30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 04:25

Platon, Le procès de Socrate

J'avoue avoir eu une certaine appréhension avant de débuter ce livre. Platon, Socrate, tout cela ressemblait fort à de la grande philosophie, et je ne savais pas si c'était facile d'accès. Voyez-vous, je pense souvent que je ne sais rien, ou pas grand chose. Sans m'en rendre compte, j'étais un vrai "Socratien"!

Le procès de Socrate est un livre divisé en 3 parties. Tout d'abord l'Eutyphron, qui présente la manière de penser de Socrate, face à un devin. A force de questions, il parvient à faire se remettre en cause son interlocuteur et ses affirmations initiales. La deuxième partie est l'Apologie de Socrate, à savoir sa défense dans le procès qui lui est intenté. Pour les non-historiens, Socrate, à l'age de 70 ans, est accusé de corrompre la jeunesse et de nier l'existence des Dieux. Sa défense, telle que la présente Platon, combat une à une les accusations, en montrant notamment les contradictions. La fin de son discours est très intéressante, quoique parfois non-dénuée d'une pointe de sentiment de supériorité. Jugé coupable, Socrate réclame les honneurs pour peine... Condamné à la peine de mort, il termine par un discours offensif, ne regrettant rien, Papy Socrate semble sûr de ses valeurs, et les défend jusqu'au bout, même quand Criton veut le faire échapper dans la dernière partie du livre.

J'ai beaucoup apprécié le fonctionnement de la raison de Socrate, à base de nombreuses questions remettant tout en cause. Son discours sur les valeurs et sur la mort est passionnant. Aucune idée de la précision historique de Platon, mais il n'en reste pas moins que ce procès est caractéristique de la rapide agonie d'Athènes à la fin du Vème siècle. Périclès, Socrate, la fin des géants.

Extraits : Personne ne connaît ce qu'est la mort, ni si elle n'est pas le plus grand de tous les biens pour l'homme. Cependant on la craint, comme si l'on savait certainement que c'est le plus grand de tous les maux.

Ce n'est pas la richesse qui fait la vertu, c'est la vertu qui fait la richesse.

Sophocle, Oedipe-roi

La peste s'abat sur Thèbes. Apres avoir consulté l'oracle de Delphes, il est décidé de retrouver le meurtrier de Laios, ancien roi, assassiné il y a plusieurs années. Oedipe, roi aimé et respecté depuis qu'il a délivré la ville du Sphinx, se lance à sa recherche, sans savoir que c'est lui-même le meurtrier. L'histoire est dramatique : abandonné par ses parents à sa naissance en raison d'un oracle, il est élevé par Polybe et Mérope. Il finit malgré tout par tuer son père biologique et par épouser sa mère, Jocaste. Celle-ci se suicide en découvrant l'affaire, tandis qu'Oedipe se crève les yeux.

Je connaissais un peu cette histoire mythologique, et notamment le syndrome en découlant. Sophocle la met en scène de façon originale, en raison du choeur qui coupe les scènes et les relie. Je voudrais bien voir ce que ça donne sur scène. 

Antigone, fille d'Oedipe est une autre pièce de Sophocle. A lire, avec Ajax. A noter que ce fut un bon livre pour réviser l'histoire grecque (notamment la religion).

Fiodor Dostoïevski, Le joueur

Alexcis Ivanovitch travaille pour un général russe. Il est amoureux de Paulina, la belle-fille de celui-ci. L'ensemble de la famille est en Allemagne, à Roulettenbourg, ville du jeu. Des secrets, des amours et des trahisons se font et se défont, Alexis essayant surtout de comprendre ce qui se passe chez Paulina, notamment avec ce Français, et cet Anglais, et Madame Blanche... et la Babouchka, qui ne meurt toujours pas. C'est pourtant elle qui a tout l'argent.
Je suis fan de Dostoïevski : Crime et châtiment a changé ma vie. Difficile d'être objectif dans ces conditions : le style d'écriture me plaît toujours autant, certains personnages sont particulièrement bien trouvés (la babouchka) et les questionnements du personnage principal sont toujours au coeur des intrigues. L'univers du jeu est bien traité, les fortunes se faisant rapidement, mais se perdant encore plus vite. J'ai hâte de trouver les possédés.

"L'homme est despote par nature et la femme bourreau"

Antoine Compagnon, Un été avec Montaigne

Les essais de Michel de Montaigne sont les pensées de l'écrivain, développées tout au long de sa vie. Il les rature, il les annote, et il les publie à plusieurs reprises. Compagnon se propose de nous guider pour mieux comprendre le livre, avec 40 idées, 40 essais.

J'ai eu un peu peur au départ, car je ne comprenais pas les passages cités. Montaigne écrit dans un style ancien, en vieux françois, et nous sommes parfois dans de la philosophie pure. Mais Compagnon, fort de son expérience radiophonique, réussit à être didactique, sans me prendre non plus pour un idiot. On sent qu'il est fan de son philosophe, et il manque un peu de recul critique, mais cela n'empêche pas le lecteur attentif que j'étais d'apprécier le moment.

Quelques passages m'ont fait réfléchir :

Pourquoi le miséreux n'agrippe pas le riche à la gorge m'a interpellé sur le rôle de l'éducation dans l'acceptation de la pauvreté. 
Socrate dit "je ne sais rien". Il sait donc qu'il ne sait rien. Montaigne va plus loin, puisqu'il se demande "Que sais-je ?"

Le chapitre 10 est excellent, il traite du temps libre et de son utilisation par le cerveau.
Le chapitre 11 m'interpelle sur la volonté d'écrire.

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 04:38

Amis des classiques français, bonjour ! Là, on est dans l'intemporel, et même sans les avoir lus, vous connaissez certains titres. 

Alfred de Musset, Les caprices de Marianne

Coelio, amoureux de Marianne, femme de Claudio, et vertu incarnée, Difficile dans ces conditions de lui trouver une solution. Mais Octave, son meilleur ami, et cousin de Claudio, est persuadé qu'il va réussir. Avec persévérance, mais aussi naïveté, il croit renverser une situation amoureuse, sans se rendre compte de son erreur.
Pièce assez classique, rapide (2 actes) et qui manque sans aucun doute d'originalité. Les raisons du changement d'esprit de Marianne sont esquissées, il manque peut-être un acte supplémentaire pour donner du corps (et du coeur) à l'intrigue.

Extrait : "Vivre pour une autre me serait plus difficile que de mourir pour elle".

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l'amour

Le titre en soi mérite que je m'y attarde. Badiner avec l'amour. Quelle belle expression. Qui annonce la couleur, l'humeur, les coeurs, les malheurs. Le baron ramène dans son château son fils et sa nièce, bien décidé à les marier. Perdican a reçu une grande éducation à Paris, mais il revient sans avoir changé. Son village et ses ami(e)s lui ont manqué, et les moments de sa jeunesse restent gravés dans sa mémoire. Mais pour son ancienne comparse et promise Camille, les choses ont bien changé. Décidée à entrer au couvent, elle met une barrière physique et psychologique avec la vie du château, et donc son cousin. Celui-ci reste profondément amoureux de sa cousine, et de ses souvenirs. Il prend comme décision de se rapprocher de Rosette, jeune villageoise de son âge qui accepte de se remémorer et de revivre leur jeunesse. La fin est dramatique.

Amusant grâce aux personnages du gouverneur et du curé, mais surtout très fort grâce aux confrontations Perdican/Camille. La dernière scène de l'acte 2 est grandiose, amour et religion se faisant face dans un débat comme j'en ai rarement lu. La dernière réplique de Perdican dans cette scène mériterait d'être citée en entier. Un coup de coeur pour cette pièce, alors que le théâtre est toujours loin d'être agréable à la lecture. Il faut que j'aille voir des classiques joués sur les planches, par curiosité.

Extraits : "Je me suis élevé de quelques pieds vers le ciel, et vous vous êtes courbés de quelques pouces vers le tombeau".

"Je ne suis pas assez jeune pour m'amuser de mes poupées, ni assez vieille pour aimer le passé".

Guy de Maupassant, Contes de la bécasse

A la suite d'un repas de chasse, le convive ayant été désigné pour manger les têtes des bécasses s'engage à conter une histoire. Maupassant se propose ici de rassembler les meilleurs. En vérité, ces contes sont ceux qu'il a publiés lors de l'année écoulée (1882-3) dans deux journaux. Leur point commun ? La grande majorité traite de sa Normandie. Hormis cela, la thématique vagabonde, avec quelques comédies cinglantes (Ce cochon de Morin, Farce normande, Les Sabots...) mais aussi des drames. Pierrot est ainsi le prénom d'un chien jeté dans un puits, agonisant pendant plusieurs jours. La rempailleuse est l'une des histoires d'amour les plus cruelles qu'il m'ait été donné de lire. En mer évoque la perte d'un bras par avarice. Et puis il y a la guerre de 1870, ancrée dans la mémoire collective, et évoquée dans La folle, Saint-Antoine ou L'aventure de Walter Schnaffs, les deux premiers contes étant sanglants, tandis que le dernier évoque avec un immense sarcasme une grande victoire française. Il est question d'amour (Menuet), parfois filial (Le Testament, Aux champs, Un fils) mais aussi de religion, plutot moquée (Un normand). Enfin, il y a La peur, que j'ai un peu moins saisi.
Mes quatre contes préférés (je voulais faire un top 3, mais ce fut difficile !) : Ce cochon de Morin pour sa légende, Pierrot pour le drame, Un fils pour la souffrance, L'aventure de Walter Schnaffs pour l'absurde.
C'est mon quatrième livre de Maupassant (Une vie, Pierre et Jean, Bel-Ami). Le style, dû au format, est différent. L'emploi du patois est régulier, ces passages me plaisant particulièrement. L'ensemble se lit aisément, et si on ne peut forcément pas développer le caractère des personnages, c'est tout de même agréable de faire varier les sujets, et donc les plaisirs. L'idée des nouvelles me plaît bien du coup.

Extrait de L'aventure de Walter Schnaffs : Tout ce qui est doux dans l'existence disparaît avec la vie.

Charles Baudelaire, Le spleen de Paris

Après les fleurs du mal, voici mon second recueil de poèmes de l'autre grand Charles. Enfin, peut-on vraiment parler de poèmes ? Des pensées, certes. Mais sans réel rythme, sans rime. L'ensemble est saccadé, et alterne quelques bons passages avec du passable. On sent le dépressif. On sent aussi le talent. Je me régale parfois de simples oxymores, "éloquence muette" et surtout la "Sainte prostitution" (on n'a pas fait mieux depuis !). Les 50 textes abordent la capitale, vue d'en bas : les miséreux et les caniveaux, les artistes délaissés et les filles enchaînées. Il y a parfois de la méchanceté qui transparaît (le mauvais vitrier, assommons les pauvres). Il y a aussi l'envie de s'en aller, de déguerpir, de voyager, là bas, où les heures plus lentes contiennent plus de pensées (l'invitation au voyage), de prendre la mer (déjà). Baudelaire rêve de liberté, et d'amour.

Et puis il y a ce petit texte, pour moi le chef d'oeuvre du livre : "Mon beau chien, mon bon chien, mon cher toutou, approchez et venez respirer un excellent parfum acheté chez le meilleur parfumeur de la ville". Et le chien, en frétillant de la queue, ce qui est, je crois, chez ces pauvres êtres, le signe correspondant du rire et du sourire, s'approche et pose curieusement son nez humide sur le flacon débouché ; puis, reculant soudainement avec effroi, il aboie contre moi, en manière de reproche.

"Ah ! misérable chien, si je vous avais offert un paquet d'excréments, vous l'auriez flairé avec délices et peut-être dévoré. Ainsi, vous-même, indigne compagnon de ma triste vie, vous ressemblez au public, à qui il ne faut jamais présenter des parfums délicats qui l'exaspèrent, mais des ordures soigneusement choisies".

Lecture parfois difficile (besoin de relire 3 fois les phrases pour comprendre l'idée), avec un vocabulaire très soutenu et varié. L'ensemble reste toutefois inégal, et, surtout, vaguement poétique.

Pierre Corneille, L'illusion comique

Il me semble avoir lu Le Cid dans ma jeunesse, mais j'avoue que ma mémoire me fait défaut. Du coup, je considère un peu ce livre comme mon premier Corneille. Et quel livre ! Je râlais il n'y a pas si longtemps du dénominatif de poésie donné au Spleen de Paris de Baudelaire, et voilà que je me retrouve face à une pièce de théâtre en vers ! Woh ! J'étais un peu inquiet au départ, craignant que cela n'alourdisse le texte. Mais pas du tout, au contraire. L'histoire reste limpide, et je me suis délecté du talent de l'auteur pour la rime. Un chef d'oeuvre technique.

L'histoire est celle d'Isabelle, désirée par tant d'hommes mais qui choisit Clindor, simple second d'un drôle de capitaine. Elle quitte tout pour lui, amis, famille, argent et titre. Mais l'heureux élu finit par fricoter avec la femme de Florilame. La scène semble tragique. Elle est suivie de près par Primadant, père de Clindor, qui n'est pas au bout de ses surprises. La chute finale est intéressante et change des tragédies-comédies classiques. 5 actes, 1824 vers de plaisir.



La prochaine fois, je serai philosophe !

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 15:42

Combien de livres lirais-je par an sans Internet ? 100 ? Moins ? Peut-être plus ? Aucune idée, mais les faits sont là : je n'ai pas lu de livre depuis deux ans. Excepté ceux qui concernaient ma thèse, ce qui fait un sacré paquet tout de même. Mais j'évoque aujourd'hui la littérature, la vraie ! Et mon compteur 2015-2016, vierge, m'embête un peu. De ce fait, j'ai pris 9 livres dans mon sac às dos ! Un sacrifice au niveau kilogramme (quoique la collection Librio n'est pas gourmande), mais un bonheur au jour le jour. Car, sur la plage ou dans les parcs, allongé dans mon lit ou assis au restaurant, je mange régulièrement de la littérature. Premier tour d'horizon.

 

Victor Hugo, Le dernier jour d'un condamné. 

Mon premier Hugo, après avoir essayé plusieurs fois Notre Dame de Paris. Moins de 100 pages pour résumer le dernier voyage d'un condamné. Quelles seraient vos pensées, vous, s'il n'y avait que quelques heures à vivre, et que vous étiez enfermé dans une pièce close ? Je pense que ça partirait dans tous les sens. Et c'est exactement ce qu'Hugo fait faire à son prisonnier. La forme le montre bien : près de 50 chapitres pour un si petit bouquin ! Alors on pense à ses conditions, à ses visites, au curé, à la religion, à sa fille, aux petits bonheurs de l'enfance, à s'échapper... et à la mort. Surtout. Omniprésente. Pas une seule fois il n'aborde le motif de sa condamnation. Qu'importe le crime, ce qui compte, c'est le châtiment du condamné. Moral, surtout. Physique, ce sera une demi-seconde, le temps que la guillotine fasse son effet. Cette pensée l'obsède. Et cette obsession le tue, à petit feu. 

Manifeste contre la peine de mort ? Je le pense, et Hugo, par son récit à la première personne, semble l'affirmer. Bien écrit, intéressant, bref, je recommande.

Gogol, Le manteau, Le nez

Première lecture de cet auteur russe au nom si amusant pour l'enfant que je suis encore. Le style est plaisant, avec quelques sarcasmes sur l'Etat russe, ses fonctionnaires, ses militaires. L'histoire est celle d'un de ses fonctionnaires subalternes, Akaki, consciencieux dans son travail de recopie, et qui ne désire rien de plus. Sujet aux moqueries de ses collègues, il arbore un manteau en ruine qui ne passe pas, cette fois, l'hiver. Ce qui est un drame financier devient peu à peu une immense fierté. Le manteau, c'est une histoire de vie. De jalousie. N'ayez rien, et vous ne serez pas envié semble dire l'auteur. La fin me dépasse un peu (les histoires de fantôme et moi...).

Le nez est un récit fantastique : Kovaliov a perdu son nez, et ne se souvient plus comment. C'est le barbier qui l'a coupé. Or, il croise son nez dans la rue, celui-ci se baladant tel un grand fonctionnaire. Récit loufoque, qui semble être le style de l'auteur, moins le mien.

Gogol, Le journal d'un fou

En voilà d'un titre bien trouvé ! Gogol a-t-il été traumatisé par les représentants de l'Etat ? Il fait en tout cas une fixette sur le sujet ! L'histoire est celle d'un fonctionnaire subalterne russe qui éprouve des sentiments pour la fille de son supérieur. Alors que l'histoire suit son cours, un élément perturbateur transforme le récit, celui-ci passant du "normal" au "cinglé". La succession du roi d'Espagne est difficile, et le personnage principal considère que c'est lui, le nouveau roi. Dès lors, la folie prend le pas sur le récit. Etrange.

Gogol, Le portrait

Le récit que j'ai préféré de Gogol. S'il n'a pas la tendresse du manteau, le portrait s'essaie à la leçon de vie : Tchartkov est un peintre sans le sou, mais avec un immense talent. Il pourrait devenir le prochain Raphael, et laisser son nom dans l'histoire de la peinture. Son destin est bouleversé par l'achat d'un vieux tableau, très original : à l'intérieur, il découvre une petite fortune ! Que faire de cet argent ? L'utiliser pour développer son talent, diamant brut ne demandant qu'à être poli ? Ou mener la vie d'aristocrate dont rêve toujours le jeune homme en pleine force de l'age ? Ange ou démon ? Poussé par ses envies, il choisit la seconde option, et obtient appartement, vêtements et même réputation, grâce à de l'argent bien placé chez un journaliste renommé. Il dessine alors son premier portrait qui fait sensation. Le talent est là, et il est reconnu. Mais Tchartkov va seulement l'utiliser à faire des portraits sans saveur pour des aristocrates. Il perd peu à peu son talent, tout en devenant le peintre à la mode. L'art pour la grandeur de l'art ? Etre reconnu de son vivant ? Des questions se posent à la lecture de cette histoire. Une réponse est déjà là : c'est avec l'art que l'on peut laisser une empreinte. L'écriture sera l'une des miennes. Tchartkov, bouleversé par une toile, en arrive à acheter les plus belles oeuvres de son époque pour les détruire, alors qu'il s'est rendu compte du gâchis de ses possibilités.

Gogol, La perspective Nevsky

Nous sommes ici dans une rue de Saint-Pétersbourg : la plus connue et intéressante pour Gogol. Elle lui permet d'écrire sur une masse de personnages, d'habitudes, d'échoppes, au gré des heures, pour parvenir à ses deux personnages principaux : Piskariov et Pirogov. Le premier, petit peintre de son espèce, suit une jolie brune tandis que le second suit une belle blonde. Piskariov est obnubilé par la beauté de cette fille. Attention, ce n'est "pas une passion sensuelle. Non ! il était aussi pur en cet instant que l'adolescent vierge qui ne ressent encore qu'une aspiration indéfinie, toute spirituelle, vers l'amour". C'est tout juste s'il ose la regarder, et, dès qu'elle croise son regard, il se hâte de baisser les yeux. Trop belle pour lui ? A son grand étonnement, elle lui fait signe de le suivre. Arrivé dans un appartement, il s'aperçoit que cette déesse, symbole de la pureté et de l'innocence, travaille pour les vices du corps. Chaque mot qu'elle prononce assassine la magnificence de la perspective Nevsky. Traumatisé, il la rencontre en rêve, douce et caline, belle comme une matinée de printemps. Il cherche dès lors chaque nuit à prolonger ce songe, allant jusqu'à prendre de l'opium pour tomber endormi : la beauté du rêve lui valait plus que la banale réalité. Finalement, il décide d'aller la retrouver, et de la demander en mariage. A son refus, il se tranche la gorge. Pour Pigorov, l'histoire est moins dramatique : cette blonde est mariée et il va tout de même lui faire la cour, jusqu'à ce que son Allemand lui fiche une correction. L'histoire est moins aboutie.

Le bilan de Gogol, c'est que le style est vraiment différent de Dostoievsky, ma référence russe. Le fantastique ne me plait guère, mais j'avoue avoir apprécié ces courts portraits, notamment lorsqu'ils sont ponctués de leçons de vie.

Gael Faye, Petit pays (c'est aussi sa chanson !)

Difficile d’être objectif lorsque j’évoque un livre ayant pour thème le Burundi et le Rwanda… forcément j’étais très intéressé à la base ! Gael Faye écrit un roman, mais est-ce autobiographique ? Je me pose la question, car il y a tellement de vrai là-dedans, de ce que moi je connais de ces deux pays, et notamment de Bujumbura. Je me suis revu dans certaines de ses rues, à longer ses bâtiments. Cette ville, son lac, et ses habitants. Gael Faye, qui affirme le contraire, décrit cependant à merveille les codes, les coutumes, les non-dits, la rumeur. C’est un livre historique, je me pose d’ailleurs la question de la compréhension de certaines références pour les non-initiés. Mais cela n’empêchera personne d’apprécier le scenario, une sacrée claque ! (le livre a été encensé par la critique !). Le style est limpide, pas larmoyant (et pourtant il pourrait). L’histoire est celle d’un enfant ayant la double nationalité franco-rwandaise, grandissant dans un Burundi au bord de l’abîme (décennie 1990), dans une famille en crise (le divorce des parents). On y aborde les amitiés de jeunesse, croix de bois, croix de fer, les grandes joies, les grandes peines, les mariages, les décès. La vie, dans les Grands Lacs. Toujours fragile. Un livre trop contemporain, malheureusement.

J'aime beaucoup les anecdotes, notamment sur les différents coups d'Etat qu'a connu le pays, reconnaissable à la musique classique ininterrompue à la radio, ou sur l'étrange atmosphère de ni paix, ni guerre, qui correspond bien à la situation actuelle.

Petit extrait : "La souffrance est un joker dans le jeu de la discussion, elle couche tous les autres arguments sur son passage"

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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 21:14

La beauté de l'automne
est un éphémère arc-en-ciel
dont se pare le bois mouillé

des feuilles multicolores

 

L'ennemi a attaqué dès la fin de l'été

profitant de la première gelée
soufflant le chaud et le froid
tentant d'arracher les feuilles de là

Sur leur arbre perchées
les feuilles se sentaient fortes
Elles ne semblaient pas pressées
de devenir les feuilles mortes

 

Profitant de l'été indien
elles respiraient la vie

en cachant en vain
une apparence jaunie

 

Certaines d'entre-elles se mirent à rougir

D'autres restaient vertes de plaisir

Et un collier de couleurs

Habillait les arbres en pleurs

 

Au détour d'une nuit

la guerre froide apparut

Glaçant le sang
Des feuilles dévêtues

La division feuillue
perdit des hommes
Se retrouvant dépourvue

Des couleurs de l'automne

 

Le vent dans sa cruauté
continuait son massacre
Au sol gisaient les cadavres

Les feuilles saignaient, agonisaient

L'ennemi rugissait de toutes ses forces
Dans un souffle infini
Inlassablement, toute la nuit
Jusqu'à en briser l'écorce

Lorsque la lumière du jour apparut
On compta les victimes
Dans toutes la rue, jusqu'à la cime
D'un arbre devenu nu

 

Le collier de couleur était brisé

L'automne complètement martyrisé

Les rumeurs étaient donc vraies, darling

Winter is coming

Winter is coming
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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 22:15

Direction l'opéra de Bordeaux ce soir, pour une représentation de La Bohème, de Puccini. La technique de radin du jour : venir le jour même, une heure avant la représentation. Les derniers tickets sont mis en vente à 8€ pour les moins de 26 ans. Quoi, je n'ai plus 26 ans ? Je ne savais pas ! Et eux non plus ! Résultat, je suis au cinquième rang, à côté d'un type qui a payé 45€. Idée radine du jour validée !
Je ne suis pas un grand spécialiste de l'opéra (c'était seulement ma deuxième fois), mais c'est toujours assez impressionnant. D'entrée, le bâtiment même de l'opéra de Bordeaux en impose. De l'extérieur, déjà.

 

La bohème, Puccini

Mais à l'intérieur, quand vous franchissez les portes...

La bohème, Puccini

Oui, magnifique. J'aurais pu rester deux heures à regarder le plafond que ça m'aurait déjà plu ! Bon, il y a quand même un opéra en cours, regardons devant nous. L'orchestre se met à jouer, les artistes entrent en scène.

L'opéra est un genre assez particulier, une histoire chantée. Il faut aimer. Personnellement, les deux heures et demie m'ont plu. Puccini, vous devinez, c'est de l'italien. Mais les sous-titres français, au-dessus de la scène, aident beaucoup à la compréhension.

 

La mise en scène, bon, pour ce que j'en connais, était très contemporaine. Puccini, mais dans les années 1960. J'étais surpris, ce n'était pas du tout ce à quoi je m'attendais. On est loin d'un opéra classique. De Gaulle était dans la télévision, Musette se trémousse sur un bar, en petite tenue. Sensation assez étrange. Je ne sais pas si je dois dire que j'ai aimé. La musique, dans tous les cas. Les acteurs plutôt. La mise en scène était originale. Oui, affirmation assez diplomatique !

A la fin, le moment assez étrange pour moi : les applaudissements. Il y a tout un code. Pendant dix minutes on applaudit à en avoir les mains qui chauffent sévère. Et vas-y que les premiers rôles passent, puis les seconds, puis les figurants, puis le metteur en scène, puis le chef d'orchestre. Et puis on repart pour un tour, avec les seconds rôles, puis les premiers, puis tout le monde ensemble, puis le chef d'orchestre, puis les premiers rôles. Et pendant ce temps là tu continues à applaudir, à t'en faire mal aux mains !

Mais la soprano, mimi, ouah ! Quelle voix !!
[je vous présente la vie bordelaise très vite)

La bohème, Puccini
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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 19:37

Fiodor Karamazov est un père de famille russe sans scrupule. Un mauvais homme. Il a trois fils : Dimitri, l'aîné, militaire, colérique, impétueux. Ivan, homme solitaire, raisonné, rationnel, ne croyant pas en Dieu. Et Alexei, le plus jeune, engagé dans les ordres, homme de foi et de justice.
L'amour que Dimitri porte pour Grouchenka est contrarié par son père, qui souhaite lui-même l'épouser.


Difficile de faire un résumé de ce livre tant il est immense. Un peu plus de 1000 pages dans la collection que je possède. J'ai mis près d'une année à le lire. J'aime beaucoup Dostoïevski pour sa façon d'écrire, son sens du détail, sa façon de cerner les personnages. Et ce livre est un petit chef d'œuvre. Le plus grand pour beaucoup des admirateurs de l'écrivain.
La famille Karamazov présente tous les problèmes qu'une famille peut connaître. L'argent. L'amour. Le sentiment d'abandon. La différence de point de vue sur le sens de la vie. Et pourtant, cette famille qui se déchire laisse place parfois à tellement de bonté. Un véritable esprit fraternel semble même toucher les frères à la fin du livre.

Ce livre est une fresque. Une fresque des bouleversements que la Russie traverse à la fin du XIXème siècle (l'abolition du servage, la remise en question de la religion). C'est un livre très mystique (le personnage du staretz notamment). Il faut toujours être concentré au moment de la lecture. Parfois, les choses vont tellement en profondeur qu'il me fallait relire la page trois fois avant de parfaitement cerner une idée. C'est aussi un livre russe dans toute sa splendeur pour les noms (composés, souvent deux prénoms, les personnages ont en moyenne cinq surnoms !).

Alexei semble, au contraire des autres, être le personnage parfait. Dostoïevski avait perdu l'année précédente son fils de trois ans, nommé Aliocha. Et il semble avoir voulu donner toutes les qualités à celui-ci (modestie, sens de la réflexion, de l'honneur, quête de la bonne décision, du bon chemin à prendre).

 

La morale de cette histoire ? J'ai l'impression que Dostoïevski ne croit pas en l'athéisme. Qu'il en a peur. Il considère que l'homme non-croyant serait capable des pires atrocités. Sans pour autant donner une vision très optimiste du croyant. Dostoïevski était pendant très longtemps un agnostique, avant de devenir un fervent croyant sur la fin de sa vie. Son livre s'en ressent.

Voilà, ca y est. Après l'Idiot, Souvenirs de la maison des morts, Crimes et Châtiments, et donc Les frères Karamazov, j'en ai fini avec mon Dostoïevski. Il y a bien d'autres livres (Le joueur, L'Eternel mari, L'adolescent). Mais je crois avoir fait le tour des principaux. Néanmoins, je pense rester en Russie. Les nouvelles de Pouchkine m'accompagnent.

 

Citations .

Plus j'aime l'humanité en général, moins j'aime les gens en particulier.

On compare parfois la cruauté de l'homme à celle des fauves, c'est faire injure à ces derniers.

Rien ne peut compenser une seule larme d'un enfant.

Il vaut mieux laisser partir dix coupables que châtier un seul innocent.

Comme la vie est belle quand on a fait quelque chose de bon et de vrai.

 

 

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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 10:30

C'était un accident bête, un vélo sur le sol

Le pavé heurtant ta tête, le sang coulant dans la rigole.


J'étais chez moi, je t'attendais,

un drôle d'émoi me parcourait,

sans nouvelle je pris la route,

dans ma cervelle campait le doute.


Sur les lieux de l'accident je ne comprenais pas

qui gisant, qui ne se relèverait pas

trouvant ma boucle d'or

teintée de sang et or.

Une souffrance indescriptible, un couteau dans le cœur,

un mal incombustible me plongeant dans le malheur,

c'était les cris, c'était les larmes,

l'incompréhension, les appels à Dieu,

 j'étais proscrit, j'étais sans arme,

sous-tension et ne pouvant te dire adieu.


Je pleurais nos moments passés,

je pleurais nos moments futurs,

je pleurais nos souvenirs,

je pleurais notre avenir,

toutes ces choses que nous voulions faire à deux,

toutes ces choses que l'on fait en amoureux.

Je me retrouvais seul au milieu de la route,

au milieu de ma vie, au milieu de mes doutes,

sans la lumière qui éclairait mes jours,

sans la flamme qui éclairait notre amour.



Je me suis réveillé au milieu des draps mouillés,

un océan de larmes reposait sur l'oreiller,

je tournais la tête, observant ton visage,

me faisant une vraie fête d'un tel paysage.

Ce matin j'ai pleuré
 parce que tu étais vivante,

à mes côtés, telle une revenante.


J'ai pleuré nos moments passés,

j'ai pleuré nos moments futurs,

j'ai pleuré nos souvenirs,

j'ai pleuré notre avenir,

toutes ces choses que nous allons faire à deux,

 toutes ces choses que l'on fera en amoureux.

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 15:30

Dans-mes-yeux.JPG           A mes yeux c'est la plus belle

Beauté sans pareil

j'y tiens comme à la prunelle

de mes yeux émerveil

 

A mes yeux c'est une princesse

tout droit sortie d'un Disney

d'une infinie tendresse

comme les contes enchantés

 

A mes yeux, c'est un enfant

resplendissant tel un diamant

avec son air innocent,

ses yeux couleur océan

je m'y plonge et souvent,

souriant, devenant ardent

jamais autant

je ne me sens vivant

A mes yeux c'est un soleil

éclairant mes journées

réchauffant mes oreilles

de douces paroles aimées

 

A mes yeux c'est l'amour

A mes yeux c'est la vie

A mes yeux c'est toujours

 un petit goût d'Asie

P1060098.JPG

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 08:57

Souvenirs-de-la-maison-des-morts-russe-dostoievski.jpgAprès L'idiot, après Crime et châtiment, voici le troisième ouvrage de celui que je considère à l'heure actuelle comme mon auteur favori.

J'aime Dostoïevski car j'aime la belle littérature, j'aime le rythme des descriptions, j'aime la phrase qui me fait m'arrêter pour réfléchir à son sens. J'aime Dostoïevski car il peut exprimer en quelques mots ce que d'autres expriment en plusieurs pages. Et puis ce style russe me plaît énormément. C'est d'ailleurs pour cette raison, je pense, que j'ai trouvé le style de Boris Vian si faible. Le problème de la comparaison avec le maître russe.

 

Pourtant, Souvenirs de la maison des morts n'est pas le meilleur livre de Fiodor. Mais il est sans aucun doute le plus personnel. Dostoïevski a passé quatre années dans un bagne de Sibérie, à Omsk. Ce qu'il écrit là est quelque chose de vrai, de véritable, quelque chose qui s'est vraiment déroulé au milieu du XIXème siècle. L'auteur a été envoyé là-bas en raison de ses idées politiques, il avait rejoint un club « progressiste », et l'empereur Nicolas Ier avait la phobie de ces clubs depuis une insurrection (les décabristes de 1825). 

Dostoïevski est un noble, et il nous fait bien comprendre que ce n'est pas un avantage dans le bagne. Il évite cependant les punitions corporelles, véritable hantise de chaque prisonnier.

Le temps qu'il passe dans la prison lui permet de mieux comprendre ses contemporains. Il les observe, il les scrute, il nous les décrit. Nul doute que ce temps passé là-bas aura servi à ses prochains livres (dont Crime et châtiment).


Le livre narre le quotidien des bagnards. Les premiers mois, les rencontres, le rythme à prendre. La routine. Le travail. L’hôpital. Noël. Les animaux. L'hiver. L'été. L'envie d'évasion. Tout y passe, et c'est pour cela que j'aime à dire que Dostoïevski est un auteur complet. Ces ouvrages abordent une idée simple, ici la vie au bagne, mais l'idée est retournée et observée dans tous les sens si bien que l'on finit par en avoir fait le tour. Et lorsque l'on tourne la dernière page, on ne peut s'empêcher de penser que tout a été dit. Cela ne vaudrait plus le coup de reprendre le même sujet, à cette même époque, car on ne pourrait faire mieux. 

 

Extraits : « Oui, l'homme a la vie dure ! Un être qui s'habitue à tout. Voilà, je pense, la meilleure définition qu'on puisse donner de l'homme. » "L'homme est un animal d'accoutumance"


« Ce qui m'a frappé dès mon entrée dans cette vie, c'est, il m'en souvient, de n'y pouvoir rien trouver d'extraordinaire ou pour mieux dire d'inattendu. »

" On ne peut juger de certaines choses, si on ne les a pas éprouvées soi-même".

" On trouve quelquefois une jouissance aiguë dans la conscience de l'immensité de son propre malheur"

 

Vocabulaire

 

Outrecuidant : Qui a une confiance excessive envers lui-même, qui a une propension à se croire supérieure aux autres

 

Couard : Qui est poltron, qui n'a pas de courage.

 

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 08:47

J'ai découvert Thomas Mann grâce à Luchino Visconti. Dirk Bogarde m'avait époustouflé, je le revois encore crier « Tadzio » dans Mort à Venise. Alors je me suis lancé.

mort-a-venise-Visconti.jpg

Le livre de l'écrivain allemand est intitulé Der Tod in Venedig dans la langue de Goethe. J'ai été surpris par le vocabulaire utilisé, parfois difficile à comprendre. Et pourtant, je l'ai bien lu en français. Les différences entre le livre et le film sont nombreuses. Dans l'ouvrage nous sortons dans Venise, Gustav Von Aschenbach est un écrivain et non pas un musicien. Mais l'esprit reste le même, celui d'un amour interdit, celui d'un amour pédophile. L'écrivain choisit de rester dans Venise, devenue ville fantôme, déchirée par un mal qu'est le choléra. Il reste pour son amour, pour l'observer, pour le scruter. Il ne saura jamais si cet amour est réciproque, n'osant aborder le jeune Polonais, son Tadzio. 

L’œuvre de Thomas Mann dispose donc d'un vocabulaire extrêmement riche, parfois trop pour moi. Les références à la mythologie sont nombreuses, et j'avoue ne pas toujours avoir compris. Thomas Mann ne cachait pas que son œuvre était inspirée par des personnages réels (les traducteurs polonais ayant retrouvé le Tadzio!).

Extrait :

D'être seul et de se taire, on voit les choses autrement qu'en société ; en même temps qu'elles gardent plus de flou elles frappent davantage l'esprit ; les pensées en deviennent plus graves, elles tendent à se déformer et toujours se teintent de mélancolie. Ce que vous voyez, ce que vous percevez, ce dont en société vous vous seriez débarrassé en échangeant un regard, un rire, un jugement, vous occupe plus qu'il ne convient, et par le silence s'approfondit, prend de la signification, devient événement, aventure, émotion.

 

Thomas Mann, Tristan

Gabrielle Klöteryahn arrive à Einfried, maison de repos. Elle bouleverse l'écrivain Spinell, qui perd son temps chaque année ici. De discussions en discussions, les deux personnages centraux finissent par se rapprocher et l'apogée de leur rencontre se fait une journée, au son du piano, avec l’interprétation par Gabrielle de Tristan et Iseut de Wagner. Spinell, tourmenté, accuse le mari de Gabrielle d'être indigne d'elle, alors que celle-ci décède.


Drôle de passion mise en scène ici par Thomas Mann. L'écrivain raté semble être à la recherche d'un objectif de vie, et il est prêt à tout donner pour Gabrielle. Celle-ci, frêle, fragile, pure, correspond à ses attentes. La scène du piano est magique et terrible à la fois.

Extrait : Sa belle humeur était celle d'un homme dont l'estomac et les finances sont en règle.

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