20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 12:10

On dit souvent qu’il existait trois personnes essentielles dans la vie d’un village : le maire, le curé, l’instituteur. Vous allez voir que les trois sont parfois reliés ! Et, comme souvent à Tilques, c’est une belle histoire de famille !

 

J’ai décidé de commencer mes recherches à la fin de la période napoléonienne, avec Pierre Lurette, membre de l’université et adjoint à la mairie en 1812, qui est aussi l’instituteur entre 1814 et 1821. Il passe donc de l’Empire de Napoléon à la monarchie de Louis XVIII, dans une période très mouvementée de l’histoire de France. J’ai assez peu d’informations sur cette période à Tilques, je sais toutefois qu’il est remplacé par… son cousin, Auguste Caron ! A priori il prend sa fonction sous Charles X, en 1827, et il est recensé instituteur entre 1831 et 1862 ! Autant vous dire qu’il a dû en voir grandir des Tilquois, surtout vu les conditions de travail : en 1847 il est à la tête d’une « école de 102 élèves des deux sexes, dont quarante sont instruits gratuitement »[1]. Nous sommes alors au milieu du XIXème siècle, sous la monarchie de Louis-Philippe, et les conditions de travail sont un peu différentes d’aujourd’hui !

 

Son successeur, Augustin Leullieux, est sans aucun doute LE personnage important de ce chapitre. Il est instituteur suppléant en 1862, le suppléant d’Auguste Caron donc, et il se marie avec… Marie Caron. A nouveau, ça reste en famille : Augustin Leullieux est le beau-fils de son prédécesseur (ils travaillent ensemble l’année du mariage).

Augustin Leullieux débute sa carrière sous l’Empire de Napoléon III, et la finit sous la IIIème République. Entre-temps, il a connu la défaite française face à la Prusse en 1870, la perte de l’Alsace-Lorraine, la mise en place d’une République dominée par… les monarchistes, puis son enracinement. Son rôle d’instituteur est essentiel, c’est le pilier de la politique des députés radicaux : alors que l’école n’est pas gratuite, ni obligatoire au début de sa carrière elle le devient avec la mise en place des lois Ferry : gratuité de l’enseignement primaire par la loi du 16 juin 1881, enseignement obligatoire et laïcité de l’enseignement le 28 mars 1882.

Augustin Leullieux s’installe aussi dans une nouvelle école… un don à la commune fait par les filles de Maximilien Legrand le 2 octobre 1874. Comme on le remarque, Adolphe Legrand est le maire à ce moment-là, et ce n’est pas qu’une école : c’est aussi la mairie.

Tilques, ses instituteurs.trices

Augustin Leullieux reste longtemps : plus de 30 ans ! Il voit passer de nombreux adjoints et suppléants. Ainsi, en l’espace de trois ans (1883-86) : M. Cordier part en 1883 pour Boulogne, M. Fournier arrive de la même ville et le remplace, M. Cressent arrive de Saint-Pol à l’automne, quand M. Pouchain part à Loos, M. Fermentel part en 1884 pour Carvin quand M. Gouble arrive du même endroit ; ce même M. Gouble part deux ans plus tard pour Thiembronne, remplacé par M. Delevaque, en provenance de Givenchy-en-Gohelle. C’est que l’instituteur adjoint ou suppléant est un travailleur précaire, déplacé au gré des envies d’une académie où le réseau est déjà très important.

En 1891, Augustin Leullieux est toujours recensé instituteur, avec Arthur Lefebvre en adjoint. Le 23 février 1893, alors qu’Alexandre Ribot préside le Conseil des Ministres, on dit de lui qu’il est en congé (pré-retraite ? il a 50 ans), et en février 1894 il devient instituteur honoraire.

Chose sans doute assez rare pour l’époque, on bénéficie d’une photo de classe ! A noter les quelques enfants qui ont la main dans la veste, pose très napoléonienne !

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 65.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 65.

L’installation dans la nouvelle école-mairie a dû donner des idées à Augustin Leullieux, puisqu’il est ensuite le maire du village (en 1900 et de 1902 à 1912).

 

En 1886, dans la presse, on précise quelque chose à son propos : il est à la tête de l’école publique laïque de Tilques. Pourquoi le préciser ? C’est qu’à la même époque il y a une école privée, tenue par… des religieuses !

Je situe leur arrivée au milieu du XIXème siècle, car elles ne sont pas présentes en 1846 et je les trouve sur le recensement de 1851 : Ortense Bocquet et Constantine Lehercke sont religieuses-institutrices rue des Processions. Lors des recensements suivants on parle toujours du chemin T, l’actuelle impasse T, où se situe leur école mais aussi leur domicile. Plusieurs se succèdent à un rythme rapide : Célestine Lepine est présente entre 1856 et 1861, Appoline Varlet en 1861, Augustine Dormart entre 1871 et 1876, Léontine Maniez entre 1872 et 1876, Joséphine Lemaire et Elise Dumont en 1881.

On précise parfois que ce sont des religieuses de la Sainte Famille, une congrégation féminine enseignante créée en 1816 dans l’Aveyron et qui reçoit l’approbation pontificale en 1875.

La plus connue à Tilques est Madame Sœur Bellet, Madeleine de son prénom, qui est institutrice privée entre 1890 et 1921. Léonie Rousselle est son adjointe en 1906. Je n’en trouve plus la trace en 1926.

L’école des sœurs en 1907.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 64.

L’école des sœurs en 1907. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 64.

Quelque chose frappe sur cette photo : on ne voit quasiment que des filles. Est-ce que les sœurs ne sont que des institutrices pour les filles ? En fait non, car je dispose d’une autre photo, datant de 1915, où on observe la présence de garçons. Pour se rendre dans l’école, on passe alors par l’ancien chemin Larivière.

L’école des Sœurs en 1915.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 66.

L’école des Sœurs en 1915. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 66.

Dans l’école publique, Augustin Leullieux est remplacé en 1893 par Edouard Dauthuille, en provenance de Magnicourt-en-Comté. Ce n’est pas un jeune, puisqu’il est le doyen d’âge des instituteurs du canton en 1899. Il est encore présent en 1906 (et doit partir à la retraite autour de cette date). Avec lui, je retrouve M. Deneux en tant que titulaire-adjoint : il arrive de la fosse n°1 de Bruay en octobre 1894 (c’est la date de la rentrée, l’année scolaire finit au 14 juillet… à croire que c’est calqué sur les moissons !) en remplacement de M. Lefebvre parti à Rollez-Verchocq. Mr Dauthuille est accompagné de M. Capet entre 1895 et 1904 (il arrive de Calais, devient titulaire en 1899 et part pour Bellebrune), et d’Hector Seigre en 1906.

En 1897, petite information intéressante : « le musée scolaire de l’école de garçons a reçu les dons suivants : […] les matières premières servant à la fabrication du savon des Princes du Congo, […] des échantillons de cacaos, sucre et vanille, entrant dans la fabrication de leurs chocolats »[2]. Intéressant car l’idée d’un musée scolaire est plutôt sympa, et que cela confirme donc qu’il existe une école de garçons. Et qui dit école de garçons dit école de filles…

Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, 40 Fi 2423.

Bibliothèque d’Agglomération du Pays de Saint-Omer, 40 Fi 2423.

L’image ci-dessus est datée de 1907. L’école des filles (« le gîte » comme on l’appelle encore parfois aujourd’hui) est toute récente : c’est Agénor Taffin de Tilques qui vend ce terrain du Brunevert à la mairie pour la construction d’une école de filles début 1906[3].

Jusque-là, je n’ai pas trouvé d’institutrice publique (aucune sur le recensement de 1906). A l’automne 1910, je vois Melle Bouchez et l’année suivante Mme Leclercq. Les deux restent une année (la seconde part pour Blendecques). Ce sont les arrivées de leurs remplaçantes, Berthe Cavry en 1911 et, en provenance de Seninghem, de Marie Grare en 1912, qui vont donner au village leurs « vraies » institutrices, de celles qui durent et qui marquent une génération complète. La première est encore là en 1921, la seconde est présente en 1932 ! Elle côtoie en 1926 Henriette Février et en 1932 Melle Grege. Celle-ci est toujours là en 1945, et on se souvient qu’elle arrivait de Moulle avec un grand vélo !

L’école des filles en 1932. A gauche Mme Grare, à droite Melle Grege.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 63.

L’école des filles en 1932. A gauche Mme Grare, à droite Melle Grege. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 63.

Dans le même temps, quelques mètres plus loin, les garçons rencontrent Aristide Pette, qui sera présent entre 1911 et 1926 (il est le directeur à cette date). Avec lui M. Bernard, instituteur adjoint au printemps 1912 en provenance de Lens, Léon Huyart en 1913, puis Paul Souillez. En 1931, c’est Gustave Défossez qui est recensé comme l’instituteur.

Le bâtiment n’a pas tant changé que ça : des volets habillent les fenêtres, quelques arbres et plantes supplémentaires, une cour fermée bien sûr et, tout en haut du bâtiment, peut-être une cloche ?

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 16.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 16.

Au tournant de la guerre, le directeur est Mr Merlier. Il est déjà présent en 1936, certains Tilquois ont encore aujourd’hui les souvenirs intacts : « j’écrivais de la main gauche, alors il fallait que je montre mes doigts et paf, un coup de règle ! »[4]. Anecdote amusante, on dit de lui qu’il était « très bien » avec la directrice de l’école des filles, Mme Belval ! Elle aussi est déjà présente en 1936.

L’école des filles en 1938-39, avec Mme Belval.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 66.

L’école des filles en 1938-39, avec Mme Belval. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 66.

Un autre instituteur présent dans les années 1940 c’est Paul Barrère. Il est fait prisonnier et passe plusieurs années en stalag. Apparemment il a été poussé vers la sortie au début des années 1950. Il côtoie quelques années Monsieur et Madame Gariniaux, arrivés en 1950.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 67.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 67.

Ainsi, Monsieur Gariniaux est le directeur de l’école des garçons, Paul Barrère est son adjoint, quand Madame Gariniaux est la directrice de l’école des filles, avec Régina Obaton-Baude en suppléante en octobre 1952. Cette dernière s’occupe des filles du primaires et du CP mixte : « on était suppléant 5 ans, après on avait la chance d’être titulaire. Moi je n’ai fait qu’une école. Un adjoint de monsieur Hannotel, M. Balligant a fait 17 postes avant de le devenir »[5]. Madame Obaton habite dans le gîte de nombreuses années (ci-dessous une photo de 1957).

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 67.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 67.

Après le départ à la retraite de Monsieur Gariniaux (vers 1964-5), c’est l’arrivée de Monsieur Sauvage, et, rapidement de Monsieur Ricard (un an), puis de Monsieur Hanotel (vers 1970) que l’on voit paraître avec une 4L charleston. Chez les filles, Madame Gariniaux prend sa retraite en 1967, alors qu’une classe est supprimée. Madame Obaton récupère alors ses classes (un niveau d’âge fait ainsi toute sa scolarité avec elle ![6]). Au milieu de la décennie 1970, avec la chute des effectifs, une seconde classe est supprimée (c’est la fin du baby-boom !). Madame Obaton reprend la section enfantine et le CP (ce sera encore ses niveaux en 1984, lors de son départ en retraite) quand Monsieur Hanotel prend les deux autres classes en mélangeant les filles et les garçons : c’est le début de la gémination.

 

La gémination. Voilà un mot que j’ai appris pendant cette recherche : c’est le fait de mélanger les filles et les garçons à l’école. Pour moi, cela me semble logique. Pour la génération de mes parents c’était tout nouveau… puisque ce sont eux qui ont connu ce changement !

Pourtant, en 1862, il y avait environ 25% d’écoles mixtes lorsque c’était la seule solution pour scolariser les filles. Officiellement, la cour de récréation était… non-mixte, avec une claire-voie pour séparer les enfants ! En 1886 il est précisé que la mixité s’applique en-dessous de 35 élèves. Pourquoi ne pas géminer ? L’objectif est d’éviter les trop nombreux échanges entre filles et garçons, éduqués très différemment au XIXème siècle, mais aussi d’éviter tout risque de « promiscuité entre instituteurs et élèves filles, particulièrement lors des récréations »[7]. Hum.

Pour Tilques une disposition particulière existe, elle date de 1874 : « la famille Legrand a fait don de l’école à condition qu’il n’y ait pas de gémination » [8]. Et cette disposition est encore bien en tête dans les années 1950, alors… qu’André Legrand est le maire de la commune ! La construction de l’école des filles en 1906, 100 mètres plus loin, facilite grandement cette non-gémination.

Pour les élèves, la situation paraît normale, et « quand on avait des contacts c’était l’évènement ! »[9]. En 1972, l’école est encore non-géminée.

Il faut attendre 1965 au niveau national pour que la mixité devienne le « régime normal de l’enseignement primaire » pour les écoles nouvellement construites, et 1976 pour tous les degrés d’éducation (loi Haby). A Tilques, il faut une délibération de la municipalité pour passer outre les vœux de la famille Legrand !

 

Concernant mes professeurs, j’ai débuté en primaire avec Mme Guillemant-Bonnet en maternelle (arrivée en 1988, part à la retraite en 2011), puis Mme Baudelle-Mametz ma grande section (elle arrive en 1990 et part en 1999). Pour mon CP-CE1-CE2 c’est avec Mme Blanquart-Bruge. Elle arrive en 1985, en remplacement de Melle Delton (restée une seule année), et s’occupe de la petite section jusqu’au… CE1 (Mme Hanotel vient l’aider en plus de gérer la cantine) ! C’est qu’il n’y a que deux classes à ce moment-là.  Avec la construction du lotissement les inscriptions décuplent et deux nouvelles classes s’ouvriront. Mme Bruge part du village en 2005. J’ai terminé ma période scolaire tilquoise avec Mr Hanotel en CM1-CM2, en 1998. Il partira à la retraite l’année suivante.

Tilques, ses instituteurs.trices

Enfin, pour les années 2000 :

- je retrouve Mme Hennon au CP à partir de 2002, puis Mme Bellivier à partir de 2012 jusqu’en 2017 (qui récupère CP-CE1-CE2 après la perte de la 4ème classe), remplacé par Mr Hébert (de grande section à CE1). Quant à Mme Hennon elle récupère les maternelles après le départ de Mme Guillemant jusqu’en 2014, c’est aujourd’hui Mme Duisant.

- Mme Bodart reprend les CE1-CE2 en 2005 avant Mme Carpentier (2008-2009) puis Mme Rufin-Severac (2011-2015).

- Pour les « plus grands », après Mr Hanotel ça bouge rapidement : Mme Helleboid-Jumelle le remplace une année puis Mme Castelain avant l’arrivée de Mme Martelle (présente au moins de 2002 et 2007), puis Mme Forget (2009-10), Mme Jeu (2010-11), Sophie Ghys (2011-2016), Mme Jeunot et Sylvia Damie (depuis 2017, en charge des CE2 au CM2).

Ça défile ! (on est loin des 30 ans d’Augustin Leullieux !) Mais il n’y a pas à dire, ils continuent de marquer le village !

 

[1] Le Mémorial artésien, 2 janvier 1847.

[2] Le Mémorial artésien, 20 juillet 1897.

[3] Le mémorial artésien, 9 avril 1906.

[4] Interview Daniel Bouton, 28 février 2020.

[5] Interview Régina Obaton, 17 avril 2020.

[6] Interview Chantal Bédague, 20 avril 2020.

[7] VERDET Anne, Quand l’école séparait les filles et les garçons à la récré, Theconversation.com, 4 octobre 2016.

[8] Interview Régina Obaton, 17 avril 2020.

[9] Interview Chantal Bédague, 20 avril 2020.

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 09:53

Les cabarets 

Non, n’imaginez pas le Moulin Rouge et ses danseuses. Les cabarets, ce sont les cafés jusqu’en 1914, on retrouve ensuite le terme d’estaminets. Y en avait-il beaucoup à Tilques ? On passe de 4 en 1836 à 15 cabarets pour les 813 habitants de la commune en 1936 ! Tilques serait-il un village de soiffards ?! « Ils revenaient de travailler, ils allaient tous là-bas. Après la route était bien mesurée ! Il allait comme ça (titubant) d’un côté à l’autre, c'était beau à voir »[1].

En observant une carte de la production et de la consommation d’alcool en 1936, on peut voir deux « points chauds » : la route nationale et ce qui est alors appelé « la place » (aujourd’hui en face de la mairie).

L’alcool à Tilques en 1936.  (en rouge les distilleries, en bleu les brasseurs, en vert les cabarets)
L’alcool à Tilques en 1936.  (en rouge les distilleries, en bleu les brasseurs, en vert les cabarets)

L’alcool à Tilques en 1936. (en rouge les distilleries, en bleu les brasseurs, en vert les cabarets)

Impressionnant ! Pourtant, en 1944, ils ne sont que trois à se déclarer propriétaires d’estaminets : Beauchamp, Veuve Lefebvre-Devin et Omer Sailly[2]. L’époque est particulière, elle ne reflète en rien la situation dix ans plus tôt.

 

Les cabaretier.ère.s en 1936[3] :

 

Sur la place, le cœur du village, l’institution Sailly. Une histoire de plus d’un siècle, avec Maximilien qui se déclare cabaretier entre 1846 et 1872. Son fils, Elie, reprend le flambeau en 1876, puis devient officiellement boulanger : c’est sa femme Delphine Mièze qui est la cabaretière entre 1891 et 1911. Mais ne nous y trompons pas : on se donne toujours rendez-vous « Chez Sailly », ou Sailly-Mièze, pour la ducasse ou les repas de francs-tireurs, comme il est bien précisé dans le journal local en 1904. 

Un village de soiffards : distilleries, brasseries et cabarets (2/2)

Le petit-fils Omer Sailly prend ensuite en main l’institution. Lui alterne les métiers dans les recensements : on le retrouve le plus souvent épicier (1926-1931) mais il est aussi… coiffeur en 1921 ! C’est sa femme Germaine Devos qui est officiellement la cabaretière entre 1921 et 1936. Cette institution se poursuivra jusqu’au début des années 1980, certains au village se souviennent du théâtre ou encore de la cantine faite pour les enfants du marais.

La place de Tilques vers 1950 : l’épicerie Sailly au premier plan, sur la gauche.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 1

La place de Tilques vers 1950 : l’épicerie Sailly au premier plan, sur la gauche. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 1

La place du village au début du XXème siècle.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 1.

La place du village au début du XXème siècle. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 1.

Cette carte postale est intéressante car elle est éditée par Sailly lui-même, ce qui prouve son importance. Son cabaret-épicerie est pourtant tout au fond, sur la droite, on visualise en fait beaucoup mieux le cabaret Beauchamp.

 

Alfred Beauchamp fait une demande d’ouverture de débits de boisson à la mairie en 1905. Il est alors cultivateur et ouvre son débit rue de la place, n°21. Il est également marchand de charbon et c’est sa femme Louise, née Baillart/Bayart, qui est officiellement la cabaretière en 1906, puis entre 1931 et 1936 (ils sont absents de la place sur les recensements de 1921 et 1926). En 1944, on évoque Marinette Beauchamp.

Alfred Beauchamp, Louise Baillart et leurs huit enfants (vers 1920).

Alfred Beauchamp, Louise Baillart et leurs huit enfants (vers 1920).

La famille Beauchamp ce n’est pas qu’Alfred, puisqu’en 1913, c’est Auguste Beauchamp, son frère, cabaretier, qui fait la même demande d’ouverture de débits de boisson[4]. Il existe pourtant déjà en 1911 sur la place à quelques mètres de là (n°22), avec Adèle Dusautois.

Auguste Beauchamp et Adèle Dusautois, non datée

Auguste Beauchamp et Adèle Dusautois, non datée

Enfin, le troisième cabaret historique de la place est celui de « Man Laure », officiellement Laure Lefebvre-Devin, femme de Léon Lefebvre. Il existe dès 1906 et continuera longtemps après la guerre 39-45. C’est le lieu où « tout le monde allait après la messe »[5].

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 6.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 6.

A quelques mètres de là un autre cabaret existe en 1931 et 1936, il est tenu par Marthe Becques, femme de Alfred Dalenne. [actuelle maison Debrouck]

 

Rue de l’église, Maria Bonnet, épicière, faisait aussi estaminet. C’est aussi l’un des cabarets historiques du village puisqu’il est transmis sur trois générations : Maria l’obtient de sa mère, Amelina Dassonneville, mariée à Charles Bonnet, elle-même cabaretière en 1906 et 1911 au même endroit. Et ce cabaret sera transmis à sa fille, Nelly Grébert, dont le nom est resté pour désigner ce lieu.

« Chez Nelly »  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 75.

« Chez Nelly » Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 75.

Le deuxième grand lieu de consommation d’alcool se situe sur la Nationale. Lieu de passage en plus d’être très habitée, « la grande route » comme elle est parfois appelée regroupe 4 cabarets en 1936. Le premier en venant de Saint-Omer est celui de Félicie Helleboid, femme de Victor Lefebvre. Il est situé sur la maison de Gisèle Bayard et existe entre 1911 et 1936. Officiellement, sur la devanture, c’est pourtant « menuiserie, charpente et charronnage » !

« Chez Lefebvre-Helleboid ».  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 4.

« Chez Lefebvre-Helleboid ». Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 4.

Quelques mètres plus loin sur la droite, juste avant le « garage Auxenfants », se situe Chez Soinne. C’est Blanche Roussel, femme d’Elie Soinne, qui est recensée comme cabaretière entre 1921 et 1936.

 

Du même côté de la route, dans l’actuelle boulangerie, c’est Morel qui vous accueille dès 1906 ! Dans les faits c’est plutôt la femme de Félix, Sidonie Bièque, qui gère le cabaret.

 

Enfin, le plus connu, Chez Cappe ! On se situe aujourd’hui en face de la boulangerie (maison Delafollye), et c’est un des établissements les plus anciens du village : on peut s’y désaltérer dès 1881. Marie Dubois, femme d’Edouard Cappe, est recensée cabaretière entre 1906 et 1936. Le lieu est assez grand pour accueillir le grand bal des pompiers en 1908[6]. Il possède le cabaret le St-Arnould en 1878.

Le Mémorial Artésien

Le Mémorial Artésien

Revenons quelques mètres en arrière et tournons à droite, direction le château : une rue que je connais assez bien : la Rue de Zutpré ! C’est au croisement de la rue de l’Epinette que Julia Decalf, femme de François Leleu, est établie. En 1931, ouvrier agricole, il fait une demande à la mairie pour ouvrir un estaminet. Il est alors le locataire d’Eugène Dassonneville… brasseur ! A mon avis il n’allait pas loin pour chercher les boissons ! Je pense que ce café est aussi assez historique, puisqu’il semble être à la suite du café de Félicie Cappe-Régnier (Régnier travaillant pour Dassonneville). Le café est repris ensuite par Madeleine Vercoutre-Mahieu après la seconde guerre mondiale.

Aglaé Merlier, veuve Dercy. Là, j’avoue que je ne sais pas exactement où il se situe dans la rue (peut-être au croisement de la route de la Chapelle). Le cabaret existe dès 1926.

 

Direction la route de Serques maintenant, avec le lieu-dit la Bourse trouée. Deux établissements s’y trouvent. Le premier est en fait à côté de l’actuelle chapelle (croisement Route de Serques et Rue de la Croix, où la maison a brûlé récemment). Julia Dumaine, femme de Victor Brachet, est recensée cabaretière entre 1911 et 1936.

 

Un peu plus loin, juste avant le virage Hannotel, c’est l’établissement Fallet. Il est tenu par Florence Dusautois, femme d’Henri Fallet, entre 1904 et 1936 (repris par Loingeville ensuite).

 

Enfin, terminons avec le marais ! Du côté de la barque Broucke nous avons Henriette Dubois, femme d’Edmond Leulliette. Le café existe en 1931 mais à la Pontoise. A priori on se situe du côté du Grand Large, mais je ne sais pas replacer l’endroit exact.

 

Du côté du Lansbergue c’est plus facile car les établissements ont perduré après 1936, c’est le cas de celui de Julienne Lamotte, femme de Lionel Stopin, qui existe déjà en 1931. Il est situé juste après le camping, sur la droite (avec le petit moulin dans l’eau).

 

Pour le dernier, il vous faudra tourner à droite avant le pont de la Guillotine, direction le « café Pauline », de son vrai nom Apolline Canieux, femme d’Adolphe Mièze. Il est situé au bout du chemin.

 

Comme on le remarque ce sont souvent les femmes qui sont officiellement les cabaretières, les hommes ayant d’autres activités. Il n’empêche que le nom des cabarets reste plutôt associé au mari dans les récits des anciens du village : on va chez Sailly, chez Cappe, chez Beauchamp. Les exceptions existent toutefois (Man Laure, café Pauline et Chez Nelly).

 

Allez, je termine avec une liste de tous les cabaretiers.e.s trouvée dans les recensements précédents.

 

1931 Bourse trouée : n°4 Alixe Portenart, femme d’Alfred Boudry. Existe en 1921-1926.

Rue de Zutpré : n°3 Félicie Cappe, femme d’Arthur Régnier. Existe en 1921-1926.

1926 Place : n°17 Laure Delvallée, veuve ? Existe en 1921.

1921 La Nationale : n°11-n°12-n°13 Argentine Frénoy, femme de Jules Thomas. Existe en 1906-1911.

Rue de Zutpré : n°9 Marie Dumont, femme de Florentin.

La Pontoise : n°4 Elise Davion, femme d’Auguste.

Le Hebben (?!) : n°6 Marie Dubout, femme de Clovis. En 1906-1911, Estelle Castier, femme du même Clovis. Clovis Dubout, cabaretier au marais de Tilques en 1904

1911 La Nationale : n°9-10 Louise Leroy, femme d’Alfred Leclercq. Existe en 1891-1906.

n°33-36 Juliette Haudrechy, femme de Louis Beauchamp. Louis Beauchamp, cabaretier en 1904 (LMA). Le troisième frère ! Existe en 1906.

n°37-40-37 Estelle Bigourd, femme de Désiré Gauchez. Existe en 1891-1906.

n°44-47-45 Angèle Bigourd, femme d’Etienne Loisel. Existe en 1891-1906

Place : n°10 Georgina Bugnon, femme d’Alfred Goetgheluck

Rue de Zutpré n°2 Elise Boudry, femme d’Arthur Beauchamp (oncle des 3 frères)

n°9-15 Marie Debout, femme de Florentin/Eugène Dumont. Existe en 1906.

Châteaux et usines n°4 Maria Lecucq femme d’Abel Caron

1906 La Nationale : n°2 Marie Beauchamp, femme de Nestor Haudrechy

Place : n°10 Marie Viniacourt, femme de Pierre-Joseph Lenglet

n°19-18 Odile Fichaux, femme de Jules Dassonneville, existe en 1891.

n°25 Josse Cailliau

Rue de Zutpré n°3 Léonie Helleboid, femme de Félix Dusautoir

N°13 Marie Flament, femme de Léon Lefait

Châteaux : n°11 Maria Dufour, femme d’Ovide Regnier.

1891 La Nationale : n°2 Hortense Leblanc, femme d’Honoré Duval. Duval, cabaretier en 1893

n°7 Elise Wattez, femme de Clovis Decotte

n°23 Arthemise Sailly, femme d’Oscar

n°33 Marie Hoquette, femme d’Augustin Bauduin

n°50 Maria Planquette, femme de Bertin Cappe

Bourse Trouée : n°16 Marie Caffray, femme d’Augustin Mièze

Place : n°25 Célina Roëre, femme de Marcellin Pouchain. Madame Pouchain, cabaretière en 1889-99

Chemin de Zutpré : n°3 Clara Mailliart, femme d’Alfred Pelletier

n°19 Charlotte Houlliez, femme de Jules Lecucq

Usines, château : n°4 Félicie Regnier, femme d’Adolphe Dubuis

n°5 Marie Viniacourt, femme de Pierre-Joseph Lenglet. Joseph Lenglet, cabaretier en 1889

La Pontoise n°8 Stopin

Le Hebin n°1 Félicie Bultel, femme de Alphonse Velge

La Barque Broucke n°12 Léocade Stopin

1836

Casimir Savary, Ambroise Vercoutre, Pierre Delmetz, Achille Wallart.

 

Et dans le Mémorial Artésien :

Estaminet occupé par Viniacourt sur la grande route en 1908 (à l’intersection du vieux chemin d’Ardres (?)).

Estaminet dans le marais occupé par Irénée Wavrans début 1905.

Désiré Grébert, cabaretier en 1887

Estaminet de l’Epinette en 1886

Bigourd-Stopin cabaretier en 1869-1883 sur la route nationale

Leclercq cabaretier en 1883

Jules Delmetz, cabaretier en 1883

Dagmez cabaretier en 1879

Deldicque cabaretier en 1879

Viniacourt, cabaretier au Coûtre en 1874

Dercy cabaretier sur la grand route en 1874

Dassonneville cabaretier sur la place en 1870

Louis Dassonneville, cabaretier en 1853

Pierre Delattre, cabaretier en 1841

 

[1] Interview Daniel Bouton, 28 février 2020.

[2] Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 670, Correspondance 39-45.

[3] Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, M 4399, Recensement de population, Tilques : 1936.

[4]    Mairie de Tilques, Archives, Série F4, Ouverture de débits de boisson.

[5] Interview Daniel Bouton, 28 février 2020.

[6] Le mémorial artésien, 21 septembre 1908.

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 17:49

Ah, les lieux de sociabilisation ! Je suis sûr qu’aujourd’hui certains paieraient assez cher pour retrouver leurs ami.e.s dans des cafés ou autres boîtes de nuit (peut-être pas 135€ non plus !). Dans ce nouvel épisode de l’histoire de Tilques, me voici à fréquenter les bars, appelés à l’époque estaminets et surtout cabarets, mais aussi les distilleries et les brasseries. Vous allez voir que le village est une plaque tournante pour l’alcool dans l’Audomarois.

 

Les distillateurs

 

Deux épopées, très différentes.

 

La première est celle de la famille Legrand. Ils vont fabriquer de l’alcool pendant plus d’un siècle : de 1831 avec Maximilien, jusqu’à la seconde guerre mondiale. Maximilien s’installe dans la commune peu après la défaite finale de Napoléon et le retour de la monarchie. Absent de Tilques en 1820, on l'y recense en 1831 : il est officiellement distillateur. Il décède 5 ans plus tard, marchand-fabricant de sucre, alors que ses deux enfants, Maximilien fils et Adolphe sont respectivement marchand en gros et distillateur. Ce mélange va perdurer pendant cent ans.

Il faut comprendre que la culture de la betterave sucrière n’en est qu’à ses débuts puisque la première extraction industrielle de sucre date de 1811, à une époque où la France napoléonienne est coupée de ses colonies par le blocus britannique. Faute de canne à sucre, la culture de la betterave est encouragée, et le Nord de la France sera l’un des cœurs de production du « sucre indigène » (en opposition au « sucre exotique »). La famille Legrand est pionnière dans son domaine.

Les deux fils prennent la relève jusqu’au décès précoce d’Adolphe (distillateur en 1836, décède en 1845). Maximilien fils fabrique alors du sucre et distille de l’alcool de 1836 à 1870 (on évoque du genièvre en 1846 !). La famille dispose aussi de nombreuses terres (elle vend pour 70 hectares de blé, avoine et escourgeon en 1871). Les usines grossissent, « deux établissements considérables » selon la presse en 1868, devenant rapidement le plus gros employeur du village. C’est le neveu de Maximilien, Adolphe (oui, le fils d’Adolphe, car ils ne se fatiguaient pas à trouver des prénoms !) qui poursuit l’œuvre de son oncle : la fabrique de sucre existe toujours de 1872 à 1887. Quant à la distillerie, elle devient le cœur de métier familial : je retrouve sa mention de 1872 à 1905, avec Adolphe fils et… petit-fils (trois générations avec le même prénom !). Nous bénéficions d’une description de l’usine à la suite d’un grand incendie en 1890 : « D’un côté est la fabrique de sucre qui, depuis un certain temps, ne fonctionne pas ; de l’autre la distillerie composée d’un immense bâtiment à trois étages, d’une longueur de 80 mètres sur 46 mètres de large. Ce bâtiment industriel, parfaitement outillé, renfermant tous les agencements que nécessite une distillerie importante, est isolé de tous les autres. (…) Dans la meunerie (…) se trouvaient entassés dans d’immenses greniers, plus de 600 000 kilos de grains de toutes sortes : maïs, blé, fèves, avoine, etc. »[1]. Les pertes sont estimées à 230 000 francs de l’époque [aux alentours d’un million d’euros aujourd’hui]. Cet incendie n’est pas le seul incident auquel est confrontée l’entreprise Legrand, puisque des accidents, parfois mortels, ont lieu à plusieurs reprises (ce qui nous rappellent les difficiles conditions des ouvriers à l’époque).

Après la première guerre mondiale les informations sont plus rares : Adolphe Legrand petit-fils habite à Saint-Omer en 1906 et est chef fabricant de lingerie. Il est à nouveau industriel à Tilques en 1921 et 1926, avec l’héritier Jacques. En 1936, Adolphe est simplement cultivateur (avec beaucoup d’employés néanmoins). La distillerie se serait arrêtée au début de la seconde guerre mondiale (conjugué au décès d’Adolphe petit-fils en 1941)[2].

 

Nous bénéficions de deux photographies de cette distillerie, avec des bâtiments aux fonctions complémentaires : la genièvrerie et la malterie.

La genièvrerie Legrand

La genièvrerie Legrand

La malterie Legrand.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 15.

La malterie Legrand. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 15.

L’autre histoire concerne la famille la plus « historique » du village, puisqu’ils en ont même le nom (en plus d’en avoir donné le blason) : c’est Agénor Taffin de Tilques. C’est un exemple typique d’une aristocratie qui essaie de retrouver une place importante dans la société, devenue républicaine. Cela passe souvent par des mariages avec la bourgeoisie d’affaires ; c’est aussi le cas, comme ici, d’une prise de risque et d’investissement industriel. Il est officiellement distillateur entre 1895 et 1911. Auparavant je le retrouve propriétaire en 1881 puis rentier en 1886. Un investissement tardif devant le succès de l’usine Legrand ? Ce n’est pas impossible. Déjà, en 1891, un distillateur Alfred Vallez habite à côté d’Agénor (je présume que c’est son employé en chef). Son fils est également distillateur en 1906. Je pense qu’une sucrerie pouvait aussi coexister. Toujours est-il que l’histoire de cette distillerie est beaucoup plus brève, environ une quinzaine d’années. L’ensemble est-il stoppé à la suite de la première guerre mondiale ? Agénor est officiellement propriétaire en 1921 (et il n’habite plus à Tilques en 1926). A noter dans les documents ci-dessous la demande pour obtenir une dérogation à la loi de 1906 sur le repos hebdomadaire pendant la durée de la fabrication de l’alcool !

Agénor puis la distillerie Taffin (au fond, la cheminée derrière le château). Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 17.
Agénor puis la distillerie Taffin (au fond, la cheminée derrière le château). Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 17.
Agénor puis la distillerie Taffin (au fond, la cheminée derrière le château). Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 17.

Agénor puis la distillerie Taffin (au fond, la cheminée derrière le château). Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 17.

Les brasseurs

 

A l’heure où les micro-brasseries pullulent, revenons sur une époque où « ils faisaient tous de la bière »[3]. Tous ? Peut-être pas. Mais clairement plus qu’aujourd’hui : j’ai recensé cinq grandes brasseries.

 

 

La plus connue aujourd’hui est celle qui est restée le moins longtemps au village : en 1914, la brasserie St Arnould est la possession d’Alfred Henry, brasseur à Tilques[4]. Ses publicités sont très nombreuses dans Le mémorial artésien au début du XXème siècle. D’après les informations à ma disposition, Alfred Henry aurait repris la brasserie à Auguste Lambin, brasseur en 1886 et 1891 à la même adresse, au croisement de la rue de Zutpré et de la route nationale. Officiellement négociant en spiritueux en 1898, Alfred Henry devient brasseur puis marchand brasseur entre 1906 et 1911 quand son fils Guislain est brasseur.

C’est l’ancêtre de l’actuelle… brasserie de Saint-Omer ! Oui, la même qui fait la Goudale et Secret des Moines. Auparavant St Arnould est un cabaret sur la route nationale détenu par Cappe[5]. A priori les Henry déménagent après la première guerre mondiale (je trouve le père à St-Omer en 1921, son fils en 1920 et lui en 1946 sont ensuite en Algérie, à Oran !).

  Un village de soiffards : distilleries, brasseries et cabarets (1/2)

Les quatre autres brasseurs sont des Tilquois pur jus, avec des noms qui restent encore aujourd’hui largement associés au village : en septembre 1940 on retrouve des brasseries chez Annocque, Bédague, Dassonneville et Regnier[6].

 

La brasserie Bédague semble être fondée par Elie Bédague (1839-1901, marié à une Bayard) : il est recensé brasseur entre 1886 et 95. Son fils, Arthur, révolutionne un peu l’entreprise familiale : « il est l’un des premiers à mettre la bière en bouteille à la place des fûts »[7].  Il est recensé brasseur sans discontinuité de 1897 à 1936, avec son fils Maurice en 1931 et 1936. La bière était notamment amenée dans les estaminets que possédait la famille Bédague à ce moment-là, une petite dizaine, par exemple sur la place de Saint-Omer. Le décès d’Arthur en 1940 conjugué à la captivité de Maurice pendant la seconde guerre mondiale mettent un terme à l’aventure familiale. Maurice semble avoir essayé de continuer le brassage en rentrant d’Allemagne mais « c’était trop compliqué pour tout remettre en état ».

A noter que ce n’est pas l’actuelle maison Bédague, mais celle juste à côté.

Chose intéressante, la brasserie Bédague de Roquetoire vient de la même famille (ils brassent jusque dans les années 1960, puis deviennent négociants).

 

La brasserie Dassonneville est apparemment la plus ancienne : Ferdinand Dassonneville et son fils Louis sont déjà brasseurs rue de Zutpré en 1846 et 1851 ! On évoque la brasserie en 1862 puis Ferdinand se déclare à nouveau marchand-brasseur en 1870. Je ne vois plus cette mention de brasseur ensuite, il faut attendre Eugène en 1906 pour la retrouver. Celui-ci est le brasseur en chef jusque 1931, accompagné par son fils dès 1926, jusqu’en 1936. Là encore il semble que la seconde guerre mondiale ait stoppé net la production. Bernard Dassonneville aurait tenté de reprendre le flambeau, sans succès (à confirmer auprès de la famille Dassonneville). Certains dans le village ont encore des souvenirs de cette époque : « Dassonneville, il faisait de la bonne bière, on a encore livré de l'orge pour grand-père Marcel. Il aimait bien picoler ! »[8].

 

Une autre brasserie est celle de Benoit Regnier. Elle est située… dans l’actuelle maison Bédague ! A priori ce sont ses parents qui mettent en place la brasserie : Chérie Sailly est la brasseuse en 1906, c’est la seconde femme d’Eugène Regnier (décédé en 1905). Benoit est ensuite brasseur entre 1911 et 1936, celle-ci est reprise par sa femme Gabrielle Dubuis (1940).

 

Enfin la brasserie Désiré Annocque, à priori la plus petite et la moins historique des quatre : elle est évoquée entre 1921 et 1940. Elle serait située en face de l’actuelle boucherie (ferme Leullieux).

 

Comme nous pouvons le remarquer, la seconde guerre mondiale met fin à l’aventure de la bière dans le village.

La brasserie Bédague pendant la seconde guerre mondiale.  Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 10.

La brasserie Bédague pendant la seconde guerre mondiale. Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 10.

Plus anciennement, j’ai retrouvé la trace d’autres brasseurs : en 1881 veuve Augustine Mièze sur la nationale (n°15), Eugène Grébert sur la place (n°28), Eugène Caffray rue de Henneboque (n°23) (il est né à Tilques mais est considéré Anglais ! Son grand-père est un militaire né à Dublin), Aimé Devalkenaère (né à Steenbecque) chemin de Zutpré (n°3) ou Angeline Dassonneville, évoquée comme ancienne marchande-brasseuse en 1882.

Et à qui vendaient-ils leur bière ? Aux estaminets de la commune !

 

Les cabarets (à suivre !)

 


[1] Le mémorial artésien, 25 avril 1890.

[2] Interview Max Legrand, 5 avril 2020.

[3] Interview Daniel Bouton, 28 février 2020.

[4] Le mémorial artésien, 3 juin 1914.

[5] Le mémorial artésien, 26 mars 1879.

[6] Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 670, Correspondance 39-45.

[7] Interview Patrick Bédague, 2 avril 2020.

[8] Interview Daniel Bouton, 28 février 2020.

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 12:57

Les faits divers ce n’est pas trop ma came, clairement. Mais leur analyse dans la presse révèle un peu de l’époque. Pour mon histoire tilquoise je bénéficie d’une pépite : le journal Le Mémorial Artésien, dont le tirage est disponible de 1830 à 1914. Plutôt d’ascendance républicaine pour la période 1870-1914, il m’a permis d’apprendre beaucoup de choses sur mon village. Et notamment de son histoire judiciaire. Clairement, ça part dans tous les sens ! Ainsi, le 24 mai 1886, madame B., ménagère, est prise en flagrant délit de vente de pièces de beurre auxquelles il manquait quelques grammes… procès-verbal ! Complètement différente est l’audience du 9 mars 1887, où Louis Régnier est condamné à 16 jours de prison pour avoir donné plusieurs coups de pied dans le ventre de monsieur Flamend au sein de l’usine Legrand. Il avait auparavant voulu l’attaquer avec… une fourche[1].

J’ai surtout les informations de 1889 à 1914. 26 ans, où les habitants de Tilques sont appelés à la barre ou sanctionnés de contraventions. Le journal les énumère, peu importe la gravité. Au total, 86 affaires ! Oui, les Tilquois sont condamnés plus de 3 fois par an en moyenne !

Petit récapitulatif par catégorie :

 

Contraventions

Délits

 

Chien

Véhicule

Pêche

Estaminet

Vol

Insulte

Violence

Crime

Autre

Total

6

15

9

9

9

7

14

2

15

86

 

Là, vous vous demandez sans doute : « qu’est-ce que c’est que cette catégorie de chiens ?! » Allez je vous réponds directement ! Car ça prêterait à sourire aujourd’hui si ces affaires étaient notées dans la presse : ce sont les chiens sans collier ! 5 fois des ménagères Tilquoises prennent des contraventions (19 mars 1899, 15 avril 1899, 10 novembre 1899, 23 janvier 1900, 24 juin 1901). Là où ça devient cocasse, c’est la situation des époux Lefebvre-Limousin qui reçoivent une contravention le 18 janvier 1910 pour s’être fait traîner dans une voiture attelée de chiens ! La pratique était officiellement interdite, mais elle subsistait beaucoup dans le Nord. J’ai même dans mes archives une carte postale de Lille qui évoque ce sujet.

Tilques, un village de criminels !

En parlant de véhicules, je compte 15 contraventions sur cette thématique. Beaucoup ? Imaginez un peu aujourd’hui si la presse relatait tous les P.V. ! A l’époque ce sont essentiellement pour des défauts d’éclairage sur des véhicules (bien souvent des bicyclettes) : 19 octobre 1898, 29 novembre 1899, 28 janvier 1900, 14 décembre 1900, 27 février 1901, 3 novembre 1905, 9 août 1912, 30 mars 1914. Je pense que c’est la même chose pour la période précédente, même si le nom est presque romantique « contravention à la police du roulage » (27 septembre 1895,10 décembre 1895). Certains cumulent : le 2 juin 1899 contravention de roulage pour abandon de voiture et défaut de plaque. D’autres se retrouvent même au tribunal, ainsi le 16 octobre 1912, Charles Planquette, 55 ans, cultivateur, est condamné à 25 francs et 5 francs d’amende pour refus de s’arrêter et défaut d’éclairage[2]. Sur la même thématique toujours, le 12 mai 1899, contravention pour défaut de plaque à son véhicule ; pour abandon de véhicule le 1 avril 1898 et le 5 août 1899.

 

Autre chose, le marais de Tilques est, encore aujourd’hui, le paradis des pêcheurs (des pech’eux ! [prononcé Pékeu pour les non-Ch’tis]). Et certains avaient parfois des pratiques illicites. Ainsi P.V. pour délit de pêche le 23 avril 1901, pour pêche à l’aide d’un engin prohibé le 21 octobre 1895. La plupart se retrouvent même au tribunal correctionnel ! Pour délit de pêche : Denis Grenier, cultivateur de 53 ans, condamné à 5 francs d’amende, Augustin Planquette, pêcheur de 32 ans, condamné à 16 francs d’amende, Georges Mièze, cultivateur de 16 ans, 5 francs d’amende, René Planquette (sacrée famille !) domestique de 26 ans, 10 francs d’amende. Léon Becques, 26 ans, reçoit 10 francs d’amende pour pêche à l’aide d’engins prohibés quand Maria Mahieu, elle, écope d’un franc d’amende pour pêche à la houppe la nuit[3]. Mais notre champion est Monsieur D. qui pêchait avec un filet de 43 mètres de longueur (!!!) et qui avait déjà capturé un certain nombre de percots et de roches. P.V. est dressé le 14 mars 1896.

 

Ce qui revient également souvent sont les contraventions pour fermeture tardive des cabarets (c’est-à-dire des bars !) : 31 mai 1898, 11 août 1898 (n’a également pas pu présenter aux gendarmes le registre où sont inscrits les noms des logeurs), 31 mars 1899, 2 juin 1899, 30 mai 1901, 30 novembre 1905, 20 décembre 1905, 3 juin 1912. Une cabaretière est également sanctionnée le 6 juillet 1898 pour avoir servi à boire à un individu déjà en état d’ivresse !

 

Avec ces quatre types de contraventions (chiens, véhicules, pêche et estaminets), nous en sommes déjà à 39 affaires de traitées sur les 86. Autant qu’on ne pourrait plus lire aujourd’hui dans la presse. Par contre, pour la suite…

 

Les voleurs

Neuf situations jugées par le tribunal correctionnel de Saint-Omer, avec d’abord Céline S., ménagère de 70 ans, condamnée à 3 ans de prison en application de la loi Béranger, pour détournement d’objets saisis[4]. Oui, ça ne rigole pas, qu’importe le sexe ou l’âge ! Augustine D., ménagère de 40 ans, condamnée à 15 jours de prison le 4 juin 1890 ; Joseph Courbot, journalier, condamné à 25 francs d’amende pour complicité de vol de récoltes le 6 novembre 1891 ; Eugène Caffray, journalier de 38 ans, 9 jours de prison le 28 février 1895 ; Denis Corvais, manouvrier de 40 ans, condamné le 24 novembre 1897 à 4 mois de prison.

Puis viennent les récidivistes : Denis Gervais journalier de 46 ans, condamné le 11 novembre 1903 à 15 jours de prison, et à nouveau le 4 janvier 1905 à 6 jours de plus ; Charles Scotté, ouvrier-vidangeur de 20 ans, condamné le 2 mars 1911 à 4 mois de prison (vol de vêtements) puis le 12 août 1911 à 3 mois de prison (vol dans un estaminet).

 

Les insultants

Apparemment les Tilquois n’ont pas toujours leur langue dans leur poche, surtout contre les autorités. Félicie Carpentier, femme Chaput, ménagère de 53 ans, condamnée à 16 francs d’amende pour outrage à agent. P.V. contre un journalier qui insulte M. Fribourg, directeur de distillerie. Célina Roere, contravention pour avoir insulté le maire ! Hyacinthe Chaput, manouvrier de 30 ans, 6 jours de prison et 5 francs d’amende pour outrage à agent. E.L. cultivateur de 32 ans, 15 francs d’amendes pour « outrages à des employés des contributions indirectes » (c’est-à-dire le percepteur !)[5]. Pour les deux derniers, ça va plus loin : Léon Canieux, cultivateur de 61 ans, condamné à 50 francs d’amende pour menaces de mort sous condition le 27 décembre 1911 ; quand à F. et N., ils prennent une contravention pour ivresse, bris d’objets de cabarets et insultes au garde (19 août 1913).

 

Les violences

S’ils n’ont pas la langue dans leur poche, les Tilquois ont aussi le sang chaud. Nous n’avons que très rarement les raisons d’une bagarre, quoique les lieux soient souvent les mêmes : les cabarets ! La plus belle histoire est sans aucun doute la première : le 5 avril 1896, « un procès-verbal a été dressé par la police au sujet d’une rixe qui s’est produite entre deux campagnardes de Tilques dans un estaminet du Marché aux poissons. Le motif de cette rixe est, parait-il, la jalousie. Une de ces dames aurait été abandonnée par son amoureux qui accorderait ses faveurs à l’autre. Ce duel, qui avait lieu à coups de parapluie, avait amassé devant l’estaminet un rassemblement assez conséquent »[6]. Pour le reste, les explications sont souvent absentes, seules sont rapportées les amendes, toujours pour coups, d’une valeur de 16 francs : à Léon V, 43 ans, journalier ; pour Félix D., 27 ans, bourrelier (à la suite d’une bagarre ayant pour trait le général Boulanger) ; à Marcellin P., 62 ans, cabaretier ; pour Eugène Vanhove, 21 ans, marchand de chiffons[7]. Les peines évoluent ensuite, selon la gravité des gestes : H. G. cultivatrice, et J. V., cultivateur, 5 francs d’amende chacun (avec application de la loi Bérenger) ; Hyacinthe Chaput, 27 ans, journalier, 6 jours de prison et deux amendes de 5 francs pour coups et blessures, ivresse. En parlant de Chaput, une bagarre entre les frères Désiré et Henri, journalier, où Désiré utilise un piquet en bois pour frapper son frère, lui vaut 25 francs d’amende. Et dans la série j’utilise un objet contondant, Gaston Gastalle, cultivateur de 42 ans dans le marais, reçoit deux coups de couteau au visage et à la main ; son agresseur, P. C., cultivateur de 46 ans, est condamné à un mois de prison avec sursis et 100 francs d’amende ; H. S., briquetier, PV en raison d’un coup de bâton à Léon Cagneux, cultivateur (et un autre P.V. pour insultes envers la fille Cagneux). René Becque, batelier, condamné à 25 francs pour un coup de poing dans la figure de Marie Planquart, cabaretière à Houlle ; Victor Flan, journalier, 8 jours de prisons avec sursis et 30 francs d’amende.[8]

Alphonse Ducrocq, journalier, reste le grand perdant du jour, puisqu’il est condamné deux fois la même année pour coups et blessures volontaires, puis coups volontaires et bris de clôture : 2 fois 15 jours de prison[9].

 

Les crimes

Là, nous avons deux histoires plus graves.

Le 31 décembre 1911 René Vigniacourt est tué avec un fusil par son frère Elie à Longuenesse. Les deux sont nés à Tilques mais n’habitent plus dans la commune. Elie bénéficie finalement d’un non-lieu (un peu à la surprise générale, notamment de la presse !)[10].

La seconde affaire est traitée la cour d’assises du Pas-de-Calais, Henri Broussart, 21 ans, journalier, est accusé d’avoir tué Narcisse Renaux, 68 ans, journalier, dans la soirée du 16 octobre 1903. Les deux hommes sortaient ensemble du cabaret de la veuve Caillaux-Dufour. Le corps de Renaux est repêché dans un fossé le lendemain, sa paie a disparu. Les témoins s’accordent à dire que les deux hommes n’étaient pas ivres en sortant du cabaret, contrairement à la déposition de Broussart. « Broussart a la réputation d’être paresseux et ivrogne » dit le journal. Son discours est changeant. Il n’a rien fait, puis il regrette. Verdict négatif sur la question du meurtre, il prend néanmoins 6 ans de prison pour le vol[11]. (jugement assez bizarre ! cher payé pour un vol !).

 

Reste les histoires amusantes, les enfants, et les inclassables.

Histoire amusante

E. Anthine, vidangeur, prend une contravention le 3 février 1911 pour « travaillait encore à 8h40 du matin dans la rue Jacqueline Robins » à Saint-Omer. Oui, prendre une amende pour travailler !

Auguste Leclercq, haleur de bateau, prend une amende le 2 juillet 1910 pour avoir laissé ses chevaux sur une route fréquentée alors qu’ « il était assis (…) en train de boire une choppe dans un estaminet ».

 

Les enfants

Pour la fête nationale, le 14 juillet 1899, une contravention est dressée à deux jeunes pour… outrage public à la pudeur. Hum.

En parlant des jeunes, un écolier prend un P.V le 30 avril 1904 pour avoir cassé deux godets isolateurs fixés aux poteaux électriques quand Charles S. est de ceux qui, le 20 mai 1905, ont violé des sépultures à Serques.

 

Autres

Ce sont des inclassables, quand je n’ai pas d’explications précises, ainsi les P.V. pour « voies de fait » : Monsieur D. le 9 décembre 1898 sur les nommées Elise Courtin, sa sœur Clémence et Octavie Lefort, toutes trois ménagères ; des cabaretiers le 8 mars 1899 sur la nommée Joséphine Bugnon, ménagère ; une cabaretière sur la nommée Marie Baudry, femme Dercy, ménagère, le 26 juin 1899. Est-ce des insultes ? Des pressions ? Mystère.

Il y a aussi les uniques condamnations dans une thématique, dont je ne pouvais pas faire une catégorie : Alphonse Stopin, batelier, condamné à un mois de prison pour avoir tiré un coup de fusil pour faire peur aux employés des ponts et chaussées ; Henri Maerle, journalier, 500 francs d’amende pour colportage de tabac ; Marcelin Pouchain et Célina Roera Pouchain, 60 et 53 ans, cabaretiers, 16 francs d’amende chacun pour violation de domicile avec violences ; PV pour ivresse dressé à un journalier ; Alfred Vasseur, sans domicile fixe né à Tilques, envoyé en prison à la suite d’un abus de confiance.

J’ai aussi « l’arrestation d’un incendiaire » : Eugène Dusautoir, cultivateur, voit une de ses meules de foin partir en fumée du côté de la bourse trouée. Il soupçonne un de ses anciens employés qu’il avait renvoyé, employé qui l’a menacé. Or, Rodolphe Coulon a laissé une empreinte de pas à côté de la meule… « il s’était enivré ce jour-là »… il est écroué.[12]

 

Enfin, je rappelle que la justice peut toucher tout le monde. Ainsi, le 10 mars 1899, Adolphe Legrand, distillateur de 26 ans, fils de l’ancien maire, est présenté au tribunal correctionnel le 8 mars 1899 en raison du versement de « substances à détruire le poisson ». Pas d’information sur le jugement de cet écocide !

 

Bon, si je vous fais cette liste, ce n’est pas tant pour le plaisir du fait divers que pour permettre de relativiser le présent. Car, souvent, j’entends des anciens dire « on voyait pas tout ça, avant ». Quand ils parlent de tout ça, ils veulent dire les crimes, les agressions, les vols ou la violence, surreprésentés dans les médias. Et bien, preuve en est, ça a toujours existé.

D’ailleurs le taux d’homicides n’a jamais été aussi faible qu’à notre époque (c’est important de le rappeler).

 
Tilques, un village de criminels !

Et, honnêtement, beaucoup de ces affaires se déroulent autour des cabarets. Coïncidence ? Je ne crois pas ! D'ailleurs, je vous ai dit que Tilques est un village de soiffards ? (à suivre !)

 

[1] Le mémorial artésien, 12 mars 1887.

[2] Le mémorial artésien, 18 octobre 1912.

[3] Le mémorial artésien, 17 juin 1892, 29 juin 1894, 21 juin 1895, 14 août 1896, 13 juin 1913.

[4] Le mémorial artésien, 19 juin 1896.

[5] Le mémorial artésien, 10 avril 1891, 7 mai 1898, 10 novembre 1900, 18 décembre 1901, 5 août 1908.

[6] Le mémorial artésien, 6 avril 1896.

[7] Le mémorial artésien, respectivement 25 janvier 1889, 16 septembre 1889, 12 décembre 1890, 28 avril 1893.

[8] Le mémorial artésien, respectivement 8 novembre 1895, 29 juillet 1898, 23 septembre 1901, 14 août 1903, 11 juin 1905, 3 mars 1905, 5 décembre 1913.

[9] Le mémorial artésien, 7 avril 1911, 24 novembre 1911.

[10] Le mémorial artésien, 5 janvier 1912.

[11] Le mémorial artésien, 6 janvier 1904.

[12] Le mémorial artésien, respectivement 29 septembre 1890, 26 novembre 1897, 29 avril 1899, 25 juillet 1902, 8 mai 1911, 22 novembre 1905.

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 09:24

Après Saint-Omer, direction ma ville universitaire en cartes postales. Celles-ci sont un legs familial, et on y trouve beaucoup de cartes datant de la première moitié du XXème siècle. L'occasion de redécouvrir des villes que nous connaissons bien, et qui ont souvent énormément changé.

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

La première est, et ce n'est pas coutume, en couleur ! Elle représente la rue de Saint-Quentin et les écoles communales en 1940. Difficile de voir les points communs avec aujourd'hui ! Deux bâtiments m'ont aidé, ceux au coin de la rue (qui sont restés les mêmes). Pour le reste, c'est une rue qui a été lourdement bombardée pendant la seconde guerre mondiale et l'ensemble a été reconstruit très différemment. J'ai trois cartes postales identiques, elles sont envoyées en février et mai 1940 par Albert Fenet, mon arrière-grand-père, alors mobilisé en attendant les Allemands. Il sera fait prisonnier quelques mois plus tard et envoyé en Allemagne !

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Pour la gare, pas besoin de donner beaucoup d'explications, tant la carte postale est parlante ! La station actuelle est clairement laide d'un point de vue architectural, alors quand on compare à l'ancienne... Le square sur l'image de 1940 est intéressant car très vert... contrairement à la majorité du lieu aujourd'hui.

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Quant au monument aux morts sur cette même place, il a forcément vu sa liste de "morts pour la France" s'agrandir. Cette carte vaut aussi le coup d’œil pour les bâtiments derrière, totalement transformés.

Bon, quand on dit Arras, on pense surtout à son beffroi.

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Cette fois, pas de différence ! Il faut dire que le beffroi avait pris son lot de bombes en 1914-1918 (il a ensuite été reconstruit à l'identique !), il semble plutôt épargné lors de la seconde guerre mondiale. 

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Ces deux cartes datent du début des années 1950. Elles permettent d'observer la place des Héros et la Grand' Place. La vraie différence tient aujourd'hui sur la Grand'Place, avec les voitures qui ont remplacé les chevaux !

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Après une vue panoramique que je ne peux pas vraiment comparer (mais si vous habitez dans un appart à ce niveau-là ça m'intéresse !), direction le croisement de chez Rose-Marie, officiellement appelé Rue Désiré Delansorne et la place Adolphe Lenglet. Le palais de justice au premier plan. Encore une fois la place de la voiture questionne dans un Arras qui semble désert sur ces cartes.

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Pour l'église Notre-Dame-des-Ardents, dont la carte est non-datée, on peut observer l'apparition d'un petit parking devant le portail et la fin des pavés ! Enfin, le clocher est plus allongé qu'à l'époque (détruit à la suite d'un bombardement ?).

Arras, à l'ancienne
Arras, à l'ancienne

Enfin je termine avec le jardin public d'Arras (appelé comme ça à l'époque), aujourd'hui appelé jardin Minelle. Je n'ai malheureusement pas le même angle sur la photo (mais je suis confiné comme vous, un jour je l'aurai !).

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 11:14

C’est un cadre installé dans la mairie qui a d’abord attiré mon attention :

Tilques et les élections municipales, une histoire de famille (parfois tendue !)

Quelque chose m’a tout de suite sauté aux yeux : la récurrence de certains noms de famille ! Et des noms que je connais bien ! Parmi les « dynasties » de Tilques, six familles - les LEGRAND, LURETTE (3 fois), HELLEBOID, TAFFIN DE TILQUES, DASSONNEVILLE, BEDAGUE (2 fois) - représentent plus de 63% des maires. Et si l’on enlève les Taffin de Tilques ce sont encore des habitants du village. Cela fait d’ailleurs plus d’un siècle (depuis 1912) que la mairie est dans les mains de l’une des 5 familles !

 

Tilques se caractérise aussi par sa stabilité en mairie : 10 ans de mandat en moyenne pour un maire. Et encore, sans les deux périodes d’instabilité (4 maires entre 1790-1793 et 6 maires de 1892-1902), ça passe à 15 ans. Sur les 22 maires, un seul semble avoir perdu son mandat pour le regagner deux ans plus tard : Augustin Leullieux (perdu en 1900 puis retour en 1902). Cette histoire est d’ailleurs assez étrange : il est élu maire le 20 mai 1900, puis Alfred Bouvart le devient le 12 novembre de la même année… alors qu’il n’y a officiellement pas d’élection. Que s’est-il passé ? Un putsch municipal ? Une maladie et mise en retrait ? Alfred Bouvart ne fait même pas partie des élus d’après mes résultats partiels de 1900. Une démission en bloc et une nouvelle élection ? J’ai même pensé à une erreur mais j’ai trouvé dans l’Indépendant du 26 février 1902 ceci :

L’indépendant, 26 février 1902, Archives du Pas-de-Calais, Arras, PG 229/4

L’indépendant, 26 février 1902, Archives du Pas-de-Calais, Arras, PG 229/4

Assez marrant d’imaginer aujourd’hui des salves d’artillerie pour une élection à la mairie ! Mais que diable s'est-il passé ? [réponse un peu plus bas!]

 

Je me suis amusé à retrouver le résultat des élections depuis 1888 : cela permet de voir la concurrence qui a existé (ou pas !), et cela permet aussi de voir qui participe au conseil municipal. Et vous allez vite voir que des noms reviennent régulièrement !

 

Elections Municipales de mai 1888

Elus (6mai) : Alfred Bouvart, Jean-Marie Dubuis, De Saint-Jean Lebel, Adolphe Legrand, Elie Bédague, Charles Lurette, Alfred Bocquet, Médéric Mièze, Florimond Verbrègue, Adonis Becques.

Maire : Adophe Legrand. Adjoint : De Saint-Jean Lebel (les deux sont classés « républicains » par la préfecture).

 

Petit problème : le conseil d'Etat annule cette élection[1]! Pourquoi ? Le maire Adolphe Legrand, est aussi un fabricant de sucre et distillateur[2]. Or, « il résulte de l'instruction, d'une part qu'un certain nombre d'ouvriers du Sieur Legrand ont été réunis le 6 mai 1888 dans la cour de la fabrique et qu'ils ont été conduits par leurs contre-maîtres dans la salle du scrutin où ils ont voté sous la surveillance du Sieur Legrand avec des bulletins manuscrits qui leur avaient été remis par lui, et d'autre part que, pendant le dépouillement du scrutin, le Sieur Legrand qui remplissait les fonctions de scrutateur a refusé à l'un de ses assesseurs de lui laisser contrôler les dits bulletins (...) ». Un sacré démocrate cet Adolphe Legrand ! 

 

Du coup une nouvelle élection est convoquée le 20 mai 1889.

Elus (1er tour) : Adolphe Legrand, Adrien de Saint-Jean Lebel, Jean-Marie Dubuis, Charles Lurette, Elie Bédague, Alfred Bocquet, Laurent Verbrèque, Melon Mièze, Taffin de Tilques, Dassonneville.

Deux ballottages (Médéric Mièze et Adonis Becques). Battu par Bauduin et Delattre.

Ainsi, Adolphe Legrand et sa liste sont réélus lors de ce 3ème tour ! De Saint-Jean Lebel adjoint.

 

Elections Municipales de mai 1892

1er tour (1er mai)

Elus : Adrien Saint-Jean Lebel, Adolphe Legrand, Bédague, Bocquet, Lurette, Melon Mièze, Médéric Mièze, Dubuis, Beauchamp, Annocque, Verbrègue, Becquet.

Pas de second tour. Maire (17 mai) : Adolphe Legrand. Adjoint : Adrien Saint Jean Lebel.

 

Deux problèmes dans cette élection. Tout d’abord l’Indépendant me donne Adolphe Legrand comme maire le 17 mai alors que le cadre me dit que c’est Adrien Saint-Jean Lebel le 24 mai. Qui s’est trompé ? En fait, personne ! Car Adolphe Legrand est… décédé une semaine après sa réélection ! Cela faisait 22 ans qu’il était maire.

J’ai ensuite Horace Dambricourt qui serait devenu maire le 13 août 1893… officiellement il n’y a pas d’élection à l’échelle nationale et Horace Dambricourt ne fait pas partie des élus de 1892… toutefois je le vois apparaître lors des élections suivantes. Chose intéressante, sa mère est Eudoxie… Legrand, la sœur d’Adolphe… Une élection est en fait organisée le 30 juillet 1893 et il doit être élu. Les Dambricourt sont une grosse famille puisqu’ils dirigeaient les papeteries de l’Aa à Wizernes (ça peut aider à gagner une élection !). Il est élu maire au 1er tour avec 11 voix sur 12 (à la date du 24 août par contre).

 

Elections Municipales de mai 1896

1er tour (3 mai) Inscrits : 331. Votants : 293.

Elus : Gauthier Leullieux 188, Désiré Bauduin 175, Colin Dassonneville 171, Agenor Taffin de Tilques 168, Horace Dambricourt 166, Elie Bédague-Bayard 154, Augustin Lebel 152, Désiré Grébert 151, Charles Lurette 147. 3 ballottages.

2nd tour (10 mai) : Alfred Bocquet, Médéric Mièze, Mellon Mièze. 
Maire (17 mai) : Augustin Lebel (7 voix sur 12). Adjoint : Bédague-Bayard.

 

Elections Municipales de mai 1900

Les fameuses, celles que je ne comprenais pas et qui ont vu se succéder trois élus en deux ans.

1er tour (6 mai) 293 votants

Elus : Augustin Leullieux 203, Désiré Baudin 189, Taffin de Tilques 182, Adolphe Legrand 174, Bédague-Bayard 171, Louis Leblond 170, Alfred Bocquet 168, Augustin (Colin ?) Dassonneville 164, Augustin Lebel A 159, Désiré Grébert 154. 2 ballottages.

Cette fois j'ai une affiche pour l'entre-deux tours ! C'est ce qu'on appelle faire campagne !

Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, M614

Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, M614

2nd tour (13 mai) : Alfred Bouvart et Médéric Mièze sont élus.

Maire (20 mai) : Augustin Leullieux. Adjoint : Augustin Dassonneville.

 

S’en suit donc apparemment Alfred Bouvart (12 novembre 1900) puis le retour le 23 février 1902 d’Augustin Leullieux. Pourquoi ? Vous allez voir, c'est un sacré bordel !

Le problème date du premier tour : Monsieur Saint-Jean Lebel est candidat, il obtient d'ailleurs la majorité des suffrages. Mais le bureau électoral de Tilques le considère comme inéligible en raison d'un lien de parenté avec A. Lebel (lui-même dans une liste opposée ! Et l'élection entre les deux se joue à deux voix !). Apparemment, deux personnes de la même famille ne peuvent pas être membres du conseil municipal. Le bureau électoral de Tilques décide qu'il y aura donc deux ballottages. Du coup Saint-Jean Lebel proteste, considérant qu'à la suite du décès de sa femme, A. Lebel n'est plus vraiment son beau-frère. Le conseil de préfecture du 12 juin 1900 lui donne raison et annule ainsi les opérations du second tour de scrutin. Alfred Bouvart et Médéric Mièze se pourvoient devant le conseil d'Etat... Cette décision de la préfecture provoque ainsi l'annulation le 6 juillet de l'élection... du maire Leullieux... et Alfed Bouvart se présente alors le 4 novembre pour lui ravir la mairie... et gagne au troisième tour, au bénéfice de l'âge ! (6 voix chacun)

Sauf que le conseil d'Etat rejette la requête de Bouvard et Mièze le 18 novembre 1901 ! Le conseil considère notamment que le bureau électoral n'est pas à même « de statuer sur les questions de capacité et incompatibilité ». Ainsi, le second tour aurait dû avoir lieu pour... l'élection d'un seul conseiller, et pas deux ! Sauf que le conseil d'Etat rejette aussi les arguments de Saint-Jean Lebel et considère donc qu'il n'est pas éligible !

Avec le décès de Bédague-Bayart... de nouvelles élections pour trois sièges sont donc convoquées ! Oui, c'est un peu compliqué ! Alfred Bouvart prend acte de la décision « je ne remplis plus les conditions nécessaires pour exercer les fonctions de maire. Je cesse immédiatement ces fonctions »[3]. Et une élection partielle a donc lieu. C'est ainsi qu'Augustin Leullieux retrouve son siège de maire. Il va le garder 10 ans.

 

Elections Municipales de mai 1904

1er tour (1er mai) Inscrits : 327. Votants : 280.

Auguste Leullieux 159, Désiré Bauduin 158, Louis Leblond 153, Gabriel Taffin de Tilques 153, Dassonneville-Colin 152, Désiré Grébert 151, Auguste Lebel 150, Agenor Taffin de Tilques 149, Alfred Bocquet 146, Englemond Helleboid 146, Adolphe Legrand 143, Alphonse Flandrin 143

Pas de 2nd tour (8 mai). Maire : Augustin Leullieux.

 

Elections Municipales de mai 1908

Pour la première fois je vois apparaître trois listes ! (une ou deux incomplète(s))

1er tour (3 mai) [en italique les élus]

Liste du maire : Augustin Leullieux 166, Colin Dassonneville 141, Désiré Bauduin 145, Louis Leblond 159, Taffin de Tilques 130, Désiré Grébert 143, Auguste Lebel 139, Englemond Helleboid 127 Agénor Taffin de Tilques 100, Flandrin 126, Gogibus 114, Dubout 95.

2ème liste Frédéric Mièze 137, Edmond Lurette 151, Arthur Bédague 143, Louis Bodart 143.

3ème liste Bouvart-Lebel 56.

Pas de second tour (10 mai). Maire : Augustin Leullieux (11 voix sur 12). Adjoint : Edmond Lurette (10 voix sur 12). à C’est un cas intéressant de partage du pouvoir car ils ne sont pas sur la même liste au départ.

 

Elections Municipales de mai 1912

1er tour (5 mai) : Elus : Arthur Bédague 163, Alphonse Lurette 160, Louis Leblond 174, Englemond Helleboid 169, Edmond Lurette 199, Désiré Grébert 128, Victor Lebel 125, Médéric Mièze 134, Arthur Bauduin 136. 3 ballotages.

2nd tour (12 mai) : Louis Bodart 120, Eugène Dassonneville 124, Charles Planquette 121.

Maire (19 mai) : Edmond Lurette (12 voix sur 12). Adjoint : Arthur Bédague (8 voix sur 12).

 

Elections Municipales du 30 novembre et 7 décembre 1919

1er tour (30 novembre). Inscrits 273, Votants 214, Exprimés 209.

Elus : Alphonse Lurette 171, Louis Bodart 168, Octave Grébert 153, Charles Planquette 150, Arthur Bauduin 144, Joseph Sailly 140, Victor Lebel 140, Eugène Helleboid 139, Médéric Mièze 139, Arthur Bédague 136, Victor Dassonneville 126, Eugène Dassonneville 104, Edmond Lurette 14, Arthur Regniez 11, Edouard Cappe 10, Melon Mieze, Edmond Delattre, Vinocq Lahaye 6, Benoit Regnier, Emile Becques, Gustave Gogibus, Ernest Leullieux 5.

Un bulletin amusant dans l'urne (accroché au PV !),  Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, M695

Un bulletin amusant dans l'urne (accroché au PV !), Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, M695

2nd tour (7 décembre). Inscrits 273, Votants 160, Exprimés 145.

Eugène Dassonneville 119, Arthur Regnier 9, Victor Lefebvre 9.

Maire (10 décembre) : Arthur Bédague 9, Alphonse Lurette 2. Adjoint : Alphonse Lurette 11.

 

Elections Municipales de mai 1925

1er tour (3 mai) Inscrits : 259. Votants 232. Exprimés 231. A priori il doit y avoir deux listes.

Arthur Bédague 149, Edmond Delattre 134, Joseph Sailly 129, Alphonse Lurette 127, Désiré Annocque 126, Octave Grébert 125, Victor Lebel 122, Arthur Bauduin 121, Ernest Leullieux 119, Eugène Helleboid 116, Louis Bodart 115, Vinocq Lahaye 114. Ballottage pour 2 sièges.

2nd tour (10 mai) Inscrits : 259. Votants 221. Exprimés 213.

Arthur Régnier 93, Edmond Dubout 89.

Maire : Arthur Bédague. Adjoint : Alphonse Lurette.

 

Pourtant, le 21 février 1926 Eugène Helleboid devient maire. Que s’est-il passé ? D’après le P.V. de l’élection du maire de 1926 Arthur Bédague et son adjoint Alphonse Lurette sont démissionnaires, apparemment en raison de tensions avec… les anciens combattants ! Le vote du 21 février est très particulier : Eugène Helleboid est élu au premier tour par 7 voix, 4 bulletins blancs et un vote pour Ernest Leullieux. Il est proclamé maire mais… il refuse d’accepter le mandat ! Second vote ! Il obtient alors 8 votes, 3 bulletins blancs et un vote pour Ernest Leullieux. Il est à nouveau proclamé maire… et refuse à nouveau le mandat ! Troisième élection du maire ! Eugène Helleboid obtient cette fois 9 votes, pour 3 bulletins blancs. Il accepte cette fois son mandat ! Ernest Leullieux devient son adjoint (8 voix, 4 blancs). Drôle d'élection !

 

Elections Municipales de mai 1929

Deux listes s’affrontent : celle du maire et une autre avec un nom à rallonge ! [en italique les élus]

Eugène Helleboid, Ernest Leullieux, Edmond Delattre, Joseph Sailly, Octave Grébert, Arthur Bauduin, Edmond Dubout (tous conseillers sortants), Vinocq Lahaye, Auguste Lurette, Jean Caron de Fromentel, Gaston Cappe, Zacharie Bodart.

Candidats Républicains Indépendants pour l’ordre et la justice : Victor Lebel (conseiller sortant), Emile Becques, Iser Flament, Justin Chaput, Charles Mièze, Eugène Delvallée, Albert Flan, Fernand Courtrat, Paul Beauchamp, Amédée Audrechy, Eugène Régnier, Joseph Vercoutre

1er tour (5 mai) : Inscrits : 270. Votants : 244.

Arthur Baudin 147, Octave Grébert 146, Jean Caron de Fromentel 142, Vinocq Lahaye 137, Edmond Delattre 133, Joseph Sailly 133, Zacharie Bodart 129, Eugène Helleboid 129, Auguste Lurette 127, Victor Lebel 124. 2 ballotages.

2nd tour (12 mai) : Elus : Edmont Dubout et Victor Lefebvre.

Chose étonnante :  ce dernier n’est pas candidat au 1er tour ! Ce n’est pas la seule fois où je vois cette situation, je présume donc que c’était légal !

Maire : Eugène Helleboid. Adjoint : Octave Grébert.

 

Elections Municipales de mai 1935

1er tour (5 mai) : Liste du Maire 10 élus. Un Indépendant élu. Ballottage (un siège). Elus : Auguste Lurette, Victor Lefebvre, Eugène Helleboid, Ernest Leullieux, Arthur Bauduin, Joseph Sailly, Edmont Dubout, Zacharie Bodart, Marcel Dassonneville, Jean Caron de Fromentel. Justin Chaput.

2nd tour (12 mai) : George Pourchaux 95.

Maire (19 mai) : Auguste Lurette, 10 voix, 2 blancs. Adjoint : Ernest Leullieux 11 voix, 1 blanc.

A noter qu’Eugène Helleboid, maire depuis 9 ans, est élu dans le conseil, mais n’est plus maire.

 

Elections Municipales 1945

1er tour (29 avril) : Inscrits 511. Votants 416. Exprimés 407.

André Legrand 268, Valéry Thomas 213, Joseph Sailly 210, Zacharie Bodart 200, René Leullieux 193, Auguste Lurette 192, Elie Dubuis 188, Lionel Stopin 186, Arthur Bauduin 178, Eugène Régnier 176, Justin Chaput 168, Lucien Leroy 167, Clara Bayard 167, Thérèse Clay 160, Roger Wavrant 157, Jules Beauchamp 152, Charles Mieze 144, Omar Delannoy 139, Adolphe Mieze 139, Edmond Chaput 138, Marcel Dassonneville 138, Eugène Lebel 138, Jules Delmetz 133, Gaston Davion 116, Gustave Brioul 109, Divers 30.

C’est la première fois que des femmes se présentent : Clara Bayard et Thérèse Clay. Mais… elles ne se présentent pas au second tour !  Pourquoi ? Thérésa Clay laisse en fait la place… à son mari, Maurice Bédague, revenu des camps de prisonniers pendant l’entre-deux tours ! Je n’ai pas l’explication pour Clara Bayard.

Une occasion manquée pour les femmes : il va falloir attendre 1971 pour les revoir se présenter !

 

2nd tour (13 mai) : Inscrits 509. Votants 415. Exprimés 413.

Auguste Lurette 219, Zacharie Bodart 219, René Leullieux 219, Maurice Bédague 218, Lionel Stopin 217, Eugène Régnier 214, Elie Dubuis 204, Arthur Bauduin 203, Justin Chaput 196, Lucien Leroy 192, Roger Wavrant 188, Marcel Dassonneville 167, Raymond Leblond 167, Omer Delannoy 167, Adolphe Mieze 163, Edmond Chaput 151, Jules Delmetz 134, Amédée Haudrechy 121.

A noter que Maurice Bédague mais aussi Raymond Leblond se présentent au second tour, et pas au premier !

Maire (20 mai) : Auguste Lurette 9, Valéry Thomas 3. Adjoint : Zacharie Bodart 8, André Legrand 4. Il existe donc une réelle opposition dans le conseil municipal !

 

Elections Municipales 1947

1er tour (19 octobre) : Liste d’Union pour la défense des intérêts communaux André Legrand 287, Auguste Lurette 267, Maurice Bédague 253, Valéry Thomas 249, Lionel Stopin 241, Pierre Dassonneville 231, Ovide Doucre 225, Désiré Grébert 221, Adolphe Huyart 218, Justin Chaput 210, Léon Huyart 205, Joseph Mahieu 190.

Liste Républicain et indépendants Eugène Régnier 234, Roger Grébert 184, Raymond Leblond 170, Léon Decroix 167, Eugène Lebel 158, Louis Caron 157, Roger Wavrant 154, Jules Delmetz 149, Gaston Merlier 149, André Hocquet 148, Adolphe Mieze 145, Emile Helleboid 139, Amédée Haudrechy 126.

2nd tour (26 octobre) : Léon Decroix 193, Raymond Leblond 192 (Liste Républicain et indépendants), Justin Chaput 168, Joseph Mahieu 163 (Liste d’Union pour la défense des intérêts communaux)

Maire (31 octobre) : Auguste Lurette 9 voix, 4 blancs. 1er adjoint : André Legrand 9 voix, 4 blancs.

 

Elections Municipales du 26 avril et du 3 mai 1953

Elus : André Legrand, Maurice Bonnet, Maurice Bédague, Auguste Lurette, Eugène Regnier, Zacharie Bodart, Valéry Thomas, Joseph Dubuis, Raymond Leblond, Désiré Grébert, Lionel Stopin, Albert Winock, Léon Decrois

Maire : André Legrand (Action Locale selon sa nuance politique d'après la préfecture) 7, Eugène Regnier 4, Raymond Leblond 1. Adjoint : Zacharie Bodart (nuance politique « paysan ») 7, Raymond Leblond 

 

Elections Municipales 1959

1er tour (9 mars) : Inscrits 496. Votants 454. Exprimés 442.

Liste d'Union et d'Intérêt Local : 185. 1 élu.

Liste Union et Défense des Intérêts Communaux : 217. 7 élus

(André Legrand, Maurice Bonnet, Maurice Bédague, Zacharie Bodart, Auguste Lurette, Joseph Thomas, Eugène Régnier, René Dassonneville). Ballottage pour 5 sièges.

2nd tour (15 mars) : Inscrits : 496. Votants : 447. Exprimés : 438.

Liste d'Union et d'Intérêt Local : 229. 5 élus (Marcel Dassonneville, Eugène Lebel, Ely Dubuis, Albert Winocq, Raymond Leblond). Les cinq sont cultivateurs.

Liste Union Défense des Intérêts Communaux : 174 (Jean Gheraert, Zéphyr Lahaye, Léon Grave, Marcel Evrard, Aimé Falet).

Maire : André Legrand 10, Marcel Dassonneville 2. 1er adjoint : Maurice Bonnet.

 

Elections Municipales 1965

1er tour (14 mars). Sièges à pourvoir 13. Inscrits 467. Votants 446. Exprimés 431.

Liste d'Union pour la Défense des Intérêts Communaux : André Legrand (maire sortant), Maurice Bonnet (adjoint sortant), Maurice Bédague, Joseph Thomas, René Dassonneville (conseillers sortants), Zéphyr Lahaye, Alphonse Lurette, Adolphe Bauduin, Adolphe Huyart, Jean Ghereart, Marcel Evrard, Jean Grebert, Jacques Dercy

Liste Groupement Action pour la Défense des Intérêts Communaux : Charles Pruvost, Eugène Lebel, André Guyot, Michel Beauchamp, Paul Fardoux, Paul Moreau, Guy Bayard, Michel Vandenbergue, René Dewaghe, Michel Davion, Jean Evrard, Léonce Hérault, Jean-Louis Carré.

Liste Défense des Intérêts Communaux : seulement Raymond Leblond, Albert Winock.

Maurice Bonnet 261, André Legrand 254, Maurice Bédague 234, Joseph Thomas 233, Adolphe Bauduin 226, René Dassonneville 222, Adolphe Huyart 216, Alphonse Lurette 213, Jacques Dercy 193, Marcel Evrard 189, Jean Grébert 180, Jean Ghéraert 179, Charles Pruvost 175, Eugène Lebel 173, Jean-Louis Carré 168, Michel Beauchamp 167, Zéphyr Lahaye 166, André Guyot 161, Jean Evrard 154, Guy Bayart 147, Paul Fardoux 141, Michel Davion 140, Paul Moreau 139, Michel Vandenbergue 134, Raymond Leblond 132, Léonce Hérault 123, René Dewague 107, Bernard Dassonneville 107, Albert Winock 97, Divers 3.

2ème tour (21 mars). Sièges à pourvoir : 6. Inscrits 467. Votants 432. Exprimés 426.

Alphonse Lurette 221, Jean Louis Carré 213, Jean Grébert 207, Eugène Lebel 206, Michel Beauchamp 203, Charles Pruvost 201, André Guyot 200, Jacques Dercy 200, Jean Gheraert 197, Marcel Evrard 188, Jean Evrard 187, Zéphyr Lahaye 181, Divers 6.

Maire (26 mars) : André Legrand 8 voix, blancs 5. Adjoint : Maurice Bonnet 8 voix, Charles Pruvost 3, blancs 2.

 

Elections Municipales de mars 1971

Liste d'Union pour la défense des Intérêts communaux → tous élus (13 sièges)

Liste de participation à la vie communale (Jacques De Bray, Bernard Dassonneville, Albert Delplace, Mme Leulliette-Vercoutre, Pierre Lurette)

1er tour (14 mars). Inscrits : 481. Votants : 434. Exprimés 412.

Adolphe Bauduin 259, Jean-Marie Thomas 258, Albert Gariniaux 253, Jacques Dercy 250, Maurice Bonnet 245, André Legrand 240, Adolphe Huyart 240, Jean Grébert 237, Alphonse Lurette 236, Fernand Rifflart 236, Maurice Bédague 232, Roger Wavrant (fils) 222, Pierre Guilbert 207, Pierre Lurette 194, Bernard Dassonneville 192, Albert Delplace 185, Jacques De Bray 183, Mme Leulliette Vercoutre 174

A noter que 11 des 13 élus sont cultivateurs : Albert Garinieux est retraité, Jean-Marie Thomas est forgeron. C’est aussi la seconde élection où une femme se présente, après celle de 1945… ça met du temps à prendre !

 

Elections Municipales 1977

Liste d'Union pour la Défense des Intérêts Communaux : Maurice Bonnet (adjoint sortant), Fernand Rifflart, Adolphe Bauduin, Adolphe Huyart, Jean-Marie Thomas, Jean Grébert, Pierre Guilbert, Jacques Dercy, Roger Wavrant (tous conseillers sortants), Marie-France Brocvielle, André Bédague, Michel Saintenoy, Dominique Legrand.

Liste pour l'Amélioration de la vie communale : Daniel Butel, Gaston Cappe, Elysée Carré, Bernard Dassonneville, Jacques De Bray, Madame Paul Leblond, Jean-Jacques Legrand, Madame Georges Leulliette, Pierre Lurette, Gérard Seys, Michel Vandenberghe

+ Jean-Pierre Guilbert (seul)

1er tour (14 mars). Inscrits : 514. Votants 479.

André Bédague 269, Jean-Marie Thomas 259, Pierre Lurette 256, Bernard Dassonneville 254, Jacques Dercy 252, Maurice Bonnet 247, Gérard Seys 244, Daniel Butel 234, Roger Wavrant 232, Elysée Carré 230, Jacques De Bray 227, Adolphe Bauduin 226, Adolphe Huyart 224, Jean Grebert 217, Fernand Rifflart 213, Jean-Jacques Legrand 210, Madame Georges Leulliette-Vercoutre 205, Marie-France Brocvielle 202, Dominique Legrand 201, Gaston Cappe 195, Michel Saintenoy 181, Pierre Guilbert 180, Michel Vandenberghe 167, Madame Paul Leblond 159, Jean-Pierre Guilbert 78, Jean Cazin 3, Jean Regnier, Louis Obaton 2, Gaston Auxenfants, Gilbert Beauchamp, Isère Flament 1.

2nd tour (20 mars) : 514 inscrits, 485 votants, 479 exprimés.

Daniel Butel 282, Elysée Carré 280, Jacques De Bray 266, Jean-Jacques Legrand 253, Madame Leulliette Georges 231, Roger Wavrant 222, Gaston Cappe 214, Adolphe Bauduin 213, Adolphe Huyart 203, Fernard Rifflart 201, Jean Grebert 196, Marie-France Brocvielle 185, Robert Lecardinal 1

Maire (25 mars) : Dassonneville Bernard 8 ; Bonnet Maurice 5. 1er adjoint : Lurette Pierre 8 ; Bonnet Maurice 5. 2nd adjoint : Daniel Bultel 8, André Bédague 5.

 

Ça y est ! Une femme est élue ! Madame Leulliette Georges est la première femme à siéger au conseil municipal de Tilques ! Et pour le coup elle m’a raconté la raison de son engagement politique : « ça a commencé avec l’achat de mon terrain. On me l’avait vendu avec l’électricité qui arrivait jusqu'ici. Mais quand on a commencé à bâtir l’électricité a été enlevée dans la rue. Du coup je suis allé voir le maire, Legrand, pour lui dire. Comme ça ne bougeait pas j’ai écrit aux politiques, à Chochoy qui était important à ce moment-là, et le préfet a un peu tiré les oreilles au maire. Il m’en a toujours voulu. Du coup Bernard Dassonneville, comme il avait eu vent de cette histoire, m’a proposé d’être sur sa petite liste en 71 »[4].

 

Elections Municipales 1983

3 listes (!) : Liste Pour la Gestion et l'Animation de la vie Communale (Bernard Dassonneville)

Liste d'Union pour une Nouvelle gestion communale (Daniel Butel, Alain Grave)

Liste des Candidats pour une gestion pluraliste des intérêts communaux (seulement Jean-Marie Thomas et Roger Wavrant)

1er tour (6 mars) : 15 sièges à pourvoir. Inscrits 550, Votants 515, Exprimés 503

Elie Carré 377, Gerard Seys 377, Bernard Dassonneville 370, Jean-Jacques Legrand 350, Pierre Lurette 327, Antoine Marquis 322, Hubert Bauduin 311, Anne-Marie Leulliette-Vercoutre 310, Didier Helleboid 306, Max Fardoux 299, Jacques De Bray 295, Thérèse Lahaye-Beauchamp 288, Alain Ultre 282, Jacques Limousin 246, Jacques Leblond 226 (Liste Pour la Gestion et l'Animation de la vie Communale) ; Daniel Butel 220, Alain Grave 204, Dominique Legrand 192, Albert Winock 188, Gérard Dewaele 186, Françoise Cahagne-Deletombe 164, Marie-Ange Pontus Cordus 153, Joseph Judas 145, Jean-Claude Cappel 122, Francis Warembourg 105 (Liste d'Union pour une Nouvelle gestion communale) ; Jean-Marie Thomas 189, Roger Wavrant 184 (Liste des Candidats pour une gestion pluraliste des intérêts communaux) ; André Bédague 4, Jean Régnier 3, Ange-Marie Barrère, Maurice Bonnet 2, Pierre Larivière, Dominique Duwat, Louis Obaton, Serge Boulangeot, Jacques Dercy, Alexandre Soinne, Paul Leblond, Gisèle Bayard, Bernadette Cazin, Michel Saintenoy, Pierre Huyart 1.

2ème tour (13 mars) : 2 sièges à pourvoir. 550 inscrits, 490 votants, 487 exprimés

Daniel Butel 214, Roger Wavrant 194 (le second est élu au bénéfice de l’âge !), Alain Grave 194, Jean-Marie Thomas 173, Jacques Limousin 102, Jacques Leblond 82 non.

Maire (19 mars) : Bernard Dassonneville 13 voix, 2 blancs ; 1er adjoint Pierre Lurette 13 voix, 2 blancs, 2ème adjoint Elie Carré 14 voix, 1 blanc.

A noter que seulement 2 agriculteurs font partie des 15 élus… la fin d’une époque !

 

Elections Municipales de mars 1989

Gestion et Animation de la vie communale (Bernard Dassonneville) → tous élus au 1er tour

Action pour Unité et Bien être (Daniel Butel et Alain Grave)

1er tour (12 mars). 617 inscrits, 573 votants, 553 exprimés.

Bernard Dassonneville 360, Roger Wavrant 344, Hubert Bauduin 346, Didier Helleboid 338, Jean-Jacques Legrand 366, Anne-Marie Leulliette-Vercoutre 354, Antoine Marquis 348, Rémi Baroux 334, Francis Bultel 319, Marie-Louise Debray-Franchomme 343, Dominique Duwat 320, Daniel Grave 320, Jean-Pierre Guilbert 347, Pierre Huyard 347, Roger Thomas 305, Daniel Butel 233, Alain Grave 230, Elisé Carré 228, Dominique Legrand 223, Gérard Seys 220, Marcel Evrard 206, Maxime Legrand 190, Daniel Lefebvre, Jacques Limousin 190, Alain Delaby 188, Cahagne Deletombe 188, D. de Sainte Maresville 187, Jean-Claude Lagouche 170, Jean-Marc Dupont 162, Sylvestre Sloninski 158, Pierre Lurette 4, Patrick Bédague 3, Louis Obaton 2, Caron de Fromentel, Pierre Lariviere, Jean Regnier, Bernard Legrand 1.

 

Elections Municipales de juin 1995

Après trois élections très disputées, c’est le retour d’une seule liste !

1er tour (11 juin) : Inscrits 665, Votants 546, Exprimés 519.

Gestion et Animation de la vie communale : Bernadette Baroux 470, Pierre Huyart 468, Patrick Bédague 450, Jean-Pierre Guilbert 449, Pierre Lurette 448, Daniel Grave 446, Dominique Boin 444, Marie-Louise Debray-Franchomme 443, Hervé Macrel 439, Martine Wille-Ducamp 438, Roger Thomas 432, Anne-Marie Leuliette-Vercoutre 432, Bernard Dassonneville 431, Antoine Marquis 423, Roger Wavrant 394.

Maire (18 juin) : Dassonneville Bernard 14, Blanc 1. 1er ajoint Pierre Lurette, 2ème adjoint Roger Wavrant, 3ème ajointe Anne-Marie Leuliette, 4ème adjoint Jean-Pierre Guilbert (mêmes votes).

 

Elections Municipales de mars 2001

1er tour (11 mars): Inscrits : 735. Votants : 613. Exprimés : 583.

Liste pour la Gestion et l’Animation de la vie communale : Pierre Lurette 460, Jean-Pierre Guilbert 432, Bernadette Baroux-Hernout 465, Patrick Bédague 467, Dominique Boin 460, Marie-Louise Debray-Franchomme 458, Roger Thomas 401, Martine Wille-Ducamp 455 (conseillers sortants), Christiane Capelle-Vercoutre 457, Roseline Delalin-Lavogiez 446, Jean-Marc Flandrin 452, Micheline Huyart-Delhaye 426, Jean-Jacques Leblond 442, Alain Stopin 472, Guy Trupin 418.

Liste pour la modernité et le renouveau de Tilques : Jean-Marie Ghéraert 179, Sophie Gournay 153, Jean-Paul Lambert 141, Pascal Vandecasteele 129, Marie-Thérèse Golliot 127, Sylvain Motheron 123, Eric Barrère 120, Pierre Larivière 119.

Didier Helleboid 3, Jean-Marie Lurette 3, Philippe Dassonneville 2, Françoise Dassonneville 2, Dominique Legrand 2, 21 personnes avec une voix.

Maire (16 mars) : Pierre Lurette 14 voix, un blanc. 1er adjoint : Patrick Bédague.

Tilques et les élections municipales, une histoire de famille (parfois tendue !)

Elections Municipales de mars 2008

1er tour (9 mars) : Inscrits : 859. Votants : 697. Exprimés : 675.

Martine Wille 572, Patrick Bédague 571, Laurent Bodart 571, Alain Stopin 567, Roseline Delalin 566, Christiane Capelle 561, Stéphane Huyart 556, Jean-Marc Flandrin 552, Guy Trupin 551, Bernadette Baroux 550, Céline Segond 548, Jérôme Cabaret 544, Jean-Christophe Borgniet 537, Blandine Desfachelle 537, Jean-Jacques Leblond 532.

Philippe Dassonneville 137, Pierre Thomas 98, Didier Helleboid 4, Pascal Kielinski 3, Dominique Boin 3, 20 personnes avec une voix.

 

En 2013, changement de procédure électorale : c'est la fin du panachage pour les communes de plus de 1 000 habitants. Tilques ayant passé ce cap démographique quelques années auparavant, voici venu le seul scrutin de liste et la fin des noms rayés ou ajoutés qui faisait le charme des dépouillements (et qui faisait toujours plaisir à ceux qui voyaient seulement LEUR nom rayé de la liste... haine personnelle quand tu nous tiens !).

 

Elections Municipales du 23 mars 2014

1er tour (23 mars) : Inscrits : 905. Votants : 636. Exprimés : 537.

Elus : Patrick Bédague, Christine Devienne, Alain Stopin, Brigitte Guillemant-Bonnet, Laurent Bodart, Céline Segond-Thomas, Stéphane Huyard, Marie-Laure Boin, Jean-Christophe Borgniet, Charlotte Huyard-Wille, Jean-Marc Flandrin, Fabienne Kielinski-Thomas, Jean-Jacques Leblond, Séverine Brunet-Debievre, Hervé Tellier

 

Cela fait donc deux élections qu’il n’y a pas de liste d'opposition. 2020 sera dans la même veine !

Tilques et les élections municipales, une histoire de famille (parfois tendue !)

Après cette liste un peu obsédante pour moi, faisons le point avec quelques statistiques. Ainsi, j’ai aujourd’hui les résultats des années 1888 à 2014. Il y a des résultats incomplets : 1896 (2nd tour), 1900 (pour le... 3ème tour). Il n’empêche que cela fait environ 24 élections dont je possède des résultats. Quels sont les noms qui reviennent le plus dans le conseil municipal de Tilques ?

 

1888-2014

 

Noms

Nombre de fois présents dans le conseil (sur 24)

Bédague

19 (1888, 1892, 1896, 1900, 1908, 1912, 1919, 1925, 1945, 1947, 1953, 1959, 1965, 1971, 1977, 1995, 2001, 2008, 2014)

Lurette

19 (1888, 1892, 1896, 1908, 1912 x 2, 1919, 1925, 1929, 1935, 1945, 1947, 1953, 1959, 1965, 1977, 1983, 1995, 2001)

Dassonneville

17 (1888, 1896, 1900, 1904, 1908, 1912, 1919 x 2, 1935, 1947, 1959 x 2, 1965, 1977, 1983, 1989, 1995)

Legrand

13 (1888, 1892, 1900, 1904, 1945, 1947, 1953, 1959, 1965, 1971, 1977, 1983, 1989)

Bauduin

14 (1888, 1896, 1904, 1908, 1912, 1919, 1925, 1929, 1935, 1945, 1965, 1971, 1983, 1989)

Lebel

13 (1888, 1892, 1896, 1900, 1904, 1908, 1912, 1919, 1925, 1929, 1953, 1959, 1965)

Grébert

12 (1896, 1900, 1904, 1908, 1912, 1919, 1925, 1929, 1947, 1953, 1965, 1971)

Leblond

11 (1900, 1904, 1908, 1912, 1945, 1947, 1953, 1959, 2001, 2008, 2014)

Bodart

11 (1908, 1912, 1919, 1925, 1929, 1935, 1945, 1953, 1959, 2008, 2014)

Thomas

11 (1945, 1947, 1953, 1959, 1965, 1971, 1977, 1989, 1995, 2001, 2014)

Helleboid

9 (1904, 1908, 1912, 1919, 1925, 1929, 1935, 1983, 1989)

Leullieux

7 (1896, 1900, 1904, 1908, 1925, 1935, 1945)

Mièze

9 (1888, 1892 x 2, 1896 x 2, 1900, 1908, 1912, 1919)

Huyart

6 (1947, 1965, 1971, 1995, 2001, 2008)

Stopin

6 (1945, 1947, 1953, 2001, 2008, 2014)

Régnier

5 (1925, 1945, 1947, 1953, 1959)

 

Oui, il n’y a pas de vraie surprise. Parmi mes cinq « dynasties », quatre se classent dans mon quinté de tête (Helleboid est un peu en retrait). Une élection sans un Bédague, Lurette, Dassonneville ou Legrand est impossible dans le village !

D’autres noms reviennent tout autant (sans forcément être maire) : les Bauduin, les Grébert, les Lebel, les Leblond, les Thomas, les Bodart… que des patronymes qui me parlent encore aujourd’hui !

 

Qui détient le record de longévité ? En tant que maire c’est André Legrand et Bernard Dassonneville : 24 ans à la tête du village (quatre mandats, ils se sont d’ailleurs succédés). En tant que membre du conseil municipal c’est… André Legrand, 32 ans élus (6 fois de 1945 à 1977). Son adjoint Maurice Bonnet, 30 ans de conseil (5 fois élu de 1953 à 1983) et Zacharie Bodart 30 ans également (5 fois élu entre 1929 et 1965) le suit. Quant à l’actuel maire, Patrick Bédague, il fête cette année ses 25 ans au conseil et peut facilement décrocher ces deux records, avec deux mandats (le premier semble assuré).

 

Enfin, je termine avec la participation… sans surprise elle dégringole sur les quatre derniers scrutins en ma possession… dont trois scrutins sans opposition ! (ça explique sans doute beaucoup !). Sinon le village présente des chiffres incroyables, avec un sommet pour 1965 (le chiffre de 1919 est à mettre en lien avec un contexte sanglant → 1ère guerre mondiale et grippe espagnole).

 

Participation au premier tour des élections municipales

1896

1904

1919

1925

1929

1945

1959

1965

88,52%

85,63%

78,39%

89,58%

90,37%

81,41%

91,53%

95,50%

 

1971

1977

1983

1989

1995

2001

2008

2014

90,23%

94,36%

93,64%

92,87%

82,11%

83,40%

81,14%

70,28%

 

 

 

[1] Décision du 8 mars 1889 sur « protestation formée par les Sieurs Taffin de Tilques et Dassonneville ». Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 139.

[2] Le Mémorial Artésien, 18 mai 1884.

[3]    Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z75.

[4]    Interview Anne-Marie Leulliette, 6 mars 2020.

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3 mars 2020 2 03 /03 /mars /2020 18:30

Tout d’abord, petit rappel chronologique local : le 23 mai 1940 Saint-Omer tombe. La libération a lieu le 5 septembre 1944 dans cette même ville par la 1ère DB polonaise. Entre les deux, un peu plus de quatre années où le Nord Pas-de-Calais est occupé. Un bouleversement dont Tilques est témoin.

Je commence ma découverte de ce conflit dans le village avec le monument aux morts.

Tilques et la seconde guerre mondiale : tués, prisonniers, et le bombardement de Saint-Omer (1943)

Ainsi nous avons 10 personnes du côté militaire, avec des circonstances très variées (une vraie différence par rapport à la 1ère guerre mondiale) :

- Louis Bertin (235e RA), mort pour la France, décédé le 22 mai 1940 à Saint-Etienne du Mont (Pas-de-Calais). L'info arrive début 1943 à Tilques...

- Paul Devynck (161e RI), mort pour la France, trouvé décédé le 24 juin 1940 sur le territoire de Saint Nicolas du Fort (Meurthe et Moselle). L'info arrive 2 ans plus tard à Tilques...

- Marcel Delmetz, décédé à Tilques le 29 mars 1942 des suites d'une maladie contractée à l'armée.

- Julien Dubout (227e RA), mort pour la France, décédé le 20 juin 1942 à Eschwege-Werra (Allemagne) → prisonnier décédé ?

- Alphonse Guilbert (61e RA), mort pour la France, décédé en captivité de guerre le 1 novembre 1942 à l'hôpital de Thorn (Allemagne)

- Marcel Stopin, mort à Tilques le 20 décembre 1943, 40 ans. Mort pour la France ? Pas d'info [j'ai l'évocation d'un Stopin dans un document sur la résistance, dont je perds la trace ensuite].

- Philippe Thomas, mort pour la France (avis du 9 juillet 1946) à Tilques le 21 décembre 1943. A son propos j’ai deux histoires, venant de deux sources différentes : la première, Philippe a 26 ans et demi et il est tué sur la route nationale par les Allemands. On aurait entendu un bruit de moteur et une rafale. Apparemment c'était quelqu'un d'engager dans la résistance. La seconde : il avait fait la guerre, et il était revenu blessé, il avait attrapé des coups de crosse par les Allemands. Et il est mort de ça chez Jean-Marie Thomas (la maison au coin nationale/rue de Zutpré)

- Lucien Leroy, mort pour la France, décédé le 5 septembre 1944 face au n°185 rue du Maréchal Pétain (rue de Dunkerque) à Saint-Omer. Résistant, combattant pour la libération de Saint-Omer (déjà évoqué dans l'article précédent).

- Raymond Beauchamp, mort à Tilques le 30 août 1946, 42 ans, mort pour la France. A été déporté (interné à Malines, revenu de déportation avant les autres prisonniers). Des suites de blessures ?

- Fernand Mahieu, mort pour la France, décision du Ministère des Anciens Combattants le 28 mars 1963, résistant (déjà évoqué dans l'article précédent).

Alphonse Guilbert, Marcel Delmetz, Marcel Stopin et Louis Bertin
Alphonse Guilbert, Marcel Delmetz, Marcel Stopin et Louis Bertin
Alphonse Guilbert, Marcel Delmetz, Marcel Stopin et Louis Bertin
Alphonse Guilbert, Marcel Delmetz, Marcel Stopin et Louis Bertin

Alphonse Guilbert, Marcel Delmetz, Marcel Stopin et Louis Bertin

Il y a également la présence de cinq civils :

- Marie Gouillard, morte pour la France (avis du Secrétariat Général aux Anciens Combattants du 9 novembre 1943), décédée le 13 janvier 1943 à Hellemmes des suites d'un bombardement.

- Alfred Brioul, mort pour la France (décision du 12 juin 1961 (!) du ministre des Anciens Combattants), décédé le 24 juin 1944 à Saint-Momelin au bois du Ham, blessé mortellement par éclat de bombe. Allait ramasser du bois.

- Georges Pourchaux, résistant, décédé le 9 septembre 1944 à Diez-sur-Lahn (déjà évoqué dans l'article précédent... mais pourquoi est-il dans les civils alors que Fernand Mahieu est dans les militaires ? Parfois les monuments aux morts ne sont pas logiques)

Pour les deux derniers (Roger Leblond et Madame Legrand-Lengaine), j'y reviens plus bas.

Une photo de George Pourchaux que j'ai récupérée ce week-end

Une photo de George Pourchaux que j'ai récupérée ce week-end

Les prisonniers de guerre

Après la défaite (ah, on dit branlée à ce niveau-là), ils sont nombreux les soldats français à se retrouver prisonniers de guerre. Rien qu'à Tilques 58 sont recensés à l'été 1941 ! (pour une population de 813 habitants selon un document officiel pour l'armée allemande)). Quelques-uns sont en fait dans des centres de démobilisation (notamment à Amiens) et reviennent au cours de l'été (Edmont Chaput, Edmond Leulliette, Raymond Beauchamp, Roger Wavrant...). Le 18 octobre 1942, les chiffres donnés par le maire sont les suivants :

- nombre de prisonniers de guerre en Allemagne : 48

- nombre de rapatriés : 9

- nombre de décédés : 1[1]

Le 7 février 1944, ils sont encore 41 (plus les deux résistants, pas sur la liste...).

Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.
Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.

Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.

Beaucoup de courriers sont envoyés à la mairie de Tilques (le dossier d'archive comporte 126 pièces, c'est le record), notamment concernant l'aide aux prisonniers. Ainsi la « maison du prisonnier » réalise des collectes pour des sous-vêtements, des effets chauds (chemises, caleçons, flanelles, tricots, chaussettes, pull-over, cache-nez, gants) tandis que d'autres documents ont trait aux colis que l'on peut leur envoyer (5 kilos tous les deux mois pour les stalags et oflags, 1 kilo tous les mois). Ce sont neuf prisonniers qui ont été rapatriés qui doivent se charger de la collecte (!), ils reçoivent d'ailleurs trois lettres (notamment une du préfet !) pour leur rappeler !

Dans une lettre, j'apprends « qu'une petite fête organisée en la Commune pour le bénéfice des prisonniers [a rapporté] 2000 francs », destinés aux familles des prisonniers. Le gouvernement demande aussi « d'organiser dans chaque commune un Noël du Maréchal [avec] une semaine de quêtes » ! L'argent devra aller aux prisonniers et à leur famille (sur la base du 50/50). Une autre façon de récolter de l’argent : l’organisation d’un match de football ! Ainsi, la J.S.T. affronte Ruminghem et Moulle-Houlle le 26 avril 1942, avec deux victoires à la clef : « après une partie disputée avec le fair-play inhérent à ces rencontres, sans pour cela en exclure l’ardeur y déployée, les carottiers qui affirmèrent plus de cohésion dans l’ensemble et de technique par leurs avants, l’emportèrent par quelques buts ».[2]

La J.S.T. en 1942 En haut : Roger Grébert (dirigeant), André Hermel, René Devos, Alfred Foulon, Emile Taine, Gaston Bonnet, Charles Roussel. En bas : Eugène Butin, Jean Evrard, Paul Macrel, Robert Demaretz, Gaston Auxenfants (capitaine).

La J.S.T. en 1942 En haut : Roger Grébert (dirigeant), André Hermel, René Devos, Alfred Foulon, Emile Taine, Gaston Bonnet, Charles Roussel. En bas : Eugène Butin, Jean Evrard, Paul Macrel, Robert Demaretz, Gaston Auxenfants (capitaine).

Une liste des familles de prisonniers de guerre et de tués susceptibles de bénéficier d'une indemnité spéciale sur le fonds de solidarité est faite, avec cinq mères sans ressources signalées dans le village (de 1 à 3 enfants). Je revois une liste du même acabit présentée en septembre 1943, où seulement 3 femmes sur les 5 reçoivent des indemnités (les deux autres voient leur demande refusée).
La thématique de la correspondance est aussi évoquée, avec des cartes données aux enfants, à la famille ou encore aux parrains et marraines de guerre (la carte est « vendue dix francs (!) au profit de la famille du prisonnier »).

 

Le 24 mai 1943 une demande très particulière est faite par le maire dans une lettre que je vous retranscris intégralement :

 

« Objet : demande de libération d'un prisonnier de guerre.

 

Monsieur le Sous-Préfet,

A la demande de Madame Veuve Leblond-Lurette, Marie, cultivatrice à Tilques, j'ai l'honneur de vous exposer que :

Madame Vve Leblond sus-nommée exploite à Tilques, une ferme d'environ 15 hectares, où travaillaient ses deux fils jumeaux Paul & Roger.

Qu'à la suite du bombardement aérien dont fut victime la ville de Saint-Omer, le 13 mai courant, son fils Roger âgé de 23 ans a été tué.

Que sa présence était indispensable à la bonne marche de sa ferme, et que pour le remplacer elle vous prie respectueusement, Monsieur le Sous-Préfet, de vouloir bien intervenir auprès de la Kreiskommandatur de Saint-Omer aux fins de la libération de son ancien ouvrier agricole, âgé de 42 ans, père de famille, actuellement prisonnier en Allemagne sous l'adresse suivante :

Vor – und Zuname : BEAUCHAMP Jules

Gefangenenummer : 29 385

Lager-Bezeichnung : M Stammlager I B

Deutschland (Allemagne)

Profond respect »[3].

 

Le bombardement aérien dont fait état cette lettre est très important pour Saint-Omer, et pour cause : il a fait 115 morts civils et 300 blessés[4]. C’est la 8ème Air Force Américaine qui a la charge de bombarder l’aérodrome des Bruyères. C’est leur première sortie, peu après leur arrivée en Angleterre. Peu habitués aux conditions climatiques de la zone, ils effectuent un lâcher de 489 bombes, en ne prenant pas assez en compte le vent…. les bombes tombent deux kilomètres plus loin, au sud de la ville, notamment la rue d'Arras (223 maisons entièrement détruites, 471 touchées).

Carte des impacts de bombes lors du bombardement de Saint-Omer le 13 mai 1943, (plus de 15% des maisons de la ville sont touchées). Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 668, Bombardements.

Carte des impacts de bombes lors du bombardement de Saint-Omer le 13 mai 1943, (plus de 15% des maisons de la ville sont touchées). Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 668, Bombardements.

Face au n°41, il emporte, en plus de Roger Leblond, Madeleine Lengaigne mariée à Jacques Legrand (domicilié à Tilques ? elle a aussi une adresse rue Carnot). Les deux sont officiellement « morts pour la France » suivant un avis de la mairie de Saint-Omer du 26 décembre 1944. Le traumatisme est grand, une messe est célébrée à Paris, un film de propagande rend compte de cette horreur, et 3195 francs sont récoltés jusqu'au 10 juin par le secours national à Tilques, « somme destinée essentiellement aux sinistrés de Saint-Omer ». Des aides en nature sont envoyées, ainsi « un panier haricots, 40 kilos de pommes de terre, 4 morceaux de lard, 7 œufs ». [Saint-Omer a été touché par plusieurs bombardements, ça reste celui qui fait le plus de victimes]

Rue Allent, Archive départementale du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 623, Epuration.

Rue Allent, Archive départementale du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 623, Epuration.

Rue de Valbelle (au fond la rue Carnot), Archive départementale du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 623, Epuration.

Rue de Valbelle (au fond la rue Carnot), Archive départementale du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 623, Epuration.

Maison Matton, Rue Courteville, Bibliothèque de Saint-Omer, 3Z 51

Maison Matton, Rue Courteville, Bibliothèque de Saint-Omer, 3Z 51

Angle du boulevard Clémenceau et de la rue du Griffon, Bibliothèque de Saint-Omer, 3Z 43/7

Angle du boulevard Clémenceau et de la rue du Griffon, Bibliothèque de Saint-Omer, 3Z 43/7

Bon la lettre n'a pas dû avoir beaucoup d'effets, car Jules Beauchamp est encore prisonnier sur la liste de février 1944...

 

Une situation plus personnelle touche André Moclyn, prisonnier, qui habitait au Rossignol. Sa femme décède pendant sa captivité. Son exploitation est vendue. La maison du prisonnier de Bailleul interpelle le maire : « vous serait-il possible de me faire savoir quelle est la personne qui a recueilli la succession de Mme Moclyn après son décès. D'autre part, on me signale que la petite Jacqueline Moclyn se trouve en ce moment presque sans effets alors que les siens seraient sous scellés à Tilques en attendant le retour de son papa ». On propose alors que la tante de Jacqueline puisse récupérer les effets...[6]

 

Leur retour au village ne donne pas lieu à des documents (je ne vois rien dans les archives en tout cas).

 [à suivre]


[1] Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.

[2] Bulletin Audmarois, 1er mai 1942, Archives Départementales du Pas-de-Calais, Arras, PE 81/1.

[3]    Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.

[4]    Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 668, Bombardements.

[5]    Archives départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 668, Bombardements.

[6]    Mairie de Tilques, Archives, série H 23, Prisonniers de guerre.

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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 09:25

« Enfin, Armand, le Général de Gaulle n’a-t-il pas dit que toute la France avait été résistante ?

En effet, il l’a dit. (…) Il l’a dit. »[1]

Tilques et la seconde guerre mondiale : la résistance

La plaque, à l’entrée du marais, a de quoi interpeller.

 

 A côté, une explication est donnée, en quelques lignes.

Tilques et la seconde guerre mondiale : la résistance

L’histoire fait donc suite à l’invasion express des troupes allemandes en mai 1940. La débandade est telle que des soldats britanniques se retrouvent isolés de leur compagnie, perdus dans l’Audomarois. Plusieurs rencontrent Georges Pourchaux, sur la route nationale de Tilques. D'autres croisent le chemin de Victor Decaevel, à Saint-Omer. Les deux hommes vont orienter les Britanniques vers le marais de Tilques, et plus précisément vers Fernand Mahieu et sa femme Alphonsine.

Alphonsine et Fernand MahieuAlphonsine et Fernand Mahieu

Alphonsine et Fernand Mahieu

A l’époque, Fernand est âgé de 39 ans et il est le cantonnier du village. Il habite alors un marais très difficile d’accès, un « No Man’s Land »[2] que ne connaissent même pas beaucoup de Tilquois (ne pas penser au marais de nos jours !). Avec sa femme, Alphonsine, ils se retrouvent à héberger neuf soldats et aviateurs anglais et écossais, pendant près de six mois ! Ils ont pourtant déjà cinq enfants à charge, à une époque où les privations vont être importantes. Les soldats sont installés dans une ferme inoccupée de la famille Becques-Pourchaux, les autres dans une maison de la famille Mahieu (dans un lieu-dit appelé La Pontoise, du côté du marais des Moines). Démarre alors toute une organisation pour nourrir les soldats, les habiller, et, aussi, essayer de les faire gagner la France libre… plus de 500 kilomètres à parcourir alors que le Nord-Pas-de-Calais est administré militairement par les Allemands tandis que le nord de la France est occupé… pas simple !

Source : Wikipédia, Article « Zone libre », consulté le 21 février 2020.

Source : Wikipédia, Article « Zone libre », consulté le 21 février 2020.

C’est tout un réseau qui se met alors en place, avec Henri Régniez (Salperwick), Alfred Bourgeois et Théophile Lourdel (Saint-Omer), et, pour Tilques, Lucie Stopin, Lucien Pecqueux et Lucien Leroy. Deux soldats s’installent à Saint-Omer chez Alfred Bourgeois.

Les soldats allemands ont néanmoins vent de cette présence anglaise. Georges Pourchaux est le premier arrêté, après un militaire anglais (en charmante compagnie à Aire-sur-la-Lys). Dès lors les époux Mahieu déplacent les soldats britanniques à plus de trois kilomètres, en plein cœur des marais, pour leur sécurité. Georges Pourchaux est relâché un temps, puis arrêté à nouveau le 27 novembre 1940, avec Fernand Mahieu, Henri Régniez, Lucien Pecqueux et Lucien Leroy. Les cinq Tilquois sont emmenés en détention à Boulogne-sur-Mer, où ils sont torturés[3]. Alphonsine Mahieu est également interrogée mais reste en liberté surveillée en raison de ses cinq enfants. Aucun des soldats anglais n’est arrêté, et le groupe de Saint-Omer prend le relais des Tilquois. Les soldats sont déjà répartis dans des maisons rue de l’Ecusserie (deux chez Abel Duthois puis Louis Boudin, deux chez Alfred Lanselle, quatre chez Alfred Bourgeois dont certains partent chez Anne Kasteloot et Madame Luyck, rue de Calais). Un certain Désiré Didry, membre du réseau « Pat O Leary », organise le départ des Britanniques vers la zone libre à partir du 2 janvier 1941. Deux jours plus tard, ce sont Alfred Bourgeois, Victor Decaevel, Théophile Lourdel, Louis Boudin et sa femme qui sont arrêtés. Dénonciation ? Enquête ? Qu’importe, car presque tous les soldats britanniques ont réussi à s’échapper (à l’exception du soldat d’Aire et d’un autre dans le garage Lourdel). Les arrestations continuent tout le mois de janvier 1941 (Gaston Salomez, Joseph Debroucker, Denis Lassey, Florent Cuvelier, Léon Ansel, les époux Bellossat, Albert Vergriete…).

 

Alors qu’ils sont maintenant enfermés à la prison Sainte Nicaise d’Arras (sauf Pourchaux que je ne retrouve pas), Lucien Pecqueux écrit le 9 août 1941 au commandant de la Kreiskommandantur de Saint-Omer pour… sortir de prison pendant la moisson ! « J’ai 61 ans. Ma femme est seule avec sa belle-fille et ses trois petits-enfants pour cultiver mes champs, ceux de mon fils qui est prisonnier de guerre et ceux de ma fille dont le mari est également prisonnier de guerre […] je demeure dans la région des marais de Tilques ; tout doit être transporté par bateaux. Il faut pour cela avoir des ouvriers spécialisés qu’il est malheureusement difficile de trouver actuellement. J’espère de votre bienveillance une suite favorable à ma demande, et, avec mes remerciements, je vous prie… »[4] Autant vous dire tout de suite qu’il prend ses rêves pour sa réalité… car le mois suivant, le tribunal militaire d’Arras, dans sa séance du 4 septembre 1941, prononce les peines suivantes (en gras les Tilquois) :

- Alfred Bourgeois : condamné à mort (peine commuée en 15 ans de réclusion)

- Fernand Mahieu, Victor Decaevel : 15 ans

- Georges Pourchaux : 10 ans

- Anne Kesteloot : 4 ans

- Lucie Stopin (née Pecqueux) : 4 ans (commués en 3 ans)

- Marguerite Boudin : 2 ans (elle obtient finalement le sursis)

- Louis Boudin, Henri Regniez : 20 mois

- Gaston Salomez, Lucien Pecqueux, Lucien Leroy, Joseph Debroucker, Denus Lassez, Fernand Gauchez, Antoine Bellossat, Théophile Lourdel : 12 mois

- Albert Vergriete : 8 mois

- Léon Ansel et Charlotte Delebois sont acquittés

 

A noter la présence de Fernand Gauchez, condamné à un an alors que seulement huit mois sont demandés (il ne semble pas faire partie du groupe actif de ravitaillement, mais est parent avec Lucie Stopin : il est condamné pour ne pas avoir dénoncé aux Allemands...). Il est relâché dès l'annonce du jugement et... le 28 mai 1942 se retrouve incarcéré à nouveau ! Stupeur dans le village, alors que sa femme doit accoucher dans les jours qui viennent : le maire de Tilques écrit au sous-préfet pour intervenir auprès de l'autorité militaire allemande[5].

 

Le 24 mars 1942, les sept purgeant toujours leur peine (Bourgeois, Mahieu, Decaevel, Pourchaux, Stopin, Boudin et Régniez) sont transférés d’Arras à la prison de Loos-les-Lille. Lucie Stopin rentre en avril 1943 tandis que le 12 septembre 1942, Alfred Bourgeois, Fernand Mahieu, Victor Decaevel et Georges Pourchaux sont envoyés en Allemagne, d’abord à Aix-la-Chapelle, puis Cologne, avant d’être enfermés dans la forteresse de Diez-sur-Lahn. « Le dernier cité, « une forte tête », écopa souvent de punitions et de coups de matraque. Il mourut le 9 septembre 1944, victime de ce régime barbare »[6]. Les trois autres sont libérés par les Américains le 27 mars 1945 et rentrent en mai 1945.

Georges Pourchaux

Georges Pourchaux

De manière générale il y eut une vraie mobilisation pour libérer les prisonniers. Le sous-préfet de Saint-Omer écrit au Kreiskommandant pour Anne Kesteloot, tandis que le commissaire spécial de police souhaite « une mesure de grâce ou une réduction de peine » pour Victor Decaevel. L’Ambassadeur de France délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés appelle le préfet à intervenir auprès des autorités allemandes afin d’obtenir la remise d’une partie ou du restant de la peine, il fait de même pour Fernand Gauchez. Seule Anne Kesteloot obtient une réduction de sa peine en raison d’une maladie (elle rentre en 1942 après un séjour à l'hôpital). Quant à Fernand Mahieu, éprouvé par plus de quatre années de détention, il décède trois ans après son retour d’Allemagne.

 

On peut penser que les arrestations et les peines rendues stoppèrent totalement la résistance à Tilques… eh bien non ! Ainsi, le 28 janvier 1941, le sous-préfet oblige les communes de Tilques et de Serques à surveiller la route entre les deux communes de jour et de nuit à la suite d' « un acte de sabotage » avec la présence de clous (ayant entraîné des crevaisons de roues allemandes !). Est-ce là un acte de résistance volontaire ? Le maire de Serques n'est pas de cet avis et il l'explique : « à mon avis il n'y a eu aucun acte de sabotage. Les clous qui ont pu occasionner des crevaisons doivent provenir des ferrures spéciales que l'on met aux pieds des chevaux en période de gel ». Après enquête, les autorités semblent convaincues que ce soit la raison, et la sanction est levée le 18 février 1941[7].

 

Deux mois plus tard, un rapport de l'adjudant Sorriaux, commandant la section de gendarmerie de Saint-Omer présente une « situation générale bonne » sur la région. Néanmoins, « un incident est survenu à Tilques le 5 avril 1941. Un câble téléphonique a été coupé dans la nuit du 4 au 5 avril. Le maire de la commune suppose que cet acte de sabotage semble plutôt dirigé contre la Municipalité que contre l'armée d'occupation. De ce fait la commune a été punie d'une amende dont on ignore encore actuellement le montant, et les sorties de la population ont été réglementées pour les dimanches et jours de la semaine »[8].

 

Et c’est la seconde fois qu’un câble est sectionné dans la commune, car je vois que lors de la séance municipale du 22 décembre 1940 [avec beaucoup d’absents : Victor Lefebvre et Ernest Leullieux décédés ; Caron de Fromentel, Dassonneville, Pourchaux prisonniers] : une amende de deux mille francs a été imposée à la commune pour coupure d'un câble téléphonique appartenant à l'armée allemande, et que cette somme devait être payée immédiatement à la Kommandantur de Saint-Omer. Le montant de cette amende a été versé le 21 décembre 1940 par le receveur municipal qui avait reçu cette somme provenant d'un emprunt contracté à cinq particuliers de la commune pour la somme de 400 francs chacun avec intérêts à 5% l'an (prêt remboursable avant dix ans) à M. Sailly, Chaput, Dassonneville, Bodart et Helleboid [tous membres du conseil]. La même chose se reproduit le 14 avril 1941.

 

Décidément, le Tilquois ne se laisse pas envahir aisément ! Mieux encore, il participe à la Libération ! C’est l’histoire de Lucien Leroy (pas le même que plus haut, un autre Lucien Leroy de Tilques... à croire que c'est un patronyme qui vous destine à la résistance !). Son métier est important : il travaille à la SNCF. Or, le service public (j’insiste !) est l’un des cœurs de la résistance. Alors que les troupes allemandes sont sur le reculoir après le débarquement de Normandie, plusieurs Audomarois prennent les armes pour libérer la ville. Celui qui est alors désigné pour organiser la résistance est le lieutenant Pierre Bonhomme, et le recrutement se fait notamment à la SNCF. Après des opérations de destruction des voies ferrées, la libération de Saint-Omer se fait le 5 septembre 1944. Sur le midi des échanges de coups de feu ont lieu Rue Carnot, puis autour de l’hôtel de ville, dans une cité qui paraissait vide. Les troupes polonaises apparaissent en début d’après-midi dans le centre-ville. Un nid de mitrailleuses allemandes continue de tenir le boulevard de Strasbourg. C’est là que Lucien Leroy est tué par balle. Saint-Omer est complètement libérée quelques heures plus tard, tandis qu’une compagnie allemande est signalée dans le marais de Tilques le lendemain. Les FFI combattent deux heures, obligeant l’ennemi à se replier vers Watten et Saint-Momelin.

 

Drôle de vie tout de même que celle de Lucien Leroy, mort à 23 ans. Il fait partie des cinq personnes ayant perdu la vie à Saint-Omer au cours de la libération de la ville (Albert Minet, Emile Cantré, Jacob Galusinski et André Bultel ont aussi leur plaque Place Foch et Boulevard de Strasbourg). Quant à Pierre Bonhomme (dont on connaît la place à Saint-Omer), il meurt le 28 septembre 1944 par l’explosion d’une mine alors qu’il participe à la libération de Calais. Désiré Didry, ayant quant à lui donné son nom à une rue, est arrêté puis décapité le 30 juin 1943 à la prison de Dortmund.

Et là, on est content de vivre dans un pays en paix.

Plaque commémorative posée en bas de la rue de Dunkerque.

Plaque commémorative posée en bas de la rue de Dunkerque.

Collaboration et marché noir à Tilques ?

 

Ah, ça, c’est peut-être encore plus délicat ! S’il y a eu des résistants, il peut aussi y avoir eu des collabos ! Du côté des archives, ce sont les dossiers intitulés « épurations ». Et autant vous dire qu’il y en a des paquets ! Un seul concerne le village : c’est un avis de décision du comité de confiscation de Boulogne-sur-Mer en date du 6 mars 1946 concernant M. L., cultivateur à Tilques. Il est noté que Monsieur L. a présenté un recours au Conseil Supérieur à Paris qui a été enregistré le 5 avril 1946[9]. Diable, que reproche-t-on exactement à M. L. après la guerre ?

En fait il est arrêté pour « marché noir avec les Allemands ». Son arrestation a lieu le 26 octobre 1944 à la suite d'une lettre anonyme (« accusé par la rumeur publique » selon les mots de l'adjudant, belle époque !), il est interné à Saint-Omer avant d'être jugé à Boulogne. Dans cette lettre, on retrouve « des poulains non déclarés, une certaine somme d'argent cachée, des pneus et armes », en plus de marché noir avec les Allemands (pommes de terre, porc, veaux, œufs et beurre). Monsieur L. rejette catégoriquement ces accusations : « Il est complétement faux que, durant l’occupation allemande, je me suis livré à un trafic clandestin sur une grande échelle, même aussi minime que ce soit, je n’ai jamais vendu aux Allemands. Je nie qu’un jour, dix sept pattes de veaux auraient pu être retirées de mon fumier. Il n’est pas à ma connaissance que moi ou un membre de ma famille ait vendu un jour une tonne de pommes de terre aux Allemands. Je ne leur ai jamais vendu d’œufs, et encore moins du beurre. Jamais les Allemands ont amené sur charrette un porc qui aurait été tué chez moi dans la matinée. Les personnes qui ont fait ces déclarations ont agi par méchanceté et jalousie ou vengeance personnelle pour me faire du mal et créer de gros ennuis, car souvent j’ai entendu des conversations qui ne m’étaient pas favorables parce que je n’étais pas du pays, et que par mon travail, j’arrivais à vivre. Je n’ai rien d’autre à vous dire à ce sujet »[10].

M. L. est né à Racquinghem. J’ai déjà observé son nom une autre fois ailleurs, en… 1942 ! Il est alors sous le coup d’une enquête du commissariat de police, et le 21 août une visite est faite chez lui en raison d’une fausse déclaration de bétail[11]. Enquête par les Allemands, doubles enquêtes à la libération… bon, chacun se fera son idée ! Madame L. confirme néanmoins certaines accusations « il est exact que je suis en possession d’un fusil de chasse (…) je détiens également 2 pneus marque Michelin (…) la somme de 220 000 Frs que j’ai cachée était destinée pour la dot de mes enfants. J’ai deux poulains âgés de 6 mois environ que j’ai achetés il y a trois semaines, j’ignore le nom du vendeur, c’est mon mari qui est allé les chercher à Wizernes et les a payés lui-même » [12].

Six Tilquois sont interrogés dans cette affaire, certains déclarant ne pas être en bons termes avec lui, et… tous témoignent en sa faveur ! M. L. est finalement libéré, mais ses deux poulains achetés sans autorisations sont saisis, tout comme son revolver. Il souhaite obtenir une indemnité en compensation de son internement administratif : il réclame 200 000 francs ! Il faut attendre 1948 pour voir sa demande rejetée.

A noter que le 30 septembre 1944 son nom est aussi apparu dans un autre dossier, où il « aurait été surpris la semaine dernière à abattre 2 veaux, ce cultivateur serait un habitué des abattages clandestins ». Et en effet, le 22 septembre, il reçoit un PV dans la matinée pour avoir abattu un veau... et il récidive le même après-midi ! (deuxième PV!). Un sacré pistolet ! Et c'est là que le chef de district considère « qu'à mon avis mériterait d'être emprisonné le cultivateur L. »[13].

 

Mais ce n'est pas le seul ! Omer et Gaston Sailly sont également accusés d'abattage clandestin après la libération. Quant au marché noir, il existe deux autres cas dans le village avec Alphonse Flandrin et Pierre Grébert, également cultivateurs. Les deux sont accusés d'abattage clandestin et de vente de viande. Les observations sont sévères : « trafiquant notoire, commerce viande et achat bétail, a fait l'objet PV 616 du 15 juillet 1944 » pour le premier et « trafiquant notoire, commerce viande et vol bétail, a fait l'objet PV 617 du 15 juillet 1944 » pour le second[14]. Les deux sont arrêtés. Dans le même dossier j'ai aussi Veuve Dassonneville Helleboid parmi une liste « les plus mauvais fournisseurs au ravitaillement général », sans trop savoir à quoi ça correspond ! Elle est accusée de « marché noir avec des solliciteurs isolés Allemands ; par petites quantités seulement. Beurre, œufs, viande et blé. Il y aurait eu quelques dîners chez elle avec des Officiers Allemands »[15].

 

Il faut bien penser que le marché noir est très présent à une époque de rationnement, et les agriculteurs-éleveurs sont forcément en première ligne. Difficile équation pour eux : respecter les règles de l'occupant allemand (et se retrouver accusé à la libération de... marché noir avec les Allemands), ou établir leur propre règle (et donc être accusé de marché noir pendant la guerre)...

 

[1] Tiré de Michel Hazanavicus, OSS 117 : Rio ne répond plus, 2009.

[2]    Interview de Jacques Dercy, Tilques, 24 janvier 2020.

[3]    DUFAY Raymond, La vie des Audomarois sous l’occupation (1940-1944), 1990, p. 55.

[4]    Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 665, Arrestations : tableaux, rapports et statistiques.

[5]    Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 750, Marché Noir.

[6]    DUFAY Raymond, La vie des Audomarois sous l’occupation (1940-1944), 1990, p. 59.

[7]    Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 679.

[8]    Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 665, Arrestations : tableaux, rapports et statistiques

[9]    Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 622, Epurations.

[10]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 622, Epurations.

[11]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 839 Enquêtes faites par le Commissariat Spécial de Police de Saint-Omer (1941-42). J’ai le cas d’une autre visite le 10 octobre 1941, « enquête pour l'autorité allemande sur Madame Hocquet, née Riffly Augustine », sans avoir d’autres informations.

[12]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 622, Epurations.

[13]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 750, Marché Noir.

[14]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 750, Marché Noir.

[15]  Archives du Pas-de-Calais, Dainville, 4Z 750, Marché Noir.

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 13:06

Après être bien remonté dans le passé de la région et des grandes familles de Tilques, me voici arrivé au XXème siècle. Et la région va prendre les deux conflits mondiaux en pleine face... forcément le village se retrouve confronté à la guerre. Même avant la guerre !

 

Car Tilques est une zone de Manoeuvre1, c'est à dire un champ de tir ! Connaissez-vous le tir à canon ?! C'est le surnom d'une petite côte à côté de chez moi, qui fait bien plaisir quand tu la grimpes à vélo ! D'où vient ce surnom... ? Je pense bien que c'est de ces manœuvres ! Car, de manière régulière, le village reçoit des lettres du génie, ainsi le 1er corps d'armée prévient de manœuvres dans le village du 1er au 15 mai 1905, de 11 heures à 2 heures, avec des tirs de carabine modèle 1890 dans un secteur défini, de Moulle à Zudausques, jusqu'à Tatinghem, en « longeant les maisons de Tilques situées au Sud-Ouest de la Route de Calais ». Interdiction d'y séjourner ou de laisser des bestiaux ! Pour le coup la manœuvre est bien expliquée (6 pages envoyées + la carte !), au maire de bien prévenir tout le monde.

En rouge, ça va péter !

En rouge, ça va péter !

Le 25 septembre, le maire reçoit une lettre du chef de bataillon : « j'ai l'honneur de vous prier de me faire savoir si un fusil modèle 1886 portant le numéro 33231 n'aurait pas été laissé dans votre commune au cours des derniers manoeuvres ». Tête en l'air le soldat français !

Des manœuvres ont lieu en 1906, en 1907... c'en est trop pour Victor Lebel qui fait des réclamations en raison de dégâts dans son champ ! Une commission d'évaluation de dégâts se présente alors au village pour examiner les réclamations. Et ça reprend en 1910, 1911, 1912, 1913, 1914... Cette dernière année ce sont 4 cultivateurs de la commune qui font état de dégâts (Abel Viniacourt, Arthur Huyart, Louis Bodart et Auguste Vermersch). Les manœuvres reprendront aussi en 1939 et 1940...

 

1ère guerre mondiale

 

Tilques est un lieu stratégique pour deux raisons :

- le village est à l'arrière du front, à côté de Saint-Omer. Or, cette ville accueille le quartier général britannique de 1914 à 1916.

- le champ de manœuvre, qui va pouvoir être utilisé par les soldats.

L’histoire de mon village : Tilques et la première guerre mondiale

De ce fait Tilques devient un lieu de cantonnement et d'entraînement utilisé par l'armée britannique. La 23ème division d'infanterie passe par Tilques lors de son arrivée en France, c'est dans le village qu'a lieu le rassemblement à la fin du mois d'août 1915. 2 On retrouve une lettre de la British Army Pay Office adressée au maire, lui offrant de payer 391,75 francs au motif du logement. Des soldats écossais sont présents en juillet 1915, avec la présence du quartier général de la quinzième division à Tilques les 13 et 14 juillet 1915, pour deux jours de repos après la traversée de la Manche.  3

En avril 1916 c'est la 34ème division britannique qui installe son quartier général à Tilques.  4

En juillet 1916, la 36ème division d'Ulster (Irlande du Nord) déménage sur le champ de manœuvre, avec son quartier général à Tilques. Au menu : des entraînements !  5

En août 1916, la deuxième division canadienne passe par Tilques pour partir vers la Somme (et selon le lieutenant colonel Arthur Jarvis ne sont pas aussi désireux de profiter de la présence britannique que les Flamands!). 6

En 1917 c'est l'office des plaintes (claims office) qui informe la mairie des terrains pris en location par l'armée dans la commune. 9 terrains sont loués (pas sûr que les propriétaires pouvaient refuser cependant), essentiellement des pâtures. C'est Ovide Dassonneville qui est le plus concerné avec un peu plus de 4 hectares.

Des manœuvres ont aussi lieu avec des soldats néo-zélandais, présents en avril 1917 pour un gros entraînement, avant de partir pour la bataille de Messines (juin 1917, en Flandre occidentale). 7

Ils sont aussitôt remplacés par des soldats écossais (51ème division d'infanterie (Highland)) qui s'entraînent entre le 9 et le 22 juin, dans une zone « parfaite pour le tir à courte et longue distance ».  8

Bref, des Anglais, des Irlandais, des Ecossais, des Canadiens, des Néo-Zélandais... c'est quasiment tout l'empire britannique qui passe par le village !

Là où c'est encore un peu plus fou, c'est l'arrivée de la 27ème division d'infanterie de... New York ! Oui, des Américains débarquent dans le village en juillet 1917 ! Les Etats-Unis sont entrés en guerre quelques mois auparavant et ils font partie des premiers soldats arrivés. Ils sont à Tilques pour s'entraîner (au pistolet et à la grenade, c'est souvent leur première fois avec ce genre d'armes), et croisent sur le lieu des Ecossais. Apparemment le village est bien entretenu : « Tilques proved to be the cleanest town we had seen in France ».  9 

"Ils sont beaux mes choux-fleurs!" Marché de Saint-Omer 1918. Imperial War Museum (c) IWM Q11074

"Ils sont beaux mes choux-fleurs!" Marché de Saint-Omer 1918. Imperial War Museum (c) IWM Q11074

Enfin on m'a parlé des Chinois... Oui, des Chinois, hébergés à Tilques, pendant la première guerre mondiale ! Là, vous vous demandez peut-être « mais que foutez des Chinois en Europe pendant la guerre ? », et c'est une bonne question ! On ne le sait pas toujours, mais le 14 août 1917 la Chine a déclaré la guerre à l'Allemagne ! Et l'armée britannique, toujours dans les bons coups, décide d'aller recruter des travailleurs chinois (95 000) pour aller bosser dans les usines du pays, mais aussi à l'arrière du front (on fait pareil côté français avec 44 000 travailleurs recrutés dans la baie de Canton, alors enclave française). Le Nord et le Pas-de-Calais comptent alors dix-sept camps chinois ! Audruicq, Calais, Ruminghem et donc... Saint-Omer (ils exploitent les forêts, réparent les voitures, font du déchargement etc.). Le boulot a l'air très compliqué, l'adaptation aussi, vu la taille des cimetières... Certains passent alors par Tilques et sont hébergés... j'ai même quelqu'un qui m'a dit que, tu m'aimais encore... euh, non, qui m'a dit qu'un camp de Chinois se trouvait en bas de la rue de la Croix (au niveau de l'impasse T) et ils ne passaient pas inaperçus, au point que leur présence continue d'être narrée aujourd'hui dans le village (alors que personne ne m'a parlé d'Américains ou de Néo-Zélandais... enfin, ça reste des Britishs, difficile peut-être de les différencier à l'époque!) Alors que les Chinois, on les reconnaît ! Ils ne sont pas toujours bien accueillis d'après mes lectures (ils sont généralement interdits de sortie dans les camps...) et en septembre 1919 le préfet du Pas-de-Calais demande que le département soit « délivré » de cette main d'oeuvre qui « terrorise » la population. Oui, on a toujours su accueillir les étrangers en France... même ceux qui sont venus pour aider !

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Enfin (et surtout!), la première guerre mondiale emporte les hommes du village sur le front quand les femmes, les enfants et les vieillards attendent à l'arrière leur retour...32 noms sont aujourd'hui présents sur le monument aux morts.

L’histoire de mon village : Tilques et la première guerre mondiale

- Joseph Ducrocq (110e RI) décède le 12 octobre 1914 sur le champ de bataille à Pontavert (Aisne). Il était né le 23 juillet 1890 à Tilques et exerçait la profession d’ouvrier agricole.

- Abel Viniacourt (272e RI) décède le 1er janvier 1915 à l'hôpital militaire de Villeurbanne (Rhône) de dothiénentérie et gelures des deux pieds. Il était né le 11 juin 1885 à Tilques et exerçait la profession de cultivateur.

- Oscar Sailly (adjudant-chef 43e RI) décède le 24 février 1915 à la ferme de Beauséjour (Marne) par suite d'une balle à la tête. Il était né le 20 janvier 1880 à Tilques et exerçait officiellement la profession d’ouvrier agricole. Dans les faits c’est un soldat de métier : il fait son service militaire de 3 ans à partir de 1901 et se réengage pendant dix ans, ce qui explique son rang d’adjudant-chef.

- Désiré Chaput (18e bataillons de chasseurs à pied) décède le 3 mars 1915 à Mesnil-les-Hurlus (Marne) « par suite d'un éclat d'obus à la tête reçu devant l'ennemi ». Il était né le 22 mars 1892 à Serques (ses parents habitent Tilques) et exerçait la profession de manouvrier agricole.

- Arthur Petit (33e RI) décède le 3 mai 1915 à Void (Meuse) par suite de blessures de guerre, dans une ambulance. Il était né le 1er février 1893 à Serques (ses parents habitent Tilques) et exerçait la profession de marinier.

- Ferdinand Denis (51e RI) décède le 25 juin 1915 à l’hôpital Dominique Larrey à Sainte Ménéhould (Marne) des suites de blessures de guerre (apparemment il est blessé et évacué le 18 juin, « plaie pénétrante à la poitrine »). Il avait déjà été blessé en septembre 1914 à Livry (plaie pénétrante au dos par coup de feu). Il était né le 20 novembre 1892 à Moulle (ses parents habitent Tilques) et exerçait la profession de manouvrier. A noter qu’il avait été condamné par la cour d’appel de Paris le 6 octobre 1913 à 6 mois de prison et 5 francs d’amende pour rébellion et ivresse !

- Georges Dalenne (brigadier 59e RA) décède le 2 juillet 1915 tué par des éclats d'obus à la tête et sur tout le corps à la position de tir plateau Boyelles aux Morlettes (Pas-de-Calais). Il est né le 10 mars 1886 à Tatinghem (ses parents habitent Tilques) et exerçait la profession de menuisier.

- Léon Portenard (110e RI) décède le 26 février 1916 au fort de Douaumont (Meuse) des suites de blessures reçues sur le champ de bataille. Il est né le 1er août 1895 à Tilques et exerçait la profession d’ouvrier agricole.

- Pol Becques (116e RA lourde) décède le 8 août 1916 (pas 1915 comme sur le monument) à Verdun au cours d'un bombardement. Il est né le 4 avril 1892 à Tilques et était cultivateur.

- Hector Duvivier (Victor sur l’acte de décès) (8e RI) décède le 12 septembre 1916 au bois d’Anderlu (Somme) sur le champ de bataille : « il nous a été impossible de vérifier le décès ». Il est né le 25 janvier 1892 à Serques (ses parents habitent Tilques) et était ouvrier de filature.

- Jules Carpentier (201e RI) décède le 21 septembre 1916 (pas 1915 comme sur le monument) à l'hospice ou hôpital mixte route de Lisieux à Bernay (Eure) (l'info arrive en 1924...). Il est né le 8 juillet 1894 à Tilques et exerçait la profession d’ouvrier agricole.

- Alfred Merchier (41e RA) décède le 23 septembre 1916 à l’hôpital d’évacuation de Cerisy-Gailly (Somme) des suites de blessures de guerre en service sur le champ de bataille. Il est né à Tilques le 29 octobre 1891 et était ouvrier d’usine.

- Eugène Capelle (1e RI) décède le 28 septembre 1916 près de la ferme Le Priez à Frégicourt (aujourd’hui Combles, Somme) tué d'un éclat d'obus « a été enterré aussitôt sa mort (…) Hardecourt ». Il est né le 5 février 1882 à Tilques et était ouvrier agricole.

- Adrien Delvallée (275e RA) décède le 1er juin 1918 dans l'ambulance 223 dans la forêt de la montagne de Reims suite à des blessures de guerre. Il est né le 4 novembre 1894 à Racquinghem (ses parents habitent Tilques) et exerce la profession d’ouvrier-menuisier. A noter qu’il fait l’objet de deux citations : une à l’ordre du Régiment n°18 du 1er janvier 1918 « Téléphoniste très courageux, a été blessé le 27 décembre 1917 en posant une ligne téléphonique sous un violent bombardement ». Il reçoit la Croix de Guerre. Puis une autre citation à l’ordre du Corps d’Armée n°178 du 16 juin 1918 « Téléphoniste personnifiant le dévouement ayant un mépris profond du danger. Toujours prêt pour les missions périlleuses. Tué mortellement à son poste de combat ».

- Augustin Dubuis (maréchal du logis 451e RA) décède le 23 octobre 1918 à l’hôpital de Villotte devant Louppy (Meuse) des suites de maladie contractée au service commandé (grippe espagnole). Il est né le 2 juin 1885 à Tilques et était cultivateur.

Ainsi, ce sont 15 noms sur 32 dont les actes de décès arrivent... Où sont les autres ? Que sont-ils devenus ?

 

On ne le sait pas toujours mais lorsqu'il n'y avait pas d'acte de décès, il fallait attendre un jugement du tribunal civil... qui prenait du temps pour se réunir (c'est toujours embêtant de déclarer quelqu'un « mort » et de le voir revenir ensuite...).

- Ainsi Emile Planquette (162e RI), né le 18 mai 1894 à Tilques. Ouvrier terrassier, il décède le 20 décembre 1914 à Zillebeke (Belgique). Un jugement du tribunal civil de Saint-Omer du 7 mars 1917 tiendra lieu d'acte de décès (son corps est sans doute disparu). Et ce n'est pas du tout un cas isolé...

- Constant Ducrocq (110e RI) décède le 13 octobre 1914 à Pontavert (Aisne) avec un jugement du 16 octobre 1918. Cas étonnant, il est né à Boulogne-sur-Mer le 7 novembre 1888 et habite Serques (pas de lien avec Tilques à priori). C'est un domestique de ferme et c'était un enfant assisté du Pas-de-Calais, peut-être un lien avec une famille de Tilques à ce moment-là (?).

- Désiré Mièze (18e bataillon de chasseurs à pied) disparu le 4 mai 1917 au bois de Sapigneul (Marne) avec jugement du 20 mai 1920. Il est né le 10 mars 1893 à Tilques et exerce la profession de marinier. Il fait l'objet d'une citation (n°889) : « s'est dépensé sans compter pour assurer le ravitaillement en grenades des équipes de contre-attaque allant partout ramasser des grenades allemandes malgré le feu violent de l'adversaire ».

- Marcel Planquette (162e RI) décède le 10 novembre 1914 à Bixchoote (Belgique) avec jugement 21 septembre 1920. Il était né le 15 février 1894 à Tilques et exerçait la profession de cultivateur.

- Louis Foque (4e RI) décède le 21 septembre 1914 à Ciergès (Meuse) avec jugement du 10 novembre 1920. Il est né le 12 février 1891 à Tilques et était ouvrier agricole.

- Fernand Haudrechy (110e RI) décède le 28 février 1916 à Douaumont (Meuse) avec jugement du 31 mai 1921. Il est né 3 mars 1895 à Tilques et exerce la fonction de cultivateur.

- Joseph Planquette (108e RI) est né le 24 mars 1894 à Tilques et exerce le fonction cultivateur. Il décède le 30 octobre 1915 (pas 1916 comme sur le monument) à Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais) avec jugement du 10 juin 1921. Il a été blessé le 12 juillet 1915 à la main gauche (1ère phalange et médius) par éclat de bombe près de Craonne (Aisne). Il a une citation : « a fait preuve d'une grande endurance et de beaucoup d'énergie dans un combat à coup de grenades contre les Allemands d'un poste en continuant quoique blessé à la main gauche à lancer des projectiles ». Il a une croix de guerre étoile de bronze et est inscrit au tableau spécial de la médaille militaire à titre posthume.

- Clovis Stopin (110e RI) décède le 12 septembre 1916 à Combles (Somme) avec jugement du 10 juillet 1921 (il était présumé prisonnier). Il est blessé le 16 juin 1915, « mention, lettre de félicitations, récompenses diverses ». Il est né le 6 février 1891 à Tilques et est cultivateur.

A noter que les trois Planquette ne sont pas frères (sinon on aurait pu faire une histoire en mode Il faut sauver le soldat Planquette). Vous remarquez aussi que 5 poilus tilquois décédés faisaient partis du 110e RI.

Ainsi ce sont 8 noms que je retrouve. Ca fait 23 noms sur 32...

 

Pour Auguste Cuvillier (54e RI), né le 29 avril 1895 à Ambleteuse, pupille de l'assistance publique, ouvrier agricole, décédé le 26 avril 1915, il n'y a pas l'acte de décès envoyé à la mairie mais une immense affiche signée par Raymond Poincaré le président de la République. L'affiche est un legs de sa famille apparemment. Il est disparu le 26 avril 1915 à la tranchée de Calonne (Meuse).

L’histoire de mon village : Tilques et la première guerre mondiale

Cas encore différent pour Ernest Mahieu (7e RI), né le 18 juin 1876 à Tilques (jardinnier), qui est fait prisonnier lors d'une bataille le 27 septembre 1914. Il est envoyé à Meersburg (Bade-Wurtemberg). Son certificat de décès est fait en langue allemande, il est déposé aux archives de la guerre avant d'être traduit. Il est décédé à Petsau en Cantiène/Petzan (Saxe, bon aucun des deux lieux n'existent aujourd'hui, peut-être un problème de lecture) le 2 mai 1916. L'info arrive à Paris le 17 décembre 1920 et à Saint-Omer le 13 octobre 19211.

Imaginez un instant la vie pleine d'attente de Constance Lemaire, sa femme...

 

Pour les décédés de 1919, nous avons Jules Bée, né le 12 juillet 1891 à Mentque-Norbécourt, ouvrier agricole. Blessé le 27 septembre 1916 à Combles par éclats de grenade, il subit une amputation cuisse droite 1/3 moyen. Médaille militaire, croix de guerre avec palme... on lui propose une pension de retraite. Et... il est tué accidentellement par une automobile militaire anglaise le 28 mars 1919 à Tilques.

 

Finalement, il me manque 6 noms du monument aux morts : De Beauregard Henri, Gabrielle Vasseur, Arthur Dufour (1915), Henri Dewaghe, Paul Dercy (1918), Arcade Duval (1919), introuvables sur les actes de décès de Tilques.

Peut-être des enfants du village qui avaient déménagé ailleurs… bingo !

Arthur Dufour, enrôlé à Abbeville ! Il est né le 26 février 1894 dans le village, il est chaudronnier, et ce sont ses parents qui ont déménagé dans la Somme. Il fait parti du 2ème RIC (régiment d’infanterie coloniale), et décède le 26 septembre 1915 à l’hôtel Dieu de Châlons sur Marne des suites de blessures de guerre. Il fait l'objet d'une citation le 12 septembre 1915 : « Très bon soldat courageux, dévoué, a été grièvement blessé au cours des travaux de terrassement exécutés en avant de notre première ligne sous le feu de l'artillerie et des mitrailleuses ennemies. Sa présente nomination comporte l'attribution de la croix de guerre avec Palme » (médaille militaire et croix de guerre).

Quant à Paul Dercy, ouvrier agricole né le 2 novembre 1887, son acte de décès a été transcrit à Isbergues (il avait déménagé là-bas), 27ème RA puis 1er régiment de Zouaves, décédé le 20 novembre 1918 à Guise (Aisne) dans l’ambulance 10/04 des suites d’une maladie contractée en service.

Pour celui d’Arcade Duval c’est à Béthune le 21 avril 1920 qu’un jugement a été rendu affirmant la mort du 5ème RI sur le champ de bataille de Gamène à Machelen (Belgique) le 20 octobre 1918. Ce n’est pas un enfant du village (il est né à Moulle le 6 juillet 1890) mais il s’est marié à Tilques, d’où sa présence sur le monument (menuisier, il aurait déménagé à Vermelles).

 

Pour Henri De Beauregard je l’ai manqué car ce n’est pas son nom complet… Henri Sourdeau de Beauregard ! (ah la vieille noblesse !). Il est maréchal des logis au 8ème RA, décède de blessures de guerre le 8 décembre 1915 à bord du navire hôpital Dugay Trouin… dans les Dardanelles ! (merci Churchill pour l’idée de génie !)

Quant à Henri Dewaghe… il ne s’appelait pas Henri ! C’était son surnom ! Officiellement c’était Ambroise Dewaghe (86ème RI), né à Tilques le 3 février 1891, chauffeur d'usine, et décédé le 20 juillet 1918 au combat à Pourcy (Marne) selon l’acte transcrit à Isbergues.

Reste Gabrielle Vasseur (1915) (une femme ?, une civile ? autre ?)... mystère !

 

Ainsi, lorsque l'on fait une carte des lieux de décès des soldats tilquois, on peut reconstituer la ligne de front, avec certaines des batailles les plus connues (en marron les décès sur le front, en orange dans les ambulances, en rouge dans les hôpitaux, vous pouvez vous balader sur cette carte).

 

En 1923, un centre d'éducation physique et ...de préparation militaire en mis en place à Serques pour les enfants de 16 ans. C'est un groupement entre plusieurs communes, une « amicale des campagnes », les adolescents de Tilques étant invités comme ceux de Serques et des villages environnants tous les dimanches, de 9h à 10h30. L'objectif est de développer le goût et la pratique des exercices physiques, des sports en général, ainsi que la préparation militaire. On prépare déjà la re-revanche ?

L’histoire de mon village : Tilques et la première guerre mondiale

Prochain article : Tilques et la seconde guerre mondiale !

 

 

1 - Mairie de Tilques, Archives, H16 Champ de tir de circonstance – Manoeuvres.

2 - ACERBI E, Saturday Night Soldiers, 2019.

3 - STEWART J., BUCHAN J., The fifteenth (Scottish) Division : 1914-1919, 2012, p. 17.

4 - SHAKESPEAR L. C. J., The Thirty-Fourth Division : 1915-1919, 2012, p. 21.

5 - FALLS C., The History of the 36th (Ulster) Division, 2019, p. 64.

6 - GIBSON, C., « `My Chief Source of Worry’: An Assistant Provost Marshal’s View of Relations between 2nd Canadian Division and Local Inhabitants on the Western Front, 1915-1917 », War in History7(4), 2000, 413–441. p. 430.

7 - AUSTIN W. S., The official History of the New Zealand Rifle Brigade, 1924, p. 162.

8 - FRENCH C., The 51st (Highland) Division During the Forst World War, thèse, University of Glasgow, 2006, p. 46.

9 - SUTLIFFE R.S., Seventy-First New York in the World War, 1922, p. 69.

10 - Mairie de Tilques, Archives, série H12, Décès des militaires pendant la Première Guerre Mondiale.

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4 décembre 2019 3 04 /12 /décembre /2019 11:47

Après l’histoire de ma famille (arbre généalogique, zoom sur la guerre 14-18, service militaire de mon grand-père), je continue avec mes racines… direction mon village ! (comment ça je n’habite plus là-bas ?!) Tilques, 1107 habitants selon le recensement de 2016. D’ailleurs d’où vient ce nom ?! Il viendrait de Tilius, nom d'homme[1]. La toponomie a beaucoup bougé au cours des siècles :

-1139 : TILLIA (cartulaire du chapitre de Saint-Omer)

-1144 : TILLEKE (cartulaire de Sithiense)

-1175 : TILLAKA (cartulaire de Saint-Omer)

-1190 : TILLECHA (charte de Licques)

-1245 : TILLECA (cartulaire de Watten)

-1294 : TILERE (charte d'Artois)

-1337 : TILKES (charte de Saint-Bertin)

-1370 : TILQUE (Courtois, dictionnaire)

- vers 1512 : TILKE (Tassart, pouillé)

-1533 : TILCQUE (épigraphie ancienne, Saint-Omer)

Aujourd’hui le village est connu pour son marais (magnifique !) et ses châteaux ! Deux châteaux dans un village de 1100 habitants, c’est pas commun ! Et ça aurait pu être plus encore !

Un ancien château s’appelait l’Ostrove, château dit aussi du Bourguet (comme sur la carte de Cassini ci-dessous) Il semble encore exister en 1790, et est détruit ensuite[2]. Quand exactement ? Au début du XIXème siècle à priori. Il se trouverait dans le virage de la rue de la Croix, dans la propriété de Jacques Dercy ou celle de Stéphane Huyart.

L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle

Un autre est le château de la Jumelle, établi dans une zone marécageuse qui en a gardé le nom. Je vois un lien entre ce château et le fief Le Nieppe, à Tilques. La Jumelle serait une seigneurie, « laquelle s'étend dans plusieurs paroisses de ce bailliage ». Jacques Hovelt est ainsi bailly de Tilques pour la seigneurie de Jumelle. Je vois aussi quelques personnes qui portent ce nom à Tilques (notamment un Louis Defrance de la Jumelle, né en 1831, chevalier de la légion d’honneur). Le château d’Ecou relève à une époque de cette seigneurie. Sur la cadastre napoléonien de 1810, on observe une rivière la Jumelle, et je vois une grande demeure. Est-ce le château ? Nous sommes aujourd’hui de l’autre côté de la rue de la Croix. Je vois aussi un autre espace assez étrange pour cette époque, pas très loin de la ruelle du Coutre, avec une forme de l’eau qui ressemble à des douves.

L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle
L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle

Un autre château est celui de Mademoiselle Rose détruit en 1918 (Rose Lesergeant est la dernière résidente). Il apparaît dès le XVIIème siècle sous le nom de « manoir de Creseque (ou Crécèque)». A deux pas de la place, au croisement rue de la croix et rue de l’église, il y a encore une barrière au niveau de chez Larivière.

 

On évoque aussi parfois le château Legrand, présent dès le XVIIIème siècle, au niveau de l’ancienne distillerie, à côté du château d’Ecou. On l’a détruit en raison d’un champignon (Daniel Bouton).

Reste donc le château d’Ecou, autrefois Ecout, provenant d’une ancienne seigneurerie, Equout (1256, 1264)[3], avec un seigneur s’appelant Willelmus d’Ekout.

L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle

Le second château est appelé aujourd’hui château de Tilques ou Vert Mesnil, connu notamment pour ses mariages ! L’actuel est en fait une reconstruction sur des ruines, celle du château du Hocquet, qui semble être un fief à la fin de l’époque moderne (j’y reviens plus bas).

L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle

Qui habitait Tilques à l’époque romaine et même avant ? Est-ce que le village existait ? Peut-être, peut-être pas, nous n’avons pas la réponse aujourd’hui, faudrait faire des fouilles ! Plusieurs objets ont été retrouvés dans le village : deux vases gallo-romains dans une tourbière du marais en 1839, une figurine gallo-romaine en bronze représentant le Dieu Mars, trouvée en 1840 dans le marais, et une céramique gallo-romaine trouvée il y a plusieurs décennies, ce qui prouve qu'il y a eu, au moins, du passage à cette période. 

Mars, Auteur anonyme, IIème siècle, Bronze, 15,3 x 7,7 cm, Musée de l’Hôtel Sandelin, Saint-Omer

Mars, Auteur anonyme, IIème siècle, Bronze, 15,3 x 7,7 cm, Musée de l’Hôtel Sandelin, Saint-Omer

Tilques semble justement être un nom d'origine gallo-romaine, mais sans être certain. Les seules infos en ma possession concernent la région, avec les Morins : c’était un peuple gaulois qui vivait de Boulogne à Thérouanne (la plus grande ville à l’époque). Leur langue semble être celtique[4].

Provinces romaines et les peuples proto-basques, celtes et germaniques, Ier s. av. J-C, Wikipedia, Feitscherg / CC BY-SA

Provinces romaines et les peuples proto-basques, celtes et germaniques, Ier s. av. J-C, Wikipedia, Feitscherg / CC BY-SA

Leur territoire, la Morinie, est convoité par Jules César (il souhaite envahir la Grande-Bretagne !). Auguste finit l’annexion de la zone et voici ma région devenue la province de Gaule Belgica ! Les Francs (en provenance de l’actuelle Allemagne) ravagent la zone dès le IIIème siècle (notamment Thérouanne) puis les Francs Saliens s’y installent au moment des grandes invasions (c’est de leur royaume qu’héritera Clovis).

 

Tilques fait partie du comté de Flandres à partir de 932 et ce pendant une grande partie du Moyen-Age. Il faut comprendre comté comme un petit Etat indépendant. La zone est plutôt riche pour l’époque, en témoigne le commerce ou les activités de tissage de Saint-Omer. Bon, au-delà du politique il y a aussi le pouvoir religieux, très important à cette époque. Ainsi, l'évêque de Thérouanne semble bénéficier de droits ou de biens à Tilques au XIème siècle.

Maison de l'archéologie de Thérouanne

Maison de l'archéologie de Thérouanne

Mais ce qui me semble encore plus intéressant à souligner, c'est le fait que Tilques a les pieds dans l'eau... et je ne parle pas seulement du marais !

Maison de l'archéologie de Thérouanne

Maison de l'archéologie de Thérouanne

Oui, une grande partie du Dunkerquois et du Calaisis semble être sous l'eau à cette période. Difficile à imaginer ! (l'avantage du réchauffement climatique c'est qu'on va bientôt pouvoir le voir...)
 

La France s’intéresse à la région sous Philippe-Auguste. La bataille de Bouvines lui permet de confirmer la prise de Saint-Omer et ses environs (1214). Il n’empêche que la population continue de parler flamand, et ce au moins jusqu'au XVIème siècle ! Ainsi, pendant la guerre de 100 ans, le comté de Flandres se révolte à de nombreuses reprises, et en 1384 Saint-Omer devient bourguignonne ! Les Etats bourguignons intègrent la Flandre en 1369, date du mariage entre Marguerite III de Flandres et Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. La Bourgogne est une grande puissance jusqu'à sa totale disparition en 1482 (traité d’Arras). Tilques et l’ensemble de la région deviennent alors des territoires des Pays-Bas… espagnols.

La région en 1493 (en bleu les territoires français, en jaune du Saint-Empire (bientôt espagnol) et en rose anglais

La région en 1493 (en bleu les territoires français, en jaune du Saint-Empire (bientôt espagnol) et en rose anglais

Il faut attendre les guerres franco-espagnoles du XVIIème siècle pour voir l’Artois tomber dans les mains françaises. Ainsi, pendant le siège de 1638, Tilques fut détruit par… les Français[5]. Saint-Omer et ses environs deviennent français en 1678 par le traité de Nimègue. Louis XIV est alors au sommet de sa puissance et il a réussi à gagner en 20 ans une bonne partie du Nord-Pas de Calais actuel !

L’histoire de mon village, Tilques : des origines au XIXème siècle

Ainsi, au cours d’une histoire forcément mouvementée, Tilques fut tour à tour celte/gaulois, romain, franc, flamand, français, bourguignon, espagnol pour finir français ! (et c’est donc le cas de toute la région !).

 

Le village compte 230 habitants en 1698[6]. Un siècle plus tard on passe à 612. Il faut attendre 1861 pour atteindre les 1 000 habitants, le sommet étant 1 226 habitants en 1896 ! Puis c’est un véritable exode rural (comme partout en France !), avec seulement 696 habitants en 1975. Ça monte depuis !

Où les Tilquois habitent-ils ? Tilques, oui, je sais, merci ! Mais où habitent-ils dans le village ? Avec le plan de 1810 conservé aux archives départementales on peut le voir ![7]

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Ce que je trouve notamment très intéressant, en plus de voir l’absence de ma maison et la présence de celle de Romain, ce sont les noms des rues : rue de Lepinette, du Henneboque, du château, de la Bergerie, de la Chapelle, de la Croix, du Tilleul… ça n’a pas beaucoup bougé de ce côté-là ! La rue du Coutre a l’air beaucoup plus importante que l’actuelle ruelle. Par contre, le chemin Taffin n’existe plus… c’est pourtant la famille la plus importante de l’histoire de Tilques !

 

Les personnages importants reliés à Tilques

 

Mon premier est Fidèle, Henry, François, Marie le Sergent de Baïenghem[8], député de 1827 à 1834, il siège dans le groupe centre-gauche au départ, puis il passe conservateur (IVè législature de la seconde restauration, Ière et IInde législature de la Monarchie de Juillet), il vient d’être élu Pair de France (en gros sénateur) lorsqu'il meurt en 1842. Il est né et mort à Saint-Omer et c’est aussi le maire de Saint-Omer de 1817 à 1830 ! Il est fait chevalier de la légion d’honneur (son père était lieutenant des maréchaux de France). Quel lien avec Tilques me direz-vous ?! Tout simplement parce qu’il possède une maison dans la commune !

Surtout il se marie le 26 janvier 1809 avec Marie Josèphe Charlotte de la Moussaye à Tilques. Celle-ci, Tilquoise de naissance, est la fille de Joseph Gilles François de la Moussaye, un capitaine au régiment de Provence infanterie et… premier maire de Tilques ! A la base c’est un Breton (il est né à Hénanbihen, Côtes d’Armor), il finira sa vie à Tilques (il y meurt le 12 septembre 1794). C’est une vieille famille noble (le genre de famille qui a une grande page sur Wikipédia !), avec notamment un ancêtre qui était le colonel-commandant à Saint-Domingue (la colonie la plus importante pour la France à cette époque)

 

Mais s’il y a bien une grande famille à Tilques, ce sont les Taffin. Taffin de Tilques d’ailleurs, puisque c’est leur nom complet ! C’est à eux que l’on doit le blason actuel de la commune (je ne suis pas forcément fan, ça aurait mérité débat !)

Quand tu crois que tu es en Corse... et en fait non !

Quand tu crois que tu es en Corse... et en fait non !

Leur histoire se rattache aux deux châteaux de Tilques, celui du Hocquet et celui d’Ecou, dont ils étaient propriétaires. Pour le premier, aujourd'hui plus connu sous le nom de château de Tilques, il semble que l’achat date du XVIème siècle (j’ai un plan du château en 1662, intitulé « mesurage d’un manoir amazé nommé vulgairement « Le Hocquis », appartenant au sieur Taffin, conseilleur au conseil d’Artois »).

 

C’est Ghislain Taffin qui, par son mariage avec Marie Françoise Louise d’Herbais d’Ysel de Villecasseau, dame de Tilques (rien que ça !) met la main sur le château d’Ecou, propriété de la Dame ! (ils étaient aussi petits-cousins, mais ça ne dérange personne à l’époque !).  Ce brave Ghislain Taffin devient plus tard Ghislain Taffin de Tilques, en plus de seigneur du Hocquet, après une carrière de Capitaine dans le régiment Royal Navarre (il est ainsi chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, c’est quand on a fait 10 ans dans l’armée en gros).

Leur fils, Simon Taffin de Tilques, né dans le village le 5 mai 1770, également militaire (chef de bataillon), est aussi chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis. Mais là où il m’intéresse encore plus, c’est qu’il devient maire de Tilques le 1er janvier 1808 ! Et il le restera 22 ans !

Le frère de Simon, René Taffin de Tilques, est également militaire (lieutenant-colonel de cavalerie).

 

Bon, la période pour cette famille Taffin n’a pas toujours été facile. Ainsi, pendant la période révolutionnaire, Simon et René font partie des émigrés ! C’est une partie de la noblesse qui décide de fuir la révolution (par peur ou pour la combattre). Ils émigrent à Hambourg ! Vu leur métier ils doivent combattre la France révolutionnaire. Une partie de leurs biens semble avoir été saisie, car je vois que les deux frères sont indemnisés en 1826 ! (par la célèbre loi dite « du milliard aux émigrés » ! en gros on voulait rembourser ceux qui avaient fui et perdu des biens…)

 

Le fils de Simon, Victor Taffin de Tilques fait Saint-Cyr, passe chef d’escadron au 8ème régiment de Hussards, puis colonel de cavalerie, est officier de la légion d’Honneur (15 mai 1850) et meurt à Nancy en 1859. Le château d’Ecou lui appartient.

Le deuxième fils de Simon, Alfred Taffin de Tilques choisit une autre voie : il est avocat ! Et il devient maire de Tilques en 1860 ! Il le restera jusque 1870 et la mise en place de la IIIème République. J’ai retrouvé son faire-part de décès, où il est annoncé que « des pains seront distribués aux pauvres » ! Il est le propriétaire du château du Hocquet en 1876.

Ainsi les Taffin de Tilques, sorte de petite noblesse d’épée, jouent un rôle essentiel dans le village au XIXème siècle. Ce ne sera pas le cas au XXème siècle… (à suivre !)

 


[1] Extrait du Dictionnaire topographique du département du Pas-de-Calais, par le comte de Loisne, 1907.

[2]    Mémoires de la Société des antiquaires de la Morinie, Volume 13, 1869, p. 175.

[3]    Mémoires de la Société des antiquaires de la Morinie, Volume 13, 1869, p. 76.

[4] JANSSENS Ugo, Ces Belges, « les Plus Braves », Histoire de la Belgique gauloise, 2007, Racine, p. 42.

[5] PIERS Hecotr Beaurepaire, Petites histoires des communes de l’arrondissement de Saint-Omer, cantons nord et sud, p. 28

[6]   Mémoires de la Société des antiquaires de la Morinie, Volume 13, 1869, p. 265-6.

[7] Archives Départementales du Pas-de-Calais, Dainville, 3P819/11.

[8] PIERS Hecotr Beaurepaire, Petites histoires des communes de l’arrondissement de Saint-Omer, cantons nord et sud, p. 30.

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