1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 07:19

En direct de ce bon vieux train SNCF direction Lille Europe. La verdure a repris ses droits, les nuages aussi mais j'avoue que l'air pollué d'Addis ne me manque pas.

 

Question que l'on peut me poser parfois, combien coûte un mois de voyage ? Réponse cette fois-ci avec l'Éthiopie ? (je vous ai déjà donné bien des détails sur le coût de la vie en Asie du Sud-Est)

Tout d'abord, l'aller-retour avec Qatar Airways : 542,36€. Sans surprise, c'est la dépense la plus importante. Difficile d'y échapper, sauf à prendre un vieux radeau en Italie et essayer de traverser vers la Libye (mais les gens qui effectuent le trajet inverse vont vous prendre pour un cinglé)

Le train de Saint-Omer jusque Charles de Gaulle : 19 + 31,60€ = 50,60€. J'ai fait jouer un bon que j'avais à ma disposition depuis l'année dernière pour l'aller. A noter qu'à l'aller je bénéficiais de la carte 12-27.... et plus au retour ! (les joies de vieillir!)

Le visa : 48€. Un mois touriste. Les visas pour l’Éthiopie peuvent être assez galère à obtenir, et surtout à faire prolonger (encore plus pour les visas business).

 

Échange d'euro sur place : 60€. Mon premier échange s'est fait à l'aéroport (car par le choix). Le second s'est fait en centre ville, au marché noir ! (le taux d'une banque pour un euro est de 20,4 birr ; au marché noir, un euro = 22,50 birr!)

Retrait : 91,51+5,76€ : 97,27€. Les joies des frais bancaires (oui, je sais, je dois changer de banque).

 

Au total, j'ai donc dépensé 800€. Une somme raisonnable quand on est un étudiant comme moi.

 

Quel est le secret pour dépenser 157€ sur place ?

Les joies du Couchsurfing. Pas d'hôtel, pas de loyer : logement gratuit. Surtout, Couchsurfing m'a vite permis de connaître les prix locaux, et de ne pas me faire avoir comme la plupart des blancs au départ. J'ai payé quatre taxis, dont deux pour l'aéroport (23€ en tout). Le reste du temps, j'ai pris les transports en commun. Bon, c'est folklorique parfois. Je me suis notamment retrouvé dans un bus debout, le prix du ticket était de 1 birr (6 centimes d'euro). Le seul problème, c'était ma taille, je faisais environ 20 centimètres de trop. J'ai passé le voyage avec la tête repliée sur mon épaule, au grand amusement des Éthiopiens qui m'entouraient. Le reste du temps je payais environ 2 birr pour chaque trajet de bus.

Niveau nourriture, j'ai commencé par manger pour 2€, voir 2,50€. A la fin de mon séjour je mangeais pour un euro. On apprend peu à peu à reconnaître les endroits les moins chers (et pas forcément les moins bons). Je mangeais chaque midi au restaurant, le soir on cuisinait régulièrement avec mes Couchsurfers.
Mes petits plaisirs étaient limités à :

  • un jus de fruit frais (une dizaine au total, à 80 centimes le jus).

  • me connecter à Internet pour vous donner quelques nouvelles ou en prendre (j'ai dû dépenser une petite dizaine d'euro sur le mois)

 

Bon, j'étais loin de l'ambiance voyage à travers le pays, on prend des bus, on visite, etc... Je suis resté tout le mois à Addis Abeba (parce que pas trop le choix), ce qui a limité le coût de mon séjour...

 

...mais pas forcément le plaisir. J'avoue que j'ai passé un bon mois. Ma colocation fut essentielle, mon travail aussi (merde, on peut prendre du plaisir en travaillant, je crois que je passe du côté obscur de la force!). Ma dernière journée fut de noter les petits détails qui ont marqué le séjour : la petite musique des peseurs dans la rue (oui, ils sont nombreux et leur métier est de peser les gens dans la rue ; tu donnes 20 centimes et le monsieur te pèse et te mesure!), les signes de croix des gens dans le bus à chaque fois qu'ils passent devant une église (et le signe de croix des orthodoxes est répété trois fois!), la musique de Janis Joplin dans l'appartement, le thé du centre français et les deux tortues qui s'y baladent. Ces petites choses qui ont fait ma routine et un peu de mon bonheur là-bas.

Prochain voyage dans.... 20 jours ! A suivre...

Un mois en Éthiopie, combien ça coûte ?
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 08:57

Il y a dix ans de cela, d'immenses manifestations se sont déroulées à Addis Abeba, Éthiopie. Des manifestations qui ont pris un tour violent : de 200 à 400 personnes ont été tuées.
Mercredi 22 avril, trois jours après l'annonce de l'assassinat de 27 Éthiopiens par l’État Islamique, une immense manifestation a été organisée par le gouvernement. En vérité, cette manifestation a surtout pour but de réguler la colère qui s'est emparée de la population. Des Éthiopiens sont tués au Moyen-Orient, des Éthiopiens sont tués en Afrique du Sud. Et aujourd'hui, des migrants éthiopiens sont tués en Libye. « Et que fait-le le gouvernement ? » C'est la question que l'on pose beaucoup ici. La veille, mardi 21 avril, alors que je rentrais à pied vers chez moi, j'ai observé une route coupée, et une grande foule rassemblée. Cette route, c'est celle de l'une des familles des victimes.

Alors en ce mercredi 22 avril, à Meskel Square, c'est la foule des grands jours. Enfin, faut dire qu'il n'y a pas trop le choix. La police vous invite gentiment à aller à la manif, fait le tour des quartiers et rassemble tout le monde. Comme à chaque fois que le gouvernement veut quelque chose, il l'obtient. Et si vous n'y allez pas, c'est sûrement que vous êtes dans le parti d'opposition. Et là, forcément, vous aurez des problèmes.

Le premier ministre commence son discours. Mais au lieu de parler des événements de Libye, il évoque le développement du pays, le terrorisme intérieur, les élections à venir... la foule hurle son mécontentement. Ça ne se fait pas ici. Les religieux au premier rang de la manifestation quittent les lieux. L'ambiance se tend, et la foule se rue vers le premier ministre, qui se met à bégayer.
Et comme au bon vieux temps, la police arrive, et stoppe les manifestants. Si la police n'avait pas été là ? « Le premier ministre était lynché » selon un manifestant. Les policiers déjà bien tendus commencent à jouer de la matraque. Ça cogne dans tous les sens, les femmes et les enfants d'abord. Les manifestants répliquent avec le lancer de pierres. L'intifada est dans la place mais le rapport de force est déséquilibré. Des gens sont à terre, ça frappe avec les chaussures. Le matos de la police est magnifique, tout neuf.

 

Des manifestants vont se réfugier dans l'église. Ils y restent deux heures, le temps que ça se passe. La police n'oserait pas rentrer, sinon le lendemain il y a une révolution (le poids de l'église orthodoxe est très important dans le pays). En sortant, on peut voir 1600 policiers, alignés en deux lignes de 800. En passant devant le Hilton, dans les jardins de la Bank of Ethiopia, des journalistes blancs sont pris à parti par le police. Même scène, les journalistes à terre, la police qui frappe de bon cœur.

Autour de l'université l'armée est également déployée. Interdiction de sortir. C'est pareil dans les universités du nord du pays. Il y a dix ans, les grosses manifestations avaient débuté dans les universités, on ne prend pas de risque.

Mercredi après-midi, je reçois un mail de l'ambassade comme quoi il ne faut pas se rapprocher de la manif. Ils sont marrants, et en retard de plusieurs heures. La manif est terminée. Les rumeurs annoncent deux morts, mais pas de bilan officiel. Le nombre de blessés est également inconnu. Les vidéos font le tour de la toile. Mais le gouvernement les regarde également avec beaucoup d'attention.

Vendredi soir. Panne de courant géante. Enfin, on croit. Mais dans le même temps, grosse vague d'arrestations (300 personnes ? Plus?) dans les parties d'opposition, notamment chez le « Blue Party ».

 

Des élections ont lieu le mois prochain. Pas de suspense, le parti au pouvoir FDRPE va gagner. Vive la démocrature.

Un mois en démocrature : les manifestations de Meskel Square
Un mois en démocrature : les manifestations de Meskel Square
Un mois en démocrature : les manifestations de Meskel Square
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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 10:19

Miam Miam Miam. C'était l'idée que j'avais avant mon départ, enchanté que j'avais été par ma première expérience de nourriture éthiopienne à Kigali. Et je ne suis pas déçu, au contraire ! Je peux même affirmer que c'est le pays africain où j'ai le mieux mangé. Non pas que mon expérience soit si importante, mais entre le fameux « y'a pas » burundais (« je vais vous prendre ça sur la carte »... « y'a pas ».... « et ça ? ».... « y'a pas »... « bon bah brochette, comme hier ! ») ou le haricot-riz kényan (et ce chaque jour!) la concurrence n'était de toute façon pas extraordinaire !

La nourriture éthiopienne

La nourriture éthiopienne se résume à un plat : l'injera (à droite). L'injera est une galette à base de teff. Qu'est-ce que le teff ? Bonne question ! Le teff est en fait une herbe originaire d’Éthiopie (de la famille des Poacées), cultivée comme céréale. A noter qu'elle ne contient pas de gluten !

Toujours est-il que cet injera est la base de la nourriture éthiopienne. Au sens figuré comme au sens propre, puisque l'on met l'injera dans une grande assiette, et que l'on rajoute par-dessus le reste de la nourriture. L'injera est donc la base, mais c'est aussi la fourchette et le couteau ! Oui, l'injera sert à la fois de couverts et de récipients ! L'idée est de prendre un morceau d'injera avec votre main droite (car manger de la main gauche est malpoli, ce qui est super-méga pratique pour moi et ma main droite un peu handicapée), et d'attraper un peu de nourriture avec ce morceau. Et puis vous approchez le tout de votre bouche... (enfin bref, je ne vous apprendrai pas dans cette article comment manger!).

La nourriture éthiopienne

L'accompagnement le plus consommé (et le moins cher) est le chiro. Le chiro, c'est cette sauce rouge que vous voyez au centre de la photo. Elle est composée d'ail, de tomates, d'oignons, d'ail, d'épices, d'ail (quoi je l'ai déjà dit?). Bref, mieux vaut aimer un mélange détonnant !

La nourriture éthiopienne

Ici, c'est l'injera bejainet. Là, on est dans le top niveau. Vous avez des lentilles, du riz, des légumes, d'autres sauces (en plus du chiro), des piments. Parfois des pâtes, des patates. Mon préféré. Vous avez aussi des injera avec de la viande (doro = poulet, siga = viande). Mais j'admets que pour le végétarien que j'essaie d'être, l’Éthiopie est le pays parfait ! Ce qui n'empêche pas de voir des découpes de viande par dizaines, même en bas de chez moi, accrochées à un poteau !

La nourriture éthiopienne

Les boucheries valent le coup d’œil, puisque faute d'équipement réfrigéré, la viande est entreposée à l'air libre. Quand il fait très chaud comme ici chaque jour, ça donne une odeur sympa. Surtout, c'est le spectacle du boucher avec son fouet qui chasse les mouches qui vous convainc une dernière fois qu'être végétarien c'est cool !

La nourriture éthiopienne

L’Éthiopie c'est aussi le pays du bunna. C'est à dire le café. Je pense que vous ne pouvez pas dire avoir vu un peuple aimant le café si vous n'êtes jamais allés en Éthiopie. Bon, à la base on pense que la plante du café est née dans les hauts plateaux éthiopiens. Tous les buveurs de café que j'ai rencontrés ici confirment qu'il est délicieux. C'est toute une cérémonie, puisque le café est préparé dans une jebena, une cafetière locale. Elle chauffe devant vous et l'or noir (l'autre!) coule abondamment. Ils sont tellement dingues de café qu'il existe même un préservatif au goût café (pas testé cependant!) !

La nourriture éthiopienne
La nourriture éthiopienne
La nourriture éthiopienne

Je vous parle du café, mais je dois aussi mentionner le thé, le meilleur que j'aie bu dans ma vie (?). Ils font ce thé à la cannelle (et j'adoooore la cannelle) méga-sucré que je bois chaque jour. Et puis les jus de fruits frais.... ici un mélange papaye-mango-ananas. Coût 80 centimes. Il faudrait être fou pour s'en priver !

La nourriture éthiopienne
La nourriture éthiopienne

Enfin, il y a les épices. C'est un régal pour les papilles, mais aussi pour le nez. Et je pense que pour les yeux, ça rend pas mal non plus !

La nourriture éthiopienne
La nourriture éthiopienne
La nourriture éthiopienne

Convaincu

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 12:59

Après la folle église, voici la deuxième histoire un peu extraordinaire de ce voyage en Éthiopie : un mariage ! Ce n'est pas mon premier mariage à l'étranger, puisque je me suis déjà retrouvé à un mariage au Vietnam, l'une des histoires les plus dingues de ma courte vie. Chose amusante, ce mariage a débuté de la même façon : une invitation grâce à Couchsurfing, et un déplacement en tuk-tuk, moyen de locomotion que je n'avais pas encore vu ici.

Se marier en Éthiopie

Same same, but different. Tout d'abord, je me retrouve en pleine campagne d'Addis. Fini les voitures à tout va, on croise des ânes, des vaches et des charrettes le long de la route. Pas désagréable. Arrivé au lieu de la cérémonie, on se retrouve assis au deuxième rang. Oui, nous sommes blancs, donc VIP. On a beau insister, ça serait vraiment malpoli de reculer de plusieurs rangs. Chose assez folle, on a confirmé notre présence ce matin : pas de problème ! Imaginez en France ajouter 3 couverts le jour même du mariage : une prise de tête assurée ! (oui, j'ai déjà vu quelques personnes organiser leur mariage, et ça n'a pas l'air très amusant!).

 

Le lieu de la cérémonie est en fait une simple cour. Des bancs et chaises ont été installés, et au fond un grand canapé. Oui, ce mariage sera assez différent de nos normes.

Se marier en Éthiopie

La mariée est déjà là. Elle est « cachée » dans une petite pièce derrière le canapé. Mais nous sommes des VIP, et on se retrouve à faire des photos avec elle. Forcément tout le monde ricane, mais on commence à en avoir l'habitude.

Se marier en Éthiopie

Question : où est le marié ? On est en Afrique, on a le temps. Le marié est en retard d'une heure, et ça n'a l'air de déranger personne ! J'en profite pour prendre en photo un garçon d'honneur en tenue traditionnelle.

Se marier en Éthiopie

Le marié finit par se présenter avec une heure trente de retard sur l'horaire prévu. J'ai l'impression qu'il a vingt ans de plus qu'elle ! Il va chercher sa belle et tendre, et les deux futurs époux s'assoient dans leur canapé.
 

Se marier en Éthiopie

S'en suit une cérémonie bizarre où l'on ne comprend pas grand chose, si ce n'est les amen. Les mariés se lèvent, et vont vers le buffet. Ils se servent, et mangent devant nous. Personnellement, à 15h, après 2h30 à attendre sous la chaleur locale, les regarder boire et manger ne me fait pas rire ! Moi aussi j'en veux !
 

Se marier en Éthiopie

Un peu de patience et c'est notre tour. On se régale comme souvent dans ce pays (le prochain article portera d'ailleurs sur la nourriture locale). Et puis c'est le tour de danses et de chants. J'avoue ne pas très bien connaître les tubes éthiopiens et comme de toute façon je ne sais pas chanter... (true story!)

Ensuite une autre cérémonie : les mariés vont vers les parents de la mariée, et lui remettent des cadeaux. En parlant de cadeaux, les voici qui arrivent. On ne les ouvre pas aujourd'hui, mais on annonce ce qu'il y a dans l'emballage (bon ça ne sert à rien de dire une télévision plasma si ton emballage fait 10 centimètres de long, ils ne sont pas idiots!)

Nous sommes bien installés, la musique est sympa, mais on doit changer de lieu ! On part en voiture direction une espèce de parc de jeux. Arrivés là-bas, il n'y a pas d'électricité ! Embêtant pour la musique ! La cérémonie (encore!) devait se faire à l'intérieur, dans un lieu assez romantique. Finalement on passe à l'extérieur.

Se marier en Éthiopie
Se marier en Éthiopie

Nouvelle cérémonie religieuse (je vous passe les détails), les bagues sont échangées, et ils sont bel et bien mariés ! Il est 19h ! Les gâteaux ont été installés par un type qui n'a pas franchement l'air sympa, mais ça ne gâche pas la joie des mariés. Les cons, ils ne savent pas que dans deux ans ils divorcent ! (rabat-joie, moi?)

Se marier en Éthiopie
Se marier en Éthiopie

A 20h30 tout le monde s'en va, la nuit tombe, et il faut rentrer sur Addis. Nous en profitons pour boire un verre avec les demoiselles d'honneur avant de signer sur le livre du mariage. A noter la photo officielle du mariage, en mode je suis le marié, je suis le boss !

Se marier en Éthiopie

Le bilan est mitigé. Très intéressant, mais moyennement funkie. Je pensais pouvoir me trémousser et enflammer le danse-floor, c'est raté ! Mais je garde précieusement la photo que l'on m'a donné des mariés, Kiya et Biruk, 11 juillet 2007 (date locale!). Et je me dis que ce samedi, il y a un autre mariage, où l'on est également invité !

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 09:02

Certes, j'ai déjà mis les pieds à l'Assemblée Générale de l'ONU. J'ai même posé sur le pupitre et me suis assis sur le siège de la France. J'y ai même emmené mes sœurs, Bubu, Olivia et Lucas. Mais ce n'était pas vraiment grâce à moi, mais à Elle.

 

Aujourd'hui, ce fut différent. Cette fois, ce n'est pas l'ONU mais l'UA, l'Union Africaine, et son conseil paix et sécurité. Je m'y retrouve grâce au directeur de l'institut où je travaille en ce moment. Il a été invité pour une réunion du conseil à l'initiative du GIZ allemand. Le sujet porte sur l'architecture paix et sécurité de l'Union Africaine, et comme c'est un peu mon dada du moment, je me retrouve dans les invités.

Nous arrivons dans les locaux de l'Union Africaine, où j'ai déjà passé quelques heures la semaine dernière pour des entretiens. La branche paix et sécurité de l'UA va bénéficier dans quelques mois de nouveaux locaux, construit par le GIZ allemand (les bâtiments de l'UA ont eux-même été construits par la Chine...). Notre réunion se déroule donc dans l'ancien hall, dédié aujourd'hui aux seules questions de paix et de sécurité.

 

Le conseil paix et sécurité de l'Union Africaine : diplomatie et roupillon

Je me place derrière le représentant français. Au centre de l'assemblée, les délégués africains (pas tous présents cependant). Tout autour du centre, les délégués associés, les « partenaires », c'est à dire en gros tous les bailleurs : pays occidentaux et la Chine.

Le conseil paix et sécurité de l'Union Africaine : diplomatie et roupillon

Le sujet a l'air très intéressant. En vérité, je vais m'ennuyer comme rarement. L'UA partage avec l'ONU cet art de faire des phrases qui ne disent finalement pas grand chose, et surtout qui ne fâchent personne. C'est ce qu'on appelle la diplomatie. Les résultats du GIZ sont « légers », très convenus, et ne font pas du tout avancer le schmilblick. Il faut dire que le travail a été sous-traité à une entreprise aux Pays-Bas, entreprise qui n'a pas mis les pieds en Afrique avant la cérémonie du jour ! Pour un sujet qui porte sur l'Afrique, c'est un peu gênant. Encore plus quand le représentant de cette même entreprise explique « j'ignorais que l'UA faisait autant de choses dans le domaine de la paix et sécurité » (sic!). Toutefois, les délégués africains ne manqueront pas de « remercier » l'Allemagne pour ce travail. L'Allemagne reprend la parole, et « remercie » l'ensemble des délégués africains de leur intervention. Puis pendant deux minutes, l'Allemagne va remercier un à un les délégués de leur intervention (ne croyez pas que c'est moi qui radote!).

 

Bon, il n'y a pas que moi qui m'ennuie sévère. Le délégué de la Guinée-Bissau profite de la réunion pour effectuer sa sieste du jour, tandis que beaucoup sont sur leur smartphone, Ipad ou ordinateur. Le seul effet positif pour moi aura été de grappiller deux cartes de visite pour organiser d'autres interviews sur mon sujet cette semaine. Et d'avoir un verre gratuit et quelques petits fours à la sortie. UA, ONU, drôle de ressemblances [comme le dit un délégué français ici, on est « déniaisé » des espoirs que l'on porte parfois dans les instances internationales].

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 10:12

Dimanche c'était Fassika, c'est à dire la Pâques orthodoxe. Je ne suis pas spécialement croyant, mais je ne suis pas spécialement athée non plus. Je me laisse donc facilement entraîner par mon hôte vers une église locale. Je sors la chemise pour l'occasion.

Forcément, nous sommes les deux seuls « farengis » [blancs], et on nous regarde avec des yeux de merlans frits. Je rentre dans l'église, et vient vers moi un homme qui est chargé de nous placer. Les filles et les garçons sont séparés, premier gros changement ! Étant blanc, j'ai le droit à une place VIP que je n'avais pas demandée : quatrième rang ! Bon, je ne me plains pas non plus, ça va me permettre de mieux observer le fonctionnement.

 

Tout d'abord, le pasteur est sur une immense estrade. Il y a un écart vraiment impressionnant, il surplombe la foule. Derrière lui une immense croix rouge. Pour l'Occidental que je suis, ça fait bizarre. Et je suis loin d'être au bout de mes surprises.

Une église africaine : la folie

Le pasteur ne fait pas la messe comme chez nous. Non, il ne parle pas dans un vieux micro où l'on comprend la moitié. Lui, il crie. Il hurle même, à de nombreuses reprises. Alléluia ! Et toutes les personnes autour de même d'hurler vers lui, les mains tendues « Alléluia ! ». Si je n'ai pas entendu Alléluia 200 fois, je ne l'ai pas entendu. Il me donne l'impression d'un homme politique en plein meeting, il harangue la foule qui le lui rend bien.

Mais il n'y a pas qu'Alléluia ! Les gens hurlent constamment. Ils crient leur amour pour Dieu, pour Jésus. « AMEN ! AMEN ! ». Ils le font seuls, ou en groupe. Je ne sais plus où donner de la tête tellement les choses étranges s'enchaînent autour de moi. Un type est à genoux devant moi, et prie d'une drôle de façon. La musique commence, les chants sont puissants, les gens se mettent à danser. Le type à côté de moi se croit à un concert de Johnny. Regardez-les...

Au fur et à mesure que le temps passe, la chaleur monte, les esprits sont échauffés. Des gens se jettent à terre et crient. Certains tremblent, semblent possédés. J'ai l'impression d'être dans un asile de fous, et en même temps je suis impressionné par une telle croyance.

Au milieu de la cérémonie, cinq groupes de jeunes s'installent devant nous, pour chanter. Ce sera le moment le plus extraordinaire de cette messe.

Une église africaine : la folie
Une église africaine : la folie

Au début, tout est normal. Ils chantent avec calme, bougent de gauche à droite.

Et puis regardez moi cette vidéo hallucinante, légendaire, incroyable (je n'ai pas les mots pour la décrire). Cette fois, c'est une véritable folie. Les gens sautent, crient, hurlent. J'ai l'impression d'être dans une soirée délurée, en plein milieu d'un pogo dans un stade de foot. Pourtant, la croix est encore là, et c'est autour d'un autel que ces jeunes dansent.

Non, mais franchement, admettez que c'est fou ! Je vous avoue, j'ai été transporté. Je n'ai jamais ressenti une telle ambiance, une telle ferveur. C'était mieux que tous les concerts, tous les matchs de foot. Le bruit était hallucinant, ce mélange de chaleur, de ferveur, de croyance, de générations, est indescriptible.

Et puis je suis redescendu, petit à petit. Les minutes ont défilé, plus lentement. Les prêches se sont succédé. Autour de moi, les gens restaient « perchés », hurlaient toujours avec autant de ferveur. Moi, personnellement, après 3 heures de messe, ça me faisait moins sourire. J'étais fatigué. J'étais plutôt inquiet, je me demandais s'il existe une limite entre une secte et une religion.

La messe aura duré 4 heures. A la fin, on m'a fait rencontrer le pasteur, qui pratique à ce moment-là une sorte d'exorcisme.... La femme est en pleurs, elle tremble, et lui hurle à ses côtés. Mais qu'est-ce que je fais là ! La femme du premier ministre passe devant moi, le prêtre veut que je revienne dans l'après-midi pour discuter avec lui. Hum... 
Une expérience folle, un moment dont je me souviendrai jusqu'à mes derniers jours.

Et puis il y a eu le repas de Pâques. Bonjour la viande ! Pensez, cela faisait 55 jours que les croyants n'en mangeaient pas. Alors aujourd'hui, c'était le grand carnage.

Une église africaine : la folie
Une église africaine : la folie

Appétissant, n'est-ce pas ? (oui, je reste végétarien, encore plus après avoir vu tout cela!)

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 14:03

Débarrassé de mon costume, je peux enfin arpenter les rues d'Addis Abeba en toute sérénité. Petit bermuda, polo, appareil photo sous le bras, me voici dans les habits du touriste, les yeux levés, la démarche lente, l'esprit observateur. Fini le bus, je me décide à marcher vers les entrailles de la ville.

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

Je voulais voir l’Éthiopie, la vraie. Et je me retrouve avec un petit air français. « La gare » est l'une des attractions de la ville. C'est aussi l'un des seuls mots que je connais dans la langue locale, étant donné qu'ils ont choisi le vocabulaire de Molière. Je me retrouve donc devant le chemin de fer djibouto-éthiopien, construit au tout début du siècle par les Français, soucieux de pouvoir commercer avec le cœur de la Corne Africaine, eux qui étaient installés à Djibouti. C'est le seul chemin de fer construit dans le pays. Malheureusement pour moi, je ne pourrai pas l'emprunter lors de mon prochain voyage prévu dans le nord du pays, la liaison ayant pris fin il y a quelques années. On annonce ça et là que des travaux vont bientôt être entrepris (l’Éthiopie est un pays enclavé, beaucoup de ses marchandises arrivent ou partent du port de Djibouti).

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

Juste devant la gare, le lion de Judah, l'un des symboles du pays, que l'on retrouve sur chaque pièce de monnaie. Il a été volé par les Italiens pendant la période d'occupation du pays, avant d'être rendu en 1960. Il symbolise la royaute.

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

Du côté de l'histoire, il y a également ce drôle de monument avec une étoile rouge, et ses hommes tenant des armes et un drapeau. Je me dis que ça fait assez communiste comme représentation. Pas loupé, c'est le mémorial de l'amitié cubano-éthiopienne. Sur la Churchill Road, bravo !

 

Je grimpe tout doucement vers le cœur de la ville. Le soleil est à son zénith, il est agréable de se balader (le soir même, j'observe sans grande surprise les coups de soleil sur mes bras et mon visage). Je surplombe enfin la ville, j'observe le mélange des mosquées et des églises orthodoxes.

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

La circulation est dense, mais ce n'est rien en comparaison de la semaine. L'air est suintant, je me faufile entre les gaz d'échappement et la crasse au sol.

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

J'y suis enfin. Le cœur de la ville, ses entrailles, Mercato Market. C'est le plus grand marché ouvert de la Corne de l'Afrique (et même d'Afrique selon Wikipedia !). 13 000 personnes y travailleraient (chiffre officiel, mais à mon avis les organisateurs en ont un tout autre !). Les rues s'enchaînent à n'en plus finir, les commerçants crient et t'appellent « you you you ! ». On y trouve toutes sortes de produits, de l'alimentation à la ferraille, des jouets en plastique à un âne vivant. C'est un mélange d'odeurs comme on n'en fait nulle part ailleurs en ville, les épices et la viande, la chaleur et... la nausée ! Les étalages sont très nombreux mais on y vend aussi à même le sol. Les prix sont ridiculement bas pour un Occidental comme moi. Après plusieurs dizaines de minutes sur place, je confirme la rumeur : je suis bel et bien perdu au milieu de ce bazar ! Je prends des petites routes, puis des petites ruelles, puis plus de chemin du tout. J'ai l'impression d'entrer chez les gens, de me faufiler entre les murs. La foule est oppressante, et mieux vaut ne pas être agoraphobe. Je descends en direction des immeubles que je connais, là-bas, tout au loin. Les enfants me frappent dans les mains, les adultes me donnent l'accolade. J'ai encore une fois l'impression d'être en campagne pour les municipales, à arpenter le marché et à parler de la météo. Une grande route, un carrefour et un rond-point plus loin, voici mon chemin.

« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville
« La gare » et mercato market, dans les entrailles de la ville

Mercato Market, c'est un peu le must to do. C'est Addis Abeba, comme le grand bazar peut être Istanbul ou les Halles Paris. C'est le lieu d'échanges par excellence, de produits, de saveurs, d'odeurs, et d'idées. C'est un résumé de l'Afrique, c'est un résumé d'Addis. On aime ou on déteste, mais ça ne laisse pas indifférent.

Je vous laisse, il y a la messe de Pâques...

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 09:30

Direction aujourd'hui l'Addis-Abeba Stadium, 35 000 places, pour l'affiche du championnat éthiopien : Saint-George SA, 2ème, reçoit Sidama Coffee, 1er !

Oui, coup de chance ! Je passe devant le stade, je vois la queue et des gens dans les tribunes. C'était déjà le cas la semaine dernière mais j'avais mon PC sur moi et un emploi du temps chargé. Cette fois, je me balade en ville et je suis libre ! 25 birr l'entrée, soit un peu plus d'un euro.... oui, ce n'est pas le même prix au Parc !

Je rentre dans un stade un peu vieillot (construit en 1940!), plutôt grand tout de même, avec une piste d'athlétisme qui sépare les tribunes des spectateurs. Ça reste un pays d'athlétisme, les portraits des grands coureurs trônant à l'extérieur du stade. Je m'installe tranquillement, surveillant la météo (car les tribunes sont loin d'être couvertes). Un cordon de policiers est placé devant nous. A mon avis, le stade est loin d'être réglementaire, les chaises devant moi se décollant... Il a tout de même hébergé trois Coupes d'Afrique des Nations, et accueille les matchs des trois équipes d'Addis.

Un week-end de football en Éthiopie

Saint-George est donc l'équipe qui joue à domicile aujourd'hui. C'est l'équipe la plus connue en Éthiopie. Le club a été fondé à Addis-Abeba en 1936 par des Grecs (il s'appelle à l'époque Kedus Giorgis, ce qui fait beaucoup plus grec !) et il servirait la lutte contre l'invasion fasciste italienne (c'est du moins ce qui se dit ici). Il compte 26 titres de champion (dont dix sur les quinze dernières années) ! Saint-George, loin de toute religiosité, est le nom d'une bière locale.


Oui, le championnat éthiopien a cette particularité d'avoir des noms d'équipes assez bizarres ! Ainsi l'adversaire du jour est Sidama Coffee. Mais il y a également parmi les quatorze équipes qui composent l'Ethio Premier Standing « Ethiopian Coffee » ou « Deshen Beer ». On a également le droit à « Commercial Bank » en mode gros argent, « Mugher Cement » en mode on bétonne derrière, ou encore « Defense Force », en mode marche militaire. Le championnat a été créé en 1947 (avec trois équipes!).

Bref, toujours est-il que les équipes font leur apparition sur la pelouse.

Un week-end de football en Éthiopie

En sang et or, Saint-George. Un kop local est dans la tribune opposée à moi. Tant pis pour l'ambiance, mais ça sera pratique pour les photos et vidéos. Les supporters sautent, chantent. De mon côté, je suis dans le « parcage » adverse.

Un week-end de football en Éthiopie

Le pelouse est moyenne (enfin, elle est fantastique par rapport au FC Tilques), mais ça n'explique pas le déchet observé en première période. Ça joue beaucoup avec des longs ballons, et les actions sont peu nombreuses. Je m'occupe en observant que même en Éthiopie l'arbitre est une cible : contact entre deux joueurs, absence de coup de sifflet, et bronca qui s'en suit !

Heureusement, la deuxième mi-temps est toute autre. Saint-George touche la barre à la suite d'une erreur du portier adverse (mais l'arbitre siffle pour je ne sais quelle obscure raison). Pas grave, puisque les locaux poussent, appuyés par un public toujours présent. Ils sont logiquement récompensés à la soixantième minute par l'ouverture du score. Mieux, le n°9, l'homme du match, s'en va récupérer un ballon de derrière les fagots sur le côté gauche, crochète un défenseur et s'en va fusiller le gardien d'un missile sous la barre. Le kop exulte, le match semble plié.

Enfin, ça, c'était l'idée. Le problème, c'est qu'à force de gri-gri et de contres manqués, Sidama Coffee réduit le score sur un vieux coup-franc contré par le mur. L'ambiance est beaucoup moins sereine. Des spectateurs appellent le coup de sifflet final, mais il reste encore dix minutes ! Heureusement pour eux, Sidama ne joue pas très bien ses cartouches offensives, et peut remercier la barre d'avoir sauvé son portier à la suite du tête « Thiago Silva vs Chelsea » du n°9.

Score final : 2-1. Saint George revient à égalité de points avec son adversaire du jour, et prend même la tête du championnat grâce à une différence de buts positive. A 8 matchs de la fin du championnat, c'est peut-être le tournant de la saison.

Personnellement, je n'ai pas trouvé le niveau fou fou. Physiquement c'est solide (coucou Willy Sagnol!), mais techniquement il y avait beaucoup de déchets. Si le gardien du Sidama m'avait plutôt impressionné en première période, il a enchaîné les boulettes en seconde. Bref, tout ça m'a donné envie de reprendre une licence...

Un week-end de football en Éthiopie

...chose que j'ai fait immédiatement à mon retour à l'appartement ! Des gamins du bloc jouent à des deux contre deux. Je mets les chaussures, et je m'invite à leur compétition. Je me rappelle de ces Polonais contre qui j'ai joué à Tilques il y a une dizaine d'années, et le souvenir que j'en ai encore aujourd'hui. Alors j'en profite pour faire ma petite spéciale retourné acrobatique et tant pis si sur le terrain, il y a des trous, des pierres et des morceaux de tripes (true story!). Je deviens en une action l'idole des jeunes, qui se prosternent à mes pieds (true story x 2!). Le reste des matchs, ils ont essayé de faire des retournés !

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 11:44

Les préliminaires c'est bien gentil, mais il est temps d'entrer véritablement dans le vif du sujet ! Allez, je vous emmène dans cette drôle de ville, et dans ma drôle de vie. Addis Abeba, c'est avant tout pour moi ma colocation couchsurfing. Vous me connaissez, je n'aime pas payer pour un hôtel, préférant dormir gratuitement. C'est ce que je fais encore une fois ici, avec l'aide de ce merveilleux site qu'est Couchsurfing. La chanceuse s'appelle Valérie, une Allemande de 24 ans. Elle travaille dans une ONG (elle passe notamment son temps à nourrir des vers de terre... oui, chacun ses passions!). Elle n'est pas la seule dans ma coloc...

Addis Abeba, les premiers pas

Logiquement il n'y a que deux chambres. Mais nous sommes cinq depuis mon arrivée ! A gauche, Yayé, un Éthiopien très sympa, qui travaille sur le même projet que Valérie. Il est celui qui connaît tout, et pour cause, c'est un local. Je peux lui poser des questions sur les prochaines élections ou la situation de l’Érythrée, ou sur le bus que je dois prendre pour aller à l'ambassade, il répond toujours présent ! Mitja est le plus à droite. Allemand lui aussi, il est le colocataire officiel de Valérie. Il est arrivé au début du mois de mars. Enfin, partiellement caché, Daniel, le dernier Allemand, qui lui habite normalement au milieu du pays. Il travaille sur un projet de ruches pour le GIZ (équivalent de l'alliance française) et connaît le pays comme sa poche puisque cela fait des années qu'il est là.

Les conditions de vie sont plutôt convenables. Attention, on est loin des standards occidentaux : pas de frigo, pas d'eau chaude, et régulièrement des coupures d'électricité ou d'eau ! Du coup la bougie est souvent notre amie. Pas d'internet non plus (faut pas déconner!).

Addis Abeba, les premiers pas

Addis Abeba, c'est le retour dans une ville du sud. C'est la circulation infernale, c'est les bus qui roulent vite et où on s'entasse à 20 (pour 15 places). C'est la pollution. Oui, je sais, Paris est polluée. Mais ce n'est pas pareil. A Addis, tu la vois, tu la sens. Tu reviens le soir chez toi avec un kilo de poussière dans le nez. Tu enlèves ça, ton pif est en sang. Un tramway est en cours de construction (coucou la Chine), ça devrait arriver pour cette année (et ça risque de changer un peu les choses!).

Addis Abeba, les premiers pas

Addis c'est aussi le siège de l'Union Africaine. C'est donc une ville de diplomates, de cravates, de sièges sociaux. Et qui est en face de l'Union Africaine ? Coucou, Total !

Addis Abeba, les premiers pas
Addis Abeba, les premiers pas

De ce fait, les inégalités en ville sont vraiment impressionnantes. Sur les deux premiers jours, j'ai vu 100 mendiants (en étant 20 minutes en tout et pour tout dehors). C'est bizarre, il y a quelques semaines on m'a posé la question de savoir où j'avais vu le plus de pauvreté. Et je n'avais pas la réponse, je n'avais jamais été vraiment choqué. Je sais que l'Inde en choque plus d'un, mais moi je n'avais pas d'exemple, même pas au Burundi. Pour ça, Addis Abeba est choquant. Des handicapés, des aveugles, des enfants, une forme sous une couverture dont seule dépasse la main. Certains viennent vers toi, d'autres ne bougent pas, lui ne peut plus. Le nombre d'enfants prêts à cirer tes chaussures pour quelques birrs est pharamineux (Lucas like this). Comme tu es le blanc (le « frengie », l'Occidental, également la même signification que « muzungu » en Afrique de l'Est), tu es riche. Et comme tu es riche, le mendiant vient vers toi. Et comme tu es étudiant, tu te sens mal. Histoire sans fin, et avec peu de solution rapide.

 

Addis Abeba c'est aussi des trucs bizarres. Tout d'abord, je n'ai pas vu un seul cafard (et ça, c'est vraiment bizarre!). Les voitures locales sont très amusantes, on repart dans le passé ! Des Ladas, des Coccinelles de VW (en grand nombre!), des vieilles Peugeot (504) et Renault (Renault 4). J'ai même vu une Kangoo !

Addis Abeba, les premiers pas
Addis Abeba, les premiers pas

Du côté des conditions de vie, les prix sont faibles, les bus coûtent dix centimes en moyenne. Un très bon gros plat coûte deux euros. Mais tu peux manger pour un. Un kilo de bananes coûte cinquante centimes.

Autre point important : les filles sont magnifiques ! Les plus jolies Africaines (d'assez loin), et sans aucun doute l’Éthiopie est dans mon top 3 pays (en compagnie de la Pologne et de la France!).

 

Enfin, le week-end dernier je suis allé voir Lucy. Non, aucun rapport avec Scarlett Johansson ! Je veux bien sûr parler du fossile datant d'environ 3,2 millions d'années, longtemps considéré comme l'espèce à l'origine de la lignée humaine ! Bon, Lucy peut paraître dans un sale état, mais pour une femme de 3,2 millions d'années, elle reste plutôt bien conservée ! Découverte en 1974 à Hadar, elle est aujourd'hui entreposée au musée national d’Éthiopie.

Addis Abeba, les premiers pas
Addis Abeba, les premiers pas

Demain c'est Pâques (orthodoxe), du coup c'est férié, du coup pas d'internet avant lundi ! Mais je vous raconte ça très vite. Au plaisir

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 09:52

Avant de parler de l’Éthiopie, il faut d'abord localiser le pays, car pour plusieurs d'entre-vous, c'est l'Afrique. Et l'Afrique c'est un espèce de truc uniforme, assez loin, et plutôt dangereux. Non, Ebola n'est pas en Éthiopie, et pour cause : je suis dans la Corne de l'Afrique.

L’Éthiopie, c'est différent

Oui, le pays est sacrément bien entouré : la Somalie à l'Est, l’Érythrée au Nord, le Sud-Soudan à l'Ouest.... ça fait rêver ! Le Yémen n'est pas très loin non plus ! Bon, de ce fait, la carte du ministère des affaires étrangères est la suivante : ne pas se rendre aux frontières !

L’Éthiopie, c'est d'abord l'alphasyllabaire éthiopien. Derrière ce nom barbare se cache un alphabet barbare, le ge'ez. Ainsi Éthiopie s'écrit : ኢትዮጵያ. Autant vous dire tout de suite que je n'essaierai pas d'apprendre cet alphabet, moi qui galère déjà assez pour apprendre l'allemand ! La langue d'Addis Abeba est l'amharique, mais il y a 13 langues qui sont parlées par au moins 1% de la population (66 langues en tout dans le pays!!). Oui, ça semble être un peu compliqué, mais vous n'avez encore rien lu !

 

En Éthiopie, nous sommes en 2007. Oui, car selon l'église orthodoxe locale, Jésus est né en l'an 9 du calendrier grégorien (le 6 ou 7 janvier, le Noël orthodoxe). Pour faciliter la chose, le premier jour de l'année est notre 11 septembre. Mieux, il n'y a pas 12 mais 13 mois ! On suit le calendrier lunaire, et le treizième mois compte 5 ou 6 jours. Attention, voici le clou du spectacle : les heures ne sont pas les mêmes ! Elles suivent le soleil : la journée commence ainsi à 6h. C'est à dire que lorsqu'il est 8h du matin selon moi, il est 2h selon les Éthiopiens. Bref, je vous écris en ce mardi 7 avril 2015 à 20h22 alors qu'on est officiellement ici le 29 Makawit 2007 à 2h22.

 

L’Éthiopie c'est différent. L'histoire notamment. Homère dans son Iliade évoque déjà les peuples du sud de l’Égypte, tandis que les Égyptiens mènent des expéditions dans ce territoire. L’Éthiopie est le deuxième royaume à se convertir au christianisme (après l'Arménie). L'église orthodoxe sera religion d’État jusqu'en 1974. Je pourrais détailler l'histoire du pays pendant des heures, mais je vais me concentrer sur la période la plus contemporaine. Tout d'abord, l’Éthiopie n'a pas été colonisé. Et ça, c'est une grande fierté nationale ! Les Italiens ont pourtant essayé, mais le 1er mars 1896 ils sont décimés lors de la bataille d'Adoua (c'est encore aujourd'hui un jour férié!). Ils sont bien revenus lors de la période fasciste (1936-41), mais ils n'ont pas vraiment laissé une énorme trace ici (il y a bien le « ciao » utilisé parfois pour dire au revoir, très pratique pour moi!).

L’Éthiopie, c'est différent

L’Éthiopie, c'était dans mon imaginaire l'empereur Haile Sélaissie. Le type arrive progressivement au pouvoir au cours de la décennie 1920, et il dirige le pays de 1930 à 1974 ! Rien que ça ! Bon, il a fait l'année de trop (la décennie?) et il finit renversé par un coup d’État militaire mené par le Derg. S'en suivent presque deux décennies communistes, et sanglantes. Entre les massacres et les famines, l’Éthiopie devient l'un des pays les plus pauvres du monde (oui, chanson pour l’Éthiopie, Usa for Africa, tout ça tout ça). 

L’Éthiopie, c'est différent
L’Éthiopie, c'est différent

Depuis 1991, le Front Démocratique Révolutionnaire du peuple éthiopien est au pouvoir. Le pays s'est officiellement « démocratisé » (à savoir qu'il y a des élections, avec un parti qui a fait 99% en 2010... les prochaines élections ont lieu en mai, et ça devrait être à peu près la même chose). Une démocrature en quelque sorte.

L’Éthiopie est plus ou moins en guerre en Somalie contre les shebab (oui, les mêmes que ceux qui ont perpétré l'attaque contre l'université kényane). L’Éthiopie est en guerre froide avec l’Érythrée (pays qui s'entend mal avec tout le monde, et qui a eu la bonne idée d'attaquer l’Éthiopie alors que le pays venait de lui octroyer son indépendance...). Bref, c'est un pays où le militaire à la côte, où le policier est partout, et où tu as interdiction de prendre en photo la moitié des monuments. Les services de l'immigration sont horribles pour l'ensemble des Occidentaux que j'ai rencontrés, et la liberté de commerce ou les investissements sont très sérieusement limités.

Hormis cela, c'est le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique : 95 millions d'habitants ! L'indice de développement humain est faible (173ème) et je suis clairement dans un pays pauvre. Cependant l’Éthiopie bouge, et une croissance à deux chiffres a permis un beau développement sur la dernière décennie. Niveau climat, ça diffère sérieusement selon la région (6 zones climatiques!). Addis Abeba est situé à plus de 2 000 mètres d'altitude (pas de palu), il fait donc chaud mais pas trop (25°C la journée) et toujours beau jusqu'à maintenant (la saison des pluies commence en juin).

Bon, je pourrais encore développer deux heures, mais je veux en garder pour la suite. Reste que le pays abrite le Nil bleu (et que les barrages poussent comme des champignons, demande d'électricité oblige). Enfin, l’Éthiopie c'était pour moi, et depuis bien longtemps, une terre d’athlétisme. Quand on pense 5 000 m, 10 000 m ou marathon, on en arrive toujours à parler du Kenya et de l’Éthiopie. Alors j'ai les images d'Haile Gebreselassie et Kenenisa Bekele en mémoire. Mais ces « souvenirs éthiopiens » sont maintenant remplacés par beaucoup d'autres...

L’Éthiopie, c'est différent
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