16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 14:40

           Lundi matin, Mamy est morte. Deux gros mois après Papy. « Ils se sont suivis de près ! », comme le disent les gens lors des visites au salon funéraire. Oui, et c’est sans doute mieux comme ça. Mamy n’avait plus envie. Mamy était malade. Mamy voulait rejoindre Papy. Son état s’était profondément dégradé la semaine dernière, et ce serait mentir que de dire que c’était une surprise lundi matin. Non, c’était plutôt un soulagement. Parce qu'à la douleur physique s’était ajoutée la douleur psychologique. Et que l’on n’y pouvait rien, parce que le cancer et les métastases gagnent toujours.

De mes dernières nuits passées avec elle, je retiens un moment. J’étais assis dans le salon, Mamy est allongée sur son lit d’hôpital. On discutait de ma cousine voyageant à Paris avec une amie, qui, elle, n’avait jamais vu la capitale. C’était son rêve. « C’est beau de vivre ses rêves », lâche-t-elle, les larmes aux yeux. Je réponds qu’elle prêche un converti, sans toutefois réussir à stopper les sanglots. Se lever, lui faire un câlin. Elle se met à pleurer de plus belle. « J’suis contente » qu’elle me dit. Et moi aussi, j’étais content.

L’été dernier, je suis allé interviewer Mamy. C’est une idée d’historien, de vouloir entendre le récit des anciens. Ça m’a passionné, et je compte faire de même prochainement avec d’autres. Je vous laisse donc en compagnie de ma grand-mère, qui vous raconte sa jeunesse. 

 

Thérèse

Une enfance de guerre

Je suis née en 1935 à Muncq-Nieurlet. J'ai été élevée par mes deux grands-parents maternels [François Sergent et Léonie Guilbert]. Pendant la guerre, nous étions tous ensemble. Ma grand-mère paternelle [Elise Wissocq] était remariée à Mentque-Norbecourt avec Emile Courbot. Le père de mon père [Eugène Fenet] s'était tué en 1921 en cueillant des cerises.

On allait en voiture à cheval ou à vélo. Derrière le cheval, c’était une sorte de diligence. On était heureux là-dedans. C’était le cheval à pépère François, mon grand-père de Muncq-Nieurlet, il me conduisait à l'école quand il faisait mauvais. Tout le monde avait ça, à part ptet un ou deux. On reconnaissait les voitures qui passaient du coup, ça c'est l'auto à Edmond etc...

J’me souviens des bombardements tout près. Mon grand-père avait construit un abri avec des ballots de paille. J'me rappelle de Denise qui disait « vite à l'abi-vite à l'abi ». Mon père [Albert Fenet] était prisonnier. Il a dû partir en 40. Il est revenu le 18 avril 1943, j'avais pas encore 8 ans. Il avait 3 enfants, et il avait eu le droit de rentrer. Tous les dimanches, mon grand-père allait jouer aux cartes à Polincove. Il revient blanc comme un mort, « Albert il revient ». Ça marque un enfant [voix qui tremble]. Il revient avec sa valise sur son épaule. Il est revenu au train, avec un autre de Muncq Nieurlet. L'autre, c’était le grand-père de Didier Dereuder, il s'est fait tuer par une bombe plus tard. Denise [sa sœur], elle était née en 1938, elle s'en rappelait plus beaucoup, en mangeant au soir « est-ce que je peux m'asseoir à côté du monsieur ? ». Les Allemands on les voyait souvent. Ils nous avaient apporté pour Noël des bonbons. Mémère [sa mère, Léa] avait tout mis dans le feu, de peur qu'on nous empoisonne [rire]. Nous ça nous faisait mal au cœur, on n’avait pas grand-chose comme bonbons ! J’me rappelle aussi du chat au grenier qui pisse sur la tête d’un militaire en dessous de lui ! [rire] « un petit peu d'eau » qu'il disait. Les Allemands venaient manger, demandaient pas la permission. Ils avaient réquisitionné pas mal de chevaux, mais pas celui de mon grand-père, par contre ils avaient pris la paille.

Vers la fin de la guerre, il y avait une petite Calaisienne qui était venue à la maison. Les enfants des villes, ils essayaient de les placer à la campagne, on mangeait mieux. Elle était venue. Elle habite encore Calais, Mireille, j'suis encore en relation avec elle. T'aurais vu comme elle était maigre ! Elle dit que c'était les meilleures années de sa vie à Muncq-Nieurlet. Elle arrivait au train, mon grand-père allait la chercher. Et elle restait toutes les grandes vacances.

On avait une carte de restriction qu'on montrait à la boulangerie. A Muncq, on devait aller à l'épicerie, et on l'utilisait. Mes grands-parents faisaient eux-mêmes du pain avec de la farine et des pommes de terre. A l'épicerie, t'avais un verre, tu remplissais ton verre de moutarde, ton paquet de café. Tout était en gros.

Le vin, il commençait à y en avoir à ce moment-là. Sur les cartes il y en avait, avant il y en avait pas. C'est comme ça qu'ils se sont mis à boire.

Y'a pas mal de Calaisiens qui venaient sur Muncq-Nieurlet se ravitailler, chercher des pommes de terre, du lard. C'est pour ça qu'il y a eu du marché noir, y'en a qui en ont profité.

 

En 1947, mon grand-père a pris sa retraite [à 70 ans]. Tout le monde a déménagé. Nous on a resté où mémère a fini. Mes grands-parents et nous on habitait dans la même maison. Il y avait une porte qui communiquait. A l'école, on y allait à pied, et de temps en temps mon grand-père nous amenait. On allait aussi au catéchisme, et à la messe tous les dimanches. On jouait avec ce qu'on avait. Avec Roland et Rolande, mes deux cousins on jouait ensemble avec mes deux sœurs. C’était une petite ferme, mais on n'a jamais eu faim, on n'avait jamais manqué de rien, pas l’abondance mais on a eu tout ce qu'il fallait.

 

L’école primaire

École primaire, classe unique, 5 ans jusqu'à 14 ans avec le certificat d'études. L’institutrice c’était madame Cornuel, une femme à poigne, parce qu’il y a avait des rudes numéros ! 9h-12h, 14h-17H, 5 jours par semaine, on avait notre jeudi. Lundi-mardi-mercredi, vendredi-samedi. On repartait manger à la maison, même si l’école était au centre du village. Quand on arrivait dans la classe, on allumait le feu, on lavait les tableaux, balayait les classes et tout. On était bien une trentaine. Les petits avec le CP, CE1, CE2, CM1, fin d'études. Je ne sais pas si le CM2 existait, oué p’tet. Les plus grands s'occupaient des plus petits. Celui qui travaillait bien, il finissait son boulot et participait avec les autres. Elle donnait du travail à tout le monde. Je me souviens des grandes cartes : les sciences, le corps humain. Récré le matin et l'après-midi, il y avait des punis forcément, consignés pendant la récré. Elle, elle habitait dans la cour de l'école. A côté de la mairie, là où il y a la salle maintenant. Nous, on faisait plus d'un kilomètre à pied, p’tet deux [réflexion], p’tet pas deux, 4 fois par jour. 20 minutes, on n'allait pas tellement vite, on n’était pas si grands. Quand maman travaillait dans les champs, c'est ma grand-mère qui s'occupait de nous 5. Quand les hommes n’étaient pas là, au début de la guerre, elles ont commencé à travailler puis elles ont continué après.

 

La vie à la ferme

Pendant les vacances on allait aider dans les champs, on était fin content ! C'était du 14 juillet jusqu'au 1er octobre, avec une semaine entre Noël et Nouvel An, pas de vacances d'hiver, une semaine avant Pâques et une semaine après Pâques. On faisait de tout, pas de moissonneuse-batteuse, mon grand-père avec une faucheuse, il coupait le tour du champ, nous on allait jeter les bottes. Après les pommes de terre, les haricots. On allait glaner avec ma grand-mère pour les poules. Elle avait une vieille voiture d'enfant on mettait toutes les glanes. On ramassait tous les épis, les poules étaient contentes. On n’avait pas le temps de s'ennuyer pendant les vacances. Il y avait des poules, des canards, ma tante avait des oies, nous 2-3 vaches, des cochons (c'est avec ça qu'on se nourrissait), une biquette… une fois ils l'avaient tuée avant qu'on se lève et ils disaient qu'elle était sauvée. Les cochons ça allait, on en avait à moitié peur. Les vaches avaient parfois des petits veaux. On arrivait à en vivre d'une petite terre comme ça, aujourd'hui ça serait plus rentable.
Le plus qu'on mangeait c'est du lard. Quand on tuait le cochon c'était la fête. On devait manger vite, parce qu’on n’avait pas de frigo. Il y avait du pâté de foie, des tripes... Des œufs beaucoup, des poules. Le dimanche c'était un bouillon de poule. Mais sur la semaine beaucoup de lard. Si on ne voulait pas de lard, on mangeait un œuf. Mais on n'avait pas beaucoup le choix. Des pommes de terre, des haricots. On avait des pommes, poires, prunes, pèches. J'sais même pas si on vendait à cette époque d'autres fruits. C'était pas la vie de maintenant.

Ma tante Germaine et Mémère allaient vendre des œufs sur le marché. Elles achetaient quelques bricoles, allaient à vélo. Le marché était à Audruicq, tous les mercredis.

 

La religion

C'était le curé qui faisait le catéchisme. Avec les bombardements on n’allait pas forcément à l'école. l'abbé Pronier, faisait le caté avant l'école. Mémère avait été le trouver, parce que c’était trop tôt pour nous et il en avait parlé à l'église, qu'une maman était venue le trouver, et qu'il a vu à ses yeux qu'elle n’était pas contente [rire] ! Il racontait des choses parfois ! Il avait un chien, il avait des poules. Le chien mangeait le blé de ses poules, alors quand le chien faisait caca, il redonnait le caca à ses poules pour qu'elles mangent le blé. ça valait bien le coup de nous faire lever pour raconter des conneries pareilles !

Pour la communion, on avait d’abord trois jours de retraite. Le jour de la communion, la basse messe, la grand’ messe et les vêpres. Le lendemain une autre messe. Quand Sandrine a fait la sienne, c'était encore comme ça. Quand on habite loin c'était compliqué. J'étais toute seule comme fille avec six garçons pour la communion. Il fallait réciter une prière à la Sainte Vierge devant la statue, les garçons la faisaient devant Saint-Joseph. On faisait aussi compliment au curé. Le curé était sourd, je lui faisais signe qu'il devait venir à côté de moi, les gens avaient ri dans l’audience.

Le lendemain après-midi, le maire nous offrait un goûter à sa maison, au fond de la Californie [rue du village]. On allait à pied, fin content. On faisait un diner, les parrains, marraines, les grands-parents. On mangeait un bon rôti de porc ou un bouillon de poule. On était content d'être tous réunis.

 

Les sorties d’enfance

On faisait des grand repas pendant les communions et les baptêmes. On ne se réunissait pas beaucoup en dehors. Ma tante de Paris c'était la fête quand elle venait. Lui, il travaillait aux chemins de fer, il n'y avait pas beaucoup de boulot par ici. Elle était garde-barrière. Ce sont les parents de Jeannette et Robert. Quand quelqu'un comme ça venait c'était la fête.

Le plus loin qu'on allait, c'était Eperlecques chez ma marraine, en voiture quand on était petite. Au nouvel An c'était à Mentque. Il n’y avait pas de téléphone, donc qu'importe le temps on devait y aller. On allait à pied, dans la neige. Le dimanche après nouvel an, c'était Eperlecques, dans la Westrove.
Là c'était la fête. On était reçu là mon dieu mon dieu, on mangeait tard, vers 3-4 heures. Et on repartait il faisait noir. On devait avoir une lanterne-tempête avec le cheval.

 

La jeunesse de Mamy

Il n'y avait pas grand-chose à part la ducasse de Muncq-Nieurlet. C'était notre seule sortie. Et le bal quand on était plus grande. Il n'y avait pas de manège quoi que ce soit. Je ne me rappelle plus. Le plus qu'on allait c'était à l'église. Il y avait aussi les missions. Des pères missionnaires qui venaient de je sais plus où. On leur faisait à manger, c'était un événement dirons-nous… On les répartissait dans les familles. On s'habillait, y’avait des bonnes sœurs, des curés. Denise elle y était, moi j'me souviens plus.

Noël on était tous ensemble, avec ma tante, on était 11 avec mes grands-parents. On allait à la messe de minuit à pied. J'crois pas que mon grand-père allait. On attendait minuit sans trop savoir quoi faire. On avait bien froid, on buvait un chocolat. Le lendemain, une orange, une brioche. Pas de jouet rien du tout. J’me souviens de la première boite de chocolats c'était Mémère qui allait travailler chez Alexis Lemaire, qui lui avait donné pour nous !

J'sais pas s'ils sont plus heureux maintenant, nous on était fin content avec ce qu'on avait. Ma grand-mère faisait p’tet un gâteau. C'était quand même mieux que la semaine.

 

Le collège et le lycée, à Saint-Omer

J'suis partie à l'école en octobre 1947 à Saint-Omer, on avait encore les tickets de rationnement. J'allais avoir 12 ans en décembre. C'était la fin de la guerre, on sentait encore des restrictions, on était mal nourri mon dieu l'horreur ! J'revenais tous les 15 jours. On prenait le train soit à Ruminghem soit à Audruicq. On allait à pied. Parfois on prenait le bus à Nordausques, il était plein alors on repartait et on prenait le train. Mémère venait avec, la valise sur le porte bagage, elle repartait à vélo. [Qui allait au collège ?] Les bons élèves, c'est l'instit qui décidait. On devait passer un examen d'entrée en sixième à Calais. Et après j'suis partie à Saint-Omer, la directrice Madame Darras connaissait madame Cornuel, mon instit.

On avait déjà été à Calais plusieurs fois en train. J'aimais pas grin’min [grandement] partir. On n’était tellement pas heureux là-bas. On était mieux à sa maison. Mémère me donnait des pommes, me donnait des brioches pour améliorer l'ordinaire. Une école avec que des filles, c'était un cours complémentaire, les garçons étaient place Ribot (à la poste), nous, c’était rue des Tribunaux juste en face du tribunal. La surveillante c'était Regina Obaton. On n'avait que des profs femmes, c’était 6ème-5ème comme maintenant, mais pas les mêmes matières. On était pensionnaire, on faisait nos devoirs là-bas. Notre prof d'anglais était en colère quand elle revenait, les pensionnaires qu'elle disait, on avait toujours fait quelque chose de travers !

J'ai eu une bourse pour y aller. Denise disait qu'elle n’aurait pas voulu y aller. On passait encore le certificat d'études à 14 ans, puis le brevet. Après le brevet, j'avais fait une année pour l'école normale, mais j'ai pas eu le concours. Alors j'suis partie au lycée.

On allait en promenade à Saint-Omer le dimanche avec le surveillant, puis le jeudi, avec le chapeau et un uniforme. Tous mes chapeaux sont en haut, dans une caisse. Il fallait du linge et tout ça. C'était des grandes chambrées, on était au moins 5-6 par chambre. L'ambiance... On se lavait à l'eau froide dans une cuvette, y’avait pas de toilettes, on avait un seau hygiénique. Pas forcément des bons souvenirs ! La toilette était vite faite à l'eau froide ! [Rire]. En étant à l'école normale on était plus formé. C'est pour ça que je voulais le passer. (anecdote de l’eau gelée pour se laver…)
La fille qui était avec moi, c’était Reine Roger, de Muncq-Nieurlet, elle était avec moi à l'école puis à Ribot.

Au Lycée Ribot. C'était nettement mieux. C’était en 1952. J’étais pensionnaire aussi, sur le même rythme. Ribot était mélangé garçons-filles, pas dans les dortoirs forcément. Il en avait un peu de toutes les races là-dedans [sic !] Y'avait anglais puis c'est tout, pas d'option. Pas d'allemand. Et du sport.

Le bac se déroulait en deux parties. La première partie à la fin de la première, et la deuxième partie à la fin de la terminale. J'avais passé sciences expérimentales, ça doit correspondre à ES, Y'avait math, philo et sciences expérimentales. La première partie j'l"ai eue du premier coup, la deuxième partie j'l'ai eue à l'oral.

 

Les sorties d’adolescence

[Avais-tu d’la visite ?] Mes parents venaient pas souvent sur Saint-Omer tu sais.

On sortait quand même plus au lycée, on allait au théâtre, au cinéma, toujours avec l'école. Il y avait le Famillia rue Gambetta, puis le Gaumont. J'ai encore été voir les Compagnons de la chanson en étant au lycée. Roland nous avait payé le cinéma avant d'aller faire le soldat, en 1953, à Audruicq. Ça m'avait frappé.

A la maison on écoutait les informations, mon grand-père surtout, on n’avait pas le droit de parler à ce moment-là. Mais j’ai eu ma première télé en 1964, à l'école.

On sortait au marché. Au concours agricole à Audruicq, il n'y avait rien par ici, alors aussitôt qu'il y avait quelque chose on y allait ! La neuvaine du 15 août à Recques, avec la messe à 6h45, on grimpait à la chapelle. On continuait d'y aller avec mémère.

 

On était bien. On ne serait jamais permis de répondre. Jamais malheureux, jamais on n'aurait reçu une claque. Élevés à la dure, mais ils n’avaient pas besoin de crier pour qu'on obéisse. Quelquefois on voulait aller quelque part, on demandait à ma mère qui disait « demande à ton père ». Et lui qui disait « demande à ta mère » [Rire]. Mais quand l'un des deux avait dit non, ça restait non, pas la peine de redemander.

Après on allait à la ducasse des villages autour (Eperlecques, Recques). Émile Prudhomme à Eperlecques, quand il y avait une vedette on y allait, parce qu'à Mentque il venait personne. Et j'suis allée une fois à la course de lévriers, c'est là que j'ai rencontré Babar.

La jeunesse de Mamy

Institutrice
En octobre 1955 j’suis devenue instit. J'ai eu vite un solex. Sinon avant j'faisais la route à vélo entre Norkerque et Muncq. J'avais reçu mes papiers débuts octobre, j'devais commencer le 4. Je connaissais même pas Nortkerque ! On n’avait pas de formation, on devenait instit’ juste après le bac.

Premier jour. Mon Dieu ! J'en avais 55. C’était une nouvelle classe. Pour que ça puisse ouvrir, il en fallait 50. Des enfants de 3 à 5 ans. Moi j’avais 20 ans. Ils se ressemblaient tous pour moi ! [rire]. La classe était dans la cantine de maintenant. Il y en avait un, André, cheveux longs. J'demandais à Madame Briez, la directrice, vous êtes sûr que vous ne vous êtes pas trompée, y'avait ptet un « e », c'est une fille ? Non ? [rire].

J'lai eu jusqu'en 1975. Après y'a eu deux classes (Mademoiselle Limousin).

Quand j'ai passé mon CAP en 1957, j'avais 68 enfants ! [ !!!!!!!!!!!] L'inspectrice m'avait dit d'aller en ville, vous auriez moins d'embarras. Le certificat d'aptitude pédagogique, elle m'la donné cette bonne femme. Imagine faire gym avec 67 enfants de 3 à 5 ans. Et musique. Et chant. Mais à ce moment-là tu pouvais y aller, les parents disaient rien. Tu pouvais donner une clique, les parents ne seraient pas venus te trouver, au contraire ! Et après j'ai eu les enfants de ceux que j'avais eus au départ. Deux générations.

Les plus grands, certains ne savaient pas lire quand ils partaient. Ils faisaient lecture, écriture. Les moyens qui se débrouillaient, avec les grands. Les petits du coloriage, du découpage, beaucoup de travail manuel. De la peinture... j’sais pas si tu te rends compte avec 68 enfants ! Mais ça allait, ils étaient gentils. Il ne faut pas avoir peur du bruit quand tu es dans une classe comme ça ! Et plus tu cries et plus eux ils crient aussi ! [rire]

J'suis arrivée en 1955 à l'école. J'avais le logement en 1957 au-dessus de l'école. Sinon l'hiver, je logeais dans le café-épicerie de mémére Suzanne. J'repartais le mercredi et le samedi soir. Entre-deux je logeais là. Après un ou deux ans j'me suis acheté un Solex. Mais quand y'avait de le neige ça n'allait pas. Mais c'était quand même mieux qu'à vélo. Le premier jour j'ai cru que j'allais jamais trouver Nortkerque. 15-20 kilomètres, par tous les temps !

Les cours j'les faisais ici, à Nortkerque, pour en reprendre le moins possible. Au coin du feu chez mémére Suzanne, j'me revois encore. Quelques fois je repartais le jeudi matin, pour dire de rien avoir à faire à Muncq.

 

 

La jeunesse de Mamy

Papy Babar


Après la rencontre à la course de lévriers. Il est parti fin 56 pour l'Algérie, ça devait être juste avant. Reine Roger connaissait un garçon de Houlle, c'était le voisin de Babar. On a fait la connaissance de Babar là-bas. J'lui ai écrit quand il était en Algérie. Il est revenu fin 1958, il était malade. Il avait eu la jaunisse. Et après il a fini son service à Amiens. J'étais sa marraine de guerre. Pendant la guerre il y en avait beaucoup qui faisaient ça.

La jeunesse de Mamy

Quand il revenait en permission on se revoyait quand même, on est ‘cor allé au bal à Audruicq.
J'suis plus sûre quand j'l’ai présenté, sans doute au concours à Audruicq. Ils ont trouvé qu'il était pas mal. S'il me plaisait à moi de toute façon…

Et Denise à peu près dans le même temps elle avait rencontré Octave, alors on sortait à 4, c'était mieux qu'à deux.

On s’est marié le 13 août 1960. Babar était à Houlle à la ferme de ses parents. Après il est parti à la fonderie d'Audruicq. La ferme n'était pas rentable. Moi j'étais déjà à Norkerque. Là c'était pas loin. Octave travaillait déjà là, depuis ses 14 ans, ça ne devait pas être gai à cette époque-là. Babar faisait la route à mobylette. Et en 1961 on a acheté une auto. J'aurais dû apprendre à conduire et passer mon permis [regard qui part dans la vide]…

Quand on s’est marié, on a toujours continué d'occuper le logement, jusqu'en 1974, avec la maison.

La jeunesse de Mamy
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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 09:15

La chambre est éclairée par une drôle de lampe. La couverture verte, le papier peint rempli de fleurs en tous genres, Marie tenant Jésus dans ses bras, une boîte en forme de canard (?!) : Valérie Damidot n'est clairement pas passée ici. Le lit fait 1m80 et le matelas est vraiment étrange. Cette chambre, c'est la mienne cette nuit. C'est la mienne pour la troisième fois en autant de semaines. Drôle d'idée pour découcher, hein.

Je suis chez ma grand-mère. Je suis dans la maison de Mamy Didi et de Papy Babar. Je suis dans leur chambre. Je suis dans leur lit.

 

La maison est remplie de souvenirs. Ma pièce préférée, c'est la première chambre à droite, parce que c'est là où je dormais quand j'étais petit. La lumière y est tamisée, et dans la bibliothèque j'observais avec envie des titres que l'on ne trouve qu'ici. « Comment peut-on avoir autant de livres chez soi ? », réflexion de mon enfance. Aujourd'hui, les pièces du fond sont un sacré fourre-tout, remplies de cartons, de magazines, de papiers divers et variés. Ma grand-mère avait tendance à tout conserver, « au cas où ». Elle me découpait avec amour des pages de magazines, surtout celles qui parlaient d'un endroit où j'avais déjà mis les pieds. De mon côté, je regardais souvent d'un œil distrait cette attention si particulière.

La pièce suivante, elle était sacrément cool aussi, car c'est là que sont les jeux ! Les puzzles aussi ! C'était l'étape prioritaire à chacune de nos arrivées. Dans le couloir, on s'arrêtait aussi derrière l'escalier : la caverne d'Ali Baba. Et pour cause, plein de boissons que l'on n'avait pas chez nous ! Un jus de raisin ou du Canada Dry, l'après-midi peut commencer.

 

Dans la pièce de vie, les grandes fenêtres donnent sur un parterre de fleurs. Quelques mètres plus loin, la barrière alerte : « attention au chien ! », alors que Nono est mort il y a bien quinze ans. Sur le trottoir, on voit bientôt passer Madame Briez, ou bien Madame Catez, ou Patricia, ces femmes que je ne connaissais pas de visage il y a peu, mais dont j'ai entendu parler mille fois. Quand à Madame Decroos, de l'autre côté de la rue, il y a bien longtemps qu'elle est partie.

 

De l'autre côté de la maison, il y avait les pots de fleurs trônant sur des plaques métalliques, entourées par les cailloux. Un bâtiment est là, où se côtoient les outils de jardin et les vieux jeux de quilles. Juste à gauche, des cages à lapins, vestiges d'une époque d'élevage, et un immense jardin derrière la barrière. Aujourd'hui, le jardin n'est plus, les arbres non plus, et je me dis qu'on aurait sans doute fait des grands matchs de foot si ça avait été comme ça à l'époque.

Papy, lui, c'est plutôt pétanque. Les boules sont dans le coin derrière la porte, avec les chapeaux au dessus du porte-manteau. A gauche, il y a la cuisine et cette lumière d'hôpital. Ma grand-mère fait sans doute un bon petit plat, un rosbeef et des frites. Avant ça, on aura des plateaux de biscuits apéritifs, et on s'éclatera avec les cigarettes au fromage. Papy est au bout de la table, forcément. Et à un moment, on sortira le jeu de cartes, la belote remplaçant la manille quotidienne.

 

 

Il y a bien longtemps que cette maison n'est plus. Papy est parti, Mamy est encore là, mais pas dans la forme de sa vie. Le silence a remplacé le bruit de la télévision ou de RTL, et les comptes de la valise se sont arrêtés. La radio n'a toujours pas appelé...

Je viens d'aider Mamy à étaler ses jambes, mais la douleur est intense. Je ne peux rien faire.

 

Alors je déambule dans le couloir, méditant sur la vie, sur la vieillesse. J'observe chaque pièce, chaque détail, et un soupçon de tristesse m'envahit, au point où des larmes me montent aux yeux. Car cette maison, elle pue le temps qui passe.

Souvenirs d'une maison
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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 23:21

Parce que les mots ne remplacent pas une vidéo

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 00:22

Hier, Papy est mort. Ou peut-être il y a quatre ans, je ne sais pas. C’est le souci d’Alzheimer. Le grand-père que j’ai connu, je ne l’ai pas revu depuis plusieurs années. A Audruicq, dans une maison de retraite. J’en reparlerai. Il est mort à ce moment-là, pour moi. Mais physiquement parlant, il est mort hier. Le médecin l’a déclaré cliniquement mort, l’arbre généalogique se souviendra de cette date, du 9 janvier 2016.

 

Les papys, ça doit mourir. C’est dans l’ordre des choses. Comme les mamys. Comme les parents. La vie veut que ce soit eux qui partent avant nous, les enfants, les petits-enfants. C’est là l’implacable logique de la vie. Nous naissons. Nous arrière-grands-parents sont souvent morts. Nos grands-parents prennent soin de nous. Puis ils meurent. Reste alors nos parents. Qui mourront aussi. Et puis ça sera notre tour. Naître pour mourir. La seule chose dont nous sommes sûrs. La seule chose où l’égalité existe entre chaque homme.

 

Hier matin, j’ai donc découvert mon grand-père. Enfin, un ersatz de papy. En quelques mois de temps, peut-être une année, il a énormément changé. Je ne l’aurais même pas reconnu dans la rue. Les traits sont allongés, le visage est sévère, le teint blanc est impressionnant. J’ignorais que l’on pouvait être aussi blanc. Un vrai visage de mort. Le visage de la mort, j’imagine. Cela faisait de nombreuses années que je n’avais pas vu un mort. Depuis le collège je crois bien, pour un autre papy. La vision m’avait quelque peu traumatisé, et j’avais toujours refusé depuis de rentrer dans une chambre funéraire. Cette fois-ci, c’est dans la chambre de la maison de retraite de Calais, et les pompes funèbres ne sont pas encore passées. J’accompagne ma mère et mes tantes. Le plus dur, ce n’est pas la présence d’un mort dans la pièce, mais ce sont les larmes des vivants, leurs souffrances. C’est cela qui me touche le plus. Papy, de son côté, ne souffre plus. C’est une délivrance. Il est mort quelques années trop tard, selon moi. Et j’avais déjà fait le deuil du papy que je connaissais.

 

Papy Babar. Oui, parfois, les surnoms sont un peu marrants. Celui de Babar est vraiment marrant. De mon grand-père, j’ai quelques images en tête. Je le revois assis dans sa 205 blanche, du côté de l’ESSOR. Il m’amène ou me ramène, je ne sais plus. Lui, né à Houlle, était très fier de son petit-fils jouant dans le club du village. Je le revois les cheveux blancs en arrière, j’ai l’impression de toujours l’avoir connu ainsi. Il y avait l’odeur de gitane incrustée jusque dans les sièges, je le revois, ce paquet bleu d'où mon grand-père retire cette drôle de cigarette. J’entends de la musique militaire, et mon papy au bout de sa table. Le chien Nono pas très loin. La réponse à une question de la télévision, le club doyen de la Division 1 est Le Havre « et c’est Nono qui l’a dit ». Les parties de belote, les parties de pétanque, les parties de manille. Les blagues. Les verres de vin. La guerre.

Mon grand-père c’est l’Algérie. Un traumatisme, je pense. Et c’est l’un de mes grands regrets. Ne pas avoir pu en parler avec lui. Moi, l’étudiant en histoire, qui ne connait pas cette histoire-là, familiale, intense, importante pour lui. Je l’entends encore nous parler de la bonne mère, du port de Marseille. Et un peu, du Djebel. Mais pas assez. J’aurais voulu en savoir plus, j’aurais voulu le faire parler. On se rend compte souvent trop tard de l’importance de nos « vieux », de nos papys et mamys, de l’histoire qu’ils emportent avec eux, dans les profondeurs de la Terre.

 

A la fin de sa vie, Papy n’avait plus toute sa tête comme on disait avant. Médicalement parlant, c’est Alzheimer. Et ça, ça ne vous donne clairement pas envie de vieillir. La vieillesse est un naufrage comme disait Chateaubriand. Le problème d’Alzheimer, c’est que l’on emporte toute sa famille avec soi sur un radeau de souffrances et de larmes. Et le radeau navigue pendant des années dans les eaux troubles des pertes de mémoire, des tentatives de fugue, des comportements violents. La maladie est cruelle, la solution l’est également. Placer son mari dans une maison de retraite, je ne pense pas que vous puissiez imaginer le déchirement que ce fut pour ma grand-mère, que ce fut pour ses filles. Vivre avec un sentiment de culpabilité, et pourtant se dire qu’il ne pouvait en être autrement. Mamy Didi a tenu des années. Et si elle avait continué de vivre avec lui, elle en serait morte. Aujourd’hui, elle est dans un lit d’hôpital, et c’est une autre maladie au doux nom de cancer qui la grignote.

 

Là, j’hésite. Il y a bien un « putain de vie » qui sort de ma bouche. Mais il y a aussi le rappel de tout ça, la leçon que l’on doit apprendre : la mort est devant nous. Elle viendra nous chercher, un jour. Et d’ici là, il faut savourer cette vie, unique. Profiter de la vie, à chaque instant.

 

La dernière fois que j’ai vu Papy, mon vrai Papy, c’est à Audruicq. C'était quelques jours avant mon départ pour le tour du monde, à la fin de l’été 2011. Très franchement, j'y allais en me disant que c'était sans doute la dernière fois que je le voyais. Alors, sur la route du retour de chez ma grand-mère, j'ai fait un arrêt à la maison de retraite. Je le revois assis sur une chaise, dans la salle commune. Il s'est retourné vers moi, et m'a reconnu. Ça se lisait à son visage : un grand sourire aux lèvres. Le fait qu'il m'ait reconnu était déjà, à l'époque, un petit miracle en soi. Mais ce qui suit va rester gravé. Il se leva, et prit la parole, en direction des autres pensionnaires : « c'est mon petit-fils, et il part faire le tour du monde ».

Alors là, ce fut un miracle. Et un bonheur. Mon grand-père ne se souvenait pas des prénoms, des visages, n'avait aucune idée de l'endroit où il était, était souvent persuadé de voir des personnes mortes depuis 30 ans, ou revivait un moment vieux de 15 ans. Et là, un immense éclair de lucidité a traversé la pièce, le temps, l'espace. On lui avait dit que je partais bientôt faire un tour du monde, on lui avait accroché un article de la Voix du Nord sur le sujet, et ça l'a apparemment marqué. Si vous saviez comme j'étais fier ce jour-là. J'avais réussi à graver quelque chose dans le cerveau malade d'Alzheimer de mon grand-père.

 

A Papy Babar. A mes grands-pères. Aux absents. Aux malades. A tous ceux qui souffrent. A la vie. Que j’aime.

Un papy
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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 08:40

Je vous ai parlé deux fois de mon arrière-grand-père, et de son parcours pendant la première guerre mondiale (ici et ici). Le front, les blessures, l'Algérie et une légion d'honneur bien méritée quelques décennies plus tard. J'y avais inclus une photo de lui à la fin de sa vie. Aujourd'hui, c'est avec quelques photos supplémentaires et d'époque que je termine son histoire.

Elie Guilbert, suite et fin, en photos

La première, c'est Élie Guilbert en 1913. Il vient de terminer son service militaire au sein du 148ème d'infanterie (vous pouvez voir le numéro sur son col) à Givet, dans les Ardennes.

Elie Guilbert, suite et fin, en photos

La seconde est ma préférée. Élie Guilbert est en Algérie lors de la seconde partie de la guerre. Il pose ici avec un chèche le 6 septembre 1918. C'est une carte postale qu'il envoie à sa famille. Au verso un petit mot :

« Me voilà en tirailleur ! Pas très bien réussi mais, en bonne santé. Je me fais peur à moi-même tellement j'ai l'air méchant. Bons baisers à tous. »

Elie Guilbert, suite et fin, en photos

sCe qui est assez fou avec cette recherche généalogique, ayant abouti à une quête encore plus poussée pour les soldats de la première guerre mondiale, c'est que je suis entré en contact avec des membres de ma famille que je n'avais jamais rencontrés. Ainsi, ma petite-cousine possédait la photo précédente, mais aussi d'autres, tout aussi intéressantes.

Elie Guilbert, suite et fin, en photos

Jules Guilbert, son grand-frère, de 10 ans plus vieux. Il fait partie du 301ème régiment d'infanterie, constitué en 1914. Ce régiment est décimé en avril 1915 (les survivants sont reversés dans d'autres unités) mais Jules est déjà loin. Il est adjudant dans une compagnie d'instruction à Bergerac. Élie va le rejoindre à la suite d'une blessure. Cette photo est en fait une carte postale. A l'arrière, un petit mot : "Cher oncle et tante, Je profite pour vous envoyer ma photo et en même temps pour vous dire que le métier va toujours bien. J'espère que ma carte vous trouve tous en bonne santé. Je termine en vous embrassant tous de bien loin. Votre neveu."  Il passe au 43ème régiment d'infanterie le 10 janvier 1916. Il est fait prisonnier le 5 mars à la côte du Poivre (au-dessus de Verdun), et est interné à Stuttgart. Il est rapatrié le 14 janvier 1919.

Elie Guilbert, suite et fin, en photos

Ci-dessus, Léon Guilbert. Âgé de 31 ans (!!), il fait partie du 15ème régiment d'infanterie. Après avoir combattu à Morhange et Rozelieures en Moselle, il est tué le 10 novembre 1914 à Bixschoote (au nord d'Ypres), laissant derrière lui trois enfants.
A noter que le dernier frère de la famille, Winocq Guilbert, a commencé sa guerre en 1916 dans le 27 RI avant d'être dans la 8ème section d'infirmiers miliaires, puis dans la 1ère section.

Enfin, je termine avec des civils. A savoir les parents d’Élie Guilbert, Winoc et Héloïse (Clay de son nom de jeune fille), tous deux nés et morts à Moulle (ils posent devant leur maison). Puis sa femme, Rose Dubois, avec qui il se marie en 1920. Ils auront quatre enfants, dont Alexandre Guilbert, mon grand-père.

Elie Guilbert, suite et fin, en photos
Elie Guilbert, suite et fin, en photos
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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 11:00

Voici la seconde partie de l'histoire de la première guerre mondiale d'Elie Guilbert, mon arrière-grand-père. (Premier épisode ci-dessous)

http://milevjeryleron.over-blog.com/2015/01/elie-guilbert-mon-arriere-grand-pere-un-poilu.html

A la fin de l'année 1914, les Allemands ont reculé sur l'Aisne. Elie se retrouve à 60 kilomètres à l'est de Reims, toujours avec le 8ème régiment d'infanterie.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (2/2)

Le-Mesnil-lès-Hurlus

Élie termine son premier séjour au front à Mesnil-les-Hurlus, dans la Marne, un village qui sera rasé par la guerre (il est officiellement supprimé en 1950). Une nuit, je vois la lueur produite par une cigarette ou un cigare, je lance une fusée parachute et je tire à hauteur de poitrine, la lueur tombe, j'entends un cri et distinctement « cochon de Français, cochon de Français ». J'avais fait mouche.

 

Seconde blessure


En février 1915, la huitième régiment d'infanterie participe à la première bataille de Champagne. L'offensive avait commencé dès le mois de décembre, et Elie et ses hommes participent aux batailles de Mesnil-les-Hurlus entre le 16 et le 23 février. Les bombardements sont incessants. Rodolphe, compagnon du 8ème, écrit : « Espérons que cela ira bien car je n’ai jamais entendu tirer (au canon) comme hier, les tranchées boches sont comme dans un brouillard tellement il y a de la fumée par l’éclatement des obus ». Le 26 février 1915, attaque du bois Trapèze, dans une tranchée allemande facilement reprise, Élie est blessé à la cuisse gauche, traversée par un éclat d'obus. (Quinze jours plus tard, un certain Charles de Gaulle est blessé dans le même village). Il est évacué sur Roanne pendant trois semaines. Il a encore une fois de la chance car la huitième subira de lourdes pertes les semaines suivantes. Elie ne peut pas repartir chez lui en convalescence car Moulle est dans la zone des armées. Il décide alors de rejoindre son frère aîné à Bergerac, où celui-ci était adjudant à une Compagnie d'instruction. Grâce à cela j'ai été comme un roi. […] Promenades aux environs et canotage sur la Dordogne. Une année de convalescence et de repos, avant de repartir à la guerre.

Bergerac

Reclassé disponible, il se porte volontaire pour rejoindre le 208ème qui avait subi de lourdes pertes lors de l'offensive de juillet 1916 dans la Somme (et qui revenait de Verdun). Nous fûmes donc affectés à la 23ème Compagnie dont le capitaine jouissait d'une solide réputation de vache bien méritée. Élie est désigné comme chef des voltigeurs.

Chaulnes

Troisième blessure

 

Après quelques séjours sans histoires, le 10 octobre, une attaque est décidée sur les bois de Chaulnes, à 11h. Nous sommes ici au cœur de la bataille de la Somme, Chaulnes est le verrou du système défensif allemand. A moins cinq « un obus éclate à dix mètres de la tranchée. Ça s'annonce mal ! « En avant », nous avançons en tirailleurs, après cinquante mètres les hommes se serrant, je leur crie et fais signe de desserrer, je sens un choc au bras gauche, je vois un filet de sang le long de ma main et mon bras qui ballottait, je ne souffrais pas trop. J'avais le bras cassé au-dessus du coude. Je plonge dans le trou d'obus le plus proche, déjà occupé par quelques hommes qui me font un premier pansement. Je me prépare à regagner la tranchée, je n'ai pas le temps de sortir la tête qu'une rafale de mitrailleuse me fait replonger au fond de mon trou, où un petit avion de reconnaissance vient nous repérer et nous signale par une fusée, ce qui nous vaut un petit bombardement qui eut pour résultat de faire sauter les grenades et fusées qui avaient été jetées sur le bord. Il fallut attendre le soir pour regagner le poste de secours. » Élie Guilbert est évacué près de Dompierre. Sans le savoir, c'était son dernier jour de front. Il est opéré et reste en traitement pendant deux mois. S'en suit une rééducation au Mans de plusieurs mois. Il retourne ensuite à Bergerac où il est désigné pour l'instruction d'une classe qui allait être appelée. Il y reçoit une croix de guerre au cours d'une grande cérémonie.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (2/2)

L'Algérie

 

« Comme on demandait des volontaires pour l'instruction des indigènes en Afrique du Nord, en ayant assez de la vie militaire en France et voulant voir du pays, je saisis l'occasion et partis pour l'Algérie ». Élie Guilbert est affecté à la 102ème Compagnie du 7ème tirailleur, à Constantine.

Constantine

Le 7ème régiment de tirailleurs algériens est l'un des régiments les plus décorées de l'armée française. C'est la première fois qu’Élie quitte la France (hormis la bataille de Dinant). Il traverse la Méditerranée et arrive dans ce qui est alors l'Algérie française. « Là, ce fut la belle vie ». Élie assure l'instruction des soldats, et il voit du pays. Son histoire se trame dans la vieille Algérie coloniale, où il rencontre un cocher arabe, surnommé Anèche, à cause de sa frayeur des serpents. Celui-ci conduit à toute allure sur une route assez accidentée « et je n'étais pas trop fier ». Oui, on a beau avoir fait les tranchées, été blessé trois fois, vu la mort de ses propres yeux, on en reste pas moins effrayé par une conduite trop rapide.

Il rencontre le juge de paix local, le médecin de colonisation... Un jour, il se retrouve face à un Algérien qui a son bébé atteint de dysenterie. « Je ne suis pas médecin, ni sergent toubib ». Ayant des pilules d'opium, je lui en donne deux pour une moitié matin et soir, et diète à l'eau sucrée. Élie est ensuite atteint par le paludisme à Fedj M'Zala (devenu Ferdjioua). Il est envoyé à Djidjelli, un petit port en cours d'aménagement, les travaux étant effectués par les condamnés. Il se retrouve à les surveiller. Je suis logé dans un abri en branchages plein de rats et de puces dont je ne tarde pas à être couvert. Étant victime d'une rechute de paludisme, il se retrouve à Constantine. Affaibli, il perd ensuite connaissance, et est admis en urgence à l’hôpital. « Demain il sera sauvé ou mort » dit le médecin. Un infirmier indochinois l'aide dans la nuit à boire une tisane. Réaffecté ensuite à une compagnie d'instruction, il demande sa permission de détente une fois l'armistice signé.

Ferdjioua

Le retour et l'après-guerre

 

J'embarque pour Marseille que j'avais quitté quatorze mois auparavant et je rentrai chez mois après seize mois d'absence. J'y retrouvais mon frère que je n'avais pas vu depuis trois ans.

Il subit une nouvelle rechute de paludisme et est soigné à l'hôpital militaire de Saint-Omer. Il s'en sort et est démobilisé après sept ans passés sous l'uniforme. Il est décoré de la médaille militaire et donc de la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur le 14 juillet 1976. Il fut présent 24 ans au conseil municipal de Houlle, eut 4 enfants.

 

Cependant, au-delà du brave et courageux soldat qu'il fut, Élie Guilbert n'était pas un exemple d'homme. Un peu trop porté sur la boisson, égoïste, parfois méchant, il est loin d'avoir laissé une image totalement positive dans la famille. Comme le raconte quelqu'un de ma famille « c'était quelqu'un pour l'armée, mais pour nous, c'était personne ». Il termine ses mémoires de guerre dont sont extraites beaucoup des informations de mon récit par le jour de la remise de la légion d'honneur. Cette journée ne fut pas parfaite car « malgré tout, j'ai regretté de n'avoir aucun de mes enfants près de moi ».

 

Il est décédé le 25 décembre 1985.
Son grand-frère 
nommé dans le récit, Jules Guilbert, surnommé "l'adjudant", a survécu à la guerre et a ensuite vécu à Moulle. Son autre frère engagé, Léon Guilbert, né en 1883, est décédé le 10 novembre 1914  au combat.

Elie Guilbert le 14 juillet 1974 à Houlle, jour de la remise de sa médaille militaire

Elie Guilbert le 14 juillet 1974 à Houlle, jour de la remise de sa médaille militaire

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 16:14

A quoi bon connaître la moitié de l'histoire des pays africains si je ne connais même pas mes propres racines... Dans cette optique je continue mes recherches historiques au sein de ma propre famille. Après l'arbre généalogique (Guilbert et Révillon), voici quelque chose d'un peu plus poussé sur une personne particulière, Élie Guilbert, mon arrière-grand-père. Il est le père de mon grand-père maternel. Je l'ai choisi pour une raison simple : il a reçu la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur le 14 juillet 1976. Il était alors le doyen de son village, Houlle. Un personnage atypique qui nous emmènera à travers les tranchées de l'Aisne jusqu'en Algérie.


Élie Guilbert est né le 10 décembre 1890 à Moulle. Ses parents Winoc Guilbert et Héloïse Clay se sont mariés il y a onze ans. Ils sont fermiers.

 

L'histoire militaire d’Élie Guilbert commence peu avant la première guerre mondiale. Il effectue comme chaque homme de son âge un service militaire en 1911. Il est libéré le 10 novembre 1913 avec le grade de sergent de la première compagnie du 148ème d'infanterie. Dans un monde en paix, l'histoire militaire d’Élie se serait arrêtée ici, mais vous connaissez un peu l'histoire, et après 1913 arrive 1914, date charnière dans l'histoire européenne.

 

A la guerre


Le 2 août 1914, il est à nouveau mobilisé auprès de la 9ème compagnie du 8ème d'infanterie à Saint-Omer. Il ne connaît personne, si ce n'est le caporal Mesmacre de Houlle. Très vite il est affecté à la 4ème section.

Le 15 août 1914, il se retrouve au front à Dinant, en Belgique. La 8ème d'infanterie doit prendre la ville et sa citadelle. La section d'Elie doit garder un village proche. La ville est prise le soir même (au cours de la bataille le lieutenant Charles de Gaulle est blessé). Sa section se retrouve en ville, où des civils chantent la Marseillaise et viennent leur offrir des cigares et du tabac. Il reçoit la consigne de reconnaître une route. Je m'embarque seul sans arme, sauf ma baïonnette, fumant le cigare comme un richard.

Dinant

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

Le 23 août, les Allemands reprennent l'offensive et font reculer l'armée française (le massacre de 674 civils reste tristement célèbre). Pour Élie et ses hommes, c'est la retraite : des marches interminables, sans horaire, sans repos ni repas fixes, quelquefois sans manger. Nous étions tous très fatigués et les plus faibles, incapables de suivre, arrivaient en retard […] Quelques jours plus tard, j'étais à bout, étendu sur le talus, je vis un type du 110ème qui me demande ce que je fous là. C'était Henri Brioul qui sort une bouteille de champagne de sa poche, m'en fait boire deux quarts et m'a ramené à l'étape.

120 kilomètres de marche plus loin c'est à Guise que je retrouve mon arrière-grand-père, où jusqu'au 5 septembre, l'armée résiste et ralentit l'offensive allemande. Quelques jours plus tôt, Élie voit une dizaine de tués alignés sur un trottoir. La mort rôde, et ce n'est que le début.

Guise

Puis ce fut la bataille de la Marne, Elie se trouve aux environs de Bergères-lés-Vertus. En deux semaines, l'armée française a reculé de 250 km ! C'est la Grande Retraite, le moral est en berne : effectifs fondus, nombreux traînards tombés aux mains de l'ennemi, bagages perdus, fusils et canons enlevés et, surtout, disparition du moral de la troupe ; tels étaient les résultats des retraites effectuées ces derniers jours par nos différentes armées. Trois hommes sont bloqués dans un trou, car ça tiraillait assez. Le supérieur d’Élie lui demander d'aller les chercher. « Et s'ils ne veulent pas obéir ? » Réponse cinglante : « Vous avez le droit de vie et de mort ».

Je mets une balle dans le canon de mon fusil, étant approvisionné, je me tiens prêt à tirer, et je leur ordonne de rejoindre la ligne.

« Mais ça siffle sergent. »

« Ça sifflait quand je suis revenu vous chercher, ça sifflera encore quand je repartirai derrière vous, ou seul si vous me forcez à tirer. » Ils ont rejoint leur poste.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

Bergères-lés-Vertus

La guerre, c'est des moments simples de vie. Et aussi de mort. Je n'étais pas fier quand j'arrivais en vue de la section dont les gars pouvaient très bien me prendre pour un autre et me saluer d'un coup de fusil. Ils étaient deux à l'abri d'un arbre, qui me voyant surgir me firent de grands signes. « Le lieutenant est blessé et vous demande » furent leurs premières paroles. Je trouvais le lieutenant en sueur, blessé d'une balle dans les reins. « Ce qu'il y a de terrible, me dit-il, c'est que c'est une balle française » et il regarda dans la direction d'un des traînards. Pendant que j'essayais de le réconforter, il reçut une balle dans le genou. A ce moment il me dit : « Dites bien aux hommes que je leur demande pardon de ce que je puis leur avoir fait de mal ». Je lui répondis, en leur nom : « Mon lieutenant, je vous pardonne ». Il avait 19 ans et demi.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

Paris est menacé, le ministre de la guerre est réfugié à Bordeaux. Mais cette fois, l'armée française emmenée par Joffre l'emporte au cours de la bataille la Marne. L'armée allemande connaît la retraite.

Après quelques jours de marche, Élie fait la connaissance des tranchées avec sa compagnie à Pontavert, dans l'Aisne [aujourd'hui, le cimetière militaire y rassemble plus de 6 000 corps]. Il raconte notamment l'anecdote d'un fusil à déboucher qui semble l'avoir marqué. La bataille de l'Aisne fait rage, il reste basé près de la ferme de la Pêcherie de Pontavert (photo). Le 20 septembre 1914, après un gros mois de guerre, Élie est légèrement blessé à la mâchoire et à l'annulaire gauche par l'explosion d'un obus de 77 sur le bord de la tranchée. Je m'en tire à bon compte avec seulement l’impossibilité pendant quelques jours de mouvoir ma mâchoire, tandis que quelques-uns de mes voisins étaient tués.

Quelques jours plus tard une soirée bien arrosée est organisée dans la cave aux légumes de la Pêcherie par Brioul pour les soldats du 110ème et de la 8ème du pays. Sur le front ouest, c'est la course à la mer.

Pontavert

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

Dès sa reprise de service, Élie Guilbert retrouve les tranchées de l'Aisne. Loridan me fait appeler avec mon fusil et me demande si je veux en tuer. « Il faudrait en voir ». « Regarde en face ». Il y avait un layon traversé par des hommes en corvée de matériel. J'appuie mon fusil sur le talus, et comme à la cible j'en abats trois, le quatrième lâche son fardeau et sans doute pour aller chercher du secours fuyait dans le layon. Il fut frappé d'une balle dans le dos.

Elie se retrouve à Berry au Bac (à 5km à l'est de Pontavert, toujours sur l'Aisne), où un tonneau de vin trouvé entraîne des négociations avec le capitaine au sujet de qui a le droit de le boire. Élie retrouve la tête de la 4ème section. Il quitte la butte où il s'était installé et part reconnaître son secteur. Soudain, j'entends deux tirs de mortiers et je vois distinctement les deux engins éclater sur la butte que je venais de quitter. J'avais eu de la chance de changer de section, car il y avait eu dix-huit tués et blessés. Il doit ensuite tenir la crête de la côte 108, lieu d'importance stratégique.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)
Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

Alors qu'a lieu la distribution des colis et mandats ainsi que la visite des malades dans un certain désordre, un colonel vient faire une inspection. Il me colle quinze jours d'arrêt, ce qui m'a coûté quelques jours plus tard les galons d'adjudant. Cependant Élie ne les regrette pas puisque l'adjudant est tué quelques jours plus tard au front.

Le 1er novembre 1914, la section est 25 km plus à l'ouest, à Soupir, village totalement détruit. Le lendemain, une offensive allemande permet de prendre le village. La semaine suivante, la mission est de reprendre le village. Mais alors que l'on doit traverser l'Aisne, un des sapeurs du génie est touché. La section longe alors un mur et reste à l’abri. Elle se trouve alors dans le château de Soupir (photo ci-dessous avant et après la guerre), propriété de Gaston Calmette, directeur du Figaro, assassiné quelques mois plus tôt par une femme de ministre. Un cochon qui se trouvait là dans le jardin fut tué et découpé par un boucher et avec les légumes du jardin nous fîmes une cuisine comme nous n'en avions pas vu depuis longtemps.

Les tirailleurs Sénégalais réussissent à chasser l'ennemi. Soupir est français pour l'hiver. Elie et ses hommes sont relevés.

Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)
Élie Guilbert, mon arrière-grand-père : un poilu (1/2)

[à suivre ]

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 12:37

Après vous avoir présenté la moitié de ma famille, du côté de ma mère, direction le côté paternel. Ci-dessous, le côté de mon grand-père paternel (Révillon-Canoen) et celui de ma grand-mère paternelle (Decool-Leroy).
Arbre-Revillon-Daniel.pngArbre-Canoen-Marie.pngArbre-Decool-Lucien.pngArbre-Leroy-Valentine.png

Petite présentation rapide avec 4 anecdotes :

¤ Nos plus vieux ancêtres de ce côté sont nés en 1742. La même année, Marivaux entre à l'Académie Française. Louis XV était déjà roi de France.
¤ Il y a deux enfants nés hors mariage. Des enfants que le curé qualifie d' « illégitimes » : Marie Françoise Vanderbrugghe, née en 1780 à Looberghe et Marie Caroline Canoen, née en 1887 à Merckeghem.
¤ Des cousins se sont mariés ensemble ! Il s'agit de Révillon Benjamin et de Canlers Marie, qui partageaient les mêmes grands-parents.
¤ Il n'y a qu'une personne qui soit née en dehors du Nord-Pas-de-Calais, c'est Hubert Dumolin. Son histoire est d'ailleurs la plus étrange de mon arbre. Il est né à Handzame, en Belgique flamande. Il se marie avec Marie Pétronille Meens à Bollezeele en 1786. Et en 1792, il disparaît. Un juge de Worhmout le déclare ainsi dans un acte de notoriété en 1825 : « disparu depuis 33 ans ».

 

Concernant les lieux, voici le top 8 :
Merckeghem : 38 personnes nées et/ou décédées dans cette commune

Looberghe : 34

Bollezeele : 22

Looberghe : 21

Drincham : 10

Volckerinckove : 10

Pitgam : 7

Grande-Synthe : 7

 

Ci-dessous, voici une carte des origines de ma famille Révillon (j'ai éliminé les lieux ne comportant qu'une seule naissance ou décès pour des soucis de lisibilité).


 

Concernant les métiers, c'est un melting-pot un peu moins fort que le côté Guilbert. Les cultivateurs-fermiers sont les plus nombreux, et de très très très loin (71 sur 79!). Il y a quelques autres métiers représentés : un maréchal-ferrant, un cordonnier, un tisserand, une épicière, un maçon, un cabaretier, un charpentier, un maître-draineur et un cantonnier. 
Et puis il y a Auguste Decool, le seul maire de la famille, à Eringhem. Son mandant s'étale de 1919 à 1929. Ci-dessous, sa photo en mairie d'Eringhem.
 Auguste-Decool--maire-d-Eringhem.JPG

Enfin, je vais terminer par une petite histoire de nom de famille Révillon, dont l'orthographe actuelle n'apparaît qu'en 1838 ! Auparavant, vous en avez un peu pour tous les goûts, selon le curé ! Ainsi Rouvillon, Rouvelioen, Rouvillion, Rouvelion, Roûvellion, Rovelion, Rovilion et finalement Rovillon, en 1672, à Hondschoote, berceau du nom de famille.

1927 Révillon Paul naît (Merckeghem)

1877 Révillon Daniel naît (Merckeghem)

1868 Rouvillon Pierre Jean décède (Merckeghem)

1849 Rouvillon François Joseph décède (Looberghe)

1845 Révillon Benjamin naît, Révillon Pierre Jean est son père (Merckeghem)
1838 Naissance de Révillon Eugénie, fille de Révillon Pierre Jean. Première apparition du nom Révillon (Merckeghem)
1835 Rouvillon Pierre Jean se marie (Bollezeele)

1810 Rouvillon Pierre Jean naît (Looberghe)
1809 Rouvelioen François Joseph se marie (Hondschoote)

1791 Rouvillion Philippe Jacques décède (Hondschoote)
1784 Rouvelioen François Joseph naît (Hondschoote)

1772 Rouvillion Philippe Jacques se marie (Hondschoote)

1762 Rouvelion Cornil décède (Hondschoote)
1744 Rouvillion Philippe Jacques naît (Hondschoote)

1743 Rouvillion Cornil se marie (Hondschoote)

1731 Roûvellion Cornelius décède (Hondschoote)

1703 Rovelion Cornil naît (Hondschoote)
1702 Rovilion Cornilus se marie (Hondschoote)

1672 Rovillon Cornilus naît (Hondschoote)

 

Ainsi s'achève la présentation de ma famille historique. La conclusion est simple : je suis un vrai ch'ti. Une seule naissance en dehors du Nord-Pas-de-Calais sur huit générations (et encore, les Belges sont nos voisins!) et une seule mort (à Sébastopol, mais pour des raisons militaires). Le reste du temps, ma famille n'a pas bougé de la région ouest du Nord-Pas-de-Calais. Les Révillon sont des Flamands pur jus, il n'y a qu'à le voir

sur la carte. Je me demande d'ailleurs si je ne devrais pas apprendre le flamand en hommage à ce legs historique, dans mon but d'être quadrilingue un jour. Le côté Guilbert sent bon mes soirées de jeunesse à Eperlecques, Moulle et Houlle.
L'objectif de mon année 2014 est de gagner une nouvelle génération, ma neuvième. La difficulté augmente avec le temps, la latin remplaçant le français, et l'écriture se dégradant fortement. Mais c'est un beau challenge en perspective. 

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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 15:10

Il y a quelques mois de cela, j'ai commencé, un peu par hasard, mon arbre généalogique. Tout a commencé par la demande d'un client de mon père, dont la famille avait des liens avec les Révillon. Nous avons donc commencé à chercher pour répondre à ses interrogations et puis l'intérêt pour la chose nous est venu. « Nous » car ce travail de recherche fut le mien tout autant que celui de ma mère. C'est d'ailleurs son travail qui est présenté aujourd'hui, son côté, les Guilbert. Ci-dessous, le côté de mon grand-père maternel (x2), puis celui de ma grand-mère maternelle (x2).
Arbre-genealogique-de-Guilbert-Elie.png
Arbre-genealogique-Dubois-Rose.pngArbre-genealogique-Fenet-Albert.pngArbre-genealogique-Sergent-Lea.png
Nous avons retrouvé 8 générations complètes. C'est une limite que nous nous sommes fixés, car comme vous pouvez vous en douter, l'arbre généalogique est une recherche éternelle. On aurait pu remonter plus haut, mais nous souhaitions d'abord être complets sur ces 8 premières générations. Je vais donc ici jusqu'à mes arrière-arrière-arrière-arrière-arrière grand-parents. Nous avons rassembléles dates de naissance, de mariage et de décès. Le tout grâce aux sites des archives départementales en ligne, magnifiquement faits, qui permet à quelqu'un comme moi, exilé en Allemagne, de ne pas devoir faire le tour des mairies du Nord-Pas-de-Calais.

Petite présentation rapide avec 4 anecdotes :

¤ Notre plus vieil ancêtre de ce côté est né en 1749. La même année que Goethe. En France, Louis XV était roi.
¤ Il n'y a qu'un seul enfant né de mariage illégitime, Jacques Descotte, né à Moulle en 1802, fils de Marie Descotte et de père inconnu.
¤ Un de mes ancêtres est mort à Sébastopol, dans l'actuelle Ukraine. C'est d'ailleurs la seule personne de l'arbre à avoir quitté le Nord-Pas-de-Calais. Que faisait-il là ? Il se battait pour la France ! Son décès est signifié en 1857, à la suite de la guerre de Crimée, opposant la France de Napoléon III, allié au Royaume-Uni et à l'Empire Ottoman, le tout face à la Russie (1853-1856).
¤ Des cousins se sont mariés ensemble ! Il s'agit de Fenet Louis et de Fenet Ismérie, en 1853 à Eperlecques. Ils partageaient les mêmes grands-parents.


Concernant les métiers, c'est un beau melting-pot. Si les cultivateurs-fermiers sont les plus nombreux, et de loin, il y a tout un tas de métiers représentés : Ainsi cordonnier, maçon, batelier (conducteur de bateau), marchand de bois, bûcheron, voiturier, charretier (conducteur de charrette!), maréchal-ferrant, rempailleur de chaises, tailleur d'habits, charron (celui qui faisait les roues des charrettes!), charpentier de bateau ou charpentier tout court, couturière, meunier, colporteur (vendeur ambulant), chanvrier (culture du chanvre), maraîcher et couvreur en paille !


Concernant les lieux, voici le top 10 :
Moulle : 58 personnes nées et/ou décédées dans cette commune
Eperlecques : 29

Muncq Nieurlet : 19
Houlle : 16

Mentque Nortbécourt : 13
Nordausques : 12

Recques sur Hem : 12
Audruicq : 11
Quercamps : 8

Zutkerque : 8

Ci-dessous, voici une carte des origines de ma famille Guilbert (j'ai éliminé les lieux ne comportant qu'une seule naissance ou décès pour des soucis de lisibilité). Demain, ce sera le tour du côté Révillon.
 

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