13 janvier 2018 6 13 /01 /janvier /2018 00:39

"Umgawa !" C'est un cri qui résonne dans la nuit. "Umgawa !" C'est une lumière qui jaillit. "Umgawa !" C'est la chaleur qui monte. "Umgawa ! Umgawa ! Umgawa !" Il faut imaginer cette scène, six jeunes adolescents hurlant autour d'un feu, au milieu d'une cour. La nuit vient de tomber, le repas de famille va bientôt toucher à sa fin, et nous sommes là, joyeux comme jamais, autour de ce feu prohibé, de ce jeu interdit. Nous tournons, nous hurlons. Et tu es là, forcément. Je te soupçonne même d'avoir été à l'origine de cet incendie. 

Maxime, mon cousin. Il allait avoir 29 ans. Mort d'une crise cardiaque.

Je ne peux croire ce SMS. Je me réveille subitement. Je cours vers le téléphone. C'est impossible. Car c'est toujours impossible dans ces moments-là. J'ai la confirmation. J'ai le choc. Une énorme claque. Un KO. Je marche dans une direction, puis dans une autre. Je ne comprends pas. Pourquoi ?

Umgawa

Maxime c'est un sourire. Oh, un ange. Et un démon. Un gamin incroyable. Et quelle famille ! Les deux frères ensemble ? Destructor et Terminator selon le surnom donné par leur mère. Clairement, il y a de quoi ! Je me revois sur un matelas à Hem, posé à côté de la maison. L'idée du jour : faire du catch ! Moi, j'étais plutôt football, et si tu as accepté parfois de jouer avec moi pendant l'enfance, c'en est un peu terminé à l'adolescence. Mais qu'importe, j'adore venir ici. Ce fut ma découverte de Super Mario sur votre console (ô comme j'étais jaloux !). Et puis toutes ces figurines dans vos chambres. On joue à sa battre avec elles. Et puis on part se déguiser : ça, c'est l'un des grands plaisirs de votre maison !

Cette maison je l'apprécie tellement que je décide d'y dormir. Enfin, je crois bien qu'il y avait cette fille, en face. Ta voisine, Channel. Oh, qu'elle était jolie ! Tu en étais dingue. Moi aussi je crois. Mais tu as eu un coup d'avance sur moi : tu l'avais apparemment embrassée ! 

Toi aussi tu es venu dormir à la maison. Je te revois encore sur le matelas à côté de mon lit, à narrer quelques histoires dont tu avais le secret. Là, pas de Channel, mais une Maëlle. Cette fois, c'est moi qui ait un coup d'avance sur toi. Mais je nous revois en cercle dans la pelouse, essayant de te pousser un peu vers elle. Oh, tu n'as pas l'air insensible, adolescent que tu es. Maëlle, c'est devenu une blague : à chaque fois que tu viens à la maison on te parle d'elle. "Tu sais, Maëlle pense toujours à toi." "Tu sais, Maëlle a demandé après toi". Et je te revois avec ton rire gêné. 


Ce qui me revient aussi, c'est les journées en haut chez papy et mamy, à sauter dans les lits comme des acharnés, à faire des batailles de je ne sais quoi. C'est les jeux de cartes, les carrés et leurs codes à peine voyants avec toi. 

Et tes chansons ! T'es le premier à nous apprendre les chansons paillardes, que tu récites à Noël au grand dam d'une partie de la famille. Et nous qui rions de toutes tes bêtises.

 

Non, ce n'est pas possible. Pas toi. C'est pas un âge à partir. Autant mes grands parents je comprends, c'est dans l'ordre des choses. Là, non. Je reviens en courant en métropole, je veux être là. C'est bien vrai. C'est donc fini pour toi. Merde, c'est con, je t'aimais bien. Je pense à ta mère. A ton frère. A ton père. Et à nous tous.



S'il y a une image que je dois retenir, c'est celle dans l'allée de chez papy mamy. Il faut l'imaginer cette allée : une centaine de mètres tout droit, avec les sapins qui nous entourent. Toi, ta spécialité, c'est de te planquer dans notre coffre au moment où nous partons. Tu veux rester avec nous ! Et nous aussi ! Mais on rit trop de ta bêtise. Parfois Papa te laisse faire quelques dizaines de mètres avec nous, voire roule jusqu'au bout de l'allée. Mais tu ne bouges pas. Ah, tu serais bien venu avec nous quelquefois. Mais le fillot comme il t'appelle doit descendre. Ou alors tu es expulsé dès le premier mètre. Et, lorsque la voiture démarre, tu cours comme un dératé après nous, le long de l'allée, parfois jusqu'au bout. Et nous te regardons, assis à l'arrière. Et nous rions pendant que tu hurles. 

 

La vie, c'est cette allée. Et tu as été obligé de t'en aller. Peu avant les 30 mètres. Moi, je reste dans ma voiture, et je t'observe à l'arrière. Je garde ton sourire. Je garde ta folie. Je pense à notre dernier moment ensemble. Tu étais assis à côté de moi le jour de l'anniversaire de ma mère. Bientôt un an déjà. On a parlé voyage. Tu voulais aller au Canada. Et aux Etats-Unis. Je t'encourageais à le faire. Et tu es parti, selon tes mots, "tel une sirène". Fou rire. Génial. 


Fais chier la vie.

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commentaires

Agathe 13/01/2018 21:20

Tres beau texte Jeremy. Se revoir en de telles circonstances ce n est pas ce qui a de mieux.... cette allée je m en souviens! J ai du y aller 2 fois chez vos grands parents... garde de lui ces bons et beaux moments
Je t embrasse
Agathe

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