29 juillet 2022 5 29 /07 /juillet /2022 13:24

La route de la Soie me fascine. Je rêve de l'emprunter depuis de nombreuses années, de parcourir l'Iran et les pays d'Asie centrale en suivant les traces de Marco Polo et des célèbres caravanes ramenant les épices et la porcelaine de contrées tellement lointaines qu'elles étaient devenues des mythes. Cette route, je l'ai rencontrée à ses débuts, à Xian, en Chine. Mais aussi à sa fin, Constantinople/Istanbul étant la principale porte d'arrivée pour les Européens. Les haltes caravanières sont nombreuses en Turquie, les fameux caravansérails. Et il y a aussi parfois des villes qui portent encore la trace de cette lointaine époque : direction Safranbolu.

La ville doit son nom à un crocus, le crocus sativus, petite fleur qui fleurit 20 jours par an, et dont la récolte, à la main, permet d'obtenir l'épice la plus chère du monde. Il faut dire qu'elle est un peu avare : il faut 150 000 fleurs pour obtenir un kilo de safran ! Ce fut notre petit coup de cœur. Une ville à taille humaine (50 000 hab), avec un centre agréable et un peu touristique, juste ce qu'il faut. Des vieilles maisons ottomanes, des loukoums délicieux et du calme dans les petites rues piétonnes du cœur de ville.

Safranbolu, la Mer Noire, c'est Byzance !
Safranbolu, la Mer Noire, c'est Byzance !

Nous en profitons pour faire un crochet jusqu'à la mer Noire, la quatrième mer du voyage. Les routes sont montagneuses, nous traversons la chaîne Pontique, dépassant les Renault 9 et 12, véritables stars en Turquie, mais un peu fatiguées dans les montées. Les paysages, où quelques nuages se mêlent aux forêts, font presque vosgiens.

 

Safranbolu, la Mer Noire, c'est Byzance !

Amasra est une station balnéaire prisée des Turcs des environs. Malheureusement, comme souvent là-bas, les plages sont habitées par des rangées de chaises-longues (et pourtant j'aime la chaise longue!), avec, juste derrière, des enceintes crachant de la musique turque. Aimant bien le calme et le bruit de l'eau, la sensation est mitigée. Le bord de mer est pourtant très joli.

Safranbolu, la Mer Noire, c'est Byzance !

Enfin, nous bouclons ce périple de 4400 km (!) par la grande, la belle, la fascinante Istanbul. 15 millions d'habitants (1 million en 1960!), une histoire millénaire entre Byzance et Constantinople, où se croisent Alexandre le Grand, Septime Sévère, Constantin, Justinien, les croisés, Mehmet II et Soliman le Magnifique pour arriver à Mustafa Kemal et Erdogan. Cette ville, je l'avais découverte en 2009, le temps d'une journée, et j'étais tombé sous son charme. Elle est toujours fascinante, sans doute un peu plus touristifiée (on entendait parler français à tous les coins de rue!), et déjà différente. Il y a 13 ans, je me souviens d'une circulation débridée. Aujourd'hui, les rues piétonnes sont très nombreuses et nous n'avons pas vu d'embouteillages ! Il y a 13 ans, Sainte-Sophie était un musée assez cher ; aujourd'hui c'est une mosquée gratuite où Marie est recouverte d'un voile blanc. Erdogan a fait plaisir aux plus conservateurs de son parti, dans un pays où le kémalisme laïc d'Atatürc est pourtant omniprésent ! Deux tunnels passent aujourd'hui sous le détroit du Bosphore quand il n'y en avait pas en 2009 ! La ville bouge, vit, impose son dynamisme au pays et à tout le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Istanbul est une métropole mondiale, avec quelques-uns des fléaux habituels (coucou la pollution et les SDF). Pour nous, ce fut une dernière traversée entre Europe et Asie, des déambulations dans les bazars où la foule rappelle la braderie de Lille (mais quotidienne!), des appels à la prière dans les oreilles, parfois perturbés par le bruit des mouettes. Négocier les prix, refuser 50 sollicitations, entrer dans Topkapi, l'ancien palais des sultans, marcher du côté de Galata. 15 à 20 kilomètres tous les jours, sans broncher : les enfants sont d'une facilité déconcertante. Et nous, heureux, vivants, chanceux.

Safranbolu, la Mer Noire, c'est Byzance !
Safranbolu, la Mer Noire, c'est Byzance !
Safranbolu, la Mer Noire, c'est Byzance !
Safranbolu, la Mer Noire, c'est Byzance !

Le retour en France est un peu chaotique. Le premier avion est en retard, nous arrivons à Belgrade tandis que notre vol pour Paris s'est déjà fait la malle. Nous nous retrouvons bloqués dans la capitale serbe, avec des informations peu nombreuses : un vol demain, il y a de la place ? « Attendez, je reviens vers vous ». On dort où ? « Attendez, je reviens vers vous ». Les enfants ont faim. « Attendez, je reviens vers vous ». Deux heures, assis à côté d'un guichet, c'est long dans ces moments-là. Finalement, nous resterons la nuit dans un hôtel de Belgrade, avant un réveil aux aurores (3h30 les cochons!) pour pouvoir rentrer. Depuis, j'essaie de me faire rembourser les tickets de la SNCF pris à la dernière minute (oh les prix de cochons ! Et ils annoncent 900 millions de bénéfices le lendemain ces salauds-là!).

Safranbolu, la Mer Noire, c'est Byzance !

Le bilan ? Une vraie surprise. Une Turquie immensément riche (notamment en lieux archéologiques) et diversifiée (paysages méditerranéens, semi-arides, forestiers, ruraux et verts), avec des habitants très souriants, régulièrement prêts à nous dépanner. En 3 semaines, nous n'avons vu que la moitié ouest, et sans vraiment chômer, ce qui laisse entrevoir l'immensité du pays.

Safranbolu, la Mer Noire, c'est Byzance !

PS : je ne me suis pas fait brosser les sandales.

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27 juillet 2022 3 27 /07 /juillet /2022 07:36

La côte méditerranéenne est quelque peu différente de la côte égéenne : plus nature, moins bétonnée. Plus chaude aussi ; nous atteignons régulièrement les 40°C. Ce n'est pas une surprise, et les litres d'eau défilent (ainsi que les bouteilles en plastique...). Pour nous rafraîchir, il y a également la solution de la plage. Oludéniz serait l'une des plus belles du pays, allez, allons-y !

Une heure plus tard, les bouchons ont eu raison de ma motivation. Le lieu est gavé de monde comme disent les Bordelais, et si la baie est peut-être belle hors-saison, c'est un endroit à éviter en ce moment !

Pas grave, Faralya nous accueille quelques kilomètres plus loin et nous offre un des plus beaux couchers de soleil du voyage.

Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce
Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce

Nous découvrons aussi la baie de Kekova et la plage d'Adrasan. La Turquie bénéfice d'un immense littoral, elle regorge de plages, de baies, de lieux cachés à côté de la mer. Une chance pour nous.

Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce
Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce

La côte sud est également assez riche en patrimoine grec antique : Tlos et ses maisons troglodytes, Lethoon, Xanthos... Mais le must est Arycanda. Un endroit paumé, déserté, et magnifique : au milieu des montagnes (omniprésentes dans le pays), une ancienne cité lycienne abandonnée au IXème siècle. Depuis, la nature a repris ses droits et un arbre pousse au milieu du théâtre. Seuls, nous en profitons pour jouer la comédie.

Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce
Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce
Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce

Quelques kilomètres plus loin, un endroit fascinant, Chimaera. Vous connaissez peut-être la Chimère, ce dragon mythique enfermé par le fils de Poséidon. Cette histoire aurait pour origine ce site étonnant, où les flammes surgissent constamment du sol. La raison serait un surplus de méthane dont les émanations offrent un haut lieu de barbecue pour la population !

Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce
Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce

Après Bodrum, nous découvrons la seconde grande ville touristique, Antalya. Centre-ville charmant, même si un meeting d'Erdogan nous oblige à marcher quelques kilomètres avec nos sacs sur le dos. Nous continuons rapidement notre route, enchaînant les théâtres antiques, comme à Pergé, et, le plus beau que nous ayons vu, à Aspendos.

Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce
Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce

Alanya est notre dernière ville de la côte méditerranéenne. Un endroit ultra-touristique où nous ne devions avoir que peu de souvenirs. Sauf qu'avant minuit, le sol en a décidé autrement. L'hôtel est calme, les enfants dorment, je compte faire de même. Tout d'un coup, le lit bouge. Étrange sensation, l'impression que l'ensemble de l'immeuble fait de même. Ce n'est pas une impression. Elle a ressentit la même chose. Cela dure 5 secondes. Assez pour comprendre. Tremblement de terre.

La Turquie connaît régulièrement des séismes. Une dizaine ont été ressentis depuis le début de l'année. Rien de très grave, les gens n'en parlent même pas le lendemain matin. Il faut dire que 4 sur l'échelle de Richter, c'est très peu ici. Pour nous, c'est différent, c'était notre premier ! Car dans le Nord, nous en ressentirons un deuxième, à 4,1, du côté de Safranbolu. Un peu plus long, et tout aussi étrange.

 

Nous quittons la côte, prêts à traverser le pays du sud au nord. J'imaginais des zones assez désertiques, des steppes arides, je découvre un pays alternant zones montagneuse et agricole. L'objectif est la Cappadoce, zone qui me fait rêver depuis de nombreuses années. A quelques kilomètres, nous en profitons pour voir un caravansérail, celui de Sultanhani, construit au XIIIème siècle par les Seldjoukides. Ici transitait le commerce entre l'Europe et l'Asie, cette fameuse route de la Soie où les chameaux et dromadaires permettaient les aller-retours. Les caravansérails sont construits à une trentaine de kilomètres les uns des autres, soit la durée d'un voyage d'une journée effectuée à cette époque. De notre côté, c'est 500 bornes de plus au compteur pour découvrir Uchisar, Göreme (à fuir) et Cavusin.

Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce
Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce

Cette Cappadoce n'est pas facile à décrire, les photos parlant déjà d'elles-mêmes. Nous sommes sur un plateau à plus de 1 000 mètres d'altitude. L'endroit est très touristique, mais il suffit souvent de marcher quelques dizaines de mètres pour être tranquille tant l'étendue du lieu est immense. Partout où nous regardons s'offrent à nous des cônes, ces fameuses cheminées de fée, laissées là par des vieilles éruptions et le travail du temps (et surtout l'érosion). La luminosité y est parfois aveuglante. Le lieu est aussi connu pour être un des hauts lieux du christianisme, dès les premiers siècles (présence de Saint Paul sur place?), tandis que les peintures des IX et Xème siècles restent fascinantes. Un petit air de Météores, dans un autre style.

Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce
Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce
Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce

Un petit peu plus de deux semaines se sont écoulées, il en reste une. Direction la mer Noire puis Byzance Constantinople Istanbul.

Une semaine turque : flammes, tremblements de terre et Cappadoce
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26 juillet 2022 2 26 /07 /juillet /2022 08:36

Nous sommes 5. Elle, moi, et mes trois demi-enfants (pour simplifier). Et l'idée incongrue d'effectuer un road-trip en Turquie n'est pas tout à fait mienne. C'est Elle qui était motivée, c'est Elle qui m'a motivé. 3 semaines devant nous, une Fiat avec 500 km au compteur, de la crème solaire, casquettes et chapeau, et l'envie d'en découdre avec un pays que je connais finalement très peu (mon seul passage remonte à 2009, et il a duré 2 jours d'un tour d'Europe très riche).

 

Après avoir longé la mer de Marmara depuis l'aéroport d'Istanbul, nous traversons le détroit des Dardanelles, haut-lieu d'une déroute franco-britannique pendant la première guerre mondiale (merci Churchill!). Peu de trace visible de cet épisode (je n'ai pas vu de cimetières militaires par exemple, mais peut-être n'étions nous pas sur la bonne zone), et ce qui nous marque est plutôt le nouveau pont (inauguré en 2023... oui, la section centrale fait 2023 mètres, et il n'est pas encore tout à fait terminé!). Un symbole, un passage entre l'Europe et l'Asie. Les paysages sont méditerranéens, les champs d'oliviers et de tournesols se succèdent, tandis que nous arrivons sur la côte égéenne.

De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque

Troie est un mythe. Homère y est pour beaucoup, Henri Schliemann, l'archéologue découvreur des lieux, n'aide pas, et nous nous retrouvons sur un site antique riche (10 strates d'occupation) mais sans la réelle certitude d'être à Troie ! (le nom de la ville n'a pas encore été retrouvé lors des fouilles!) Alors nous regardons ce cheval reconstitué en pensant à cette belle Hélène qui aurait fait basculer toute la région dans une guerre homérique, puis visitons un très bon musée consacré à la recherche archéologique sur l'ensemble de la côte.

De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque

A Pergame (Bergama de nos jours), pas de doute, la ville est bien là ! Ce royaume antique, qui succède à Athènes en tant que grande puissance de la région au IIIème siècle avant J-C, est connu pour son invention du parchemin et le fait d'être un temps la capitale de la province d'Asie de l'empire romain. Superbe théâtre à flanc de colline, et beau site archéologique.

De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque

Quant à Ephèse... Le site est clairement exceptionnel, et il se partage : il faut arriver tôt, si vous ne voulez pas être emporté par un flot de croisiéristes américains ! Nous avons un peu de chance, nous visitons le théâtre et la bibliothèque avant leur arrivée. Le décor est somptueux, tout comme les maisons en terrasses, qui nous rappellent Pompéi. Juste à côté, la ville de Selçuk est agréable. On y trouvait à l'époque le temple d'Artémis, l'une des sept merveilles du monde antique (il ne reste honnêtement plus rien d'intéressant) mais aussi la basilique Saint-Jean : l'apôtre serait mort à Ephèse, tout comme Marie, la mère de Jésus, qui l'aurait accompagné jusque là (on reste au conditionnel). Selçuk est aussi la ville des... cigognes ! J'ignorais leur présente (massive) dans cette zone de Turquie !

De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque
De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque

Où dormir ? Chaque soir, la question se pose. Rien n'est réservé, rien n'est planifié, on avance au rythme des visites et, sans Internet et sans GPS, la recherche est parfois mouvementée (« c'est l'aventure »!). Nous sommes 5, et nous alternons entre 1 et 2 chambres, selon les disponibilités. Les hôteliers sont parfois surpris de nous voir ; « vous avez une réservation ? » étant régulièrement la première phrase entendue, et leur regard est encore plus interloqué quand ils voient les trois enfants. On voyage en mode « le monde d'avant internet », quoique... quand je sors ma boussole, c'est plutôt le monde d'avant avant avant avant internet ! L'offre est pléthorique, notamment dans les villes balnéaires, ici à Kusadasi ou ensuite à Bodrum.

De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque

On y traîne assez peu la journée, et repartons dans la campagne, découvrir le parc de Dilek et la péninsule de Datça. Des lieux merveilleux et encore assez calmes. Randonnée, baignade, eaux cristallines, pique-nique sur la plage, programme validé par l'ensemble de la tribu.

De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque

Après 5 jours à longer cette belle mer Egée, nous plongeons dans les terres, direction le diptyque Hiérapolis/Pamukkale. Un site original, combinant à la fois une curiosité naturelle et un site archéologique. Le second est déserté des touristes lors de notre présence, nous permettant de traverser cimetière (1 200 tombes!), aqueduc et théâtre en toute sérénité.

De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque
De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque

Quant au site naturel de Pamukkale, c'est dingue et c'est blindé. La foule est concentrée autour de l'entrée, il suffit de marcher 250 mètres pour s'en éloigner. Qu'est-ce que ce « château de coton » ? Des sources d'eau chaude (entre 35 et 55°C) déversant du sel calcaire depuis des milliers d'années. Cela a créé des bassins en cascade. C'est fou ! L'eau a une couleur incroyable et le site était déjà visité par... les Romains ! (ce qui explique Hiérapolis juste à côté).

De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque
De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque

La première semaine aura été rythmée, avec 1 500 bornes au compteur et un bon aperçu de la Grèce antique... euh, de la Turquie. Les enfants apprécient les visites, et de se baigner tous les jours (étonnant, non ?). Et, ce qui est chouette, c'est qu'il nous reste encore deux semaines !

De Troie à Pamukkale, une Turquie très grecque
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