29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 01:14

Je pense que tu dois m'en vouloir, petite fille, de ne pas t'avoir donné la pièce que tu réclamais tant. Mais je pense que tu t'en veux moins que moi, vilain égoïste, resté fermé à ta demande. Je ne t'ai même pas regardée, je n'ai pas osé baisser les yeux sur toi, sans doute de peur de les baisser encore plus bas, de honte. Tu devais être haute comme trois pommes, un visage bruni par la saleté. Tu devais faire la même démarche depuis plusieurs heures dans les rues de Nairobi. Et quand je repense à toi, dans mon lit ce soir, je ne peux m'empêcher d'avoir une larme qui coule sur ma joue.

Tu sais, petite fille, j'ai longtemps donné à ceux que l'on appelle les mendiants. Et puis j'ai cédé à tous ceux qui m'ont expliqué que cela ne changeait rien. Qu'il valait mieux donner à une association qui aide les personnes sur le long terme, qui sort les mendiants de leur situation. Mais ça ne m'empêche pas d'avoir mauvaise conscience à chaque fois que je te croise dans la rue.

Lorsque je marche la tête haute, ne pense pas que je ne te vois pas. Lorsque je reste silencieux, ne pense pas que c'est parce que je ne t'entends pas. Au contraire, chacun de tes mots résonne si fort que je lutte désespérément pour essayer de continuer l'air de rien ma conversation qui me paraît d'un coup si futile. Et toi, la maman sur le trottoir, qui fait cliquailler à ma vue les deux piécettes qui se battent en duel dans ton bol, ne pense pas que je ne t'ai pas vue, même si mon regard ne se porte pas sur toi. Au contraire, tu vas rester hanter mon esprit pendant quelques mètres, en me demandant pourquoi tu es là. Et puis tu vas partir.

mendiante

Les miséreux. Les mendiants. Les nécessiteux. Les quémandeurs. Les crève-la-faim. Les clochards. Autant de synonymes alors que je peine à en trouver un au bonheur. A croire que vous êtes plus nombreux que celui-là. Que c'est plus facile de vous trouver, aux quatre coins du monde, des rues de Nairobi à celles de Bangkok, de la gare de Lille au métro de New York. Et il paraît que notre société est prospère. Et il paraît que l'on pourrait nourrir l'ensemble de la population. Et il paraît que l'on vend 1 milliard de téléphones par an. Et il paraît qu'1 milliard d'individus souffrent de la faim dans le monde. Et il paraît que ça me dégoûte. Mais je continue de marcher tête haute dans la rue en te voyant. Parce que je me dis que l'on ne peut rien y faire. Et parce que l'on s'est habitué à la misère, même moi.

Enfin, pas tout à fait. 

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 13:47

Il paraît que la fête Halloween a lieu ce mercredi 31. Mercredi, pas forcément une bonne journée pour faire la fête en soirée. Du coup, les personnes rencontrées hier au repas Couchsurfing nous ont invité ce samedi à fêter ça chez l'un d'entre eux. « Put a costume and be original » qu'ils ont dit. Du coup, j'ai mis un costume, un vrai. Oui, je sais, ce jeu de mot est nul mais je ne suis pas parti à Nairobi avec ma panoplie de déguisements, on fit donc avec les moyens du bord. Et le costume ça reste la classe, peu importe où l'on se trouve !
Tout d'abord, j'ai apprécié les efforts faits par les autres Couchsurfers avec une belle brochette de déguisements, celui de Masaï ayant remporté les suffrages (c'est finalement assez facile à faire).déguisement Masai Surtout, l'un des hôtes nous avait préparé un repas de compétition (une préférence pour l'énorme bol situé à l'extrême-droite).repas HalloweenCompétition, c'est la raison de l'heure initiale de la soirée. 16h. Bon, on commence un peu à connaître les Kényans, 16h, ça veut dire que ça commence vraiment à 18h ! Mais ça ne doit pas finir tard car certains d'entre eux courent le marathon de Nairobi ce dimanche. Et le départ est à 6h30 du matin...
Vous connaissez le principe de l'embuscade, les hôtes disent que la soirée ne va pas durer très longtemps et finalement... Finalement il y avait du monde. Un vingtaine de personnes, puis les voisins, qui ont entendu du bruit (true story). Le Kényan est très hospitalier, c'est ainsi que les étrangers sont nombreux : 3 Français, 4 Allemandes, 1 Polonais. L'histoire de ce Polonais est assez saisissante : il a quitté son poste d'enseignant à Cambridge pour partir voyager en stop. Il a commencé en janvier 2011... Oui, ça fait paraître mes voyages très petits tout d'un coup ! On joue à des jeux de sociétés.Qui regardons-nousA 23h on bouge puisque Colas connaît une autre soirée organisée par les Françaises de l'ambassade. Une Allemande nous accompagne ! Là-bas l'ambiance est assez étrange au départ, avec les blancs d'un côté et les Kényans de l'autre. Ça fait un peu Apartheid. D'entrée, les Kényans veulent parler politique avec moi (l'élection est programmée début 2013), ils sont tombés sur le bon cheval ! 2H45 ? Bon, on sort. Et c'est parti pour un club !

La route ? Quelle route ? Il a tellement plu au cours de la soirée que nous roulons dans une mini-rivière tout au long du trajet. A un moment l'eau était au-dessus des roues, et j'avoue avoir un peu douté quand j'ai vu plusieurs voitures bloquées à ce même endroit, avec mon chauffeur qui disait « mais oui, ça passe ! ». C'est passé, et nous voici au Galiléo, club reconnu pour... ses prostituées. Non, je n'ai pas décidé du club, on en avait d'autres à l'esprit mais les routes barrées ont eu raison de notre motivation.Galileo

Le Galiléo, avec Colas (sur la gauche), qui travaille pour l'Institut, Olivier au milieu, qui effectue ses recherches sur les réformes universitaires en Afrique de l'Est, et Valérie, l'Allemande, toujours là, qui effectue un stage à la chambre de commerce et d'industrie germanique. Très bonne ambiance, bonne musique (archi-occidentalisé mais je ne suis plus surpris) et des prostitués et des vieux blancs aux crânes rasés qui leur tournent autour (ou l'inverse, mais j'ai aussi l'habitude depuis l'Asie). Olivier finit par nous lâcher, et je me retrouve avec les deux derniers larrons. Les deux sont célibataires, vous devinez la suite... !
Je commence à apprécier !

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 00:24

Nairobi est donc située à 150 kilomètres au sud de l’Équateur, le climat est donc... tropical ! Oui, moi qui pensais que le climat était équatorial, me voilà bien en peine pour vous expliquer le pourquoi ! Peut-être parce que la ville est à 1700 mètres d'altitude en moyenne. Bref, cela ne change pas mon idée du départ, à savoir que la végétation est forcément légèrement différente de nos contrées tempérées.

Pour en profiter, direction aujourd'hui la Karura Forest, un parc de 1000 hectares (3 fois Central Park!) en plein Nairobi, à deux pas du village ONU. Pour y aller, le chauffeur de notre Institut fait le déplacement, c'est sympa. Je suis aujourd'hui avec Colas (comme Nicolas, mais sans le ni), un garçon qui travaille pour l'Institut où j'effectue mes recherches. C'est lui qui a eu l'idée, conseillé par ses colocataires kényans.

Tout d'abord, une mauvaise surprise : l'accès à la forêt est payant. Payer pour voir une forêt ? Bon, on vient de faire 20 minutes de voiture, ce n'est pas pour repartir dans les bouchons de Nairobi illico ! 600 shillings, un peu moins de 6€. C'est le prix pour les étrangers. Oui, car au Kenya, le prix pour les étrangers est différent du prix pour les résidents, qui est lui-même différent du prix pour les Kényans. Comme je n'ai pas de carte de résidents, je paie un prix supérieur à la moyenne. C'est également le cas pour les parcs nationaux, où le prix pour les étrangers est... le double de celui pour les Kényans. C'est mon livret A qui n'est pas content !

Passons. Le parcours est plus ou moins fléché, Colas m'emmène avec ses récits au Brésil où il a fait un stage de 6 mois à Rio (je rappelle Brésil 2014!). En retour je l'emmène en Asie, échange de bons procédés. Je sors enfin mon appareil photo, pour la première séance depuis mon arrivée ici. Petit extrait.
nénupharlac kenyasavane kenyaC'est le Kenya qui j'imaginais. Une végétation luxuriante, très dense, avec des lacs...asséchés (mais la saison des pluies arrive). Niveau faune, des chimpanzés sautent d'arbre en arbre. 600 shillings les trois heures de marche, très sympa.

matatu kenya

Pour repartir, nous prenons un matatu (ce qui signifie littéralement 3 cents pour un voyage), une sorte de minibus privé qui s'arrête quand vous levez le bras, et qui vous dépose n'importe où sur le trajet (comme en Asie). Mais il est plein non ? « On peut rentrer ? Sûr ? » On était 16 à l'arrière, pour 14 sièges. Nous sommes montés les derniers, vous imaginez donc qui n'a pas eu de siège ! (mais ça fait les adducteurs !) En sortant, Colas accroche son pantalon dans une petite barre métallique, celui-ci se déchire de tout son long. C'est embêtant ! Et on a un repas Couchsurfing ensuite ! De ce fait séance shopping rapide, avec un achat sur un marché. Nairobi le vendredi après-midi, c'est plein de vie. Le marché bat son plein, ça négocie pour 10 shillings, le pantalon se prend à 4€.

Enfin, pour ma première soirée en dehors de l'appart (il était temps!), cette fameuse rencontre Couchsurfing, 3 Français pour 10 Kényans. Génial. Tellement que demain on fait Halloween tous ensemble ! La suite, au prochain épisode !

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 13:11

 

J'ai l'impression que les grandes villes de pays en voie de développement ont toujours un air similaire. Avec une double face : la côté riche, qui montre que c'est la capitale, que l'économie bouge etc... et le côté pauvre, avec les habitants vivant dans des taudis, des infrastructures déficientes, des bouchons dantesques...

Sur ces photos, vous voyez d'abord le centre-ville, qui pourrait faire penser à beaucoup de centres-villes d'agglomérations européennes. Quelques grands immeubles, de la publicité, une route de qualité, de la verdure.
SAM 0123Et puis quelques mètres plus loin, voici les logements de la principale université de Nairobi. Une sorte de CROUS local. Oui, après cette image, on arrêtera de se plaindre des chambres du CROUS.
SAM 0121Ma vie ici se résume pour le moment à de la prison. Je ne sors pas de ma chambre et de l'Institut. Je fais bien la route entre les deux, sorte de promenade du prisonnier, où je peux acheter à manger. J'ai essayé la viande hier, pas sûr que je retenterai (une odeur infecte).

J'ai commencé mes entretiens, tout en restant sceptique sur l'intérêt de ceux-ci. Pour les visites et les paysages, il faudra donc repasser (ah, ma dernière semaine ici, comme je l'attends déjà avec impatience!). Point météo : il fait aux alentours de 25°C et beau. Mais quand il pleut, il pleut ! Je ne reste pas trop au soleil car j'ai choisi de prendre le traitement antipaludique aux effets secondaires importants, sans trop savoir si c'est vraiment nécessaire.

Ah, si, attendez ! J'ai quelque chose de sympa ! Des fenêtres de l'Institut j'ai eu le droit à un défilé de singes. Des gros, des pas beaux, et des bébés ! singes à Nairobi

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 14:54

Après un vol d'une dizaine d'heures et une escale à Bujumbura, Burundi, me voici arrivé à Nairobi, Kenya. C'est la première fois que je franchis l’Équateur. Dans l'avion j'ai encore du mal à réaliser. Certes, les visages noirs autour de moi me font bien penser que je ne vais pas atterrir à Moscou ou Pékin. Mais j'ai du mal à entrer dans ce voyage, qui n'en est pas un.

 

Oui, et c'est là le premier bilan de ces deux journées passées ici : je ne suis plus en vacances. Il fallait bien que ça arrive, voilà, c'est le cas. Je me réveille à 7h et je finis avant le coucher du soleil. Encore un peu et je me croirais au boulot ! (heureusement que je n'ai pas de salaire à la fin du mois!). De ce côté là, ce n'est pas vraiment une surprise. Je vais devoir rencontrer du beau monde ici, et mes recherches vont avancer à grande vitesse. J'espère quand même me libérer un peu de temps sur la fin du séjour pour parcourir un peu de ce grand pays.

C'est l'atmosphère qui me surprend beaucoup plus. Je suis dans le quartier de Kileleshwa, un peu à l'ouest du centre-ville, qui est réputé pour être le quartier occidental, un peu riche. Il est vrai que mon appart est immense, avec deux salons, une grande cuisine et une salle de bain chacun. J'ai 4 colocs et je ne vous les évoque pas tout de suite, car j'en ai simplement rencontré deux ! Deux sœurs kényanes. Il me reste une Coréenne et un Français à apercevoir. Revenons au sujet : le quartier est ultra-sécurisé. Des murs, de plusieurs mètres parfois, empêchent de voir ce qui se cache derrière les défenses. Ca change des maisons asiatiques toutes ouvertes ! Quand les murs sont trop petits, ce sont des barbelés qui les surplombent. Et pour renforcer le tout, des gardes protègent l'entrée. Tellement de sécurité qu'on se sent en insécurité ! Et c'est le cas dans tous les quartiers !

SAM 0119

Je ne suis allé qu'une fois dans le centre-ville, pour acheter quelques affaires et notamment un adaptateur que j'avais oublié. Les vendeurs ne décrochent pas un sourire, ce qui change de mes amis asiatiques. Dans les rues, j'ai croisé un nombre très important de policiers, kalachnikov au bout de la main. Pour entrer dans un magasin, il y a un garde avec détecteur de métaux. Oui, c'est bizarre. Je pensais les Chinois un peu parano avec leur contrôle à l'entrée des gares, je révise mon jugement.

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Au niveau des conditions de vie, je ne suis pas vraiment choqué pour le moment. Deux points importants cependant : - ce n'est pas mon premier voyage, et une autre personne pourrait avoir un regard différent sur les choses que j'observe – je ne me suis pas beaucoup baladé encore.

La nourriture est correcte, 10 centimes la banane, 2€ le jambon. Le shilling kényan est plutôt faible (1€ pour 100 shillings) et manger local sera une bonne opération pour mon porte-monnaie. Dans mon quartier je suis impressionné par le nombre de bâtiments en construction. Pour en avoir discuté un peu avec un chauffeur de taxi, Nairobi évolue très vite depuis plusieurs années, entrant pleinement dans la mondialisation. Les Occidentaux sont nombreux et les Chinois ou Indiens présents en masse.

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La suite, ce sera au prochain épisode. Le week-end s'annonce studieux mais je pense au moins visiter un peu plus en profondeur la ville dimanche.

Et retenez bien ces premiers mots de swahili, la langue de l'est-africain : hakuna matata ! 

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