6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 12:44

Le jugement a été rapidement prononcé, et je n'ai pas eu beaucoup d'hésitations. A quoi beau se défendre : le crime a été commis, je suis un délinquant. Je ne connais pas la longueur de ma peine, mais je ne ressens pas trop celle-ci. Au départ. Quand je l'annonce. Cela me semble être d'une logique implacable. La morale m'a quitté, parfois, mais il me reste quelques principes. Je veux être capable de me regarder un minimum dans la glace. Je veux être capable de la regarder un minimum dans les yeux. Pour tout ce qu'elle a représenté.

 

L'au revoir larmoyant. Cela faisait quelques années. C'était un avion qui avait recueilli mon torrent. Cette fois, ce fut en face en face. Ce visage. Ce sourire. Ces derniers fous rire. Bon Dieu, qu'elle est belle.

Elle ne réagit pas. Elle ne me retient pas. Etait-elle d'accord avec moi ? Qu'importe. C'est fini. C'est officiel. Je ferme la porte de la chambre au petit matin, un air de Yann Tiersen au piano. Nos regards se croisent. Mille pensées, pour un vrai merci. Tu étais ma vie.

 

La descente des escaliers. La route. La vie tout autour de moi. Je jette un dernier regard vers la fenêtre. J'espère presque la voir apparaître, qu'elle me court après, qu'elle me dise « non, c'est impossible, pas comme ça, pas maintenant, pas dans cette vie, on est au-dessus de tout ça ». Je traverse la rue. Je marche seul. Une nouvelle vie démarre.

 

Nouveau départ. Plein d'espoir. Je me vois prince de la ville, Je me sens fort. Les dernières chaleurs de l'été, les premiers cours de la rentrée.

 

[…]

 

Quelques feuilles sur le bitume. Et je suis déjà en plein atterrissage. Que s'est-il passé ? Comment en suis-je arrivé là ? Les questions que je ne me posais pas. Ma morale revient, 3 mois trop tard. Un coup de fouet, une claque dans la gueule. Sans le regretter. Etrange sentiment. Car, dans le même temps, je la regrette. Enfin, je regrette le fait d'être deux. Je me sens d'un coup si faible, si petit, et si seul. Dès lors, est-ce vraiment ma morale, ou plutôt une certaine lâcheté ?

 

[…]

Petit flirt. Petit béguin. Petit cœur brisé. Je me hais. Je n'avais pas le droit. Je n'aurais pas dû. Elle a voulu jouer, ce n'était pas tout à fait de ma faute. Mais, quand même, tu l'as su bien assez tôt. Alors, pourquoi avoir insisté ? Pourquoi l'avoir invité ? Elle était fragile. Tu l'as cassé. Regarde-toi dans le miroir. Qui vois-tu ? Est-ce l'image que tu veux envoyer ? Es-tu fier de toi ?

J'ai honte. Petit à petit. Ce flirt me ralentit. M'arrête. Arrêtez. Fini de jouer. Ne plus essayer. Stop.

Je coule. En silence.

 

[…]
 

Le printemps revient. Une nouvelle vie va recommencer. Mais, quand je dis au revoir à la précédente, je ne peux m'empêcher. Elle non plus.

Un long trajet. Des heures de voiture. Tu y penses. Tu t'auto-félicites. Tu joues. Tu gagnes. Est-ce là ta fierté ?

 

[…]

Pour se retrouver, rien de mieux que les racines. Les origines. Un foyer, ma maison. De longues heures de bibliothèque s'enchaînent. J'ai un but. J'ai une motivation.

Pourtant, le soir, elle me hante. Satanée morale. Part ! Laisse-moi tranquille ! Je connais ma faute ! Et elle revient, dès que je suis posé, dès que je réfléchis, dès que je regarde une photo. Un an et demi. Combien de temps ce châtiment va-t-il durer ? Ne vais-je jamais pouvoir réapprécier mes souvenirs ? J'aimais tellement revivre mon passé. Je suis aujourd'hui incapable de l'affronter. Que dois-je faire pour y arriver ? Je cherche des réponses, sans me poser les vraies questions. J'espère qu'elles vont apparaître, ou qu'elle va disparaître.

 

Quelques petits voyages. D'ordinaire, ce sont eux qui me sauvent. Pourtant je la revois, du sosie des tréfonds de Montréal, à ma solitude du nord de la Zambie.

Les ami-e-s sont pourtant là. Les rencontres aussi. Des retrouvailles, et un goût de romantisme. Mais rien ne lui arrive à la cheville. Elle est sur un piédestal. Elle est immaculée, quand je suis sali. Je l'idéalise, je nous idéalise. Je pense revoir notre relation, alors que je suis obnubilé par notre passion. Elle était initiale, elle était de l'autre côté du monde. Mais quelle était belle.

Une nuit d'hiver. Je la pleure dans mon salon.

 

[...]

 

Je dois repartir. Je dois fuir. Je dois la fuir. Me retrouver. Seul un grand départ peut m'aider. Seul, un grand départ. J'ai l'impression d'un retour en arrière, alors que c'est une fuite en avant. Une grande culture, un sous-continent, les plus hauts sommets de ce monde. Ca doit être fou, ça doit être renversant.

Et j'ai pleuré, une dernière fois. Je ne comprenais pas. Pourquoi ? Pour elle, car elle était encore là, en moi. Ma faute, mon histoire, ma vie. Dans ces couloirs bondés du train vers Bombay, tunnels trop éclairés. Je la voyais. Je l'espérais. Encore. 3 ans de souffrance. 3 ans de solitude.

 

[...]

 

La plus grande des punitions est celle que l'on s'inflige à soi-même. La mienne fut mentale, elle fut de l'ordre de la morale. J'ai une morale, je vis avec, et elle me juge constamment. Ce que j'ai perdu à la suite de mon crime, c'est une image de moi : pas parfaite, pas sans reproche, mais avec des erreurs que je pouvais me pardonner. Ici, point de pardon. En tout cas, pas encore. Car si je peux pardonner les erreurs des autres, il faut que je parvienne à pardonner les miennes. Je suis l'accusé, je suis le procureur, je suis l'avocat de la défense. J'ai toutes les cartes en main.

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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 22:47

« Qu'est-ce qu'il ressemble à son père » ou « c'est le portrait craché de sa mère ! » Ah, ces fameuses phrases de la maternité, ou de la petite enfance. A chaque fois que je les entends, je reste dubitatif : pour moi, les nouveaux-nés ressemblent toujours à l'image que je me fais des extra-terrestres. Ca changera peut-être le jour où ça sera le mien.

Bref, petite introduction pour vous parler des sosies. Car, apparemment, nous aurions tous des sosies sur terre. Si vous avez des frères et sœurs, c'est déjà un peu le cas (« c'est vrai qu'il y a un air de famille » me dit-on souvent par rapport à mes sœurs). Si vous avez une jumelle ou un jumeau, c'est un peu de la triche. Mais là où ça devient cocasse, c'est quand on vous trouve de la ressemblance avec quelqu'un qui n'est pas de votre famille. Mieux, quelqu'un de célèbre ! J'avoue que je ne vois pas toujours le lien, mais bon, petit florilège entendu dans ma vie.

 

Stromaé. Entendu environ 30 fois. Ressemblance selon moi : 33%.

C'est le personnage à qui j'ai souvent été comparé. Pourquoi ? Non, je ne chante pas (je hurle diraient les témoins). Non, ce n'est pas par rapport à ma thèse sur le Rwanda. Je crois que notre allure élancée, et l'époque de mes cheveux courts justifient le lien.

Ca fait plaisir ? : oui ! J'adore le chanteur, j'adore le personnage !

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Raphael. Entendu une fois. Ressemblance selon moi : 1,4%.

Pourquoi 1,4% ? Car je pense que c'était le taux d'alcoolémie de la demoiselle ayant annoncé cette ressemblance. Qui lui paraissant évidente en plus ! Selon moi, y'a rien !

Ca fait plaisir ? C'est toujours mieux que Garou.

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Marc-Olivier Fogiel. Entendu une fois. Ressemblance selon moi : 5%.

Cela date d'il y a quelques années maintenant. C'était une photo postée sur le blog de ma cousine. Un commentaire apparaît : « mais qu'est qu'il ressemble à Marc-Olivier Fogiel ton cousin ! ».

Ca fait plaisir ? Euh, non, pas vraiment ! [petit rire de hyène]

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Jésus. Entendu une quinzaine de fois. Ressemblance selon moi : ne me prononce pas! (j'veux éviter les embrouilles avec son daron, s'il existe !).

La première fois c'était lors d'une détection de football. La seconde fois c'était en boite de nuit. Puis à plusieurs reprises. La dernière fois, c'était il y a quelques jours. Les cheveux un peu longs, une petite barbiche : bref, l'image du prophète. Je le vois plutôt arabe moi, mais bon...

Ca fait plaisir ? C'est toujours mieux que Judas.

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Rabiot. Entendu chaque semaine depuis 5 mois. Ressemblance selon moi : 25%.

C'est mon sosie du moment. En tout cas selon mes coéquipiers au football : ça fait plusieurs mois qu'ils m'appellent ainsi ! J'ai les cheveux plutôt longs (en tout cas les plus longs depuis au moins 25 ans), et je joue au football. Ca nous fait deux points communs. Certes, nous n'avons pas le même niveau, ni le même salaire. Mais il paraît qu'on a tous les deux la grosse tête (hum....). A noter qu'une élève de mon lycée m'appelle aussi comme ça depuis trois mois.

Ca fait plaisir ? : C'est toujours mieux que Valbuena.

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Richard Ramirez. Entendu deux fois cette année. Ressemblance selon moi : 40%.

C'est peut-être la première fois que je me suis vraiment dit : ah ouais, y'a un truc là. Chanceux que je suis Richard Ramirez a fait une honnête carrière de... tueur en série ! 11 viols et 14 meurtres aux Etats-Unis, sataniste sur les bords (il se dit influencé par les chansons d'ACDC....). Bref, un sacré personnage !

Ca fait plaisir ? : Euh.... c'est une vraie question ?

Les sosies (de Jésus à Rabiot)

Signalons qu'autour de moi, j'ai un copain qui ressemble à Ted Mosby (surtout les cheveux), un autre à Arthur (enfin, seulement aux Philippines)... bref, je crois qu'on en a tous ! 

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 05:43

C'est une insulte. Prononcée au collège la plupart du temps. Elle a tendance à disparaître au lycée. Mais elle garde toujours cette connotation négative. Et il faut bien le reconnaître, je suis un intello.

 

Ca n'a pas toujours été le cas. Au collège, l'intello de ma classe, c'était plutôt Jean-Louis. Déjà, rien que le prénom. Les lunettes sur le nez. Des cheveux roux. Pas forcément le plus beau garçon du collège, et des résultats et une attitude toujours impeccable. Trop pour certains. « Espèce d'intello ! ».

Moi, j'étais plutôt feignant, plutôt football. C'est resté. Sauf que depuis, je suis passé du côté obscur de la force intellectuelle. Regardez : j'écoute pour mon plaisir de la musique classique, j'aime les opéras, je peux parler 20 minutes du Caravage et des tableaux de George de la Tour, j'aime les films qui gagnent les palmes d'or et tous ceux nommés aux césars. Pire, je peux débattre deux heures du bonheur et Rousseau trône sur ma table de chevet. Diantre ! [oui, c'est une expression d'intello]

 

Etre prof n'arrange rien. Je suis entouré de gens comme ça, de gens comme moi. Ca avait déjà commencé à la fac, et le doctorat est clairement le diplôme de l'intello. Depuis, les gens me regardent parfois comme une bête de foire en apprenant mon diplôme. Je les entends penser : "ça ressemble donc à ça, un docteur...", tout en scrutant chacune de mes paroles, espérant y trouver quelques propos d'un génie. Et c'est là le problème : être intello n'aide pas toujours dans la vie, au contraire !

Mettrez-moi avec une prise et deux fils électriques dans les mains, et vous aurez l'intello bloqué. Que faire ? Quoi foire ? Changer une roue de voiture ? Je ne suis même pas certain que je sache encore le faire. Alors regarder sous le capot.... Pensez, j'ai changé une chambre à air de vélo cet été et j'étais aussi fier que le jour de mon doctorat. C'est que l'intello n'est pas toujours très bricoleu ! Et certains pensent que l'on se croit supérieur... mais c'est plutôt l'inverse ! L'intello souffre, depuis son collège, d'un sentiment d'infériorité ! Et pour cause, il intellectualise tout. Regardez ce blog ! Quand j'écris sur l'amour, il me faut 3 pages pour comprendre si j'apprécie une fille ou non. Celui qui n'est pas intello est déjà allé la voir, l'a embrassée, s'est marié avec elle, a fait deux enfants, avant que je me décide à bouger ! Mon humour s'est dégradé et je ris de moins en moins facilement aux blagues, comme aux comédies. Je n'ose plus mettre de survêtement pour sortir. Et je me justifie presque d'être un supporter de foot acharné.

 

Heureusement, il y a ça. Je crois que le foot m'a sauvé, et qu'il continue à le faire. Là, je me sens à ma place, et un peu plus normal. Quoi que... je pense toujours sur le terrain à mon placement et au replacement de mon équipe, à quand lancer le pressing et à la tactique qui nous fera gagner le match.... Diantre ! Je suis l'intello du terrain de foot !

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12 mars 2018 1 12 /03 /mars /2018 19:23

1) Pour aller acheter des fringues (y'en a marre des T-Shirts à trous)

2) Pour savoir quand je dois vraiment aller chez le coiffeur

3) Pour arrêter de quémander des calins à des inconnues

4) Pour supprimer la rumeur qui court sur ma nouvelle orientation sexuelle

5) Pour partager mon opinion sur le film que nous avons regardé (y'en a marre de le faire tout seul à haute voix !)

6) Pour arrêter de parler tout seul à haute voix...

7) Pour organiser un voyage en amoureux

8) Pour arrêter de faire mon rabat-joie à chaque fois que je reçois une invitation à un mariage (de toute façon, c'est 50% de divorces !)

9) Pour essayer de me projeter à plus de 6 mois (car je vois la vie à 2, au départ !)

10) Pour ne pas laisser périmer ma boîte de préservatifs

11) Pour aimer, et être aimé (parce que 3 ans sans amour sont 3 ans gâchés, malgré tout)

12) Parce que l'effet domino

13) Pour arrêter de me sentir obligé de draguer en soirée

14) Pour que mes colocataires arrêtent de rire à chaque fois que je vais « sur le fleuve »

15) Parce que je suis encore jeune, c'est trop tôt pour le sentiment de solitude

16) Pour que quelqu'un me dise enfin lors d'une soirée karaoké : « arrête de chanter, c'est horrible »

17) Pour rejoindre le club très sélect des gens qui vont faire un « brunch »

18) Pour ne pas devoir réfléchir à la réponse quand ma famille me demande « alors, les filles ? »

19) Pour enfin réaliser mon rêve : remporter une compétition de danse acrobatique en couple

20) Pour acheter la maison, le chien, me marier et.... [la personne ayant écrit cet article vient de partir en courant]

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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 12:35

Commentaire sur une photo : « faut manger un peu hein ». Commentaire oral : « t'es maigre ! ». Regard des autres. Raison de rupture. Je suis maigre. Et la société ne le veut pas.

 

Cela fait une quinzaine d'années que les remarques s'enchaînent. Ma courbe de poids a commencé à vraiment stagner au collège, et mon mètre quatre-vingt six ne m'aide pas. 60 kilos. Un peu au-dessus. Parfois en-dessous. Je suis un garçon. On ne me dira donc pas que j'ai une taille de guêpe, et je ne serai pas surnommé la brindille. Non. Je serai l'Ethiopien. Ou le Somalien. Bref, je serai celui qui ne mange pas assez. Ou pas du tout. Les remarques existent de moins en moins chez mes proches, chez ceux qui me connaissent vraiment : ils savent que je suis loin du régime (au contraire), et que je ne suis pas anorexique. Mais ça n'empêche pas les remarques des connaissances et même parfois des copains.

 

Est-ce que je le vis mal ? Plus que je ne le pense parfois. Sinon, à quoi bon cette mission annuelle de grossir ? Pourquoi je me fais chier à faire des pompes et à aller à la muscu ? Est-ce que ça me plaît ? Autant qu'à celui qui doit faire un régime minceur. D'ailleurs, nos situations sont semblables. Sauf que le vocabulaire évolue, pour les « gros ».

 

Imaginez : « faut arrêter de manger un peu hein !». « Qu'est-ce que t'es gros ! ». Est-ce que vous oseriez faire ce genre de remarque à quelqu'un en surpoids ? Je ne pense pas. Pourtant, certains ne se gênent pas avec les maigres. « Vas-y, reprends-en un, mange un peu dont, faut que tu grossisses ! ». Pourtant vous n'oseriez plus le « Arrête avec ce biscuit, lâche-le tout de suite, tu vois bien que t'es gros ! ». C'est ce que j'appelle la maigrophobie. Je sais que je ne suis pas le seul à en souffrir, j'ai évoqué le sujet avec plusieurs filles. Là, ce sont notamment les mamys qui disent : « allez ma fille, faut manger un peu si tu veux trouver un garçon », comme si ces filles ne mangeaient jamais et que la beauté physique suffit à l'amour. De mon côté, j'ai tout de même eu une ex-copine qui m'a dit, en prétexte de rupture, que j'étais trop maigre. Imaginez l'inverse, « t'es trop gros, je te largue ». On la traiterait de connasse. Elle le serait d'ailleurs.

 

Bien sûr la société et la publicité sont contre nous, les gros et les maigres. Vous ne verrez jamais une publicité avec un garçon ayant les os apparents. Ce ne serait pas « esthétique ». « Fashion ». Beau quoi. Non, c'est « moche ». Surtout pour les mecs. Nous, il faut que l'on soit musclé ! Pectoraux, abdominaux. Un peu de ventre, c'est limite accepté. Mais un os apparent. Brrrrr, effrayant ! « Tu sors d'Auschwitz ? » Oui, le point Godwin existe aussi dans la maigrophobie. On imagine pourtant assez mal quelqu'un dire « t'es resté enfermé six mois dans un Mc Donalds ? » en touchant le ventre de quelqu'un en surpoids. Alors pourquoi se le permet-on avec les gens maigres ? « C'est pas pareil ». Oui, c'est pas pareil, car nous, on doit forcément bien le vivre, car on a « de la chance ». « Et si tu veux, je te donne quelques kilos hein ! ». Non, tu ne peux pas. Il faut arrêter avec cette phrase. Je l'ai entendu 312 fois depuis ma jeunesse, et la possibilité d'échanger vos kilos que vous trouvez superflus avec ceux qui me manquent n'existe PAS !

 

Arrêtons donc avec les remarques sur le poids, arrêtons donc avec toutes les remarques physiques critiquant telle ou telle apparence parce qu'elle n'est pas en accord avec vos goûts (goût subjectif, gardez-les pour vous). Et pour tous ceux qui en souffrent, maigre, gros, qu'est-ce que ça change, si vous êtes en bonne santé ?

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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 00:51

Jeudi, veille des vacances. Le soleil brille et j'ai un moral gonflé. Moins de travail, football ce soir, la vie est belle. Il est 12h30, et ma classe de seconde vient de terminer une intervention « sexualité ». Ils ont bien ri. Ils sont bêtes. Nous l'étions tout autant à leur âge, au moment de prononcer les mots « sexe » et « orgasme ».

J'enfourche mon vélo, que dis-je, mon bolide. J'ai deux heures pour rentrer, manger, et revenir au lycée. Facile. Je pédale néanmoins très vite, dépasse quatre de mes secondes que j'entends faire un bruit, du genre « wooohh ». Je suis content. On est con des fois. Je slalome entre les véhicules et me retrouve dans la descente. Et je vois, cent mètres devant moi, un attroupement en sens opposé. Des voitures garées. Des gens qui semblent dépassés. Et, une fille, sur le sol, comme plaquée. Je ralentis. Un T-Shirt rose qui m'est familier. Une coupe de cheveux. Putain. Non. Si. Je me rapproche. C'est mon élève.

 

Je descends de mon vélo en quelques dixièmes de secondes. Je m'approche vite, tandis que les badauds accourent. Les voitures ralentissent. Le monde regarde. Que se passe-t-il ? Elle est sur le ventre. Son T-Shirt est remonté au niveau des omoplates, et un bout de verre, un seul, est enfoncé dans son dos. Là, une perle de sang semble accrochée au verre. Ça ne coule pas. Je lui remonte un peu les cheveux. Elle est consciente. Sur son visage, je lis la souffrance. « Emilie, tu m'entends ? ».

« Emilie !! » « C'est Emilie ! ». Quelques filles de la classe sont de l'autre côté de la route, et viennent d'apercevoir leur camarade. Elles traversent, paniquées. « Quelqu'un a appelé une ambulance ? » sont mes premiers mots à destination des gens autour de moi. Plusieurs sont au téléphone. Je reste accroupi à côté d'Emilie, « t'inquiète pas, une ambulance va arriver ».

Je crois que j'essaie de me rassurer, autant qu'elle. Je regarde vers le haut, on me dit qu'une ambulance est en route. Je regarde ses camarades, ordonne quelque peu que l'on appelle ses parents. (y'a le carnet de correspondance quelque part ?, regarde dans son sac). Emilie essaie de se redresser, elle pousse un peu sur ses bras. « T'inquiète pas, une ambulance va arriver ». Décidément, l'inspiration me manque. Je ne sais pas quoi faire. Personne ne sait quoi faire. Je me suis retrouvé accroupi à ses côtés car j'étais la première personne arrivée qui la connaissait. En habits de prof, blanc, j'ai l'impression que les gens me font confiance. S'ils savaient. Putain, pourquoi je n'ai pas suivi une formation premiers secours. « Il faudrait peut-être la mettre en position latérale de sécurité ? ». Le débat gagne les gens autour de moi. Je ne pense pas que ça soit une bonne idée. Par contre, je ne pourrais pas justifier mon opinion, et je ne suis pas sûr. Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce que je peux faire ? Emilie essaie à nouveau de se redresser. « Reste calme, une ambulance va arriver, on va venir te chercher ». Je lui remonte les cheveux car elle a du mal à respirer. « J'ai mal au dos ». « Je sais, je sais, ils vont venir, ne t'inquiète pas ». Moi, je m'inquiète. Surtout qu'en remontant ses cheveux je viens de découvrir une énorme plaie au niveau du cou, le genre de plaie qui vous fait détourner le regard, avec un peu de sang autour de la tête. Putain, putain, putain. Il faut qu'ils arrivent vite. Ça s'agite autour de moi. Je ne sais toujours pas quoi faire.

Ça dure quelques minutes. Ça donne l'impression de durer des heures. Et un type arrive. Un autre prof je crois. Pas de mon lycée en tout cas. Il me regarde, et dit « quelqu'un a fait premiers secours ? » Je le regarde, au fond des yeux. « Non ». Il descend de son vélo, se saisit de son crâne. « Je vais la maintenir ». Toi, tu tombes sacrément bien. « On lui fait les tests, touche-lui la jambe ». Ok. « Emilie, est-ce que tu sens que je te touche la jambe ? ». Bof. Plus bas. Oui, un peu. L'autre jambe. Oui. Ok. Il faut la maintenir comme ça, jusqu'à l'arrivée des pompiers. Huit minutes, peut-être dix au total depuis mon arrivée, et j'entends le doux son du pin-pon.

Je me retrouve à tenir un protège soleil au-dessus d'elle. Les pompiers sont là, je me sens un peu mieux. Mon CPE est arrivé. On demande, plutôt on ordonne aux élèves de circuler et de repartir chez eux. Ils s'exécutent. Le père d'une camarade arrive, explique que le père d'Emilie est en route. J'ai le pare-soleil dans le main, mais je ne me sens pas en grande forme. Les pompiers sont autour, on a fini notre mission. J'ai fini ma mission. Je me recule de quelques mètres, et je vois le père d'Emilie arriver. J'ai la gorge nouée.

Inquiet, mais digne. Je pense que j'aurais hurlé à sa place, et je n'ai pas d'enfant. Il lui parle en chinois. Je ne comprends pas, mais qu'importe, elle sait qu'il est là, c'est le plus important. Il croise mon regard. Je le connais, il est venu à la rencontre parents-profs il y a deux mois, et je l'ai persuadé que sa fille devait rester dans l'établissement. Il voulait l'envoyer en métropole.

Je recule de quelques mètres supplémentaires. Mon CPE me demande si ça va. En vérité, non. Je réponds « oui oui, ça va ». Je m'assois à l'ombre. Je veux la voir dans le brancard, emmenée dans le fourgon. Là, je me sentirai mieux. Mais elle est toujours sur le ventre. Ils sont extrêmement précautionneux. Toujours l'éclat de verre au milieu du dos, et toujours la perle de sang. Eux, ils sont concentrés sur son cou. Une ambulance est arrivée, les gendarmes, etc. On m'interroge. Qu'est-ce que j'ai vu ? « Rien ». Je raconte mon arrivée, je présente le père aux gendarmes. Apparemment, elle a traversé avec son vélo pour rejoindre le chemin en face, et repartir vers le centre-ville. Une voiture est arrivée en face, peut-être un peu vite. Le choc fut brutal. La roue avant du vélo le prouve. Mais ça, je m'en fous. Ça traîne. Je me relève. Je croise son regard, pendant plusieurs secondes. Me voit-elle ? A quoi pense-t-elle ? Ils refont les tests. Elle ne sens plus ses deux jambes. « C'est pas bon ça » me dit le CPE. Oui, j'avais compris. Elle est sur le brancard. Elle va partir vers l’hôpital.

 

Je reprends mon vélo. Une heure s'est écoulée. Je n'ai plus le temps de repartir chez moi, je n'en ai plus l'envie. La faim est passée. Je remonte vers le lycée. Je passe devant la R5 à la vitre défoncée. Je suis vide. Je ne sais pas si c'est le mélange de colère, de tristesse. Je déambule dans le lycée. Une prof vient me voir : « tu sais pour Emilie ? ». J'explique. Le proviseur adjoint me demande si je veux mon après-midi. A quoi bon. Devant les élèves ça passera plus vite. D'ailleurs, ça passe vite. Je fais une intervention d'une minute dans chaque classe pour réexpliquer l'importance de faire attention à vélo, mais j'ai l'impression que je tiens surtout le discours pour moi. 17H30. Fin des cours. « On a des nouvelles ». Je vais voir le proviseur. Elle est emmenée en Martinique. Le pronostic vital n'est pas engagé. Et elle devrait pouvoir retrouver l'usage de ses jambes.

Un poids qui tombe. J'avais l'impression d'être Atlas, le poids du monde sur mes épaules. Je souris un peu plus. Putain, elle m'a fait peur. J'imaginais le fauteuil roulant, ou pire.

 

20h. Je pars au foot. 22H, je rentre. Je vois deux appels manqués à 21H37 d'un collègue, le collègue toujours au courant de tout plus vite que toi, et un message sur ma boite vocale. Je dois passer par Internet pour la consulter. J'ai aussi reçu un SMS à 21h38 d'un autre collègue : « J'ai appris pour ton élève, toutes mes condoléances, quel drame ».

 

Non. Non, non, non, non non non non. C'est pas possible. C'est pas possible. Il doit y avoir une erreur. Putain non. Pourquoi. C'est pas possible. Je reprends une claque. Je suis au bord des larmes. Pas Emilie. Je revois son sourire et son rire à plusieurs reprises ce matin. Je la trouvais tellement joyeuse. Là, fini, comme ça ? Non. Non, non. Je pense à comment va-t-on gérer ça dans le lycée. Et ma classe, où je suis le prof principal. Je vais annuler mon ticket d'avion, pour l'enterrement. Je me reprends. Je le connais, ce collègue, il peut avoir des difficultés de communication. C'est un Sheldon. Je me connecte à ma boite vocale. Mon collègue qui connaît tout me donne les infos de 17h30, elle part pour la Martinique. Alors, pourquoi ce sms de l'autre ? Je vais aux nouvelles.

Elle est bien en Martinique. Elle est vivante.

 

Putain. Une petite joie. Et une colère. Si mon collègue avait été devant moi, à ce moment là, c'eût été pour lui les condoléances. « Désolé, une erreur de formule » m'a-t-il dit le lendemain. Heureusement que je l'apprécie. Et ce soir, c'est les vacances. La métropole m'attend. Le karma y sera forcément bon.

[Faites gaffe tout le monde, roulez tranquille, on n'est pas pressé de vous enterrer]

L'accident
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22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 19:58

Chaque année c'est la même rengaine. Et chaque année je prends beaucoup de plaisir à réaliser cette liste. Autant le réveillon m'emmerde profondément, autant faire le point à chaque tournant d'année me plait beaucoup. Car c'est à ce moment-là que je me fixe de nouveaux objectifs, et que tout semble encore possible pour mon année. Quoique 2018 soit un peu différente, car je sais où je suis jusqu'en juin : en Guyane, en tant que prof. Je rentre en février en métropole, je pars pendant les vacances d'avril (la Martinique tient la cote). Et puis il y a le flou qui commence en juillet. Ce flou est sexy. Ce flou annonce la liberté : tout sera possible. Plusieurs pistes se dégagent : partir à travers l'Amérique du Sud pendant plusieurs mois ; partir à travers l'Amérique du Sud pendant deux mois et faire la rentrée en Guyane, ou en métropole, ou ailleurs ; partir à travers l'Amérique du Sud quelques semaines et rentrer en métropole et y rester, ou revenir en Guyane... Bref, ça tourne un peu autour des mêmes idées, mais rien n'est gravé dans le marbre.

 

- Découvrir 3 nouveaux pays

- Réaliser deux missions de la Bucket List

- Découvrir 2 nouveaux sports

- Faire 50 pompes par jour / Arriver à 65 kilos

- Voyager avec des copains / la famille

- Finir mon tour de Guyane

- Revenir au moins 2 mois en métropole

- Etre en couple au moins deux mois

- M'engager dans la vie publique

- Etre heureux

Les résolutions 2018
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20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 22:35

Vraiment, je suis trop vieux pour ces conneries :

- Dormir en auberge, dans un dortoir 10 personnes, sans salle de bain

- Boire deux litres de coca en soirée

- Jouer 4 saisons de Football Manager

- Enchaîner 3 soirées d'affilée jusqu'au bout de la nuit (qui a dit que deux c'était déjà dur?)

- Aller à une Rave Party miteuse

- Sauter un repas et me nourrir de biscuits

- Commencer une nouvelle drogue

- Faire une nuit blanche

- Dormir dans un aéroport

- Faire pipi au lit

- La relation à distance

I'm too old for this shit
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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 23:19

La chaleur m'accable. L'humidité aussi. J'ai passé l'Equateur depuis de nombreuses semaines, et pourtant mon corps ne s'habitue pas. Et cette nécessité de porter le pantalon et la chemise... Ce n'est pas par coquetterie, c'est le boulot qui veut ça.

Mon esprit est troublé. Ca fait deux semaines que ça dure. Elle est là, autour de moi, régulièrement. Elle me fait rire. Elle est mes moments de respiration après l'apnée du travail. L'autre, par contre, ne répond pas. Ou si peu. Je n'arrive plus à établir la communication, la base du couple. J'essaie, encore et encore. La connexion ne se fait pas. Pourtant, il y a trois semaines, je la regardais s'endormir, sans faire de bruit, sans respirer. Je suis resté là, les yeux grands ouverts, à l'admirer. Elle était paisible. Elle semblait heureuse. Comment en sommes-nous arrivés là ? Cruelle distance. La souhaite-t-elle ? Que fait-elle à cette heure-ci ? Pourquoi ne répond-elle pas ? Elle voit pourtant mes messages. Je ne comprends pas. Je me sens seul.

Dans le jardin. Dans la maison. En ville. Sur Internet. Elle est partout. Elle répond vite, elle répond présent. Elle est là, et elle me fait penser à autre chose...à quelqu'un d'autre ? Merde. Je me rends compte. La situation est dangereuse. Il faudrait partir, il faudrait imposer une distance. Mais en ai-je envie ? C'est surtout elle qui contribue à mon sourire depuis deux semaines. Mon cœur balance. Pour la première fois.

 

[…]

 

Hiroshima mon amour. Tant de haine, tant d'amour, un dialogue, un échange. Ce qui me manque. La connexion n'est toujours pas rétablie. Elle me fuit. Volontairement ? Je reste dans le flou.

Elle a aimé le film. Elle était à mes côtés. Elle a partagé l'instant. On en a reparlé. L'échange s'est poursuivi au-delà, par sms, alors que je me suis couché. Je pense à elle, alors que je ne devrais pas. Culpabilité. Sentiment de dégoût. Envie. Mélange de tout ça. Le cerveau me joue des tours, ou c'est peut-être mon deuxième cerveau. Résister. Je n'entends plus mon cœur. Où es-tu ? Où sont les sentiments ?

 

[…]

 

Je ne la vois plus quand je ferme les yeux. Je me connecte, et je sais que c'est l'autre qui sera déjà là. C'est elle que j'attendais. C'est avec elle que j'ai envie de reparler. Elle l'a un peu remplacée, déjà. Je ne lutte quasiment plus. Je ne cherche plus à rétablir le contact. J'ai l'impression qu'elle est partie, qu'elle est très loin de moi. J'ai l'impression que c'est fini.

 

[…]

 

Il est tard. Il fait nuit. Un nouveau film lancé. Une drôle de sensation. Côte à côte. Une tension. Nous la sentons tous les deux. Il faut que je parte, sinon.. Un enlacement de départ. Elle ne me laisse pas partir. Elle me retient. ELLE. Je me sens bien dans ses bras. Je ne ressens pas la culpabilité. J'étais persuadé d'avoir une morale. Où est-elle ?

L'histoire s'arrête.

 

[…]

 

6 mois plus tard. Les métros. Le gris. Paris. Passage furtif. Une nuit. Les échanges se sont ralentis, mais ils existent. Elle m'invite à dormir chez elle. Nous nous sommes déjà croisés deux mois auparavant, et ce fut une drôle de sensation. Repas indien. Tension toujours existante. Regard malicieux et sourire de coin. La revoir, c'est un risque. Mais, cette fois, je suis libre.

Elle ne l'est pas. Elle ne me l'avait pas dit. Se mettre en danger. La complicité est toujours là, naturelle. Nous ne devons pas faire chambre commune. C'est bien, ça évitera la bêtise. Je ne veux pas être sa pomme, le fruit défendu, comme elle le fut pour moi. Mais elle est là, à côté de moi, dans ce lit, alors que le noir a remplacé le gris. Que veut-elle ? Je lui demande. Je lui rappelle. Pars vite, sinon.. Elle ne part pas. Elle ne veut pas. Elle est bien là, allongée à côté de moi. Ressent-elle la culpabilité ? A-t-elle une morale ? Encore une fois, où est la mienne ?

 

[…]

 

6 mois plus tard. Je ne l'attendais pas. Elle s'est décidée en une soirée, après un de nos longs appels. Et la voilà devant moi, devant une gare qui m'est familière. Il est tard, et je ne devrais pas être là. Ils m'attendent. Le week-end est chargé. Je ne devrais pas être là, car il y a une nouvelle « elle ». Ce n'est pas une longue histoire, ce n'est pas gagné, mais je me suis engagé à essayer. Et revoilà ma pomme, prête à me tenter.

Je me crois plus fort. Je veux retrouver mes principes, montrer que je suis l'image que je souhaite envoyer. Aux autres, mais surtout à moi-même. Le risque est là, mais je me promets d'y arriver. Je tiens, plutôt facilement, les deux premiers jours. Le troisième jour n'est plus qu'une formalité. Fini le film, fini le câlin, fini les nuits, fini le fruit. La journée est belle, et j'ai réussi.

Une heure avant son départ. Je suis allongé. Elle me rejoint, et se blottit contre moi. Ses cheveux bruns, ses yeux verts, son cou délicieux. Je ne veux pas agir, je ne dois pas agir. Sinon..

Mais je ne réagis pas. Il est trop tard. La limite est franchie, et je me retrouve à nouveau délinquant, punie d'une peine si tendre.

 

Pourtant, je me suis condamné. Le crime, puis son châtiment.

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 13:52

L'effet groupe. Très connu dans le milieu des dragueurs, il signifie qu'un groupe de filles attire forcément l'attention des garçons, quand bien même celles-ci, prises une à une, ne sont pas très jolies. La leçon de cette histoire est qu'il faut toujours se méfier de l'effet groupe.

 

Et puis il y a cette fille, pas forcément jolie. Et puis il y a ce garçon, un peu différent. Elle, et ses vêtements démodés. Lui, et sa dentition imparfaite. Ce sont les cibles faciles. Ceux à qui l'on s'attaque lorsque l'on est en groupe. C'est notamment le cas au collège et au lycée. Quand j'écris leur descriptif, je revois leur visage. Et j'entends encore les remarques. Moqueries faciles. En leur absence, souvent. « Dans leur dos », comme on dit au collège. Devant, on reste très poli, voire amical. Parfois, ce sont même « des copains ». Je pensais que c'était une activité d'adolescents, désireux de se rassurer, de se renforcer, ayant ainsi l'impression d'appartenir au groupe. J'avais tort : la pratique perdure à l'âge adulte.

Les moqueries physiques sont les plus nombreuses. Pourtant, je pense bien que l'on ne choisit pas son corps. Ses kilos en trop. Son fasciés peu commun. Son handicap... Quoique, non, les moqueries sur les handicapés tendent à disparaître. Sur les « moches », par contre, ça reste d'actualité.

 

Des cibles faciles, j'en rencontre encore aujourd'hui. Et l'effet groupe est intact. Prenez le QI d'un garçon seul, et mettez-le à 120. Maintenant, prenez trois garçons, ensemble. Pris un par un, on leur met 120. Le fait d'être ensemble fait descendre leur QI moyen à 100. Un groupe de cinq garçons ? Leur QI moyen descend à 80. S'ils sont huit, on touche le 40. Au-delà, on se rapproche dangereusement du QI 2, à savoir la moyenne des groupes de supporters enivrés.

Mon jugement est sévère, mais je témoigne à titre personnel : seul, je ne pense pas être tout à fait idiot. Avec sept garçons autour de moi, je pense être assez bête, surtout avec un groupe de filles à proximité (#metoo?). C'est l'effet groupe qui prend mon contrôle : je veux en faire partie, et je joue un rôle, pas forcément le mien d'ailleurs.

 

Si je suis bête avec un groupe de garçons, je ne pense pas être insultant. Et c'est là l'un de mes principes (on m'a d'ailleurs déjà accusé d'avoir « trop de principes », j'avoue être resté dubitatif devant cette accusation). Ne pas dire du mal des gens. S'ils ne m'intéressent pas, je n'en parle pas, point. Quel est l'intérêt de faire des attaques physiques sur quelqu'un ? Faire rire son groupe ? Ou se rassurer ? Personnellement, ça ne me fait pas rire. Et je reprends de plus en plus les gens ayant des paroles offensantes vis-à-vis des absents. Je reprends aussi les termes homophobes, ou racistes. Un combat de chaque instant, contre l'effet groupe. C'est pas gagné.

L'effet groupe et la cible facile
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