26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 18:36

Les plus fidèles lecteurs me connaissent et l'ont déjà lu à plusieurs reprises : Noël n'est pas une période que j'apprécie. Mais après l'avoir fait à l'étranger l'année dernière (sur les plages de Muiné au Vietnam), j'avais une petite attente vis-à-vis de cette année. Recroiser l'ensemble de ma famille et même ceux de l'université en l'espace de quatre jours, c'est une chose difficilement réalisable le reste de l'année.


Et puis... Et puis, j'ai une troisième grand-mère. Situation un peu difficile à expliquer, toujours est il que je la vois plusieurs fois par an en moyenne, et que mes petits-petits cousins sont dans ma tête mes « vrais » cousins, d'autant plus que je les vois plus que ceux que je viens de citer. Bref. Ma troisième grand-mère est dans une phase compliquée. Sa santé est défectueuse, elle a passé plusieurs mois de l'année 2012 en hôpital et les dernières déclarations du médecin sur le fait « qu'elle ne tiendra plus un mois » n'ont fait que confirmer ce que nous craignions. Mais elle a insisté, cette année, le réveillon de Noël, ce serait chez elle.


Personnellement je ne l'avais pas vue depuis quelque temps. Alors j'essayais d'imaginer à l'avance sur qui j'allais arriver : une vieille femme diminuée. Dans sa chaise, elle était assise. La bouche ouverte. Elle ne réagissait pas. Ma grand-mère, l'autre, « l'officielle », était là elle aussi, les larmes aux yeux. Noël.


Toute la soirée je l'ai passée assis à la table. En face de moi, mes cousins. Et derrière eux, derrière les carreaux, ma grand-mère. On l'a allongée sur un lit. Une petite bougie éclaire la moitié droite de son visage. Et elle me permet de voir ses mouvements de respiration. Je les observais parfois un à un. Une manière de vérifier qu'elle ne nous lâchait pas maintenant, en plein milieu de la pintade, le plat principal. Elle remue parfois la tête, signe de vie.


A un moment je me décidai à aller m'asseoir à ses côtés. Ce sont ses mains plus que son visage qui m'ont un peu choqué. Et pour cause, ma grand-mère est coquette, et elle demande toujours à ses filles de la maquiller, qu'elle se fasse belle pour l'occasion. C'est Noël quand même !

Mais aujourd'hui elle n'y arrivera pas. Elle ne partagera pas cette soirée avec nous. Elle l'aurait voulu, et Dieu sait que quand on veut, on peut. Mais pas à ce moment là. Elle était trop faible, trop fatiguée. Ses mains étaient trop blanches, trop âgées. Elle ouvrit les yeux et me dit bonjour. Sa voix était lente, fatiguée. Chaque mot nécessita un effort. Tout ce bruit, dans l'autre pièce, n'aidait pas à son repos. J'avais presque honte d'être là, j'avais presque honte de manger devant elle, de sourire devant elle, de rire avec les autres. Car elle est toujours là, devant moi, dans ce lit un peu trop froid.


Me retrouver face à elle, c'était me retrouver face à la mort, j'avais l'impression de la voir devant moi. J'avais l'impression que la Grande faucheuse était là, cachée dans le coin sombre de la pièce, prête à finir le travail. J'avais devant moi une femme en bout de route, à la fin du voyage. Et moi, à ses côtés, qui réfléchit tellement à ce temps qui passe et à comment l'utiliser. Quand je la regarde, je vois ma propre vie, les décisions que je dois prendre, les choix que j'ai déjà faits. Quand je l'observe, je repense à ma Bucket List, aux voyages que je dois faire avant d'en être là, réduit à un simple rôle de spectateur muet dans une autre pièce, alors que le spectacle se joue.


Quand nous songeons à prendre la route du départ, j'ai la chance de la revoir éveillée. Je lui dis au revoir, qui sonne tellement comme un adieu. Et Joyeux Noël.

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 08:48

Parfois je doute. De la vie. De son sens. De l'amour. De la possibilité de celui-ci, avec un grand A. De Dieu et de son existence. Et parfois j'y crois, à tout ça.


Parfois j'ai la haine. Une rancune intérieure qui me bouffe. Parfois j'ai des ailes. Qui me font soulever des montagnes. Parfois je tombe plus bas que terre. Et je n'ai pas la volonté de me relever. Parfois je suis dans les nuages. Sans l'envie d'en redescendre.


Parfois je m'y vois, tout en haut, plein de puissance et de pouvoir. Parfois je m'imagine, à la place de ce SDF que je ne regarde pas. Parfois je réfléchis, à comment en arriver là.


Parfois j'ai ce sourire, nostalgique, au regard des photos de jeunesse. Parfois j'ai cette larme, qui coule sur ma joue, à la pensée d'un grand malheur. Parfois j'implore et je prie, sans savoir pourquoi.


Parfois je me sens amoureux. Parfois je l'oublie.

Parfois je me sens heureux. Parfois je l'oublie.

Parfois je pense au bonheur. Parfois, je le vis.

Et puis parfois, de temps à autre, j'écris.

 

Je me lance, dans une tirade sans sens, sans trop savoir où je vous emmène.

J'hésite à transformer cela en poème. Le rime me titille, le rythme me malmène.

J'imagine cela en chanson, saleté de rime à la con.

Et j'imagine un slam, ayant une âme.

 

J'me dis que les mots, sont à la portée de tous,

Que l'con muni d'un stylo, peut pas s'tourner les pouces

Il suffit de plonger, dans son imagination,

Et de penser, au rythme de la chanson.


J'imagine le beat, j'imagine Bercy

j'imagine la rythmique et le public en folie

j'imagine la vie de star, les contrats à vie

j'imagine les taulards et les filles en furie

 

Je m'y crois déjà, tout en haut de l'affiche

Je m'y vois déjà, devenu riche

Je me pense là-bas, les plages d'Ibiza

Et j'ouvre les yeux chez moi, y'a pas.

 

Alors je reprends la plume, avec un peu d'amertume

Le regard scotché au plafond, 'tain j'ai l'air d'un con

Je relis comment j'ai fait, pour en arriver là

Je revis les faits, qui m'ont amené là

 

J'regarde le chemin parcouru, et les amis perdus

J'regarde ma vie d'avant, celle que je n'ai plus

J'revois les choses, qui ne m'appartiennent plus

J'relis mon blog, et ça, ça me tue.

 

 

Alors pour conclure, ce texte un peu minable

Ne soyez pas trop dur, si c'est un peu banal

 

Je finirais, par la fin d'un poème

Je termine, par un unique « Je t'aime »

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 17:09

Fin du monde, flamme, cheminée, feuSi vous êtes en France, vous n'avez pas pu y échapper. Aujourd'hui, l'ensemble des journaux télévisés traitaient du sujet... le chômage au-dessus de 10% ? Perdu ! La Une de la Voix du Nord du jour... les nouvelles suppressions de postes dans la région ? Perdu. Un montage sur L'équipe.fr (!!!)... le tirage au sort de la Ligue des Champions ? Perdu.

La fin du monde. Les Mayas. Bugarach. Depuis plusieurs mois on nous emmerde avec les Mayas. Les malheureux, déjà exterminés par 10 Espagnols à cheval, vont passer pour des crétins avec leur calendrier (que l'on a interprété n'importe comment, mais passons).
Cette semaine, ça aura été la fin du monde... des médias. Oui, je tape un peu sur ma profession (du moins la seule que j'ai exercée). Après le 12/12/12 la semaine dernière, avec des reportages en direct de La douze à 12H12 (avec un décompte pour ajouter au ridicule), voici le temps de la fin du monde. Les chaînes s'adaptent, et diffusent des programmes pour l'occasion : film catastrophe, documentaire sur les Mayas ou les fins du monde (déjà annoncées 183 fois), et même nuit en direct de Bugarach, où toute une bande de cinglés pense échapper à cette catastrophe en se réfugiant dans le village (où la montagne va s'ouvrir, d'où surgiront des extraterrestres qui sauveront les quelques élus présents sur place..., oui, c'est crédible pour certains). Ils ont dû prendre un arrêté préfectoral en raison de l'afflux d'illuminés, avec pass pour les habitants et interdiction de survoler la zone !


Bon, au final, qu'une partie des gens rigolent à cette idée de fin du monde et en profitent pour faire une grosse fête demain, pourquoi pas. Mais de là à ce que les médias ne parlent que de ça, alors que l'on n'évoque pas la guerre dans le Kivu par exemple, ça devient gênant (mais c'est vrai que plusieurs centaines de milliers de réfugiés c'est redondant à force et au Proche-Orient les Syriens n'ont qu'à se démerder un peu aussi, c'est trop long leur conflit...).

Ce qui me gêne c'est le risque pour une certaine catégorie de la population : les enfants et les ados. Je ne sais pas si vous vous en rendez compte, mais ils ne parlent que de ça. Et beaucoup y croient. On aurait l'air malin si demain quelques ados nous faisaient un temple solaire, avec suicide à la clef. Après on se demandera : la faute à qui ?


Je rappelle que le journalisme est une activité qui consiste à investiguer, collecter, vérifier et commenter des FAITS pour les porter à l'attention du public, et non pas à retranscrire les dépêches AFP les hallucinations collectives ou relayer des croyances mystiques. A mes (ex-)confrères.

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 15:57

Oui, les animaux de ma maison sont des êtres bizarres.


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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 15:03

Vous l'avez souvent cette envie de tout lâcher. D'envoyer valser l'ordinateur par la fenêtre et de dire merde à tous ceux que vous croisez. D'écraser votre téléphone et de partir à l'aéroport. Au revoir France, au revoir Europe, au revoir monde occidental, tu me fais chier. Tu m'ennuies. Tu m'obliges à cette saloperie de routine. Et dire que je ne travaille pas encore... Et dire que je reviens d'un énorme voyage. Et pourtant ça me reprend, parfois.


Je pensais que ce voyage me permettrait de perdre cette sensation. Celle qui vous fait penser plus que tout au monde que cette vie là pue la merde. Qu'elle tend au plaisir matériel à défaut du bonheur spirituel. Qu'elle vous donne des réponses au lieu de nous pousser à nous poser les bonnes questions. Numéro 1 : Pourquoi suis-je ici ? Numéro 2 : Où vais-je ? Numéro 3 : Quel est l'intérêt de tout ça ?


Je n'en sais foutrement rien. On ne peut pas dire que j'ai trouvé la réponse en Asie. Mais j'avais l'impression de m'en rapprocher. Et depuis mon retour je tends à m'en éloigner.
Il y a des jours comme aujourd'hui où vous détestez votre vie. Ou vous rêvez d'être ailleurs, de l'autre côté du globe. Au revoir petite chambre minable et vie bien rangée. Bonjour l'aventure.

Le bonheur est dans la découverte.

 

 

Et puis il y a le manque. J'ai de la mélancolie, mêlant famille et ami(e)s. L'impression d'avoir déjà passé trop de temps loin d'eux. Je repense à ma vie d'avant, celle où je n'avais pas besoin de passer mon temps entre différents pays, entre différents continents. Et je me dis que j'étais bien, aussi... parfois. Je rêve d'un repas posé en compagnie des gens que je côtoyais au jour le jour. Une soirée à la maison, à l'appartement, quelques jeux de société, même un football manager. Ou un football, tout court. Donnez moi un bar audomarois ou lillois. Que dis-je, un pub anglais ou irlandais ! Donnez moi mes ami(e)s, rendez les moi.

Le bonheur, c'est les autres.


 

J'entends ses pas dans l'escalier. Je ferme les yeux, sûr que ce sont eux. Marche après marche, tel un compte à rebours. 4, 3, 2, 1. La clef entre dans la serrure, mes lèvres se soulèvent sur chaque extrémité. Elle pose son manteau dans l'entrée, et pousse la poignée. Ma tête pivote à 150°, et son sourire m’apparaît.


Je le savais. Le bonheur est une femme.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 06:00

« T'aurais pas un euro ou deux ? ». Bonjour à toi aussi, jeune fille. Non, tu ne me déranges pas. 13 ans, capuche sur la tête, cigarette dans la bouche. « Pourquoi faire ? ». Réponse textuelle : « j'ai pu de cigarettes ».

Cette scène dans la gare de Mulhouse m'a déprimé pendant quelques heures. Parfois, je perds espoir dans l'humanité. Le bon sens, l'intelligence, de la bonne utilisation de l'argent.

J'ai arrêté, comme je l'ai déjà écrit il y a quelques semaines, de donner de l'argent aux mendiants. L'idéal est de passer par une association, qui répond bien mieux aux problèmes de fond des miséreux qu'une simple pièce dans un bol. Emmaüs étant ma seconde maison, j'ai l'impression que j'ai fait une bonne action à chaque fois que j'y laisse mes euros.

 

Cependant, cette fille m'en a rappelé bien d'autres qui écument les gares du matin au soir. On est alors loin du mendiant traditionnel, qui fonctionne assis, avec une pancarte devant lui. Non, la mode est à la tchatche. On n'attend plus que la solidarité vienne à soi, on va la chercher. « Bonjour madame (ou monsieur), vous n'auriez pas un euro ou deux ? ». Oui, on ne demande plus une petite pièce, car on risquerait de recevoir des centimes. « Une cigarette ? ». Oui, le mendiant a tendance à fumer et semble insensible à la hausse des prix. « Vous n'auriez pas un ticket restaurant ? » Là, on monte dans le haut de gamme. Je n'ai pas encore entendu le « vous pouvez me payer une nuit à l'hôtel ? » ou « vous n'auriez pas un paquet de cigarettes ?  ».

Merde, je commence à être de droite. Je vieillis, et je tape sur les mendiants. Aidez-moi !

Le voyage en Asie a changé ma vision du monde. Alors que je croyais ces pays largement sous-développés (en suivant les statistiques), j'ai découvert des contrées où les sourires sont plus nombreux que dans l'Hexagone. Que des gens qui n'avaient pas grand chose le vivaient plutôt bien. Qu'ils ne s'en souciaient guère, du confort matériel. Et que chaque repas était béni, savouré comme il se doit. En Asie on m'a demandé de l'argent à deux reprises : Shanghai et Bangkok. A savoir les deux mégalopoles les plus occidentalisées. Le reste du temps, on n'aurait même pas osé. Faire la manche, ce serait renoncer. Ce serait une honte des plus extrêmes.

 

Je recroise la fille quelques minutes plus tard. Un écouteur dans l'oreille droite, le téléphone dans la main gauche. Un sourire diabolique. Elle se dirige vers une vieille dame.

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 05:59

Match de football avec l'ESSOR, alors que je joue pour les moins de 18 ans. Nous allons jouer à Outreau. Les blagues fusent. Ce nom est un symbole, il restera gravé très longtemps.

 

L'histoire d'Outreau me fascine autant qu'elle me répugne. Le jugement s'est passé dans ma ville, Saint-Omer. L'histoire s'est déroulée dans un territoire finalement très proche, dans mon département. Et c'est arrivé à monsieur et madame sans histoire.

Presume-coupable-Philippe-Torreton-affaire-d-Outreau.jpg

 

J'ai regardé le film Présumé coupable. Philippe Torreton est d'une force poignante dans le rôle d'Alain Marécaux, accusé par un enfant, sa mère et une amie de sa mère de viol sur mineur. Ils sont 13 accusés, dont la vie va basculer. Un d'entre eux rendra les armes et choisira la pendaison en cellule. Certains feront jusqu'à trois années de prison pour un crime qu'ils n'ont pas commis. L'accusation s’effondre à Saint-Omer dès les premiers jours du procès. Et c'est la France qui a du mal à se regarder dans la glace.

 

Combien de Français auraient jeté ces hommes et femmes aux loups ? Combien auraient voulu rétablir la peine de mort pour l'occasion ? On aurait eu l'air malin avec 13 cadavres innocents sur les bras. Et la presse, qui raffole des faits divers morbides. N'a-t-elle pas tiré trop de conclusions hâtives ?

 

Cette histoire a fait évoluer les mentalités. La mienne en tous cas. La présomption d'innocence doit être le droit fondamental de tous les accusés. Même lorsque toutes les preuves sont réunies, il faut avoir la décence d'attendre le procès, et la condamnation. On aura bien le temps ensuite de crier haro sur les condamnés.

 

Je préfère voir dix coupables dans la nature qu'un innocent en prison.

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 05:53

La fenêtre est éclairée par la lumière blanche qui provient du fond de la pièce. Une béquille traîne en dessous. Au premier plan, il est assis, devant une simple table. Une chaise vide lui fait face. De l'autre côté de la rue, mon regard inquisiteur, malgré le rideau. Je vois chacun de ses faits et gestes, tout au long de la journée. Un vieux monsieur, mal peigné. En face de chez moi, le retraité.


Sa visite quotidienne ? L'aide soignant. Il lui nettoie les pieds. Mon retraité disparaît ensuite quelques heures pour le repas du midi et du soir. Le plaisir du jour. Le reste de son temps, il s'emploie à le tuer. Ce qui me choque régulièrement, c'est le rythme de sa marche. Un pied devant l'autre, il prend son temps. Il fait attention, très lentement, tel l'enfant faisant ses premiers pas. Il est de l'autre côté de la pendule, plus proche de minuit que de midi. Son avancée se fait au rythme des secondes. Calmement il se rassoit devant la table. Et il observe la rue. Les passants, les voitures, les vélos. La sirène d'alarme des pompiers réveille l'assoupi. Il se relève, et repart tranquillement vers la porte.


En face de chez moi, ce n'est pas un, mais une dizaine de vieux de la vieille. La maison de retraite. Rassurez-vous, je n'ai pas encore attrapé de torticolis en les suivant du regard. Les cheveux blancs, les lunettes sur le nez, et des habits reprisés. Mes petits vieux allemands me font penser aux Français. A croire que la vieillesse rapproche le mode de vie et l'apparence des peuples.

Tiens, une visite ! En voilà un qui doit être content ! J'ai l'impression qu'elle parle plus avec l'infirmière qu'avec son grand-père. Ils font des grands gestes. Le doigt est pointé sur mon vieillard. A mon avis, il a du faire une bêtise. Pas commode ces jeunes. « Tu ferais mieux de rester assis » semble-t-elle dire. C'est pas faute de l'être la moitié de la journée.

 

Lui a des fleurs à son balcon. Mais depuis une semaine que je suis là, elles n'ont pas fané. Fleurs artificielles à n'en pas douter. Une lumière s'éteint sur ma gauche. 19H05, c'est l'heure de se coucher.

 

A force d'observer

plusieurs fois par journée

ce banc de retraités,

je commence à me demander

à quoi ils pouvaient bien ressembler

et ce qu'ils doivent regretter.

 

Ce qui me fait peur, aux derniers jours de l'hiver, ce sont les regrets que j'aurai peut-être accumulés au fil des saisons. La Bucket List existe pour ça, je dois réaliser l'ensemble des idées mentionnées, au risque d'avoir l'impression d'avoir manqué quelque chose. Je fonctionne d'ailleurs très souvent par liste, afin de ne pas oublier les choses essentielles. Ce que je dois faire dans la journée pour ma thèse. Les mails que je dois envoyer avant la fin de la semaine. Au fur et à mesure, je fais des croix. Ça, c'est fait.

La Bucket List, c'est ma liste de vie, celle qui me rappelle l'essentiel. D'ailleurs, il y a « être heureux ». Et j'ai déjà coché. A croire que ma vie est déjà, en partie, réussie.

 

Reste à faire :

Rio de Janeiro

Road 66

Traverser le Pacifique en bateau

Marcher en Antarctique

Visiter l’Inde

Voir Rome

Aller à Jérusalem tout en ayant lu la Bible

Aller à la Mecque tout en ayant lu le Coran

Avoir des enfants

Voir la politique d’un peu plus près

Me marier en rythme avec Pachelbel

Ecrire un livre

Etre quadrilingue

Courir un marathon

Escalader le Kilimandjaro

Mettre un pied dans l’ensemble des pays du monde

L'île de Pâques à Pâques

Sauter en parachute

Sauter à l’élastique

Emprunter la route de la soie

Regarder l’ensemble des nominés et gagnants à l’Oscar du meilleur film

Assister à une finale de coupe du monde

Réaliser mon arbre généalogique

Monter l'Alpe d'Huez sur un vélo

Etre capable de jouer mon aria préféré de Bach au piano (ouverture n°3 en ré majeur, air on the G string)

Réaliser mon autoportrait avec un style de Rembrant ou Courbet

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 07:55

 

Sur la route du bonheur, l'amour est une voiture. Elle vous emmène à toute vitesse à travers villes et campagnes, elle vous permet de savourer chaque paysage et chaque minute du voyage.
Depuis plus d'un an j'admire depuis ma fenêtre, je goûte au bonheur de voir défiler les lieux et le temps. J'en vois d'autres, autour de moi, qui, malheureusement, sont tombés en panne. On essaie alors de réparer comme on peut, on s'improvise mécanicien de l'amour. Certains sont doués, d'autres n'y arriveront pas. Ils se diront que c'est définitivement cassé et laisseront là, abandonné, le véhicule avec qui ils ont tant voyagé. Je les vois ensuite, se balader à pied le long de la route de l'amour. Mais que les distances semblent longues ! Ils y en a qui tentent le stop et se feront prendre dès les premiers kilomètres. Mais descendront très vite en réalisant que le chauffeur va peut-être trop vite, ou qu'il n'est pas assez sérieux. Pour d'autres, au contraire, c'est une longue traversée du désert qui s'annonce. Le stop ne fonctionne pas, c'est que ça se joue souvent à la tête...

Des amis sont fans de rallye. Ils foncent dès qu'ils mettent un pied dans la voiture. Au risque d'un accident sanglant. D'autres avancent à un rythme un peu plus pépère, profitant des paysages. Ceux-là ont déjà eu plusieurs voitures et ils se souviennent souvent de la période à pied. Ils se rendent compte de la chance qu'ils ont, et préfèrent ne pas précipiter les choses. Ils savourent les premiers kilomètres, les plus magiques. Ils sont fiers aussi, et exhibent leur nouvelle voiture. Ils en vantent la carosserie, l'endurance, la fiabilité. Il paraîtrait même qu'elle a un bon sens de l'humour.

 

J'admire souvent les vieilles voitures. Ces antiquités si solides, on n'en fait plus des comme ça. A l'époque on pouvait tranquillement réparer le moteur à la main. D'ailleurs on n'aurait même pas pensé s'en séparer. Ça aurait été mal vu ! Maintenant tout est électronique, ça n'a plus le même charme. Et comme tous les objets électroniques, on jette quand c'est cassé, ou passé de mode. On voit la même en mieux en magasin, alors on craque. On n'a d'yeux que pour les nouveautés. Enfin, j'utilise le « on », mais je ne me considère pas comme ça. J'aime trop les vieilles voitures, celles avec qui on a une véritable histoire. Ah, cette voiture de caractère ! Et quand je les vois, les fiers, se balader en Aston Martin 1964, je me dis qu'ils ont de la chance. Moi-même j'ai déjà cassé deux véhicules. A croire que je n'étais pas assez bon pilote. Le permis en poche, on se croit fort, capable de maîtriser n'importe quel changement de direction. J'ai lâchement abandonné mon premier véhicule, ne le pensant pas fait pour moi. C'est le second qui m'a lâché en plein milieu d'une autoroute inconnue. J'ai longtemps été perdu. Et puis...


Mon véhicule est magique. Je l'ai ramené de l'étranger. La fiabilité allemande. Et avec lui j'ai voyagé, ô combien ! J'ai traversé la Russie, j'ai vu la Mongolie, j'ai mangé des kilomètres en Chine. J'ai fait un road-trip en Asie du Sud-Est. Et puis je suis revenu avec en Europe. Au cours du voyage je me suis aperçu de la solidité du véhicule. Je n'ai plus douté.

Et puis j'ai dû laisser ma voiture au garage, le temps de deux mois. Je suis parti à l'étranger en essayant d'en prendre soin comme je pouvais. Mais rien ne vaut la présence. Ne dit-on pas, loin des moteurs, loin du bonheur ? A mon retour, au moment de reprendre la route, j'ai eu l'impression que je ne connaissais plus mon véhicule, que je ne le reconnaissais pas. On aurait dit qu'il avait changé. Et sur la route, on ne voyait rien devant nous. C'était flou. Un épais brouillard. Une brume qui risque de durer 3 ans. On l'appelle relation à distance. Mon véhicule n'aime pas, et comme je le comprends.

 

Je tente d'être un mécanicien de l'amour, j'essaie de trouver des solutions, de trouver de nouvelles routes. Quelque chose qui nous amènerait un peu plus de visibilité sur moyenne ou longue distance. Sans forcément trouver. Alors on fera exactement ce que l'on fait en temps de brouillard : on ira doucement, sans s'affoler, en se disant que si un accident arrive nous n'y pouvons rien. On plisse les yeux, on contracte le cœur, et on prie qu'un mur ne se trouve pas au prochain virage.

Et si accident il y a, il restera la possibilité d'effectuer un voyage en train.

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 07:13

Dimanche soir je regardais Planète, chaîne des plus intéressantes sur laquelle je zappe parfois. Il y avait un documentaire sur Hitler, un de plus me direz vous, et la première partie était consacrée à son accession au pouvoir.

C'est ce qui m'intéresse le plus sur cette période : comment un homme complètement déluré a pu se hisser à la tête d'un pays. Les conséquences, la seconde guerre mondiale... etc sont des sujets passionnants, mais ce ne sont pas franchement mes centres d'intérêts. Un peu comme le génocide rwandais, où j'essaie de comprendre le processus qui a entraîné un voisin à tuer son voisin, plutôt que de m'attarder sur la boucherie que ce fut. Une idée me traverse souvent l'esprit, à savoir si l'on sera capable d'empêcher, peut-être, un jour, des personnages aux idées néfastes d'arriver au pouvoir. Car après, ce sera forcément trop tard.

 

Toujours est-il que ce documentaire m'a permis de voir que je portais un parfum saveur nazi et que je conduis parfois une voiture aux relents d'antisémitisme. Je m'explique.

Hugo-Boss-Selection.jpgJe possède l'eau de toilette Sélection, d'Hugo Boss. Non pas que je m'en serve beaucoup, mes sœurs me l'ont gentillement acheté il y a bien deux Noël de cela et le flacon en est encore à 95% de sa capacité. Je n'ai pas le réflexe. Bref, ce n'est pas le sujet ! Toujours est-il que ce fameux Hugo Ferdinand Boss, propriétaire d'un petit atelier dans le sud de l'Allemagne dans les années 1920, fut un des premiers sympathisants nazis. Il adhère au parti en 1931 et sera chargé de confectionner les uniformes des S.A, des S.S. et des jeunesses hitlériennes... Considéré comme un des opportunistes du troisième Reich, il reçoit une amende et est privé de ses droits civiques. Alors, il sent comment maintenant votre parfum ?

 

Je conduis parfois une Ford Fiesta. L'Américain Henry Ford ? La ligne d'assemblage, la voiture pour tous. Mais pas seulement. Il est l'auteur d'un livre, Le juif international. Vous comprendrez que c'est loin d'être une déclaration d'amour à cette religion. On parle de la « fierté de la race », les Juifs sont présentés comme un « germe » et on voit plusieurs fois le mot « nettoyage » apparaître. Mais Henry Ford ne s'est pas arrêté à des déclarations : il a financièrement aidé le parti nazi, avant son accession au pouvoir. Le documentaire évoquait même que les bénéfices de ses sociétés allemandes étaient entièrement reversés au parti. Il fut le premier étranger à être décoré par Hitler de la Grande-Croix de l'Aigle Allemand, la plus haute distinction. Enfin, parce que pour Henry Ford, business is business, il a participé à l'effort de guerre... dans les deux camps ! General Motors alimentait l'armée américaine et Opel, filiale de General Motors en Europe, produisait des véhicules pour la Wehrmacht. L'entreprise va même obtenir des réparations du gouvernement français en raison des bombardements ayant détruit ses succursales !

 

Bien sûr, les temps ont bien changé, et cet article n'est pas destiné à appeler aux boycotts des parfum d'Hugo Boss ou des voitures Ford. Mais il permet de rappeler que nous portons et utilisons des marques qui ont une histoire. Et parfois celle-ci n'est pas glorieuse.

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