23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 23:36

Ça passe toujours plus vite, il faut juste s'y faire.

 

Alors que je me prépare à rejoindre la Guadeloupe, le traditionnel zapping de mon année, commencée d'une drôle de façon : un voyage très compliqué à Trinité et Tobago avec le coloc Tim. Comment dire ? La guigne, tout simplement ! Deux avions manqués, des problèmes de visa, de carte bancaire, de météo, des bateaux qui ne démarrent pas, des routes qui s'écroulent... qu'importe me disais-je, le karma me reviendra cette année !

 

Pas au début. La mort d'un cousin, à qui j'ai essayé de penser chaque jour depuis, qui me rappelle la chance que j'ai d'être ici, en bonne santé, totalement libre, vivant. Profitez de la vie, tous les jours.

 

A mon retour, je replonge dans ma Guyane, dans les cours qui prennent beaucoup de mes heures, à essayer de bien m'occuper de mes élèves. Manque de chance, une d'entre elle finit sur le gravier, renversée par une voiture. Je suis l'un des premiers sur les lieux, j'essaie de m'occuper d'elle comme je peux, sans trop savoir quoi faire. Aujourd'hui, elle est à Pékin, et elle ne peut toujours pas marcher.

 

Bon, là, vous vous dites, c'est une sale année. En effet, ça n'a pas très bien commencé, mais la suite est plus légère. Une funky d'Apatou, et le carnaval en Guyane, avec l'énorme parade de Kourou. Je repars en métropole en février, et j'enchaîne avec le carnaval de Dunkerque, en famille une fois n'est pas coutume !

2018, le Zapping

En mars, c'est les tortues d'Awala, une rencontre à point nommé, et un peu de bonheur livré par câlins. Je vois Francis en karaoké (et j'écouterai toujours Céline Dion différemment), je prends du plaisir à kayaker sur le lac Pali et à découvrir Roura avant d'aller au tribunal avec mes élèves pour des histoires un peu folles. Quoique moins folle que ma collègue actrice porno, pour un épisode dont le lycée parlera encore dans vingt ans.

 

La première quinzaine d'avril se déroule en Martinique, en road-trip, en solo. La Montagne Pelée, un nord de l'île très sauvage et beaucoup de surprises, malgré les sargasses.

 

En mai fais ce qu'il te plaît. Connerie de dicton ! La crique Margot en kayak, Awala et ses tortues Luth (quel animal!), puis un week-end entre colocs direction Maripasoula. Là, c'est la découverte d'un pays amérindien, loin, très loin de beaucoup des préoccupations que j'avais en métropole. Je décide très vite en 2018 de rester un peu plus longtemps que prévu, au moins une année de plus, en Guyane. Car je m'y sens bien, à ma place, et heureux.

2018, le Zapping

En juin, ça pue tellement les vacances ! C'est le début d'une Coupe du Monde qui sera magnifique, tandis qu'on se balade dans l'Est Guyanais puis sur le lac de Petit Saut.

 

Et c'est parti pour les grandes vacances, celles que j'aurai apparemment toute ma vie ! La traversée de l'Amazone en bateau-hamac, puis Belem pour un petit goût de Brésil, avant d'être rejoint par Sophie en Bolivie. Woh.

Stop.

 

La Bolivie. Woh. Woh. Woh. Woh.

 

Ok, je reprends. La Bolivie était juste l'un de mes plus beaux voyages, avec des paysages incroyables, des lacs rouges, des montagnes, des lamas.... heureux d'avoir partagé ce voyage, car il était fou. Putain, on est champion du monde au fait !

 

De retour dans ch'Nord début août, avec un été de fou, 3 jours de plage consécutifs (c'est bon, je l'ai écrit, on s'en souviendra!), et des Catane avec ce qui ressemble à une belle famille.

Lucas m'embarque (ou l'inverse) en Bosnie et au Monténégro, avec une grosse préférence pour le premier pays cité. Une histoire tellement prenante, tellement présente.

A Saint-Omer je recroise les ami-e-s, de Lille ou toujours là. Je confirme, mes racines sont bien ancrées là-bas et j'aimerais tellement tout pouvoir faire avec eux pas trop loin. Deux mariages plus tard, un tour à Bollaert, Paname, Calais, Arras etc. et de retour à Cayenne.

 

An 2. Là, ce n'est plus tout à faire la même. Déjà je travaille beaucoup moins, et pas seulement parce que j'ai un week-end de quatre jours. Les cours sont là, l'assurance aussi. Je suis un prof, j'en suis sûr désormais. La colocation a bien tourné, Lisounette et Margot sont parties, un autre est passé (et nous a laissé quelques anecdotes), Zoé et Guillaume arrivent. Nouveau rythme, et toujours content de vivre à 5 dans une maison qui s'améliore, notamment avec une piscine ! Là, c'est aussi les voisins qui sont contents, et qui nous permettent de les découvrir un peu mieux.

2018, le Zapping

En Octobre, me voilà reparti, en passant par Miami, direction la Colombie. Grand pays, que j'ai l'impression d'effleurer, même si mon souvenir est loin d'être mitigé. Olivia m'accompagne, son sourire devant des choses qui me semblent routinières me rappelle la chance que j'ai. Je recroise une fantôme, qui n'a pas fini de me surprendre avec ses annonces.

 

Outch, c'est cassé. Bon, ainsi va la vie. Paramaribo en mode fiesta, une nouvelle crémaillère, et pas grand chose à signaler depuis. Pas de gilets jaunes pour nous, la Guyane est belle et bien une bulle (SLM encore plus, métro à SLM encore plus!). La vie suit son cours, sans haut, mais sans bas. Quoique, non, ça reste toujours haut en fait. Je suis heureux. Et c'est déjà pas mal.

 

Mon top 4 Film cette année :

Le déclin de l'Empire américain

Le corbeau

Divine

Lion

 

Le livre de l'année

La fortune des Rougon (oui, Zola, je sais, c'est pas nouveau, mais ce n'était pas tout à fait une année de lecture!)

 

Top 3 Articles les plus lus cette année

Ma collègue actrice porno (de très loin, bande de pervers!)

Umgawa

La maigrophobie

 

Quant aux résolutions, un point sur celles de 2018

 

Good

Découvrir 3 nouveaux pays (Surinam, Brésil, Bolivie, Bosnie, Monténégro, Colombie)

Découvrir 2 nouveaux sports (Escalade, Planche à voile, Cirque)

Voyager avec des copains / la famille (Lucas, Olivier, Sophie)

Revenir au moins 2 mois en métropole (9 semaines!)

Etre en couple au moins deux mois (7 mois)

Etre heureux

 

Almost

Finir mon tour de Guyane (reste les marais de Kaw et Saül, mais c'est bien parti!)

 

Failed

Réaliser deux missions de la Bucket List (ça sent bon pour 2019)

Faire 50 pompes par jour / Arriver à 65 kilos (bon, je me suis mis aux tractions, et je n'ai pas de balance!)

M'engager dans la vie publique (hum, je ne suis même plus sûr que ça me donne envie)

 

Bon, et que diable vais-je faire en 2019 ?

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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 23:16

Je ne sais pas pourquoi ça m'a pris,

c'est sans doute à force de les regarder

ces couples tant épris,

ces couples si parfaits.

 

Je les jalousais et je les enviais

Parfois même je les détestais

A cracher au monde leur bonheur

A se marier et enfanter tant de laideurs.

 

Je me suis dit : moi aussi !

J'aurai ma part !

Avant l’Épiphanie

Je tremperai mon dard !

 

Et c'est là que tu es apparue,

Une nuit remplie de tortues,

Des étoiles dans les yeux,

Le vent dans tes cheveux

 

Et j'ai voulu t'aimer.

 

Oh, tu sais, ce n'était pas tant d'efforts,

Je me suis simplement laissé emmener

Dans ton monde du réconfort,

Des câlins, des baisers

Et aussi les plaisirs du corps.

Jusqu'à en étouffer.

 

Pourtant, j'ai voulu t'aimer.

 

J'essaie de comprendre pourquoi,

De savoir ce qui cloche avec moi.

Ai-je déjà eu ma dose d'amour ?

En ai-je donc fini jusqu'à la fin des jours ?

 

Où sont parties les étincelles ?

Quoi ? Planquées sous mes aisselles ?

Allons ! Restons sérieux !

Nous parlons d'amour nom de Dieu !

 

Et que vient-il faire là lui aussi ?

Ce poème part à l'agonie !

Je ne suis pourtant pas une grenouille de bénitier,

Et cette rupture ne m'obligera pas à me confesser.

 

Pourtant, je le confesse, j'ai voulu t'aimer.

Et ensuite, j'ai voulu te protéger.

 

Car l'amour non partagé

Est un amour déjà consumé.

Et sur ces cendres d'un nouvel échec,

Je me retrouve à faire le point, avec

devant nous, des vacances en commun,

15 jours où il faudra être malin.

 

Je flippe un peu c'est vrai,

Je ne suis pas sûr que nous soyons prêts

A voguer pendant des heures,

A traverser la Guadeloupe et ses îles à tes côtés,

A se relancer des rancœurs,

Même si ce n'est pas notre volonté.

 

Je flippe aussi, surtout,

d'une vie sans amour,

4 ans déjà passés,

Sans le rencontrer

Et si je le prends ici avec humour,

Je ferai tout, pour la rencontrer.

 

Alors, j'ai voulu t'aimer. Sans succès.

J'ai voulu t'aimer
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19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 22:19

Un tas de bois. Une haie. Voilà ce que tu vois. Moi, c'est différent. Car cet espace d'un mètre de large sur cinq mètres de long, c'était ma liberté.

 

Je pense que nous avons tous voulu un jour construire une cabane. Le lieu idéal : en haut d'un arbre. Pour se sentir plus grand, et avoir l'impression de dominer le monde ! Oui, gamin, déjà mégalo ! Pas de chance, je n'ai pas vraiment un arbre digne de ce nom chez moi. Par contre j'ai des bouts d'arbres, découpés en morceaux, quelques stères de bois qui finissent dans ma belle cheminée un soir d'hiver pluvieux comme on en a parfois dans ch'nord. C'est là, derrière ce gros tas de bois d'à peu près deux mètres de haut, qu'on se cachera. Qu'on s'installera. Nous, et nos trésors.

 

Les trésors d'un gamin, c'est une bouteille de coca, d'une marque moins chère, coincée au milieu de notre pièce, entre les bouts de bois. Un après-midi, seul, j'irai en boire 3 gorgées, sans que mes parents me voient, et sans que mes sœurs puissent en prendre. Oh, liberté suprême ! Quelques rangées plus loin, un bout de bois pas comme les autres : mon pistolet ! Plutôt fin, il se termine avec un creux arrondi, assez lisse, ce qui lui permet aussi d'être une canne. Ouah, une arme deux en un ! Je marche en m'appuyant dessus, tout en délivrant des consignes à mes troupes, imitant ainsi le vieux général américain du Jour le plus long. De temps en temps, il y avait aussi un paquet de biscuits qui traînait là, mais pas longtemps. Car Clément et moi, on ne sait pas s'arrêter une fois le paquet de biscuits entamé (j'ai gardé le défaut!).

 

Car cette cabane, c'est aussi le lieu d'une amitié. L'un de mes grands copains de primaire s'appelle Clément. Je n'ai pas cherché loin, juste derrière les pieds de framboises (où on se sert parfois au cours de l'été). Là, après la barrière, c'est l'un de mes autres mondes. Je n'y suis pas allé depuis 15 ans, mais je pourrais refaire toute la maison et le [grand] jardin. Au fait, là aussi, on avait une cabane ! Même deux ! Une autre entre deux haies, où on était abrité par des bâches (quoique ces bâches gouttaient tout le temps!). A l'intérieur, une autre bouteille de coca ! Enfin, toujours pas le vrai coca, mais ça se valait !

Et puis il y avait celle sous des tôles rondes, à même le sol. Là, c'était grand luxe ! Déjà, on était abrité pour de vrai quand il pleuvait. Et puis les grands frères de Clément y avaient aussi planqué leurs trésors ! Encore plus de coca ! Et des biscuits ! Mais pas seulement. Car Benoît, le frère de Clément, avait un paquet de cigarettes ! Woh, ça c'est fou. D'ailleurs, il est un peu fou Benoît, c'est pour ça que sa mère crie toujours son nom très fort. Mais moi je l'aime bien, et mes sœurs aussi : c'est qu'il est marrant Benoît.

 

De temps en temps, on escalade notre cabane (les tôles donc !), et on essaie de voir ce qui se passe derrière: des vieilles voitures, comme un cimetière ! On aimerait bien y jouer, mais on n'a pas vraiment le droit, surtout depuis que les garçons y ont lancé des cailloux et cassé des vitres. C'est bête, on pourrait en faire des sacrés cache-cache là-dedans !

J'invite mes sœurs de temps en temps, mais aussi Alexandre, mon voisin de l'autre côté, celui de la haie à épines. Il est souvent chez sa grand-mère, où on se rend en passant par un trou bien pratique. Il y a une immense balançoire verte, et Gisèle nous donne souvent des bonbons. J'aime bien les bonbons. Elle habite dans une très grande maison, avec un drôle d'atelier plein d'outils. Mais elle ne veut pas trop qu'on joue par là. C'est dommage, j'avais plein d'idées pour ranger les outils dans ma cabane.

 

J'ai aussi une autre cabane chez Romain, mon autre voisin, mais plus loin : il y a une maison d'écart ! Lui a une ferme, avec plein de vaches. Ca pue sacrément là-bas, et y'a une pièce avec plein de merdes, faut faire gaffe où on marche ! N'empêche qu'il a plein de place, alors on fait une cabane en haut des ballots de paille ! C'est un peu dangereux il paraît, mais nous n'avons pas peur ! Ce qui est embêtant par contre, c'est que les ballots de notre cabane disparaissent très vite, sans que je comprenne pourquoi. Alors on ira se mettre à l'étage de l'étable, où ça sent pas très bon, mais ici on est tranquille, et on peut jouer à la belote de comptoir ! Romain m'explique les règles un peu vite, et il gagne tout le temps. Il aime bien gagner Romain. M'en fous, je l'aime bien, et je reste plus fort au foot.

 

Car le foot, c'est aussi la grande partie de mon enfance. La balançoire fait office de but, et on joue avec les voisins. Maman crie parce qu'on casse ses fleurs. M'enfin, c'est pas de notre faute si elles débordent du terrain ! Ce que j'aimerais vraiment, c'est le but d'Antoine, mon copain de primaire, avec une vrai barre et plein de place ! Mais c'est déjà pas mal ici. Car avec Alexandre, pas mon voisin, mais celui qui habite sur la nationale, Clément, Romain, Sophie, Mélanie, Benoît, Antoine, Lucie, Alexandre mon voisin et tout ceux qui passent par ici, on va jouer pendant de longues heures. Et puis même faire un cache-cache ! Vite, direction la cabane ! Tiens, il reste du coca.

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6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 12:44

Le jugement a été rapidement prononcé, et je n'ai pas eu beaucoup d'hésitations. A quoi beau se défendre : le crime a été commis, je suis un délinquant. Je ne connais pas la longueur de ma peine, mais je ne ressens pas trop celle-ci. Au départ. Quand je l'annonce. Cela me semble être d'une logique implacable. La morale m'a quitté, parfois, mais il me reste quelques principes. Je veux être capable de me regarder un minimum dans la glace. Je veux être capable de la regarder un minimum dans les yeux. Pour tout ce qu'elle a représenté.

 

L'au revoir larmoyant. Cela faisait quelques années. C'était un avion qui avait recueilli mon torrent. Cette fois, ce fut en face en face. Ce visage. Ce sourire. Ces derniers fous rire. Bon Dieu, qu'elle est belle.

Elle ne réagit pas. Elle ne me retient pas. Etait-elle d'accord avec moi ? Qu'importe. C'est fini. C'est officiel. Je ferme la porte de la chambre au petit matin, un air de Yann Tiersen au piano. Nos regards se croisent. Mille pensées, pour un vrai merci. Tu étais ma vie.

 

La descente des escaliers. La route. La vie tout autour de moi. Je jette un dernier regard vers la fenêtre. J'espère presque la voir apparaître, qu'elle me court après, qu'elle me dise « non, c'est impossible, pas comme ça, pas maintenant, pas dans cette vie, on est au-dessus de tout ça ». Je traverse la rue. Je marche seul. Une nouvelle vie démarre.

 

Nouveau départ. Plein d'espoir. Je me vois prince de la ville, Je me sens fort. Les dernières chaleurs de l'été, les premiers cours de la rentrée.

 

[…]

 

Quelques feuilles sur le bitume. Et je suis déjà en plein atterrissage. Que s'est-il passé ? Comment en suis-je arrivé là ? Les questions que je ne me posais pas. Ma morale revient, 3 mois trop tard. Un coup de fouet, une claque dans la gueule. Sans le regretter. Etrange sentiment. Car, dans le même temps, je la regrette. Enfin, je regrette le fait d'être deux. Je me sens d'un coup si faible, si petit, et si seul. Dès lors, est-ce vraiment ma morale, ou plutôt une certaine lâcheté ?

 

[…]

Petit flirt. Petit béguin. Petit cœur brisé. Je me hais. Je n'avais pas le droit. Je n'aurais pas dû. Elle a voulu jouer, ce n'était pas tout à fait de ma faute. Mais, quand même, tu l'as su bien assez tôt. Alors, pourquoi avoir insisté ? Pourquoi l'avoir invité ? Elle était fragile. Tu l'as cassé. Regarde-toi dans le miroir. Qui vois-tu ? Est-ce l'image que tu veux envoyer ? Es-tu fier de toi ?

J'ai honte. Petit à petit. Ce flirt me ralentit. M'arrête. Arrêtez. Fini de jouer. Ne plus essayer. Stop.

Je coule. En silence.

 

[…]
 

Le printemps revient. Une nouvelle vie va recommencer. Mais, quand je dis au revoir à la précédente, je ne peux m'empêcher. Elle non plus.

Un long trajet. Des heures de voiture. Tu y penses. Tu t'auto-félicites. Tu joues. Tu gagnes. Est-ce là ta fierté ?

 

[…]

Pour se retrouver, rien de mieux que les racines. Les origines. Un foyer, ma maison. De longues heures de bibliothèque s'enchaînent. J'ai un but. J'ai une motivation.

Pourtant, le soir, elle me hante. Satanée morale. Part ! Laisse-moi tranquille ! Je connais ma faute ! Et elle revient, dès que je suis posé, dès que je réfléchis, dès que je regarde une photo. Un an et demi. Combien de temps ce châtiment va-t-il durer ? Ne vais-je jamais pouvoir réapprécier mes souvenirs ? J'aimais tellement revivre mon passé. Je suis aujourd'hui incapable de l'affronter. Que dois-je faire pour y arriver ? Je cherche des réponses, sans me poser les vraies questions. J'espère qu'elles vont apparaître, ou qu'elle va disparaître.

 

Quelques petits voyages. D'ordinaire, ce sont eux qui me sauvent. Pourtant je la revois, du sosie des tréfonds de Montréal, à ma solitude du nord de la Zambie.

Les ami-e-s sont pourtant là. Les rencontres aussi. Des retrouvailles, et un goût de romantisme. Mais rien ne lui arrive à la cheville. Elle est sur un piédestal. Elle est immaculée, quand je suis sali. Je l'idéalise, je nous idéalise. Je pense revoir notre relation, alors que je suis obnubilé par notre passion. Elle était initiale, elle était de l'autre côté du monde. Mais quelle était belle.

Une nuit d'hiver. Je la pleure dans mon salon.

 

[...]

 

Je dois repartir. Je dois fuir. Je dois la fuir. Me retrouver. Seul un grand départ peut m'aider. Seul, un grand départ. J'ai l'impression d'un retour en arrière, alors que c'est une fuite en avant. Une grande culture, un sous-continent, les plus hauts sommets de ce monde. Ca doit être fou, ça doit être renversant.

Et j'ai pleuré, une dernière fois. Je ne comprenais pas. Pourquoi ? Pour elle, car elle était encore là, en moi. Ma faute, mon histoire, ma vie. Dans ces couloirs bondés du train vers Bombay, tunnels trop éclairés. Je la voyais. Je l'espérais. Encore. 3 ans de souffrance. 3 ans de solitude.

 

[...]

 

La plus grande des punitions est celle que l'on s'inflige à soi-même. La mienne fut mentale, elle fut de l'ordre de la morale. J'ai une morale, je vis avec, et elle me juge constamment. Ce que j'ai perdu à la suite de mon crime, c'est une image de moi : pas parfaite, pas sans reproche, mais avec des erreurs que je pouvais me pardonner. Ici, point de pardon. En tout cas, pas encore. Car si je peux pardonner les erreurs des autres, il faut que je parvienne à pardonner les miennes. Je suis l'accusé, je suis le procureur, je suis l'avocat de la défense. J'ai toutes les cartes en main.

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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 22:47

« Qu'est-ce qu'il ressemble à son père » ou « c'est le portrait craché de sa mère ! » Ah, ces fameuses phrases de la maternité, ou de la petite enfance. A chaque fois que je les entends, je reste dubitatif : pour moi, les nouveaux-nés ressemblent toujours à l'image que je me fais des extra-terrestres. Ca changera peut-être le jour où ça sera le mien.

Bref, petite introduction pour vous parler des sosies. Car, apparemment, nous aurions tous des sosies sur terre. Si vous avez des frères et sœurs, c'est déjà un peu le cas (« c'est vrai qu'il y a un air de famille » me dit-on souvent par rapport à mes sœurs). Si vous avez une jumelle ou un jumeau, c'est un peu de la triche. Mais là où ça devient cocasse, c'est quand on vous trouve de la ressemblance avec quelqu'un qui n'est pas de votre famille. Mieux, quelqu'un de célèbre ! J'avoue que je ne vois pas toujours le lien, mais bon, petit florilège entendu dans ma vie.

 

Stromaé. Entendu environ 30 fois. Ressemblance selon moi : 33%.

C'est le personnage à qui j'ai souvent été comparé. Pourquoi ? Non, je ne chante pas (je hurle diraient les témoins). Non, ce n'est pas par rapport à ma thèse sur le Rwanda. Je crois que notre allure élancée, et l'époque de mes cheveux courts justifient le lien.

Ca fait plaisir ? : oui ! J'adore le chanteur, j'adore le personnage !

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Raphael. Entendu une fois. Ressemblance selon moi : 1,4%.

Pourquoi 1,4% ? Car je pense que c'était le taux d'alcoolémie de la demoiselle ayant annoncé cette ressemblance. Qui lui paraissant évidente en plus ! Selon moi, y'a rien !

Ca fait plaisir ? C'est toujours mieux que Garou.

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Marc-Olivier Fogiel. Entendu une fois. Ressemblance selon moi : 5%.

Cela date d'il y a quelques années maintenant. C'était une photo postée sur le blog de ma cousine. Un commentaire apparaît : « mais qu'est qu'il ressemble à Marc-Olivier Fogiel ton cousin ! ».

Ca fait plaisir ? Euh, non, pas vraiment ! [petit rire de hyène]

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Jésus. Entendu une quinzaine de fois. Ressemblance selon moi : ne me prononce pas! (j'veux éviter les embrouilles avec son daron, s'il existe !).

La première fois c'était lors d'une détection de football. La seconde fois c'était en boite de nuit. Puis à plusieurs reprises. La dernière fois, c'était il y a quelques jours. Les cheveux un peu longs, une petite barbiche : bref, l'image du prophète. Je le vois plutôt arabe moi, mais bon...

Ca fait plaisir ? C'est toujours mieux que Judas.

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Rabiot. Entendu chaque semaine depuis 5 mois. Ressemblance selon moi : 25%.

C'est mon sosie du moment. En tout cas selon mes coéquipiers au football : ça fait plusieurs mois qu'ils m'appellent ainsi ! J'ai les cheveux plutôt longs (en tout cas les plus longs depuis au moins 25 ans), et je joue au football. Ca nous fait deux points communs. Certes, nous n'avons pas le même niveau, ni le même salaire. Mais il paraît qu'on a tous les deux la grosse tête (hum....). A noter qu'une élève de mon lycée m'appelle aussi comme ça depuis trois mois.

Ca fait plaisir ? : C'est toujours mieux que Valbuena.

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Richard Ramirez. Entendu deux fois cette année. Ressemblance selon moi : 40%.

C'est peut-être la première fois que je me suis vraiment dit : ah ouais, y'a un truc là. Chanceux que je suis Richard Ramirez a fait une honnête carrière de... tueur en série ! 11 viols et 14 meurtres aux Etats-Unis, sataniste sur les bords (il se dit influencé par les chansons d'ACDC....). Bref, un sacré personnage !

Ca fait plaisir ? : Euh.... c'est une vraie question ?

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Signalons qu'autour de moi, j'ai un copain qui ressemble à Ted Mosby (surtout les cheveux), un autre à Arthur (enfin, seulement aux Philippines)... bref, je crois qu'on en a tous ! 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 05:43

C'est une insulte. Prononcée au collège la plupart du temps. Elle a tendance à disparaître au lycée. Mais elle garde toujours cette connotation négative. Et il faut bien le reconnaître, je suis un intello.

 

Ca n'a pas toujours été le cas. Au collège, l'intello de ma classe, c'était plutôt Jean-Louis. Déjà, rien que le prénom. Les lunettes sur le nez. Des cheveux roux. Pas forcément le plus beau garçon du collège, et des résultats et une attitude toujours impeccable. Trop pour certains. « Espèce d'intello ! ».

Moi, j'étais plutôt feignant, plutôt football. C'est resté. Sauf que depuis, je suis passé du côté obscur de la force intellectuelle. Regardez : j'écoute pour mon plaisir de la musique classique, j'aime les opéras, je peux parler 20 minutes du Caravage et des tableaux de George de la Tour, j'aime les films qui gagnent les palmes d'or et tous ceux nommés aux césars. Pire, je peux débattre deux heures du bonheur et Rousseau trône sur ma table de chevet. Diantre ! [oui, c'est une expression d'intello]

 

Etre prof n'arrange rien. Je suis entouré de gens comme ça, de gens comme moi. Ca avait déjà commencé à la fac, et le doctorat est clairement le diplôme de l'intello. Depuis, les gens me regardent parfois comme une bête de foire en apprenant mon diplôme. Je les entends penser : "ça ressemble donc à ça, un docteur...", tout en scrutant chacune de mes paroles, espérant y trouver quelques propos d'un génie. Et c'est là le problème : être intello n'aide pas toujours dans la vie, au contraire !

Mettrez-moi avec une prise et deux fils électriques dans les mains, et vous aurez l'intello bloqué. Que faire ? Quoi foire ? Changer une roue de voiture ? Je ne suis même pas certain que je sache encore le faire. Alors regarder sous le capot.... Pensez, j'ai changé une chambre à air de vélo cet été et j'étais aussi fier que le jour de mon doctorat. C'est que l'intello n'est pas toujours très bricoleu ! Et certains pensent que l'on se croit supérieur... mais c'est plutôt l'inverse ! L'intello souffre, depuis son collège, d'un sentiment d'infériorité ! Et pour cause, il intellectualise tout. Regardez ce blog ! Quand j'écris sur l'amour, il me faut 3 pages pour comprendre si j'apprécie une fille ou non. Celui qui n'est pas intello est déjà allé la voir, l'a embrassée, s'est marié avec elle, a fait deux enfants, avant que je me décide à bouger ! Mon humour s'est dégradé et je ris de moins en moins facilement aux blagues, comme aux comédies. Je n'ose plus mettre de survêtement pour sortir. Et je me justifie presque d'être un supporter de foot acharné.

 

Heureusement, il y a ça. Je crois que le foot m'a sauvé, et qu'il continue à le faire. Là, je me sens à ma place, et un peu plus normal. Quoi que... je pense toujours sur le terrain à mon placement et au replacement de mon équipe, à quand lancer le pressing et à la tactique qui nous fera gagner le match.... Diantre ! Je suis l'intello du terrain de foot !

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12 mars 2018 1 12 /03 /mars /2018 19:23

1) Pour aller acheter des fringues (y'en a marre des T-Shirts à trous)

2) Pour savoir quand je dois vraiment aller chez le coiffeur

3) Pour arrêter de quémander des calins à des inconnues

4) Pour supprimer la rumeur qui court sur ma nouvelle orientation sexuelle

5) Pour partager mon opinion sur le film que nous avons regardé (y'en a marre de le faire tout seul à haute voix !)

6) Pour arrêter de parler tout seul à haute voix...

7) Pour organiser un voyage en amoureux

8) Pour arrêter de faire mon rabat-joie à chaque fois que je reçois une invitation à un mariage (de toute façon, c'est 50% de divorces !)

9) Pour essayer de me projeter à plus de 6 mois (car je vois la vie à 2, au départ !)

10) Pour ne pas laisser périmer ma boîte de préservatifs

11) Pour aimer, et être aimé (parce que 3 ans sans amour sont 3 ans gâchés, malgré tout)

12) Parce que l'effet domino

13) Pour arrêter de me sentir obligé de draguer en soirée

14) Pour que mes colocataires arrêtent de rire à chaque fois que je vais « sur le fleuve »

15) Parce que je suis encore jeune, c'est trop tôt pour le sentiment de solitude

16) Pour que quelqu'un me dise enfin lors d'une soirée karaoké : « arrête de chanter, c'est horrible »

17) Pour rejoindre le club très sélect des gens qui vont faire un « brunch »

18) Pour ne pas devoir réfléchir à la réponse quand ma famille me demande « alors, les filles ? »

19) Pour enfin réaliser mon rêve : remporter une compétition de danse acrobatique en couple

20) Pour acheter la maison, le chien, me marier et.... [la personne ayant écrit cet article vient de partir en courant]

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 12:35

Commentaire sur une photo : « faut manger un peu hein ». Commentaire oral : « t'es maigre ! ». Regard des autres. Raison de rupture. Je suis maigre. Et la société ne le veut pas.

 

Cela fait une quinzaine d'années que les remarques s'enchaînent. Ma courbe de poids a commencé à vraiment stagner au collège, et mon mètre quatre-vingt six ne m'aide pas. 60 kilos. Un peu au-dessus. Parfois en-dessous. Je suis un garçon. On ne me dira donc pas que j'ai une taille de guêpe, et je ne serai pas surnommé la brindille. Non. Je serai l'Ethiopien. Ou le Somalien. Bref, je serai celui qui ne mange pas assez. Ou pas du tout. Les remarques existent de moins en moins chez mes proches, chez ceux qui me connaissent vraiment : ils savent que je suis loin du régime (au contraire), et que je ne suis pas anorexique. Mais ça n'empêche pas les remarques des connaissances et même parfois des copains.

 

Est-ce que je le vis mal ? Plus que je ne le pense parfois. Sinon, à quoi bon cette mission annuelle de grossir ? Pourquoi je me fais chier à faire des pompes et à aller à la muscu ? Est-ce que ça me plaît ? Autant qu'à celui qui doit faire un régime minceur. D'ailleurs, nos situations sont semblables. Sauf que le vocabulaire évolue, pour les « gros ».

 

Imaginez : « faut arrêter de manger un peu hein !». « Qu'est-ce que t'es gros ! ». Est-ce que vous oseriez faire ce genre de remarque à quelqu'un en surpoids ? Je ne pense pas. Pourtant, certains ne se gênent pas avec les maigres. « Vas-y, reprends-en un, mange un peu dont, faut que tu grossisses ! ». Pourtant vous n'oseriez plus le « Arrête avec ce biscuit, lâche-le tout de suite, tu vois bien que t'es gros ! ». C'est ce que j'appelle la maigrophobie. Je sais que je ne suis pas le seul à en souffrir, j'ai évoqué le sujet avec plusieurs filles. Là, ce sont notamment les mamys qui disent : « allez ma fille, faut manger un peu si tu veux trouver un garçon », comme si ces filles ne mangeaient jamais et que la beauté physique suffit à l'amour. De mon côté, j'ai tout de même eu une ex-copine qui m'a dit, en prétexte de rupture, que j'étais trop maigre. Imaginez l'inverse, « t'es trop gros, je te largue ». On la traiterait de connasse. Elle le serait d'ailleurs.

 

Bien sûr la société et la publicité sont contre nous, les gros et les maigres. Vous ne verrez jamais une publicité avec un garçon ayant les os apparents. Ce ne serait pas « esthétique ». « Fashion ». Beau quoi. Non, c'est « moche ». Surtout pour les mecs. Nous, il faut que l'on soit musclé ! Pectoraux, abdominaux. Un peu de ventre, c'est limite accepté. Mais un os apparent. Brrrrr, effrayant ! « Tu sors d'Auschwitz ? » Oui, le point Godwin existe aussi dans la maigrophobie. On imagine pourtant assez mal quelqu'un dire « t'es resté enfermé six mois dans un Mc Donalds ? » en touchant le ventre de quelqu'un en surpoids. Alors pourquoi se le permet-on avec les gens maigres ? « C'est pas pareil ». Oui, c'est pas pareil, car nous, on doit forcément bien le vivre, car on a « de la chance ». « Et si tu veux, je te donne quelques kilos hein ! ». Non, tu ne peux pas. Il faut arrêter avec cette phrase. Je l'ai entendu 312 fois depuis ma jeunesse, et la possibilité d'échanger vos kilos que vous trouvez superflus avec ceux qui me manquent n'existe PAS !

 

Arrêtons donc avec les remarques sur le poids, arrêtons donc avec toutes les remarques physiques critiquant telle ou telle apparence parce qu'elle n'est pas en accord avec vos goûts (goût subjectif, gardez-les pour vous). Et pour tous ceux qui en souffrent, maigre, gros, qu'est-ce que ça change, si vous êtes en bonne santé ?

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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 00:51

Jeudi, veille des vacances. Le soleil brille et j'ai un moral gonflé. Moins de travail, football ce soir, la vie est belle. Il est 12h30, et ma classe de seconde vient de terminer une intervention « sexualité ». Ils ont bien ri. Ils sont bêtes. Nous l'étions tout autant à leur âge, au moment de prononcer les mots « sexe » et « orgasme ».

J'enfourche mon vélo, que dis-je, mon bolide. J'ai deux heures pour rentrer, manger, et revenir au lycée. Facile. Je pédale néanmoins très vite, dépasse quatre de mes secondes que j'entends faire un bruit, du genre « wooohh ». Je suis content. On est con des fois. Je slalome entre les véhicules et me retrouve dans la descente. Et je vois, cent mètres devant moi, un attroupement en sens opposé. Des voitures garées. Des gens qui semblent dépassés. Et, une fille, sur le sol, comme plaquée. Je ralentis. Un T-Shirt rose qui m'est familier. Une coupe de cheveux. Putain. Non. Si. Je me rapproche. C'est mon élève.

 

Je descends de mon vélo en quelques dixièmes de secondes. Je m'approche vite, tandis que les badauds accourent. Les voitures ralentissent. Le monde regarde. Que se passe-t-il ? Elle est sur le ventre. Son T-Shirt est remonté au niveau des omoplates, et un bout de verre, un seul, est enfoncé dans son dos. Là, une perle de sang semble accrochée au verre. Ça ne coule pas. Je lui remonte un peu les cheveux. Elle est consciente. Sur son visage, je lis la souffrance. « Emilie, tu m'entends ? ».

« Emilie !! » « C'est Emilie ! ». Quelques filles de la classe sont de l'autre côté de la route, et viennent d'apercevoir leur camarade. Elles traversent, paniquées. « Quelqu'un a appelé une ambulance ? » sont mes premiers mots à destination des gens autour de moi. Plusieurs sont au téléphone. Je reste accroupi à côté d'Emilie, « t'inquiète pas, une ambulance va arriver ».

Je crois que j'essaie de me rassurer, autant qu'elle. Je regarde vers le haut, on me dit qu'une ambulance est en route. Je regarde ses camarades, ordonne quelque peu que l'on appelle ses parents. (y'a le carnet de correspondance quelque part ?, regarde dans son sac). Emilie essaie de se redresser, elle pousse un peu sur ses bras. « T'inquiète pas, une ambulance va arriver ». Décidément, l'inspiration me manque. Je ne sais pas quoi faire. Personne ne sait quoi faire. Je me suis retrouvé accroupi à ses côtés car j'étais la première personne arrivée qui la connaissait. En habits de prof, blanc, j'ai l'impression que les gens me font confiance. S'ils savaient. Putain, pourquoi je n'ai pas suivi une formation premiers secours. « Il faudrait peut-être la mettre en position latérale de sécurité ? ». Le débat gagne les gens autour de moi. Je ne pense pas que ça soit une bonne idée. Par contre, je ne pourrais pas justifier mon opinion, et je ne suis pas sûr. Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce que je peux faire ? Emilie essaie à nouveau de se redresser. « Reste calme, une ambulance va arriver, on va venir te chercher ». Je lui remonte les cheveux car elle a du mal à respirer. « J'ai mal au dos ». « Je sais, je sais, ils vont venir, ne t'inquiète pas ». Moi, je m'inquiète. Surtout qu'en remontant ses cheveux je viens de découvrir une énorme plaie au niveau du cou, le genre de plaie qui vous fait détourner le regard, avec un peu de sang autour de la tête. Putain, putain, putain. Il faut qu'ils arrivent vite. Ça s'agite autour de moi. Je ne sais toujours pas quoi faire.

Ça dure quelques minutes. Ça donne l'impression de durer des heures. Et un type arrive. Un autre prof je crois. Pas de mon lycée en tout cas. Il me regarde, et dit « quelqu'un a fait premiers secours ? » Je le regarde, au fond des yeux. « Non ». Il descend de son vélo, se saisit de son crâne. « Je vais la maintenir ». Toi, tu tombes sacrément bien. « On lui fait les tests, touche-lui la jambe ». Ok. « Emilie, est-ce que tu sens que je te touche la jambe ? ». Bof. Plus bas. Oui, un peu. L'autre jambe. Oui. Ok. Il faut la maintenir comme ça, jusqu'à l'arrivée des pompiers. Huit minutes, peut-être dix au total depuis mon arrivée, et j'entends le doux son du pin-pon.

Je me retrouve à tenir un protège soleil au-dessus d'elle. Les pompiers sont là, je me sens un peu mieux. Mon CPE est arrivé. On demande, plutôt on ordonne aux élèves de circuler et de repartir chez eux. Ils s'exécutent. Le père d'une camarade arrive, explique que le père d'Emilie est en route. J'ai le pare-soleil dans le main, mais je ne me sens pas en grande forme. Les pompiers sont autour, on a fini notre mission. J'ai fini ma mission. Je me recule de quelques mètres, et je vois le père d'Emilie arriver. J'ai la gorge nouée.

Inquiet, mais digne. Je pense que j'aurais hurlé à sa place, et je n'ai pas d'enfant. Il lui parle en chinois. Je ne comprends pas, mais qu'importe, elle sait qu'il est là, c'est le plus important. Il croise mon regard. Je le connais, il est venu à la rencontre parents-profs il y a deux mois, et je l'ai persuadé que sa fille devait rester dans l'établissement. Il voulait l'envoyer en métropole.

Je recule de quelques mètres supplémentaires. Mon CPE me demande si ça va. En vérité, non. Je réponds « oui oui, ça va ». Je m'assois à l'ombre. Je veux la voir dans le brancard, emmenée dans le fourgon. Là, je me sentirai mieux. Mais elle est toujours sur le ventre. Ils sont extrêmement précautionneux. Toujours l'éclat de verre au milieu du dos, et toujours la perle de sang. Eux, ils sont concentrés sur son cou. Une ambulance est arrivée, les gendarmes, etc. On m'interroge. Qu'est-ce que j'ai vu ? « Rien ». Je raconte mon arrivée, je présente le père aux gendarmes. Apparemment, elle a traversé avec son vélo pour rejoindre le chemin en face, et repartir vers le centre-ville. Une voiture est arrivée en face, peut-être un peu vite. Le choc fut brutal. La roue avant du vélo le prouve. Mais ça, je m'en fous. Ça traîne. Je me relève. Je croise son regard, pendant plusieurs secondes. Me voit-elle ? A quoi pense-t-elle ? Ils refont les tests. Elle ne sens plus ses deux jambes. « C'est pas bon ça » me dit le CPE. Oui, j'avais compris. Elle est sur le brancard. Elle va partir vers l’hôpital.

 

Je reprends mon vélo. Une heure s'est écoulée. Je n'ai plus le temps de repartir chez moi, je n'en ai plus l'envie. La faim est passée. Je remonte vers le lycée. Je passe devant la R5 à la vitre défoncée. Je suis vide. Je ne sais pas si c'est le mélange de colère, de tristesse. Je déambule dans le lycée. Une prof vient me voir : « tu sais pour Emilie ? ». J'explique. Le proviseur adjoint me demande si je veux mon après-midi. A quoi bon. Devant les élèves ça passera plus vite. D'ailleurs, ça passe vite. Je fais une intervention d'une minute dans chaque classe pour réexpliquer l'importance de faire attention à vélo, mais j'ai l'impression que je tiens surtout le discours pour moi. 17H30. Fin des cours. « On a des nouvelles ». Je vais voir le proviseur. Elle est emmenée en Martinique. Le pronostic vital n'est pas engagé. Et elle devrait pouvoir retrouver l'usage de ses jambes.

Un poids qui tombe. J'avais l'impression d'être Atlas, le poids du monde sur mes épaules. Je souris un peu plus. Putain, elle m'a fait peur. J'imaginais le fauteuil roulant, ou pire.

 

20h. Je pars au foot. 22H, je rentre. Je vois deux appels manqués à 21H37 d'un collègue, le collègue toujours au courant de tout plus vite que toi, et un message sur ma boite vocale. Je dois passer par Internet pour la consulter. J'ai aussi reçu un SMS à 21h38 d'un autre collègue : « J'ai appris pour ton élève, toutes mes condoléances, quel drame ».

 

Non. Non, non, non, non non non non. C'est pas possible. C'est pas possible. Il doit y avoir une erreur. Putain non. Pourquoi. C'est pas possible. Je reprends une claque. Je suis au bord des larmes. Pas Emilie. Je revois son sourire et son rire à plusieurs reprises ce matin. Je la trouvais tellement joyeuse. Là, fini, comme ça ? Non. Non, non. Je pense à comment va-t-on gérer ça dans le lycée. Et ma classe, où je suis le prof principal. Je vais annuler mon ticket d'avion, pour l'enterrement. Je me reprends. Je le connais, ce collègue, il peut avoir des difficultés de communication. C'est un Sheldon. Je me connecte à ma boite vocale. Mon collègue qui connaît tout me donne les infos de 17h30, elle part pour la Martinique. Alors, pourquoi ce sms de l'autre ? Je vais aux nouvelles.

Elle est bien en Martinique. Elle est vivante.

 

Putain. Une petite joie. Et une colère. Si mon collègue avait été devant moi, à ce moment là, c'eût été pour lui les condoléances. « Désolé, une erreur de formule » m'a-t-il dit le lendemain. Heureusement que je l'apprécie. Et ce soir, c'est les vacances. La métropole m'attend. Le karma y sera forcément bon.

[Faites gaffe tout le monde, roulez tranquille, on n'est pas pressé de vous enterrer]

L'accident
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22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 19:58

Chaque année c'est la même rengaine. Et chaque année je prends beaucoup de plaisir à réaliser cette liste. Autant le réveillon m'emmerde profondément, autant faire le point à chaque tournant d'année me plait beaucoup. Car c'est à ce moment-là que je me fixe de nouveaux objectifs, et que tout semble encore possible pour mon année. Quoique 2018 soit un peu différente, car je sais où je suis jusqu'en juin : en Guyane, en tant que prof. Je rentre en février en métropole, je pars pendant les vacances d'avril (la Martinique tient la cote). Et puis il y a le flou qui commence en juillet. Ce flou est sexy. Ce flou annonce la liberté : tout sera possible. Plusieurs pistes se dégagent : partir à travers l'Amérique du Sud pendant plusieurs mois ; partir à travers l'Amérique du Sud pendant deux mois et faire la rentrée en Guyane, ou en métropole, ou ailleurs ; partir à travers l'Amérique du Sud quelques semaines et rentrer en métropole et y rester, ou revenir en Guyane... Bref, ça tourne un peu autour des mêmes idées, mais rien n'est gravé dans le marbre.

 

- Découvrir 3 nouveaux pays

- Réaliser deux missions de la Bucket List

- Découvrir 2 nouveaux sports

- Faire 50 pompes par jour / Arriver à 65 kilos

- Voyager avec des copains / la famille

- Finir mon tour de Guyane

- Revenir au moins 2 mois en métropole

- Etre en couple au moins deux mois

- M'engager dans la vie publique

- Etre heureux

Les résolutions 2018
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