25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 00:08

Minuit et demi. L'heure d'un petit bilan sur ma journée. Sur ma semaine. Sur mes trois dernières semaines. Combien de moments dont je me souviendrai dans 6 mois ? Dans 5 ans ?

 

C'est le souci de la routine, le souci d'un travail à faire, le souci d'une vie sans saveur. De ces 3 semaines, il ne restera rien. Ou si peu. Une suite de moments tout aussi insignifiants les uns que les autres. Pas de grandes rencontres, pas de grands souvenirs. Du vent. Ou plutôt du sable, comme l'impression de laisser le temps me glisser entre les doigts, sans pouvoir jamais retourner ce sablier.

 

Je ne critique pas notre ordinaire. Nous en avons besoin, c'est d'ailleurs de cela que se nourrit notre extraordinaire. De la comparaison. Une suite de moments extraordinaires deviendrait très vite ordinaire. Cependant une suite de moments ordinaires ne devient jamais extraordinaire.

 

Quid de ces trois dernières semaines ? Charlie, sans aucun doute. Cette impression d'unité nationale, de recueillement collectif, d'une fête de la fédération, d'un amour crié à la République. Oui, ça c'était fort. Court, mais très fort.

Bon, ce fut aussi la foire aux contradictions. Parce que chanter la Marseillaise pour Charlie Hebdo c'est très bizarre. C'est aussi le président sénégalais dans le cortège, le même qui empêche la sortie de Charlie Hebdo dans son pays la semaine suivante. Ce sont des manifestants nigériens qui brûlent des églises pour se venger d'une caricature contre leur prophète (selon le Coran, Jésus est aussi un prophète, mais ils ont sans doute dû le lire entre les lignes). Et je ne parle pas des manifestants pakistanais qui brûlent l'effigie de Sarkozy et le drapeau italien, putain de symbole d'une ignorance. Pendant ce temps là, en France, on va sacrifier une partie de nos libertés pour de nouvelles lois faites à la hâte. Sans prendre le temps de faire le bilan des six lois antiterroristes que l'on a pondues depuis 2001. Faut dire qu'elles fonctionnent tellement bien ! Un type revient du Yémen, on le soupçonne de terrorisme, et il se balade tranquillement dans les rues de Paris. Dans le même temps, un supporter du PSG avait interdiction d'être à Saint-Malo avec une écharpe de son club le jour d'un match de Paris à Rennes ! Question de priorité, sans doute.

 

Hormis cela, deux Couchsurfers sont passées chez moi, avec des fortunes diverses. Une sud-Coréenne très sympa, qui m'a même accompagné à une soirée jungle fluo (oui, les thèmes des soirées déguisées deviennent de plus en plus loufoques!). Et une Bulgare bizarre, pas ouverte d'esprit pour un sou, qui n'aime pas les Asiatiques, qui hait les tziganes, qui n'aime pas les Africains (surprise quand je dis étudier l'histoire africaine!).

 

Ah, si, grande nouvelle ! Je redéménage. Situation très compliquée sur Bordeaux, des travaux dans notre maison nous obligent à l'évacuer pendant trois semaines. Après de longues négociations, on a réussi à obtenir ce que nous voulions (de l'argent!), mais cela signifie que je déserte mon « chez-moi » pendant trois semaines, au moins. Et la fin du bail est annoncée pour la mi-avril.


La mi-avril qui paraît très loin d'ailleurs. D'ici là je devrais avoir des nouvelles intéressantes concernant de futurs voyages sur d'autres continents. D'ici là je devrais avoir fini d'écrire le premier chapitre de ma thèse (si je continue au rythme que j'ai eu ces deux dernières semaines). Et d'ici là je devrais récupérer mon genou en carton et refaire du sport.

 

Bon, finalement, y'a eu deux-trois choses intéressantes quand même ces trois dernières semaines. J'en ai oublié d'autres : Marie-Eve est venue me voir, j'ai été au ciné avec une Tchèque aujourd'hui (Whiplash quel film!). Et ce sentiment que lorsque je fais, je suis. Que nous ne sommes finalement que la somme de nos actes. L'existentialisme est un humanisme. Je le sais depuis la terminale, mais j'ai encore du mal à l'appliquer. Ça va venir. Ce petit récit en est la preuve. Car il sera encore là dans plusieurs années. Et je me souviendrai donc de tout cela. C'était si facile.

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 14:21

Pas de zapping de l'année 2014, oui, je sais, c'est tout un mythe qui s'effondre ! Mais que voulez-vous, 2015 est l'année du changement ! Le changement c'est maintenant comme dirait l'autre. Et ça commence par un petit programme de l'année, avec les bonnes résolutions... Que voulez-vous, je suis un type qui fonctionne avec des challenges et des listes !

 

  • ETRE HEUREUX

  • ECRIRE MA THESE

  • Visiter San Sebastian

  • Faire du surf

  • Aller voir un match de rugby et de football à Bordeaux

  • Aller trois fois au théâtre dans l'année

  • Prendre trois kilos (61,3 kg au premier janvier)

  • Réaliser deux missions de ma Bucket List

  • Refaire du sport (prier pour mes genoux en carton)

  • Visiter deux nouveaux pays

  • Apprendre à faire un noeud de cravate

  • Etre quelqu'un de bien

 

12 challenges. L'année dernière, j'en avais aussi proposé douze, et j'en avais réalisé la moitié (deux nouveaux pays, deux missions de ma Bucket List, la découverte de l'Allemagne, être proche de végétarien, 3 concerts, apprendre l'allemand). J'ai lamentablement échoué une troisième année d'affilée pour prendre cinq kilos (mais j'en ai pris deux, ce qui me change un peu), du coup je revois mon objectif à la baisse. J'ai arrêté d'écrire mes rêves après avoir pris peur ! (on fait des rêves de fous tout de même!). Je ne peux toujours pas faire 100 pompes (j'ai arrêté à 47, mais je ne désespère pas d'en faire 50 prochainement, ce qui serait déjà pas mal vu mes bras!). Quan aux étoiles et aux arbres, j'ai repoussé l'échéance, faute de temps (mais ça viendra!). Allez, au boulot, y'a tout de même deux résolutions beaucoup plus importantes que les autres !

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 14:47

C'est vrai que trois ans en couple vous font un peu oublier de quoi se compose la vie d'un célibataire. Quand on est en couple, on se souvient parfois du célibat comme d'un temps de liberté et de fête. On pourrait même parfois regretter ce temps. Pour un célibataire c'est exactement l'inverse : on se souvient de sa période de couple comme du temps du bonheur, et on a parfois tendance à tout idéaliser de ce passé !

Célibataire, c'est forcément retrouver tes potes. Tu as beau dire que tu ne les as jamais perdus, le célibat c'est les côtoyer chaque jour. Alors que bon, quand tu étais avec ta copine, le soir, sous la couette, devant un bon film, il pleut dehors...et tes potes qui appellent pour aller boire un verre... le choix était vite fait, tu ne répondais pas au sms, faisant le dormeur, ou alors tu répondais, faisant le loveur. Dans les deux cas, tes potes ne te voyaient pas.

Aujourd'hui, quand ils sont plusieurs à se rassembler à 23h30 et que tu n'as rien à faire, pas une hésitation d'une seconde, tu fonces ! Tant pis s'il ne se passe rien, tu es avec eux, et c'est ça qui compte !

Tes potes justement, certains sont célibataires. Là, c'est vraiment cool ! En ce moment, moi, c'est quasi toute la bande. Alors ce fut deux semaines de vacances de folie, des sorties quasi chaque soir, une bonne humeur assurée. Pas de relou qui dit à 1h du mat' « bon, on y va, non ? Il est tard ». Non, ce relou là, c'est le pote en couple.

Le pote en couple, lui, est carrément dans un autre monde. Déjà ses conversations ne sont pas les mêmes. Il va te parler de sa dernière soirée en amoureux, il va te raconter le petit voyage prévu à deux. Le pote en mode vieux couple va carrément évoquer ses projets d'achat de maison, de futur mariage ou d'enfants ! Tu as alors l'impression d'être passé dans une faille spatio-temporelle ! Les enfants... oui, oui, mais tu as le temps tu sais... Le mariage, oui, oui.... pas avant 30 ans hein ! Tu te souviens, on se disait ça quand on était célib ! Rappelle-toi le bro code ! (que l'on t'offre à nouveau car tu dois en avoir besoin)

Les potes en couple peuvent également te voir comme une cible parfaite pour.... leur bonne copine ! « Tu sais, celle qui est célib depuis plusieurs semaines »... Bon, très vite tu apprends qu'en fait, cette fille n'est pas célibataire depuis plusieurs semaines mais plusieurs mois ou années ! Forcément, tu te méfies ! On veut te la faire rencontrer, on organise tout un stratagème des plus tordus pour au final se retrouver dans un rendez-vous pas du tout naturel, où les deux sont gênés, et où le résultat est catastrophique. La fille est célib depuis plusieurs années car en fait elle n'est pas du tout compliquée, elle cherche juste un mec beau, grand, baraqué, blond mais pas trop, galant, gentleman, avec une bonne situation, de l'humour, un casier vierge etc... Bref, pas du tout compliqué ! (et s'il pouvait jouer de la guitare, danser la salsa et parler cinq langues, ça serait bien aussi !)
Les copains, ne cherchez pas pour moi, ça ne fonctionne pas comme ça !

Et puis je me débrouille tout seul. Ou presque. Oui, j'admets, j'ai un peu cherché, à mon insu. Car quand tu es en couple, les soirées en boîte ne sont pas les mêmes : tu danses, tu regardes, et c'est tout. Quand tu es célibataire, tu peux danser, tu peux regarder, et tu peux flirter (oui, en couple aussi, mais il faut connaître ses limites!). Alors même si tu répètes depuis plusieurs semaines que non, tu n'en as plus envie, tu es aux aguets, la radar allumé, on ne sait jamais.

Célibataire, c'est aussi se renseigner sur cette vieille copine qui était très jolie au lycée, et dont tu apprends qu'elle est également célibataire. Salut, tu vas bien ? « Quoi ?? Tu es célibataire ?? Non ?? Mais quelle coïncidence ! Moi aussi ! » Ne rêvez pas les filles, les coïncidences sont simplement des idées tordues de mec que vous ne comprenez pas.

Dans la famille, c'est différent. On évoque assez peu la situation, car à 27 ans, se retrouver célibataire, c'est bizarre... Surtout si tu l'es depuis tes 17 ans. Là, clairement, on commence à regarder avec plus d'attention le bon copain que tu as et chez qui ta vas dormir de temps en temps... Serait-ce possible ? L'inquiétude grandit, certes ce n'est pas la même génération, certes, les enfants des amis de mes parents sont également célibataires, mais ça n'empêche, à ton âge je t'avais déjà eu ! Et puis il est encore étudiant ! 27 ans bon Dieu ! Tanguy va !
Non, en vérité, dans ma famille, on n'ose pas trop évoquer le sujet. La rupture est encore fraîche, et on se voit mal faire une petite blague sur le sujet. Alors je la fai moi-même, quand on évoque un mariage dans la famille en 2015 "rassurez-vous ce n'est pas prévu !". 


Bref, célibataire c'est pas l'enfer non plus. Le paradis ? Faudrait pas abuser ! Mais quand les potes autour de toi le sont également c'est beaucoup plus facile. L'important restant d'être entouré. Car la solitude putain...
Merci pour ces vacances, c'était génial

La vie de célib'
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25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 23:06

D'ordinaire, je suis un peu le rabat-joie de service à Noël. C'est une fête que je n'aimais pas, pire, que je ne supportais pas. C'est un surplus de bouffe et de consommation légendaire, pour une raison pseudo-religieuse. Mais bon, comme j'ai commencé mon article en disant que j'étais rabat-joie dans le passé, je vais éviter de l'être en ce moment.

 

Car oui, Noël a du bon. Mon exemple personnel n'est pas trop mal : Noël me permet de revenir chez moi. Chez moi, dans le Nord. Ça me permet de passer deux semaines avec ma famille, de revoir mes amis (plusieurs fois). Noël c'est la fête du rassemblement par excellence. Il n'y a pas d'autres moments dans l'année où tu es sûr de la présence de certains, si ce n'est ces jours-là. Je reviens l'été, mais d'autres sont à ce moment là partis en vacances, en voyage, ou travaillent. Noël c'est l'assurance de la présence du plus grand nombre.

Noël c'est aussi de la bouffe. Oui, difficile de parler de repas, tant j'ai l'impression que nous sommes des cochons que l'on souhaite engraisser. J'imagine d'ailleurs très bien la balance française, à savoir tous les habitants du pays, qui prend soixante-cinq millions de kilos au bas mot entre le 23 et le 26 décembre. Noël c'est aussi l'assurance du régime d'après-fête (pour beaucoup hein, n'imaginez pas que je me lance dans un régime!).
Noël c'est une certaine ambiance. Les gens peuvent être cons toute l'année, certains font tout de même des efforts à cette période. Ils lancent des « bonnes fêtes de fin d'année » dans les magasins, alors que d'ordinaire ils parlent à peine à la caissière. Les gens sont un peu plus souriants, un peu plus détendus (quoique, le stress des cadeaux...).

Et puis Noël c'est aussi... les SDF dans les rues. Quoi, rabat-joie ? Oui, un peu. Je rappelle qu'un peu plus de 400 personnes sont mortes cette année dans les rues de France. Un chiffre élevé pour un pays « riche ». On se rassure un peu, en se disant que les 10% les plus riches ont encore vu leur fortune augmenter cette année, et que la production française a augmenté de 0,3% au dernier semestre. Bizarrement, pour moi, la définition d'un pays riche n'est pas le nombre de riches dans le pays, mais le nombre de pauvres qui restent. Et force est de constater que la France n'est pas un pays riche, tout au moins pas un pays développé. Disons un pays injuste. Où des millions de Français s'engraissent le 24 et le 25 décembre, à en exploser, à en vomir, et surtout à en jeter la moitié. Et pendant ce temps là, dans les rues de France et de Navarre, il y a des milliers de SDF à qui on n'a pas voulu donner une petite pièce cette année, en pensant qu'ils ne la méritent pas. « C'est vrai, tout ça pour quoi ? Pour qu'il aille acheter une bouteille d'alcool avec ! Non merci ! ».
L'esprit de Noël, c'est aussi la dizaine de centaines de réfugiés qui errent dans les rues de Calais, vivant dans le dénuement, expulsés plusieurs fois des squats. Pendant ce temps, nous offrons des cadeaux stupides, des biens matériels inutiles, quand d'autres rêveraient d'une couverture et d'un bon lit.

Oui, je sais, j'avais dit de ne pas être rabat-joie cette année. Mais que voulez-vous, je n'y arrive pas. J'ai beau essayer, je reste effaré par tant de misère et d'injustice dans notre pays. Pire, j'ai l'impression que ça empire. Que chaque année c'est la même, que chaque année nous nous gavons quand d'autres galèrent. Que chaque année notre pays se rapproche de l'abîme, du Front National devenu premier parti de France. C'est sûr que c'est Noël, qu'on a envie de parler d'autre chose, que c'est des jours de fête où l'on essaie d'oublier les galères du quotidien, les petites misères et autres embrouilles. Que l'on se doit de profiter, au moins pour eux, pour ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir vivre ça, de l'excès de nourriture et l'excès de bien-être. Mais ça ne nous empêchera pas d'y penser, d'imaginer la galère d'un Somalien ou d'un sud-Soudanais, d'un Syrien coincé entre deux régimes tyranniques, d'une femme tabassée parce que c'est Noël et que c'est aussi sa fête, d'un enfant pleurant ses parents partis trop tôt. On pensera aux absents, à ceux qui n'ont pas eu le temps d'en profiter. On pensera aux présents, mais qui ne peuvent pas en profiter.
Je ne veux pas faire le curé ou le pape, pardonnez ce sermon un peu maladroit, mais je suis comme ça. Noël, je n'y arrive pas. Je fais les efforts, j'essaie comme je peux, je ris à la mauvaise blague d'un oncle et je mets une cuillère dans ma bûche. Mais tout ça me dégoûte un peu, tout ça a un goût de faux et d'injustice. Mais ça ne m'empêchera pas de vous le souhaiter. Avec une drôle de grimace. Joyeux Noël à vous.

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 16:09

Avançons un peu dans le temps. 31 mars 2015. Les écrits de l'agrégation d'histoire-géographie sont passés, je ne suis pas admissible. Plus de cours, reste simplement (sic!) ma rédaction de thèse. A Bordeaux. Ou...

C'est quelque chose qui me traverse l'esprit depuis plusieurs semaines maintenant, et peu à peu je commence à me faire à l'idée. Pour tout vous dire, c'est même une possibilité qui me plaît de plus en plus. Rentrer. Chez moi. A Tilques. Oué, ça semble cool, non ?
Je sais, ça fait déjà quelque temps que je n'habite plus là-bas. Mais ma famille est encore là. Mes amis dans les alentours. Alors pourquoi ne pas rentrer ?

Pour la thèse, il fallait que je valide 180 crédits ECTS. Depuis septembre, j'ai plutôt bien avancé de ce côté-là, et je pense pouvoir terminer cette contrainte administrative avant la fin du mois de mars. De ce fait, d'un point de vue strictement professionnel, enfin, universitaire, il n'y a pas beaucoup de raisons de rester. Mon laboratoire de recherche est cool, les gens sont sympas, mais quand on rédige une thèse ça n'a pas vraiment d'importance. Je me connais, j'ai besoin de concentration, de silence, et le labo n'est pas un environnement adéquat pour ma phase d'écriture. Bien sûr, il y a les livres de la bibliothèque. C'est peut-être le seul hic. Mais je ne les utilise pas non plus chaque jour, et je pourrai toujours bénéficier des prêts entre bibliothèque pour obtenir les ouvrages à Lille.

Surtout, ce n'est pas une volonté de quitter Bordeaux. C'est vraiment l'envie de rentrer chez moi.

Je me souviens bien de ma rédaction de mémoire. J'étais au bout de ma table, dans la salle à manger. C'était un environnement parfaitement adéquat.

Je me souviens aussi de ma phase post-rupture saison 2, et j'étais également à Tilques. C'est là où je me suis refait, où j'ai pu réfléchir à ce que je voulais vraiment. C'est cette période qui m'a convaincu que je devais partir à travers le monde. Tilques, c'est un gage de sérénité, d'équilibre. Quelque chose que je n'ai pas encore trouvé à Bordeaux, et que je ne conçois pas vraiment sans un entourage proche.

 

Bien sûr Tilques c'est un retour aux sources. C'est un retour dans ma famille, dont je suis éloigné depuis x années. C'est aussi un retour auprès des amis, avec qui j'ai réussi à garder les liens malgré les kilomètres. Ce fut un combat de chaque instant, de chaque semaine, mené par les deux partis. Néanmoins, j'ai parfois l'impression que certaines de mes amitiés se nourrissent plus du passé, des moments vécus, que du présent (et pour cause, je ne suis pas là). Et surtout, difficile de parler de futur, étant donné que pour moi le futur s'inscrit à plusieurs centaines de kilomètres.

 

Bien sûr il y a la solitude. La solitude bordelaise, ou kényane, ou de je ne sais où, est quelque chose qui m'atteint. C'est ainsi de ne pas partager sa vie avec quelqu'un. Certes mes colocs sont là (et ils sont supers), j'ai rapidement rencontré du monde. Mais l'amitié se construit avec le temps, au fil des années, au fil des moments passés. Je n'aurai sans doute pas la patience d'attendre. L'amitié avec les Erasmus a déjà une date d'expiration. Il faudrait alors tout refaire ensuite. De même dans mon laboratoire de recherche, où chaque personne après la thèse part vers d'autres horizons. Tilques, c'est totalement différent. Mes amis sont là, ancrés. Ils vont bien parfois jusque Lille, Arras ou Dunkerque. Mais ça reste à une distance convenable, on n'est plus loin des yeux à ce niveau là.

 

Mais est-ce que je ne vais pas vite me lasser de l'air tilquois ? Oui, sans doute. Je me connais, vous aussi, je suis un vagabond. Il faut s'y faire, il faut l'admettre, je n'arrive pas à rester un an au même endroit. Je m'ennuie trop vite. Je rêve toujours d'autres paysages. Mais ça n'empêche, j'ai envie de revenir. La période de Noël sera un bon test, je serai là deux semaines. Ce sera l'occasion de faire le point, d'analyser les points forts et les points faibles de cette décision. Mais je pense que mon choix est déjà en partie fait aujourd'hui. La preuve, je souris.

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 17:12

J'ai beau chercher d'autres moyens, je n'en trouve pas. La rupture. L'écriture.


Certes, ce n'est pas ma première rupture, mais celle-ci a un goût très différent. Une rupture d'un commun accord. Consentement mutuel qu'il dirait. Une prise de décision à deux. Mais ça n'empêche pas la souffrance. Ça n'empêche pas le déchirement. Ça n'empêche pas la tristesse ou la colère. Cette fois, ce n'est pas contre l'autre. Ce n'est pas contre soi. C'est contre la vie. C'est contre l'amour. On y croyait, une fois de plus. La relation impossible. La relation de rêve. La rencontre improbable. Le voyage de fou. Et la fin du voyage, près de trois ans plus tard.

Nous nous sommes séparés avec Alba. C'était il y a une semaine de cela. Je revenais de deux mois en Afrique. La distance, cette salope. Et je me prépare à partir un an à Bordeaux. La distance, cette salope. Nous n'y arrivions plus. Nous n'en voulions plus. Finies les larmes des départs, finie la tristesse des kilomètres. Finie la souffrance de l'éloignement. Aujourd'hui, nous choisissons la douleur de la rupture. La peste ou le choléra. Ebola et le chikungunya.

Alors il y a deux sentiments qui s'affrontent. Le premier, celui qui restera, c'est le bonheur. Le bonheur de l'avoir rencontrée. Le bonheur d'avoir croisé sa route. Le bonheur d'avoir emprunté avec elle les chemins d'Asie et d'Europe. Ce bonheur d'avoir connu l'amour, d'avoir tant partagé, d'avoir tant vécu. Les rires, les sourires, ses yeux. Cette fille est géniale. Elle le restera à mes yeux.

Bien sûr, ce sentiment est actuellement bien caché derrière la tristesse. La tristesse de lui dire au revoir. La tristesse de la quitter. La tristesse de quitter trois ans de vie, trois ans de souvenirs, trois ans de moments mémorables passés ensemble. C'était avec elle, c'était l'unique. Quand je parle de l'Asie, elle est partout. Quand je parle de l'Allemagne, elle est partout. Quand je parlerai de mes 25, 26 ou 27 ans, elle sera là. Elle a partagé ma vie, et elle hantera mes souvenirs. C'est ainsi, c'est la vie.

C'est la vie. Si vous voulez mon avis, la vie est quand même une belle chienne. Elle vous promet des histoires d'amour à la Disney. L'amour d'une vie. Sur le modèle de nos grands-parents, on croit encore rencontrer LA fille, celle qui partagera tout avec nous. Problème de génération, problème de notre temps : LA fille n'existe plus. Ou de moins en moins. On a toujours un exemple ou deux autour de nous. Mais pour le reste, c'est la foire à la rupture. On passe tous par là. Et on s'en remet tous ! C'est triste et salvateur à la fois.
Alors dire au revoir à Alba, c'est dire au revoir à cette idée dont je rêvais tant : l'amour de jeunesse qui devient l'amour d'une vie. C'est ma troisième rupture, avec mon troisième amour de jeunesse. Plus le temps passe, et plus l'amour est fort. Mais moins je crois à cette idée de LA fille, à cette idée d'UN amour. L'amour arrive. L'amour dure. Et l'amour s'en va. Trois fois.

Dire au revoir à Alba, c'est dire au revoir à ma copine. Je veux dire à ma meilleure copine. Celle avec qui je partageais tout. Celle à qui je disais tout. Celle dont je savais tout. Peu à peu, au cours de la relation, la petite copine devient la grande copine, puis la meilleure copine. Le temps passé ensemble, la confiance qui s'installe, le partage... on passe forcément à ce stade. Et si je me suis fait à l'idée de dire au revoir à l'amour, une fois de plus, j'ai encore beaucoup de mal à me faire à l'idée de perdre ma meilleure copine. Pire encore, je déteste l'idée de dire adieu à une fille avec qui je viens de passer trois ans. Et le pire du pire, c'est que je sais que c'est inévitable.  


J'ai passé presque deux ans avec Amélie. J'ai passé presque deux ans avec Laura. Est-ce que je les revois aujourd'hui ? Non. J'ai recroisé Amélie une fois ou deux, il y a de nombreuses années. Je n'ai jamais recroisé Laura. Tu passes donc des années de ta vie avec quelqu'un, tu partages tout. Et du jour au lendemain, il n'y a plus RIEN. Plus de présence. Plus de conversation. Plus d'échange. Rien. Le vide. Adieu.

Le vide. C'est une sensation que je n'avais pas éprouvé depuis... bah depuis ma dernière rupture. La solitude, un peu (je suis bien entouré). Et le sentiment d'être perdu. Voilà, c'est ça. Avec Alba, je n'étais pas perdu. Je savais qu'elle était là. C'était un peu mon ancre, la seule chose dont j'étais à peu près sûr pendant près de trois ans. Aujourd'hui, l'ancre n'est plus là, et mon radeau de vie est au milieu de l'océan. Je ne sais plus trop quelle direction prendre. J'avais fait des plans. Mais des plans à deux. Est-ce que ces plans me conviennent toujours seul ? Non, clairement. Car quand on est seul, on n'a moins envie de se poser. Une idée me trotte déjà en tête : repartir. Voyager. Et fuir un peu, de cette façon, cette rupture.

Avec le temps va, tout s'en va. L'amour. Et la tristesse. Nous nous en remettrons. C'est ce que je lui souhaite. C'est ce que je me souhaite. J'ai toute une vie à réorganiser. J'ai une thèse à écrire. J'ai un déménagement à faire. Bordeaux. Tout ça évitera de me faire trop cogiter. Tout ça me permettra de reprendre un peu de goût à la vie. Et un jour, goût à l'amour. Mais pas maintenant. Il me faudra un peu de temps. Patience. Wir müssen geduldig sein.


D'ici là, je penserai à toi, souvent. Une chanson. Un film. Une phrase. Un bruit. Un paysage. Toutes ces petites choses de la vie qui me rappelleront ton souvenir. Qui me rappelleront le bonheur. Et ton sourire, ton rire. D'ici là, je penserai à cette rupture. J’essayerai de la comprendre. J'essayerai de l'expliquer, aux autres, autant qu'à moi. Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ? Qu'est-ce qui nous a éloigné ? Qu'est-ce qui nous a fait nous quitter ? Pourquoi l'amour est mort ? Pourquoi la vie est triste ? Et peu à peu, je ferai le deuil. Je passerai par différents stades, de la tristesse à la colère, de l'envie d'isolation à l'envie de sortir à outrance. J'aurai à de nombreuses reprises ce mal de ventre au moment de lire un de tes messages. J'aurai même les larmes aux yeux, parfois. Et puis ça ira, un jour. Ça passera. C'est la vie, c'est ainsi. C'est la rupture. C'est un au revoir. Mais pas un adieu. Car on se retrouvera, un jour. Et on reparlera de tout ça, avec le sourire. Nos souvenirs. Ce coup de foudre. Une princesse. Un amour.

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 11:35

5 mois déjà depuis notre séparation. 5 mois sans tes rires et tes larmes, tes yeux azur et cheveux de princesse. 5 mois où la tristesse et les larmes sont venues, à intervalles réguliers. Et peu à peu, espacés.

 

Je ne pense jamais avoir autant aimé quelqu'un. Je ne pense jamais avoir autant pleuré quelqu'un ! Et malgré tout, je t'oublie.

C'est un mal pour un bien, une quasi-nécessité, et je ne peux m'empêcher d'être triste en y pensant. Je suis triste d'être capable de t'oublier. Je suis triste d'avoir eu raison. Je suis triste que nous ayons pris la bonne décision. Notre amour était donc en perdition. Pas assez fort. La preuve, je ne pense plus à toi chaque jour. Je ne m'endors plus en susurrant ton nom. Je commence peu à peu à oublier tes traits, ton visage et même ton rire. Je hais à cet instant ma mémoire si fragile, et mon cœur, si faible. Et je les remercie.

 

Schizophrénie, cet article est fait en ton nom. J'ai perdu ma faculté à jouer cet air que tu m'as appris avec patience au piano. C'est comme si mes mains ne voulaient plus se souvenir. Il y a au fond de moi cet être qui veut tellement t'oublier, qui hésite à te supprimer, qui ne souhaite plus entendre ni de toi, ni de tes actes. Et il y a l'autre, heureux d'avoir de tes nouvelles, se demandant ce que tu fais, à quoi tu penses, et avec qui.

Il y a le lucide sans cœur et le romantique plein d'espoir. Et peu à peu, l'un des deux l'emporte.

 

Cet espoir fou reste avec cette idée d'Erasmus à Bordeaux. Sans cela, je ne l'aurais pas/plus. Dangereux, sans doute. Il me faudrait lire ou entendre ce renoncement, cette impossibilité pour toi. Ta décision de ne pas le faire, ou autre part. Car le romantique s'accroche à ce minime espoir. Il est tombé du grand arbre de l'amour et reste désespérément accroché à la dernière branche, un mètre au-dessus du sol, espérant encore pouvoir remonter. Il regarde en bas, et ne veut pas toucher le sol.

Le lucide, lui, essaie de t'oublier chaque jour. Il se rappelle le pourquoi, et le comment. Il se souvient que la vie est longue, et belle, même sans toi. Il ne veut pas t'oublier pour autant, pas totalement, et souhaite que tu ornes les plus belles pages de ses souvenirs. Mais que tu restes dans le passé.

Le romantique pense encore à l'avenir. Il voit dans les plus belles histoires de la littérature ou du cinéma des exemples. Il se souvient de ces êtres séparés des mois, ou des années, par la guerre, la distance, capables de s'aimer à nouveau pour deux éternités.


Alors, si je suis capable de t'oublier, peu à peu, je sais que je ne pourrai pas oublier ce rêve fou d'un amour infini. Et tu en fais partie, encore aujourd'hui.

 

A cette amitié impossible.

 

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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 21:02

C'est important pour moi d'écrire cet article dans un moment où je me sens bien, parce que je sais qu'écrit dans une période de doute ou de tristesse, il pourrait être très (trop) sombre.

 

On a tous nos hauts et nos bas, moi le premier. J'ai un petit problème, c'est que les miens ont tendance à avoir une très grande amplitude. Quand je suis heureux, c'est loin d'être un problème. Je vole, je suis le roi du monde, l'avenir est à moi, tout est possible dans la vie. Le problème, c'est quand je suis malheureux. Là, c'est le crash, je suis un moins que rien, tout est foutu, la vie ne sert à rien.

 

C'est à partir de ce point de départ là que mes idées s'enchaînent et que mon comportement me fait un peu peur. Merde, je commence à avoir les larmes aux yeux alors que j'étais tout joyeux dix lignes plus haut. Mais le fait d'écrire ces quelques mots me rassure un peu (pas vous peut-être), ça prouve que je garde une certaine objectivité sur moi-même. N'est-il pas plus dangereux de ne pas s'en rendre compte ? Le malade est surtout malade tant qu'il refuse de l'admettre. A partir du moment où il le dit, c'est un pas vers la guérison.

 

Alors ceci sera un petit pas pour l'humanité, mais un grand pas pour moi. J'ai des pensées suicidaires. Rarement, c'est vrai. Mais sur le dernier mois c'est revenu plusieurs fois, trop à mon goût. Surtout, alors que d'ordinaire ces pensées passent assez vite, elles ont de plus en plus tendance à rester longtemps en ma compagnie. Ces pensées ne sont pas quelque chose de nouveau, cela fait des années que ça me travaille. Déjà, dans ma jeunesse, je voyais dans le suicide la fin des souffrances. Aujourd'hui, je ne le vois plus ainsi, puisque ça serait le début d'une vie de souffrance, pour les autres. Et mon amour pour la famille et les amis, à défaut de la vie, me rappelle alors à mes obligations, et à cette interdiction. Ne pas faire de connerie.

 

Bon, là j'ai un peu peur de votre réaction en lisant l'article. Je pense à ma mère en particulier, qui s'inquiète déjà quand je prends un avion, au reste de ma famille et aux amis. Mais reconnaissons que c'est tout de même mieux que je l'écrive, au lieu de le garder pour moi. C'est que je ne suis pas complètement malade, non ? En fait, j'écris aussi cet article pour me rassurer, pour « espérer » que ce n'est pas que moi, que ce genre de pensée nous traverse tous un peu l'esprit. Non pas que je souhaite créer un groupe de suicidaires anonymes, mais j'aimerais bien entendre d'autres récits que le mien. Ça m'aiderait peut-être à « normaliser » mes pensées, à me dire que je ne suis pas tout à fait seul (oui, même dans ce moment là je crains la solitude plus que toute autre chose).

Finalement, pour vous rassurer un peu plus encore, sachez que ces pensées se sont éloignées ces deux dernières semaines. Je pense être sur la voie du rétablissement, dans cette drôle d'ère qu'est toujours la post-rupture.

 

Je ne sais pas comment finir cet article. Allez, tiens, une citation : « Il est si orgueilleux qu'il se suiciderait pour se rendre intéressant ». Jules Renard.

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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 20:38

La vie est un éternel apprentissage, surtout sur soi-même.

Il y a quelques minutes de cela, ma sœur, toujours pleine en bons conseils, m'a rappelé que je devais rester un peu seul, à savoir célibataire. Pourtant, elle sait déjà que je n'y arriverai pas. Je hais le célibat, je hais la solitude.

Nous ne sommes que les produits de notre enfance. Un peu développés certes, abîmés parfois, mais la base de notre personnalité remonte à cette époque. Et mon enfance se caractérise par ce surplus de solitude. Alors que beaucoup d'enfants rêvent d'avoir leur propre chambre, j'ai toujours jalousé mes sœurs qui, à deux dans une chambre, pouvaient converser de longues heures avant de s'endormir. J'ai souvent voulu les rejoindre (on m'a souvent rejeté), j'ai parfois écouté à la porte, ou en ouvrant mon armoire, pour mieux les entendre.

Moi, de mon côté, je restais seul, avec mes peurs, mes espoirs, mes envies ou mes rêves. Je n'avais pas de réel confident, cachant souvent aux copains la plus grande partie de ma personnalité. C'est toujours en partie le cas.

C'est seulement à l'arrivée d'une copine que j'ai enfin pu me dévoiler, à 99%. 100% c'est difficile, on a toujours une part d'ombre ou de secret, qu'il vaut parfois mieux garder. Mais ça n'en restait pas moins un grand changement pour moi. Et c'est pour ça que je confirme en partie les propos de ma sœur, à savoir que je ne sais pas rester seul, car j'ai passé trop longtemps à l'être.

 

C'est aussi le souci d'avoir eu sa première copine à un âge avancé.

Le collège. Le lycée. Et pas une seule fille embrassé.

On commençait à susurrer ma possible homosexualité.

J'ai donc de ce temps à rattraper.

 

Je ne me suis jamais senti beau. A mon jeu favori de la notation, je m'imaginais loin de la mention bien. Mais comme on en parlait récemment avec une bonne amie, le fait d'être en couple, qui plus est avec une jolie fille, augmente ma note. Non pas que ça me change physiquement. Mais mentalement. Je vais me sentir beaucoup mieux dans ma peau, avec plus confiance en moi. C'était le gros problème de mon adolescence, cette absence de confiance. Et j'ai un peu peur qu'un temps de célibat prolongé ne me ramène à ce point.

Bref, tout ça pour m'écrire à moi-même. La solitude peut avoir du bon. Faire le point, réfléchir. Ne le crains pas trop. Ne te jette pas tête baissée dans une relation pour l'éviter. Tu risquerais de blesser quelqu'un. Tu as la vie devant toi. Tu as d'autres choses à faire, à connaître. Mais si ton bonheur passe par là, alors n'hésite pas. Puisque l'happiness only real when shared. Ta leçon de jeunesse. Ta leçon de vie.

 

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 10:24

Deuxième petit-déjeuner tout seul. Drôle de sensation.

 

Pau, 8 heures du matin, lundi. Une trentaine de doctorants attendent un bus. Pour avoir passé à Pau trente heures en deux ans, je ne connais personne.

Pau, 19 heures, vendredi. Une trentaine de doctorants descendent du bus. Pour avoir passé une semaine à Arantzazu, je connais tout le monde.

Pour comprendre ce qui s'est passé aux Doctoriales d'Arantzazu, il faut l'avoir vécu. C'est un peu comme Erasmus. D'ailleurs, l'ensemble de cette semaine fut un peu comme Erasmus.

 

Les Doctoriales ont d'abord une vocation « scientifique ». Je mets des guillemets à scientifique, parce que sur place, on était tout de même très loin de la thèse. « Le leadership ». « Le management ». « Les prototypes ». « Vendre son projet ». Bienvenue dans le monde anglo-saxon des séminaires d'entreprises. Encore un peu et je revoyais les winners et les losers de Little Miss Sunshine. Mais il y a plus drôle :

 

Doctoriales 2014, Erasmus 2.0.

Une architecture de spaghetti, avec un marshmallow tout en haut. L'objectif est d'aller le plus haut possible. Rapport avec la thèse ? Limité. Nous travaillons en groupe sur des projets, souvent d'une très grande importance : trouver dix objets dans la nature, faire de la pâte à modeler, jouer aux Lego, gonfler des ballons. Les boissons auraient été versées dans des biberons qu'on n'aurait pas été plus surpris que ça !

 

Au-delà de l'intérêt scientifique limité, il y a le reste. Arantzazu, c'est ça.

Doctoriales 2014, Erasmus 2.0.
Doctoriales 2014, Erasmus 2.0.

Un monastère, construit en plein milieu des montagnes du pays basque espagnol. On se demande parfois ce qui passe dans la tête des humains au moment de construire de tels bâtiments. Le lieu est magnifique, on respire comme rarement. Mais du coup, on est au milieu de rien. Le village le plus proche est à 5 kilomètres, et il n'y a pas de transport en commun. On sera donc coincé cinq jours dans ce monastère, l'hôtel adjacent et le centre de conférence. Les doctoriales peuvent vraiment commencer.

En plus de quarante Français, il y a quarante Espagnols. Forcément, ça me plaît. La langue est l'anglais, avec du franglish, du spanglish, et aussi du frangnol. Le langage des mains retrouve des adeptes. Nous sommes donc 80, nous mangeons chaque repas ensemble, nous dormons ensemble... et plus, si affinité. Les soirées me rappelleront les bonnes vieilles house-partys d'Erasmus. Au niveau -1 de l'hôtel, une pièce est la nôtre. Le vin est compris dans les repas, les réserves se font pour le reste de la nuit, il coulera à flots. Toutes les nuits, nous nous retrouvons. Et tous les matins, nous nous réveillerons. Rythme dangereux, K.O. assuré sur le long terme.

Doctoriales 2014, Erasmus 2.0.

Alors au moment de les quitter, ce fut bizarre. J'avais envie de tous les enlacer, de tous les embarquer avec moi jusqu'à Bordeaux. Allez les gars, faites pas les cons, on reste ensemble ? La thèse, franchement, qu'est-ce qu'on s'en fout ? On réussira bien une carrière dans l'architecture de spaghetti ou la construction de Lego. On peut se reconvertir dans la cuisine à l'huile, la fabrique de fromages ou les conférences sur Machiavel. Restez ! Revenez ! Me laissez pas !

 

Les doctoriales d'Arantzazu, ce fut un beau coup de cœur. Un petit truc que je n'avais pas ressenti depuis quelque temps. Une envie de repartir en voyage, de découvrir Beyrouth. L'appel du large, l'envie d'aimer. L'envie de vivre. Une résurrection. A en devenir religieux. Erasmus, sacrée religion.

 

Doctoriales 2014, Erasmus 2.0.
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