25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 10:43

Je décide de rejoindre une Polonaise, une Italienne et un Italien, mes colocataires de chambrée, pour la visite des chutes Victoria. Un bus de l’auberge nous y emmène gratos. Après quelques esquives avec les marchands, nous entrons dans le site, classé patrimoine mondial de l’UNESCO (20 dollars). Mais il y a beaucoup plus gênant que les marchands, ce sont les babouins. Des teignes, prêts à se battre avec toi pour récupérer de la bouffe. Un sac à moitié ouvert, et ils t’attaquent sans crier « garde !!! ». Manque de bol pour l’italienne, c’est son repas qu’il a piqué !

Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze

Je suis d’abord fasciné par le pont qui relie la Zambie au Zimbabwe. Concocté par un ingénieur français, il est l’une des pièces maîtresses du projet de Cecil Rhodes de relier le Caire au Cap. Inauguré au début du XXème siècle, il présente la spécificité d’avoir une ligne de chemin de fer au milieu, un couloir routier et un couloir piéton. Vu d’en haut, c’est magnifique. Vu d’en bas, c’est encore plus impressionnant !

Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze

Pour arriver jusque-là, nous avons dû traverser une jungle, esquiver les babouins, et enfin nous sommes devant les rapides du Zambèze. Les mots pour décrire cet endroit n’ayant pas encore été inventés, je mets des photos.

Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze

Les chutes Victoria. 1,7 kilomètre de long (!!!!). Plus de 100 mètres de hauteur. Je m’attends à quelque chose de grandiose. Et je me retrouve face à quelque chose de… sympa. Il y a un an de cela, j’ai vu les chutes du Niagara. Malgré moi, je suis tenté par les comparaisons. Or, la saison sèche et la faiblesse de la saison des pluies font que les chutes sont…un peu vides. Il n’y a pas beaucoup d’eau. La déception est un peu là. C’est ainsi, ce sont les chutes Victoria en saison sèche. Attention, c’est loin d’être dégueulasse !

Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze

Pas grave, je reviendrai en saison humide (et côté zimbabwéen, puisqu’ils ont 70% de la vue !). La déception passée, nous nous retrouvons…à marcher sur le Zambèze ! Et à y nager ! L’histoire est un peu folle, nous croisons un pote de l’Italien qu’il a connu en Zambie il y a 10 ans. Il nous explique que nous pouvons traverser le Zambèze. Quelques euros de plus, et c’est parti. Il faut faire gaffe, car l’endroit est infesté… de crocodiles. Le courant est assez faible, saison sèche oblige, et c’est cette fois à notre avantage. Nous croisons une carcasse d’hippopotame (!) J’ai les pieds dans le Zambèze, c’est dingue quand même.

Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze

Nous nous approchons un peu plus près des chutes. L’arc en ciel est visible. Quel endroit tout de même ! Et puis on nous propose de nous baigner… se baigner dans le Zambèze ! Juste au-dessus des chutes ! Allez, c’est parti pour le saut ! Non, pas en bas des chutes, question de survie. Mais dans la piscine des anges, qui précède celle du diable.

Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze
Les chutes Victoria : nager dans le Zambèze

Au retour, nous croisons des…éléphants, qui bloquaient la route ! Génial !

Ces trois semaines de voyage m’ont fait du bien. J’ai vu du pays, j’ai rencontré du monde, j’ai entendu des histoires folles. Elles m’ont également préparé à ce que sera la liberté d’après-thèse. Il faudra en faire quelque chose, surtout ne pas tourner en rond. Garder ce projet d’enseignement et celui de VVT. Ça me donnera foi dans l’avenir, et donc dans la vie. Il y a tellement de choses que je n’ai pas encore découvertes. Dont la fille. Partons à sa recherche.

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 09:42

Fawlty Towers. Je sors d’une semaine sans eau, sans électricité, et me voici devant une piscine. Le choc est brutal ! J’ai fait la danse de la joie dans la douche (une douche !), en compagnie de l’eau chaude. On dit qu’il faut avoir perdu sa liberté pour savoir l’apprécier. Il en va de même avec la santé. Eh bien, c’est un peu la même chose pour l’eau courante, les WC et l’électricité !

Livingstone, la coloniale

Il y a un problème, plutôt logique, cette ville est trop touristique. La nourriture de l’hôtel coûte 80 kwachas, soit au moins le quadruple du prix de base (je viens de manger pour 10 dans un petit resto miteux du centre-ville !) Certes le thé est gratuit, il y a des pancakes chaque jour à 15h, gratuits également. Et je m’en vais faire quelques longueurs. Pour 7 dollars la nuit, ça serait dommage de se priver. Mais les prix restent démesurés pour les locaux. Pensez : une demi-journée de rafting coûte 160 dollars ! 2h30 de safari sur la rivière 95$, un petit-déjeuner sur l’île de Livingstone 98 dollars ! Tourisme de luxe bonjour. Forcément, mon budget étudiant et ma philosophie plus générale du voyage sont embêtés ! Mais il y a pire. Un resto d’expats et de touristes. C’est le genre d’endroit que je déteste : je suis au milieu de l’Afrique et il y a 50 blancs pour 2 noirs. Beaucoup de paraître, un gros service (là, c’est des noirs), et du Schnitzel. Je suis avec deux Italiens et une Polonaise, qui sont dans la même chambre que moi à l’auberge, et ils sortent d’un mois dans le nord du pays. Un mois de brousse. Ils sont, de ce fait, contents d’être dans un tel endroit. Nous n’avons forcément pas les mêmes attentes. Certes, c’est marrant de manger du crocodile, mais hormis ça… je préfère mes restos zambiens avec du nshima !

Je découvre pendant une petite semaine ce qu’est la vie en auberge. L’endroit est vraiment sympa, les gens plutôt ouverts d’esprit : j’ai vraiment l’impression de pouvoir discuter avec tout le monde. Hier, ce fut d’abord Nina, la Néerlandaise/Tanzanienne ultra-jolie qui m’a tenu compagnie autour de la piscine ; elle m’a emmené au Mozambique, à Bornéo, en Papou, et sur la question existentielle de l’appartenance à un pays, elle qui est née en Tanzanie mais qui est blanche… Puis Etienne nous rejoint, le Sud-africain qui gère l’hôtel, beau gosse d’une vingtaine d’années au profil de surfer. Le genre de type très énervant lorsque tu es un mec, surtout torse-nu ! Puis ce furent deux Japonaises et un Américain qui étaient en train de faire un jeu à boire : une course de chevaux, mais avec la couleur des cartes, et il faut miser sur le vainqueur. Les deux Japonaises viennent de faire 16 pays en six mois (!!!). L’Américain a tout quitté et tout vendu pour voyager. Je croise également à plusieurs reprises un groupe d’étudiantes d’Oxford venues faire du volontariat. Toutes ces personnes sont ouvertes aux discussions, curieuses, et souvent avec des histoires un peu folles.

Livingstone est ma première ville coloniale. Elle a gardé le nom de son voyageur le plus célèbre, c’est le seul cas en Zambie. Il faut dire que ce type, un Ecossais, est un sacré personnage, entreprenant à trois reprises une traversée de l’Afrique. Il combat l’esclavage, observe les chutes Victoria, puis se met désespérément à la recherche des sources du Nil ! (grand fantasme des géographes). On le perd pendant des mois, des années, on le croit mort, et puis Stanley, autre explorateur, finit par le retrouver au sud du Burundi. Le musée Livingstone est fascinant, tout comme les récits du personnage (que j’ai découvert grâce à ma thèse… comme quoi, ça sert à quelque chose !).

Livingstone, la coloniale

C’est aussi ma première ville coloniale au niveau de l’architecture. Les villes africaines, de façon plutôt générale, ne sont pas franchement bandantes de ce côté-là. Livingstone a gardé ce petit quelque chose de colonial, ces quelques vieux bâtiments rassemblés le long d’une seule route, qui permettent de voir un peu d’histoire dans les murs. Il y a les dates, les inscriptions, les couleurs, les colonnes, toutes ces petites choses que je n’avais pas vues jusque-là sur le continent (à Zanzibar un peu, avec Stone Town). Cela donne du charme à ma visite.

Livingstone, la coloniale
Livingstone, la coloniale
Livingstone, la coloniale
Livingstone, la coloniale

Livingstone, c’est également ma première et seule soirée zambienne. Je retrouve mes Italiens et ma Polonaise de retour d’un parc national au Botswana ! Leur pote zambien et sa sœur sont là, avec deux autres types. Après une pizza plus que moyenne, direction East Point, la boîte de nuit de la ville. Pas de blanc, hormis nous. Ca change du resto. Difficile d’expliquer les boîtes en Afrique pour celui qui ne les a pas faites (j’en connais qui ont adoré le Black D), mais je vous promets que c’est du collé-serré de façon parfois très très impressionnante. East Point a un truc en plus : les miroirs. Ils sont partout, sur les murs et au sol. Et des Zambiens dansent…face à eux-mêmes. Je ne sais pas si c’est la génération selfie, mais c’est bizarre. Une bonne soirée...
Et demain, je vous emmène voir les chutes Victoria !

Livingstone, la coloniale
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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 09:35

Après mon expérience de brousse, je me retrouve à Mbala, où je visite le Moto Moto (je promets que c’est le vrai nom !), le grand musée local (très intéressant d’ailleurs, notamment le rôle des Zambiens pendant les deux guerres mondiales). J’ai payé 2€ pour le taxi à l’aller, mais ça me semble trop cher. Je reviens donc…en stop ! La première voiture s’arrête, avec une petite famille à l’intérieur. Mais c’est que ça doit être possible de traverser l’Afrique en stop ! (ma mère s’arrache les cheveux en lisant cette phrase !).

Une nouvelle route se construit vers les plantations de café, par des Chinois. Le président est reconnu pour ses grands projets routiers. Je vois plutôt d’un bon œil ces investissements chinois. Les mauvaises langues disent qu’ils pillent les richesses. Certes. Mais les richesses africaines ont toujours été pillées, sans contrepartie la plupart du temps, l’argent retombant dans les poches d’une minorité. Cette fois, la population voit en partie la couleur de cet argent, avec ces routes. Ça change une région, ça désenclave les petites villes et villages, favorisant le business. Pas un mauvais calcul pour le développement, à mon avis (le sujet est un gros débat actuel chez les africanistes). Je mange dans un petit restaurant, avec la télévision. Les informations sont diffusées dans 7 langues différentes ! La France ne me manque pas. J’ai jeté un coup d’œil aux informations aujourd’hui, j’ai vu burkini, et j’ai fermé la page. Drôle de pays tout de même.

Hormis le musée, Mbala ressemble à une ville où il ne se passe pas grand-chose. L’attraction c’est les bus en provenance de la capitale Lusaka. En position assise sur le trottoir, j’attends le mien. J’observe la vie locale. Les Zambiens ne vivent pas chez eux, ils sont toujours dans la rue. Une véritable communauté où l’on se salue chaque jour. Les vendeuses d’oignons et de pommes de terre sont devant moi, immobiles depuis deux heures, attendant d’hypothétiques clients en grignotant de la canne à sucre ou des arachides. D’autres sont assis de chaque côté de la rue, à attendre. Quoi ? Qui ? Aucune idée. Certains vont et viennent, serrent autant de paluches que lors d’une campagne électorale. Les vendeurs de recharges téléphone sont les plus occupés. J’ai vu plusieurs mecs avec un bonnet. Il fait 25°C (sic !).

Mon bus arrive. Tout d’un coup, c’est le remue-ménage ! Tout ce beau monde assis est maintenant debout, entourant le bus, vendant des sucettes ou des tomates, des cacahuètes et des sodas. J’arrive à monter et je me prépare à…25 heures de bus ! L’objectif, aller jusqu’à Lusaka, puis descendre tout de suite vers ma dernière étape : Livingstone. Pendant plusieurs heures, j’ai le droit à du gospel zambien (écoutez, ça vaut vraiment le coup, et regardez le clip, j’ai choisi l’un des moins kitchs). 5 minutes c’est sympa, je vous promets qu’après plusieurs heures…

Nous nous arrêtons. Et enfin la musique s’est tue ! Le bus est enfin silencieux…jusqu’à l’arrivée d’un… pasteur ! Là, c’est du gospel en direct ! Debout, dans l’allée du bus, vêtu de sa chemise blanche et de son pantalon noir, il commence un sermon, la main posée sur la Bible. Et il se met à parler, puis à crier, puis à hurler, de plus en plus fort. Ce moment eut été amusant s’il avait duré 2 minutes. 25, c’est trop. Sympa, il en profite pour faire la quête. Et il descend du bus à la sortie de la ville. Sacré business ! J’ai quand même vu un jeune homme lui filer un billet alors qu’il avait finalement dit non à de la nourriture après avoir entendu le prix et longuement hésité… A peine le pasteur descendu que le gospel reprend. C’est bien ma veine.

Tout se goupille plutôt bien. Pas besoin de nuit d’hôtel ou de taxi à Lusaka, je pionce dans la station de bus avec plein de Zambiens autour de moi (cet endroit ne dort jamais). J’ai enchaîné les deux bus sans grandes difficultés, hormis la fatigue, le mal de dos, la faim, la soif, l’envie de pisser, l’impression d’être sale…sinon ça va je vous dis !!

Le périple me permet d’observer le pays de son extrême nord à sa frontière sud. Beaucoup de différences sautent aux yeux : le nord est beaucoup plus vert, plus boisé, moins habité. Le sud semble plus riche, les toits en tôle sont désormais la norme. Le secteur agricole a l’air florissant avec de très grands élevages et beaucoup de publicités pour les produits phytos… Oui, ici aussi. La route du sud est énormément empruntée par les camions (c’est le corridor qui permet au pays d’importer et d’exporter).

Et voici Livingstone. J'ai hâte.

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 18:36

Mercredi

 « Odi ? » « Odi ! ».

Odi est un terme générique. Il faut l’utiliser à chaque fois que tu rencontres quelqu’un ou que tu passes sur son territoire. « Odi ? » C’est une sorte de « toc toc », « knock knock » en anglais. Ca prévient de ta présence, et demande si quelqu’un est là. « Odi ? » Bref, j’ai entendu « Odi » 300 fois aujourd’hui !

La famille s’agrandit, puisqu’une autre volontaire américaine, Nicole, qui habite à 25 km, nous rejoint. Elle est venue à vélo aux aurores pour partager les crêpes du petit-déjeuner (je compte d’ailleurs très prochainement ajouter « crêpes » sur mon CV). Elle est d’origine serbe, a grandi en Corée du Sud mais elle est belle et bien américaine (non, non, il n’y a pas de faute). Elle fait des études de biologie. En discutant avec ces deux Américains, je me rends compte de la chance que nous avons, Français, de ne quasiment rien payer pour notre université. Mes deux homologues ont 45 000 dollars de dette et une licence comme seul diplôme. Et encore, ils m’expliquent que leur université n’est pas chère ! Forcément, je passe pour un extraterrestre avec mes 300 à 700 euros de frais par an, et mes bourses.

Aujourd’hui, ce fut un peu « Jérémy à la ferme ». Tout d’abord séance « planter des graines de tomates et de courgettes » dans le compost de Ben. Découpe des bouteilles, insertion du compost, les graines, de l’eau et le tour est joué. On fait pareil dans le jardin, que l’on arrose à gogo (60 litres d’eau sur un m²).

La vie de brousse

Puis direction la petite forêt, totalement brûlée, car oui, ici, on brûle à tout va pour régénérer les sols (et pour les désherber). Ce sont des feux « contrôlés ». Les guillemets sont importants, car j’ai vu des photos de la semaine précédente, et les flammes étaient impressionnantes, elles ont même mis le feu au mausolée des chefs coutumiers… contrôlés qu’ils disent… Bref, toujours est-il que nous sommes ici pour ramasser des feuilles. Cela va durer une bonne heure, l’objectif étant de réaliser un nouveau compost.

La vie de brousse

On croise de temps en temps des petits animaux sympas, ayant survécu d’entre les flammes.

La vie de brousse

Jeudi

Ce rythme. Ces secondes qui durent des minutes, ces minutes des heures. Les journées paraissent longues. Quel bonheur ! Non pas que je m’ennuie, mais je les vois passer, contrairement à l’Europe. Je suis content d’être là. Ce voyage me fait du bien et me rappelle à quel point j’aime être sur les routes du monde, libre. Mes derniers déplacements africains ne pouvaient pas être dénommés voyage car il y avait les recherches, les demandes d’interview, la thèse. Aujourd’hui, même si je pense encore aux délais de ma thèse, je voyage vraiment, sans véritable destination, sans but, si ce n’est de découvrir un pays. Je suis à Mpande, et demain ? Je ne sais pas encore. C’est cette belle incertitude qui fait le voyage. Et qui me confirme mon envie de repartir après la thèse.

La vie de brousse

Aujourd’hui, c’est journée randonnée après un gros porridge. De longues heures de marche sous un soleil de plomb, en direction d’un agriculteur souhaitant avoir les conseils de Ben. L’occasion de voir ses cultures, ses « fermes de poissons » (sans poisson, mais l’idée est là), ses bananes, etc. Une vraie traversée sauvage avec lui pour seul guide. Route. Petit chemin. Puis plus de chemin du tout. L’impression d’être Livingstone. Les sourires, les conversations auxquelles je ne comprends rien. Pas grave, on comprend beaucoup avec les gestes, avec les regards. C’est une langue universelle, le rire.

La vie de brousse
La vie de brousse
La vie de brousse
La vie de brousse
La vie de brousse

Nous reprenons la route. Des enfants nous suivent. D’autres sont trop occupés à charrier des marchandises ou à laver du linge.

La vie de brousse

Direction un autre agriculteur. Celui-là a un beau terrain, et de belles cultures. Il semble vraiment travailleur… il a aussi 11 enfants ! Forcément, il a un peu plus la pression ! Après avoir fait le tour de son terrain, nous nous asseyons devant sa maison. La fumée remplit la hutte ouverte, il nous explique comment fabriquer ses propres cigarettes (il cultive son tabac). Je me retrouve avec une canne à sucre dans les mains (que j’essaie désespérément de croquer, mais j’ai tellement peur de me fracturer une dent… (et vous avez vu l’ambulance dans le dernier article !)). Sur le retour je me fais les épaules pour revenir à la maison, avant de poursuivre mon invincibilité au rami (aucun rapport avec Adil).

La vie de brousse
La vie de brousse
La vie de brousse
La vie de brousse

Vendredi

Ça y est, j’ai quitté Nicole, Ben et le village de Mpande. Une expérience magnifique. Une vie de brousse. Certes, seulement quelques jours, et ça serait faire preuve d’une certaine arrogance que de penser que j’ai tout vu ou tout compris. Mais il y a bien quelque chose que je retiens par rapport à mes deux Américains : quel courage. Deux ans de vie, dans des conditions tellement différentes des nôtres, cela force le respect. Surtout pour 250 dollars par mois, somme assez limitée, même dans un petit village zambien.

Ce que j’ai vu aussi, ce sont les ravages des maladies. Tout d’abord, si le chauffeur du bus a la réputation d’être le plus riche du village, il semble que dans les faits ce soit plutôt le vendeur d’alcool. C’est clairement un gros problème ici, et plus généralement dans le pays. Autre chose, le SIDA. Environ 13% de la population vit avec le virus. Le chiffre est énorme, c’est l’un des pays les plus touchés au monde. Sujet un peu tabou, surtout dans les villages. Au niveau économique, j’apprends que les paysans locaux sont payés 8€ le sac de 50 kg de céréales. C’est 3 fois plus en Tanzanie. Vous ne serez donc pas étonnés d’apprendre que la contrebande de céréales bat son plein dans la zone frontalière…

Surtout, ces voyages n’informent jamais autant que sur nos propres vies. Ils me rappellent ce que valent l’eau potable et l’électricité. Mais ils me permettent également d’observer notre faiblesse d’échanges directs. Ce qui est vraiment impressionnant ici, c’est le temps que tu utilises à discuter avec tes voisins, avec l’ensemble du village. C’est également le cas en ville. Tu t’assois, et tu discutes. Ce sera mon plus gros choc à mon retour en France : les rues désertes, l’absence de regard quand tu croises quelqu’un. Et ces mots, absents, qui révèlent un peu de nos maux : individualisme, surconsommation, absence de réelle communauté. Dommage, car ça me plait bien là-bas.

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 21:26

Mardi

Ben vit à Mpande, qui n’existe pas encore dans Wikipédia. Même Google Maps galère. Le bus vient deux fois par semaine. Et Ben habite ici depuis plus d’une année. Woh. Car les conditions de vie sont légèrement différentes de sa Californie natale : pas d’eau courante, pas d’électricité. La maison est d’une simplicité exemplaire.

La vie de brousse

Le toit est fait de bâche et de paille. La paille recouvre également les « murs » de la « salle de bain », au premier plan. A l’intérieur, un petit banc. Je m’assois dessus, et avec un seau d’eau, je me lave. Quant aux toilettes, au second plan, c’est un trou dans une dalle de béton.

La vie de brousse
La vie de brousse

On se fait un festin de mes œufs ! Car, après ce voyage déjanté en stop (lien ici), seulement deux sont brisés ! Miracle !

Nous sommes ensuite allés saluer le village. Tout le monde a un grand sourire, et je sens que Ben est content de me montrer sa vie. C’est la période des récoltes, et ça occupe pas mal le village, plutôt animé.

La vie de brousse
La vie de brousse

J’ai découvert l’école et « « « l’hôpital » » » (quand tu vois l’ambulance tu comprends). Nous nous sommes ensuite rendus chez son coéquipier, dont le fils de 13 ans est malade depuis 3 semaines. L’ambiance dans la maison est morose. Le séjour à l’hôpital n’a pas aidé, il est donc allé voir la veille un « médecin » traditionnel. Mais le mal est (bizarrement) encore là. Ici les croyances anciennes perdurent : les habitants sont allés chasser une sorcière il y a quelques mois… Quand je raconte cette histoire dans la capitale du pays, les gens ne me croient pas. Il y a vraiment un gros décalage urbains/ruraux en Afrique, niveau conditions de vie mais aussi différence culturelle. Et une profonde méconnaissance.

Ben a un mal de chien à faire avancer ses projets. Lorsqu’il fait du compost, les habitants le prennent pour un fou. Espérons que ses belles tomates aident. Quant à sa ferme de poissons pour laquelle il est là, elle est à l’arrêt. Mais ce n’est pas grave, pour Ben, l’échange existe. Culturel, sans aucun doute. Il a appris la langue du village. Et les habitants ont l’habitude de voir un blanc. Ils pratiquent un peu leur anglais. Et puis, « tu ne changeras pas le monde » est la première chose que les volontaires entendent lors de leur entretien Peace Corps. Sûr. Mais sûr qu’il reviendra changé à son retour aux Etats-Unis.

La vie de brousse

La voisine de Ben n’est autre que la femme du chef coutumier du village. Habitent également dans la maison la mère du chef mais aussi ses enfants. Nous sommes invités cet après-midi pour réaliser notre propre beurre de cacahuète (le fameux peanut butter des Amerlocks). Rien de plus con, il faut des cacahuètes et une masse. Boum boum, de l’huile de coude et 15 minutes plus tard, j’ai mon pot rempli ! Génial !

La vie de brousse
La vie de brousse
La vie de brousse

Nous terminons cette journée par une petite randonnée à travers les herbes folles, où les paysages me font parfois penser qu’un lion nous guette au coin d’un arbre. C’est cette Zambie que j’étais venu chercher. J’y suis.

La vie de brousse
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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 22:05

Je mets du temps à écrire cet article, car c’est le plus important de mon voyage. Si je devais résumer ma Zambie, ça serait là-bas, à Mpande, au milieu d’un village, dans ce qui me semblait parfois être un autre monde, un autre siècle. Oh, non, ce n’est pas une critique, au contraire.

J’étais donc dans le Nord de la Zambie, à Mpulungu, sur les rives du lac Tanganyika. Je souhaite me rendre en bus à Mbala, d’où je dois prendre un autre bus pour Mpande. Jusqu’ici c’est facile, surtout si je vous mets une carte pour suivre !

Le stop et la brousse : le retour de l’aventurier (1/2)

Une règle africaine : un trajet facile n’est jamais facile. Ce n’est pas parce que tu as un bus d’ordinaire que tu as un bus aujourd’hui. Ce n’est pas parce que tu montes dans le bus que tu peux rester dans le bus. C’est d’ailleurs ce qui m’arrive, dans la station de Mpulungu, où un type un peu plus gros que les autres, un peu mieux habillé aussi, décide que je ne serai pas du voyage dans son bus, où il n’est que passager ! Je le comprends pourtant, la moitié des Zambiens essaie de me faire monter en priorité (parce que je suis blanc) dans un bus déjà rempli. Bref, je descends, et on me pousse littéralement dans un autre bus, tout ça pour attendre une bonne heure. Les 40 kilomètres entre les deux villes me prendront finalement 2h30. Tranquille.

Je suis à Mbala où un chauffeur de bus part d’ordinaire pour Mpande. Je l’appelle. Il me dit « euh, non, aujourd’hui je reste chez moi ». D’accord. Du coup, qu’est-ce que je fais ? J’attends 3 jours pour son autre trajet de la semaine ? Un éclair de folie me traverse : faire du stop ! J’avais entendu à Lusaka que c’était possible, avec une technique toute particulière : pas de pouce levé, mais une main qui fait signe de ralentir. Allez, c’est parti. Bon, euhhhhh, où je dois aller ? Parce que faire du stop pour aller dans un village, je sens très rapidement que ça va être l’expédition. Je suis au milieu de la ville, je demande dans une boutique. On me dit d’aller à la jonction. D’accord. Euhhhh, c’est où ? On m’indique petit à petit, m’explique que je dois prendre un taxi (mais je suis têtu !). Un type m’explique finalement qu’il va jusqu’à la jonction, et je monte à l’arrière de sa voiture. A peine 3 kilomètres plus tard, me voici à la jonction. Ce n’était pas si compliqué !

 

J’explique au type où je vais, il l’explique à d’autres types à la jonction. On me dit « assis-toi, y’a un véhicule qui va au village ». D’accord. Ca a l’air très facile. Tellement facile qu’après 45 secondes assis on m’appelle : « le véhicule est là ! ».

Là, c’est la surprise de voir un camion ! Pas grave, c’est toujours mieux qu’un tracteur. Je dois monter à l’arrière, c’est tout juste si le chauffeur ne se barre pas alors que je suis en train de monter… et boum, je suis à l’arrière avec… 50 Zambiens ! 50 Zambiens qui ont un sourire jusqu’aux oreilles en me regardant, tous, un par un. Une entrée de rock star, tel Johnny et son hélico, avec un peu moins de moyens, je vous l’accorde.

On essaie de me faire une place (parce qu’à 50, ils étaient déjà un peu serrés). Je me retrouve à côté de vieilles dames, prises de fous rires quand elles me regardent (j’ai toujours été un rigolo). Des jeunes sont là, des bébés aussi, beaucoup de marchandises, et tout ce beau monde prend la route. Oui, une route. Pendant 10 kilomètres. Jusqu’ici, c’était facile.

 

BoBoum. BoBoum. Notre camion tourne sur la droite. Et je sens, au niveau de mon arrière-train, quelques légères secousses. Rien de pervers, c’en est juste fini du tarmac, bonjour la piste.

Là, je dois vous parler de mes œufs. Car je ne suis pas seul, je me balade avec… une palette de 30 œufs ! Oui, je sais, je suis un génie. Enfin, je suis surtout quelqu’un de poli et d’un peu sympa, qui ramène des œufs à mon hôte, qui m’en avait commandés. Le problème, c'est que je dois choisir entre mes œufs, et mon corps. Car le camion a une légère tendance à secouer, un peu à la façon d’un manège de foire, mais sans la ceinture de sécurité. Heureusement, je suis bien dans le fond du camion, et je ne peux pas voir la route (et surtout comment le chauffeur conduit !). Pourtant, de temps à autre, le camion est tellement penché que j’arrive à voir un bas-côté. C’est parfois impressionnant (ma mère utiliserait le terme d’inquiétant). De temps en temps je joue avec mes voisins à « de gauche à droite, en avant, en arrière et de haut en bas, on s’amuse c’est le stop… ». Les vieilles dames rient à chaque fois que je tombe sur elles, et elles font de même quand elles tombent sur moi. Pas grave, je suis tellement concentré sur mes œufs que rien ne peut m’atteindre.

En vérité, j’adore ce moment. Il dure une heure, une heure trente. J’avoue qu’ensuite, la phase d’adoration étant passée…, je commence à trouver le temps long. Mon physique souffre un peu. Surtout, j’ai de plus en plus la sensation que je transporte une omelette. J’espère simplement que le véhicule va dans la bonne direction… car je ne suis sûr de rien ! Je n’ai même pas parlé au chauffeur ! J’ai fait une confiance aveugle aux gens de la jonction ! Et comme il n’y a pas de panneau… ! Nous nous arrêtons de temps en temps, au milieu de rien. Quelqu’un monte. Ou quelqu’un descend. Avec un sac de céréales. Ou de l’alcool. Je vois d’ailleurs deux jeunes se mettre une mine tout au long du trajet (faut pas être malade en voiture pourtant !).

Tout d’un coup, après mon cinquantième tour de roller coaster, un type à l’arrière me dit que nous arrivons bientôt à Mpande. La notion de bientôt est cependant très différente de la nôtre, je pense que bientôt a signifié environ 30 minutes (qui paraissent bien longues à l’arrière d’un camion sur une piste de plus en plus délabrée). Le camion se vide peu à peu, et je trouve fort agréable de pouvoir m'asseoir ailleurs que sur mes propres chevilles. J’arrive finalement avec ce que je crois être une belle omelette. Un chef vient me saluer, je ne comprends pas trop ce qui se passe. Un gamin doit m’amener chez Ben, mon hôte de la semaine. Je le suis bêtement, tout en regardant le paysage, rempli de petites maisons en briques avec des toits en paille séchée. Je croise un cochon, mon premier en Afrique, et je me retrouve à penser à la comptine des trois petits cochons : comment diable ces toits survivent-ils au vent ou à la saison des pluies ?? (j’apprends plus tard qu’il faut les renforcer chaque année !). Et je vois Ben, dans son hamac. La semaine peut commencer.

Merci.

PS : le résultat des oeufs arrive dans le prochain article !

Le stop et la brousse : le retour de l’aventurier (1/2)
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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 18:53

Si une couleur devait définir l’Afrique, ce serait sans aucun doute un ton orangé. Il représenterait cette poussière omniprésente le long des routes (c’est d’ailleurs parfois la route). Mais cela serait aussi la couleur du soleil lors de son coucher, dans le lac Tanganyika.

Mpulungu l'orangé

Deux ans plus tard, je suis de retour sur les berges du second lac le plus profond du monde, et le plus long d’Afrique. J’ai débarqué à 6h du matin après 14 heures de bus, intenses : deux heures de gospel et de clips à l’africaine, puis le chauffeur nous a proposé une comédie sud-africaine, un film russe ultra violent et un Jean-Claude Van Damme. Le rêve, je sais. Alors que je m’étais paisiblement endormi (le bus était à moitié vide, apparemment à cause des élections), Natacha est venue me réveiller. Dernière ce doux nom slave se cachait une Zambienne de 19 ans, arborant un T-Shirt Jésus. Au menu des discussions, « est-ce que je vis pour le Christ ? », « as-tu déjà pensé à ton mariage » et « achète un smartphone ». Le rêve, je sais. J’apprécie moyennement d'être réveillé, surtout à une heure du matin et encore plus pour ces conversations !

Mpulungu l'orangé

Qu’importe, il est 6h, je suis à Mpulungu, il fait 20 degrés, et le lac est devant moi. Je vois des dizaines de points lumineux naître à l’horizon, les pêcheurs s’activent. Une heure plus tard, la plupart d’entre eux reviennent au port (c’est le seul port zambien). Au marché il est possible d’acheter une quantité infinie de poissons, de toutes tailles. L’odeur de cet endroit me rappelle le sous-sol de mon parrain, poissonnier en Bourgogne. C’est d’ailleurs la nourriture que je commande au Nkupi Lodge, un ensemble de chalets très sympas où je dors deux nuits. Après une rencontre furtive avec un groupe de 9 Italiens (en voyage organisé « aventure », sacré oxymore !), je me retrouve avec Nino, un Suisse (Romanche) qui est arrivé à vélo…depuis son pays, et un homme beaucoup plus âgé, qui était là lors de l’indépendance du pays. Il est ensuite parti en Australie mais sa fille, née à Livingstone, a toujours rêvé de voir cette ville. Un livre de voyage et un livre d’histoire sont donc devant moi, rien ne pouvait plus m’intéresser !

Hormis cela, Mpulungu est vraiment petit. On y croise une voiture toutes les 10 minutes, et le nombre de blancs doit se limiter à celui de l’auberge. Mais où diable est le poisson que j’ai commandé… A noter que j’ai vu un rapace descendre à vitesse grand V et choper un poussin pourtant déjà de taille consistante ! Impressionnant !

Mpulungu l'orangé

Dimanche

Stromaé et Maitre Gims résonnent. Saloperie d’uniformisation des cultures.

Mon poisson a fini par arriver hier soir, 3 bonnes heures après la commande. Le délai valait cependant le coup de la famine, je me suis régalé. De plus, j’étais en compagnie de mon Australien et de sa fille, Jeannette. L’occasion de pousser un peu mon interview. Déjà, cet homme grand et sec, à la chevelure blanche ébouriffée, a 79 ans. Sa vie est passionnante. Rien que l’histoire de sa famille tiens ! Sa grand-mère maternelle est la fille d’un couple d’Allemands, arrivé en Australie vers 1890. Elle a beaucoup été marquée par la première guerre mondiale, où elle est vue comme « une Allemande », alors que l’Australie est en guerre aux côtés des Anglais et des Français. Son grand-père maternel est écossais, d’une famille arrivée quelques années plus tard en Australie. Du côté de son père, ce sont des éleveurs de moutons néozélandais, d’origine anglaise, arrivés aux alentours de 1850. Son père est pasteur, et sa mère se consacre à la tâche de femme de pasteur. Ils vivent quelques années en Afrique du Sud avant de revenir à Sydney. Ce sont les premiers souvenirs australiens de mon interlocuteur. Quelques années plus tard, sa famille s’installe en Rhodésie du Sud, colonie britannique (actuel Zimbabwe). Lui poursuit ses études en Afrique du Sud, puis en Europe, à Londres. Il s’engage notamment pour les réfugiés en Autriche (autre époque, et pourtant… !), se retrouve expulsé du Liban en raison d’un tampon israélien sur son passeport, passe par Istanbul puis revient en Zambie, à Livingstone, où il sera professeur pendant une dizaine d’années, les dernières de la colonisation. A l’indépendance, il souhaite rester, car la Zambie, « c’était chez moi ». Mais les blancs sont expulsés de la fonction publique. Privé de son emploi et de son domicile (c’était une maison de fonction), il se contraint à partir, direction l’Australie, avec sa femme et sa jeune fille. Son frère décidera lui de migrer en Rhodésie du Sud, devenue indépendante, sous un gouvernement blanc (Ian Smith). Il abandonne de fait sa nationalité australienne, ce qui lui est rappelé lorsqu’il essaie de revenir, après l’ascension au pouvoir de Mugabe et le vent qui tourne pour les blancs du Zimbabwe. Il trouvera refuge en Nouvelle-Zélande.

Cette histoire, c’est beaucoup de colonisation, de rapports « raciaux » (de couleur) et d’appartenance à un Etat, une nation, un pays. Sa maison. Ses terres. Ce n’est pas toujours les méchants colons blancs et les gentils autochtones noirs. Devant moi, il y avait un autochtone blanc, qui se considérait comme zambien, et qui regrette encore ce qu’il appelait « mon pays ». C’est aussi une histoire de vie. Un doctorat aux Etats-Unis, un retour en Australie, où il enseigne le reste de sa vie à l’université. Et une relation à distance avec sa femme qui a tout changé. Ils se séparèrent il y a bien 30-40 ans. Et pourtant, je vous assure que j’entendais encore la souffrance et la tristesse dans son récit, à mesure qu’il me narrait cet épisode. Qu’importe, il est encore en vie, heureux d’être là et d’apprendre des choses sur le Rwanda et le Burundi, prêt pour un voyage de six semaines sur les traces de son passé, à travers la Tanzanie, la Zambie, le Botswana, la Namibie et l’Afrique du Sud. 79 ans. Classe.

Mpulungu l'orangé

[…]Une fille d’à peu près 16 ans interrompt mon écriture, me demandant si elle peut être mon amie. ??!! Elle est congolaise et veut mon numéro de téléphone. Etre un blanc, en Afrique, c’est encore de drôles d’histoires.

Mpulungu l'orangé

Le coucher de soleil est grandiose, l’orange laissant sa place au rouge. J’ai passé ma journée devant le lac, entre lecture et écriture. Puis j’ai retrouvé Nino pour écouter son récit, 3 poissons dans l’estomac.

18 mois à vélo, de Suisse aux Balkans, de Jordanie à l’Egypte, puis le long du Nil (Soudan, Ethiopie). Un arrêt de deux mois au Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie et maintenant la Zambie. A vélo, tout le temps. Impressionnant. En sachant que le type a déjà fait la route de la Soie dans les mêmes conditions de Turquie jusqu’en Chine. « Le monde est tellement grand, pourquoi travailler ? ». Je ne l’ai pas contredit.

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 14:27

Le mensonge par omission est celui qui peut facilement être pardonné. Avoir omis de préciser à mes parents ou mes amis que les élections présidentielles avaient lieu la première semaine de ma présence en Zambie est donc tout à fait pardonnable, surtout que la raison est simple : ne pas vouloir les inquiéter!

 

Mes premiers pas à Lusaka se déroulent parfaitement. J’ai de bons sentiments en parcourant la ville, à taille humaine. Pas de bouchon, pas de klaxon. Pas trop d’humains non plus, la Zambie reste sous-peuplée en comparaison avec mes autres expériences africaines, avec seulement 15 millions d’habitants pour une superficie plus grande que la France (20 habitants au km² contre 100 en France et 456 au Rwanda !). Cela donne l’impression d’une capitale où l’on peut respirer, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Mais commençons par le commencement : où diable se cache la Zambie sur une carte du monde ? Car si vous dites les Etats-Unis, je pense que la majorité de la population visualise. Pour la Zambie, je ne suis pas tout à fait sûr !

Lusaka et les élections présidentielles zambiennes

Le pays est donc enclavé en plein milieu de l’Afrique, entre le Congo et le Zimbabwe. Il est connu pour abriter des grosses réserves de minerais dans le nord (cuivre, cobalt, plomb, charbon, or, uranium…). Hormis ça, c’est loin d’être un pays touristique (moins de 10 000 Français pour leur année record), et j’y arrive sans trop connaître quoi que ce soit, y compris où je vais aller ou loger.

Je me retrouve dans une auberge la première nuit, où je fais connaissance avec trois sud-coréennes et une amerlock. Les élections ont lieu après-demain, j’observe beaucoup d’affiches dans les rues, notamment pour le président sortant Edgar Lungu. Le climat est un peu tendu selon la presse et les discussions que j’ai. Mais j’ai pourtant l’impression que l’atmosphère reste bonne, avec des personnes ayant le T-Shirt de leur candidat favori dans la rue. Kenneth, le cuisinier de l’auberge, m’affirme qu’il va voter pour l’opposition : « le changement a du bon. Chaque personne amène ses nouvelles idées. Le dernier c’était les routes ». Il conclut avec un « nous ne sommes pas le Zimbabwe », petit tacle au voisin où le président Mugabe, du haut de ses 93 ans dont 36 à la tête du pays, est loin d’être le démocrate du continent.

Lusaka et les élections présidentielles zambiennes

Les Zambiens m’apparaissent tout de suite sympathiques et souriants, toujours prêts à discuter. Je prends plaisir à les observer : chez les femmes, des coiffures très différentes, longues ou courtes, bouclées ou tresses, à plat ou ondulées. Chez les hommes, une seule coupe : à ras ! Sauf chez les Blancs ou les Asiatiques. Les Occidentaux sont plutôt nombreux dans la capitale, surtout aux abords des Malls, ces immenses supermarchés présents en grand nombre ici. Cela prouve la présence d’une certaine classe moyenne. Le pays dispose certes d’un sous-sol plutôt riche, mais on est loin du Qatar : 1 500€ de revenus annuels. C’est certes mieux que les 300€ annuels burundais, mais cette moyenne laisse quand même songeur. 10 à 15 centimes la banane (j’ai vu 2 centimes), 50 centimes la boisson dans les bars, 1€ pour le repas de base, 4€ pour le délicieux curry de l’hôtel. Au niveau indice de développement humain, le pays est classé 139ème sur 188 (devant le Laos, le Cambodge ou le Kenya tout de même).

Le pays est très religieux. La première personne qui me parle le matin est une fille qui me donne un papier des… témoins de Jéovah ! Ils sont décidément partout ceux-là ! 80% de la population serait catholique, contre 20% de musulmans. Une grande mosquée se trouve en face de l’auberge, et les églises sont très nombreuses un peu partout. C’est à peu près les seules choses que l’on peut apprécier niveau architecture dans les villes africaines, alors je ne me prive pas.

Lusaka et les élections présidentielles zambiennes

Je vois pourtant des panneaux pour la « piscine olympique », et je me prends à rêver de quelques longueurs sous le soleil… que nenni ! L’endroit est clairement à l’abandon depuis plusieurs années.

Lusaka et les élections présidentielles zambiennes
Lusaka et les élections présidentielles zambiennes

Je confirme donc une information que j’ai déjà relayée : les villes africaines sont loin d’être des paradis pour touriste. Pas grand-chose à signaler niveau architecture, le musée de Lusaka a vraiment mauvaise réputation (le petit futé écrit tout de même que « le musée est mal entretenu et son contenu rarement mis à jour »), et les jardins publics ne sont pas vraiment à la mode.

Mais ce qui me plaît à Lusaka passe par ma Couchsurfeuse américaine, Danielle. Elle connait très bien le pays et pour cause : ça fait deux ans qu’elle y habite. Elle est volontaire pour les Peace Corps, une sorte de coopération à l’américaine. Et elle m’emmène dans un endroit génial : une cuisine. Pas n’importe laquelle, celle d’Ami Zulu, la cuisinière en chef de l’ONG où Danielle bosse. Celle femme, la cinquantaine, est un peu ma grand-mère dans ses fourneaux. Je suis là pour apprendre à cuisiner avec elle, à la zambienne. Loin d’être un chef, je pensais surtout regarder, mais Ami Zulu en décide autrement. Elle me met une grande cuillère dans les mains, et me voici en train de touiller le nshima, le plat national. C’est de la farine de maïs cuite à l’eau et agglomérée en boule. On appelle ça ugali en Afrique de l’Est, pap en Afrique du Sud, et je pense bien que la polenta italienne fait partie de la même famille. Bref, pas besoin d’être Robuchon pour réussir le nshima…pourtant, c’est toute l’ONG qui vient me féliciter pour ma réalisation !

Attention, on ne rigole pas avec le nshima, et Ami Zulu affirme à Danielle que si elle ne sait pas cuisiner le nshima, elle ne trouvera pas de mari ! Danielle est forcément très déçue (je pense toutefois qu’elle s’en est remise depuis !). Elle se console en cuisinant de l’ifisashi, composé d’arachides et de feuilles de citrouilles. Quant aux petits poissons dans mon assiette ce sont des kapentas, des petites sardines originaires du lac Tanganyika. Ça donne envie, non ?

Lusaka et les élections présidentielles zambiennes

Ce qui vous donnera moins envie, ce sont sont les chenilles grillées. Personnellement, j’ai moyennement apprécié (très caoutchouteux !)

Lusaka et les élections présidentielles zambiennes

Les élections ont lieu jeudi, et je dois aller chercher mon ticket de bus pour le lendemain. Je me retrouve alors dans une Lusaka fantôme, avec très peu de circulation, et l’ensemble des magasins fermés. Même les petits commerçants des rues. Assez impressionnant. Les Zambiens ont beau me répéter que tout va bien se passer, on sent tout de même qu’ils ne sont pas aussi sereins qu’ils l’affirment. La commission électorale est protégée par des dizaines de militaires, et la route habituelle doit être contournée. Pourtant, le scrutin se déroule plutôt bien un peu partout dans le pays. Les résultats vont mettre plus de 3 jours à arriver, et le président sortant est élu au premier tour, avec un peu plus de 50% des suffrages exprimés. L’opposition conteste toutefois le résultat devant la cour constitutionnelle à l’aide d’une pétition. De mon côté, j’ai fait le tour de la ville. Direction le nord et 14 heures de bus !

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