c’est fermé le lundi et le jeudi !). Mon rythme va augmenter au printemps, puisque j’irai également le samedi. L’objectif, c’est de finir ma thèse. Challenge accepted.

 

Le café polyglotte organise un karaoké fin janvier, où mon talent subjugue l’assemblée (non, ce n’est pas vrai !). France Culture demande mes lumières début février pour expliquer la situation burundaise. Une petite fierté d’être reconnu dans mon domaine. Puis c’est le carnaval de Dunkerque avec un accent étranger et un temps… dunkerquois (et quelques frayeurs !). La semaine suivante ce fut le carnaval de Saint-Omer (hum hum).

 

Début mars, direction Bordeaux pour l’organisation d’une journée d’étude sur les Grands Lacs. Enfin ! Et cela succède à un article dans la revue de la Ligue des Droits de l’Homme. Ma thèse avance moins vite mais ce n’est pas trop grave dans ces conditions ! Je fais également dans le religieux à Bordeaux.

A mon retour direction le musée de la mine puis une visite de Douai (si, si, j’vous jure que c’est sympa !). Mi-mars, je fais parler mon talent sur les pistes de ski, un snowboard aux pieds (ou au-dessus de la tête, selon la chute que j’effectue !).


Après un petit périple Etretat-Gand, direction les Ardennes belges pour un enterrement de vie de garçon sportif. Bilan : nous ne sommes pas prêts de faire le record de l’heure à notre âge ! (vivement 105 ans !)

2016, mon Zapping

R-M a 30 ans. Woh, j’étais là à ses 20 ans, et c’était hier ! Arras avec Adeline, puis Aix-la-Chapelle avec une bande de joyeux loustics, prêts à enflammer les pistes allemandes (et avec quel succès !). Un nouvel échec à l’élastique mais se balader à Marseille reste toujours agréable. Quelques jours plus tard, j’ai vu la reformation d’un boys band à l’anniversaire de Julie. J’ai maintenant les vidéos, elles sont gardées précieusement dans un coffre-fort.

 

En mai, je connais quelqu’un qui s’est marié. Le dingue. Et j’ai signé pour lui ! (et il m’a même fait chanter à l’église le salaud !) Perturbé, j’ai décidé une semaine plus tard de me jeter d’un avion en plein vol. Le saut en parachute, enfin ! Drôle de sensation, mélange d’excitation, de crainte et d’envie. Un mal d’oreilles m’empêche de réellement profiter de la chute libre, mais j’observe avec beaucoup d’attention les côtes et la jungle sous la voile. Le 22 mai, c’est la première victoire du FC Wardrecques ! A savoir, mon club de foot, celui où je joue, et où on perd parfois 13-0. Pour fêter ça, direction Bordeaux et Osserain, où nous nous essayons au paddle avec deux doctorantes et un docteur !

 

Le mois de juin et le début du mois de juillet se feront au rythme de l’euro de football ! C’est au Touquet que j’ai hurlé sur le but de Payet pour le premier match de la France. J’ai eu énormément de chance, j’ai vu 3 matchs au stade. Le premier, sympa, Allemagne-Ukraine à Lille. Le second, génial, France-Irlande en huitième de finale à Lyon. Et le dernier, le plus beau de tous, à Marseille, au Vélodrome, pour la demi-finale France-Allemagne. Peut-être mon plus grand souvenir de supporter dans un stade.

A côté de ça, ce fut une période de famille, avec aussi une cousinade. Juillet fut mon mois de finition pour la thèse, alors pas grand-chose, hormis une nouvelle annonce de mariage et une nouvelle victoire au poker (comme ça c’est gravé dans le marbre !). Ah, si, quand même, Londres à la fin du mois, où le Royal Albert Hall m’a fasciné.

2016, mon Zapping

Je refais faire mon passeport, et direction la Zambie, après une longue réflexion ! (en passant par Dubaï) Du stop pour aller dans la brousse, les chutes Victoria. Forcément j’ai passé du bon temps ! Une vraie coupure. Et un voyage qui me permet d’affirmer que je suis heureux sur les routes du monde, même en solitaire.

2016, mon Zapping

Début septembre, j’ai rendez-vous au rectorat, où je tombe sur…mon ancienne prof d’histoire de Ribot ! Un entretien plus tard, et me voilà embauché ! MOI, j’ai fait un triathlon ! Expérience de fou, surtout sans entraînement et sans matériel adéquat ! Mais je recommande à tout le monde. A la fin du mois ce sont les dernières corrections de thèse, la conclusion. Sentiment incroyable. 649 pages de bonheur, de souffrance, de mental, de recherche. Et la liberté qui s’annonce. Après un périple jusqu’à Pau, je repasse par Limoges et Oradour, pour ne pas oublier.

 

12 octobre. Une rentrée des classes. Ca y est, je suis professeur d’histoire-géographie-éducation morale et civique. Remplacement d’un congé maternité. Une expérience géniale (j’y reviendrai prochainement). Forcément s’installe une routine de travail, et ma vie tourne autour de mon boulot (cette phrase me flippe toujours autant). J’ai tout de même des vacances scolaires, qui me permettent de découvrir le Danemark en stop à la Toussaint et Paris et le Quai Branly en décembre.

Oh, j'allais oublier : j'ai soutenu ma thèse et je suis officiellement docteur. Bonjour fierté.

 

Ce fut une année musicale. La Traviata et Le lac des cygnes côté classique, Renaud côté…classique aussi en fait, car toutes ses chansons sont devenues des classiques ! Et quel concert ! Quelle ambiance ! L’affiche de Laurent Gerra s’en souvient encore, j’étais fou ! J’ai également vu Dany Boon en chair et en os.

 

Côté sport, en plus du triathlon et du paddle, ce fut une année kayak dans le marais de Tilques (où je me suis vraiment bien senti), footing au même endroit (mais pas sur l’eau) et surtout football. Il faut que je vous raconte mon but de l’année. 80ème minute. 0-0. Dégagement aux six mètres pour l’équipe adverse. Aux 50 mètres, un de mes coéquipiers gagne son duel aérien et envoie le ballon dans ma direction. Je suis excentré, à 35 mètres. Et je reprends de volée. La trajectoire est parfaite, et le ballon va se loger dans la lucarne opposé. 1-0, score final. Après ça, je peux prendre ma retraite, je ne ferai pas mieux !

 

Côté politique, quelques réunions EELV, Réfugiés-Schengen ou Nuit debout (mouvement très intéressant). J’ai également voté aux primaires UMP, et je me prépare pour celles du PS. Les attentats m’ont beaucoup moins marqué que l’année dernière. Le fait d’avoir déserté les médias à ce moment-là, surtout la télé, a sans aucun doute aidé.

 

Bon, il est pas mal ce bilan. 2016, année de ma thèse, année d’adieu à ma jeunesse, à ma carte d’éternel étudiant, à mes grands-parents. Je suis prêt à grandir. Je suis prêt à devenir un adulte. Et, surtout, je suis prêt à retrouver ma liberté. Mes ailes vont se redéployer. 2017 sera fantastique.

PS : je n'ai pas évoqué les filles ou l'amour. Normal, je me réservais pour 2017.

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