30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 09:22

Quel est le sport tilquois ? Quelle est aujourd’hui la spécialité du village ? En y réfléchissant un peu, je me dis que Tilques fait partie du groupement de Saint-Omer rural en matière de football, et ainsi ma formation à l’ESSOR est assez symbolique. Avec des copains, nous avons aussi développé le FC Tilques, en mode football loisir. Ainsi, sans forcément nous en rendre compte, nous prenions la relève des footballeurs de la J.S.T., la Jeunesse Sportive de Tilques, créée en 1937. La plus vieille photo que je connais a été prise pendant la seconde guerre mondiale, en 1942. Est-ce le match pour les prisonniers de guerre datant de cette année-là dont je vous ai déjà parlé ? Peut-être. On y remarque le maillot violet frappé du sigle J.S.T., ainsi que Gaston Bonnet dans l’équipe (oui, le même qui a donné son nom au stade de Saint-Omer).

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 80.

Dussaussoy Roland, Legrand Jean-Jacques, Tilques, la mémoire et l’histoire par les photos, 1999, p. 80.

De gauche à droite, en haut : Roger Grébret (dirigeant), André Hermel, René Devos, Alfred Foulon, Emile Taine, Gaston Bonnet, Charles Roussel. En bas : Eugène Butin, Jean Evrard, Paul Macrel, Robert Demaretz, Gaston Auxenfants (capitaine).

 

Au niveau des surnoms, la source de cette photo me parle des « canotiers ». J’ai aussi vu à plusieurs reprises le terme de « carottiers ». Où se dispute ce match ? Au départ je pensais au centre du village mais je ne suis pas sûr que ce soit à Tilques. Imaginez, à l’époque, le fait d’aller à l’extérieur : pas de bus ou de voiture ! Toute l’équipe enfourche son vélo et 20 kilomètres plus loin vous allez parfois disputer votre match ! On comprend mieux l’avantage de jouer à domicile à cette époque !

A noter que le capitaine, Gaston Auxenfants, devait, comme beaucoup de jeunes hommes à Tilques, partir au S.T.O. pendant la guerre… mais il jouait au football avec le club et il s’est cassé le pied. Plâtré, il échappe ainsi à l’Allemagne ![1]

 

La J.S.T. s’arrête aux lendemains de la seconde guerre mondiale (la dernière photo en ma possession date de 1948), puis est refondée vingt ans plus tard, à priori en 1969. C’est l’idée de Gaston Auxenfants, devenu président, qui monte une équipe avec ses deux fils Philippe et Jean-Luc pour base. Le maillot est rouge et noir, sur le modèle de Nice. Deux équipes existent : les cadets et les seniors. Ceux-ci ne sont pas toujours au complet et il faut que des jeunes viennent les renforcer régulièrement.

Le maillot de Didier Helleboid

Le maillot de Didier Helleboid

  Football, sports sanglants et jeux bizarres de ducasse

De gauche à droite, en haut : Philippe Auxenfants (cap.), Joseph Sciacaluga, Manuel Wanwinck, Gilles Bayard, Hervé Beauchamp, Michel Fardoux, René Barrère.

En bas : Michel Leroy, Daniel Toupiole, Didier Helleboid, René Mesmacre, X (Houlle), Joël Dive.

 

Le terrain se trouve au croisement de la rue de la Croix et de la rue du Château. Aujourd’hui c’est une pâture. A l’époque c’est…. aussi une pâture ! En début de saison, « tous les ans on allait avec la faucheuse, puis le rouleau et enfin une machine à carottes qu’on utilisait pour marquer le terrain avec de la chaux »[2]. « Sur le terrain, il fallait enlever toutes les bouses de vache avant le début du match car Legrand laissait là ses bêtes le reste de la semaine »[3]. Pour Francis Doyer, qui vient souvent faire l’arbitre, « un seul club avait ce fonctionnement-là ! ». Et pour cause, imaginez un vestiaire dans les locaux de la MJC, à… 1 kilomètre du terrain ! « Pas de douche, un bac d’eau dehors, on se lavait avec les gouttières qui arrivaient »[4]. Quelques entraînements pendant les vacances et c’est tout (les joueurs travaillent ou sont en étude). L’équipe monte toutefois rapidement en troisième division, et rencontre alors des clubs comme Blendecques, Esquerdes, Hallines, Dohem, Quiestède, Roquetoire, Saint-Martin-au-Laert ou Watten. Le village vient voir ses enfants, et doit pour cela payer l’entrée ! « Il y avait une ambiance particulière, on ne jouait pas pour gagner ou pour monter de division, on jouait pour se retrouver le dimanche »[5]. C’est cette bonne ambiance qui reste dans les récits, et certains regardent encore parfois leur ancien maillot avec un petit pincement au cœur.

Après le match, on se retrouve chez Sailly pour une 3ème mi-temps qui restait toujours saine. Le club reste confronté à des problèmes d’effectifs (les fermiers sont très occupés, les jeunes partent à l’armée et/ou en étude) et une fusion a alors lieu avec Moringhem en 1972. Elle dure jusqu’en 1976 avant la fondation de l’ESSOR en 1977.

 

Un autre sport voit aussi son équipe se développer, c’est le ping-pong ! Cela se passe au début de la décennie 1990, via le foyer rural (créé en 1981). Pendant trois ans les pongistes tilquois vont affronter les joueurs d’Eperlecques, de Quercamps, de Blendecques, de Wizernes ou encore de Saint-Martin-au-Laërt. Parmi eux : Jean-Jacques Leblond, Arnaud Devos, Frédéric Huyart, Anthony Delattre (peut être aussi Frédéric Fournier). Ils sont encadrés par Claude Revel et Jean-Jacques Legrand. L’expérience ne s’inscrit toutefois pas dans la durée en raison des effectifs (il fallait être 3 minimum pour une équipe) et des problèmes logistiques (trouver des voitures à chaque match !).

 

Pas dans la durée non plus mais j’ai des bons souvenirs : les 10 kilomètres de Tilques (ou du château de Tilques) ! Le projet est monté par Xavier Dassonneville (Association Défi Frangins Aventure) et semble dater de 1991 (9ème édition en avril 1999). 3 tours du village, une animation devant l’école, des courses pour les enfants (notamment un 1,5 kilomètres il me semble). L’événement amène du monde dans le village (272 participants en 2000, pour ce qui semble être la dernière édition).

18 avril 1999

18 avril 1999

Le village voit aussi la création d’un tournoi de pétanque. Un groupe se met en place au sein du foyer rural au milieu de la décennie 1990 (Jean-Paul Lambert en est le responsable en 1996), le tournoi se déroulant mi-août. Un tournoi de tennis a également lieu à cette époque.

 

Il existe aussi, via le foyer rural, du tir à la carabine, à l’arc et au javelot. Là, par contre, c’est une vraie tradition. En effet, la Société des Francs-Tireurs de Tilques est apparue en 1892, et elle participe et organise de nombreux rassemblements de tirs. Les carabiniers tilquois semblent plutôt doués. Cette société semble prendre la suite du tir aux pigeons… vivants ! Nous sommes en 1887, et on annonce que le dimanche 28 août un grand tir aux pigeons aura lieu chez Cappe. Le journal local a une opinion tranchée sur le sujet : « il ne manquera pas d’amateurs pour le massacre des innocentes petites bêtes »[6]. La pratique est interdite en France en… 1976 ! Sans surprise, les jours suivants, le même monsieur Cappe annonce qu’il fait de la poule aux pigeons dans son cabaret !

Dans la même thématique, il y a un autre sport… enfin, c’est pas vraiment un sport… euh, bon, à vous de décider ! Les combats de coqs ! Ainsi, le 18 mai 1914, on annonce la tenue de combats au café de l’abattoir à Saint-Omer « contre la Société de Longuenesse et les carottiers de Tilques ». Décidément, le surnom de carottiers est utilisé dans tous les domaines ! J’ai retrouvé le gallodrome tilquois : un concours de combat de coqs est organisé dans le village, à l’estaminet Cappe-Dubois, le 15 mars 1908[7].

 

Dans l’ensemble le sport tilquois tourne beaucoup autour des animaux. Un autre « sport » concerne les chevaux, avec des concours hippiques. Tilques se fait un nom dans ce domaine au tournant du XXème siècle, avec le « Haras d’Ecou » : Henri Lelièvre, dresseur-entraîneur, vous propose dressage et entrainage [sic !] de chevaux. Plusieurs fois des Tilquois participent (et gagnent) des concours de pouliche et autres chevaux, surtout les familles… Legrand et Taffin de Tilques. Oui, l’équitation est un sport de famille aisée !

Le mémorial artésien, 27 décembre 1891

Le mémorial artésien, 27 décembre 1891

Pour les autres jeux, je les retrouve notamment les jours de ducasse. C’est quoi la ducasse ? (car tous les lecteurs ne sont pas du nord de la France) C’est la fête du village. A l’origine elle avait lieu en octobre (période monarchique). Après 1870 (j’ignore quelle année exactement), c’est devenu une fête en juillet, autour du 14 : un symbole républicain ! Ainsi, voici une description de la fête du 14 juillet 1912 : « rares étaient les maisons de la route nationale et des différents quartiers qui n’eurent pas arboré les couleurs nationales (…) la fête s’est continuée dans le marais comme cela a lieu tous les trois ans. A 3 heures ½ des bateaux magnifiquement décorés et pavoisés venaient chercher au rivage communal M. le maire et le conseil municipal ainsi que les nombreux curieux qui, attirés par le charme d’une promenade en bateau, escomptaient bien trouver au bord de l’eau un peu d’ombre et de fraîcheur. MM. Mièze Frédéric et Planquette Charles, conseillers municipaux du marais (…). Les joutes organisées ont commencé aussitôt. Jamais elles ne furent plus intéressantes, huit passes successives eurent lieu (…). D’autres jeux et le mariage flamand, scène burlesque qui amuse toujours, terminèrent la fête (…) qui se clôtura par un bal champêtre chez M. Dubont-Castier »[8].

Ah, le bal du village ! Un grand classique. Là où je suis un peu plus perdu c’est cette histoire de « mariage flamand », un jeu qui existe à l’époque (j’en trouve la mention entre 1890 et 1912) et dont on a perdu la trace (si vous avez l’info ça m’intéresse, même Google ne connaît pas !). Pour les joutes c’est quelque chose qui a existé il n’y a pas si longtemps (et que je voudrais bien revoir !). Il semble que les habitants du village soient des spécialistes dans ce domaine puisqu’ils participent à un tournoi dans le Haut Pont le 24 juillet 1895, ou organisent un match aller-retour en juin-juillet 1896 contre Salperwick[9]. Une association tilquoise encadre cette pratique : la société du sport nautique.

Le mémorial artésien, 17 juin 1895

Le mémorial artésien, 17 juin 1895

Ce document est intéressant car il évoque d’autres jeux. Ainsi les courses à l’escute ; ce dernier est un bateau du marais audomarois, des barques individuelles (ou pour deux personnes), pas forcément très stables, sur 5 mètres de long. J’observe aussi parfois des « courses en périssoires », ancêtres du canoë, que l’on retrouve sur le tableau de Caillebote (oui, l’art a aussi sa place dans cet article !).

Gustave Caillebote, Les périssoires, huile sur toile, 155 x 108 cm, 1895, Musée des Beaux-Arts de Rennes.

Gustave Caillebote, Les périssoires, huile sur toile, 155 x 108 cm, 1895, Musée des Beaux-Arts de Rennes.

Pour « la lutte norvégienne », voici une description contemporaine trouvée : « elle se pratique avec des coiffures spéciales. Les lutteurs se placent dos à dos. Les coiffures sont attachées avec une corde. Sur un signal, les deux lutteurs tirent chacun en avant jusqu’à ce que l’un deux soit amené sur le dos »[10]. En plus des joutes, je retrouve en juillet 1893 « le dentiste comique ». Là encore, c’est un mystère ! (peut-être un simple divertissement)

 

En remontant un peu plus loin, j’ai retrouvé les jeux du 28 août 1859 à l’occasion de la paix ! Quelle paix ? C’est la fin de la campagne d’Italie, la France est intervenue pour repousser les Autrichiens (la grande phase de l’unité italienne). Pour fêter ça, plusieurs jeux sont organisés à Tilques, tels que la course au cochon, le mât de cocagne et le jeu d’oie. Après ces divertissements il y a un grand bal champêtre. Pour la course au cochon et le jeu d’oie, je mise sur des sortes de tiercé, avec peut-être le gagnant qui remporte la bête (ma sœur a gagné un lapin un jour de ducasse de cette façon). Pour le mât de cocagne, vertical ou horizontal, l’objectif est d’aller récupérer des objets.

Mât de cocagne, MUCEM, 1990.39.19

Mât de cocagne, MUCEM, 1990.39.19

Plus récemment, dans mes ducasses, ça partait aussi un peu dans tous les sens (en plus des manèges et autres des forains) : tournoi de football, balade en calèche, vélos fleuris (petite pensée à Alexandre dans mon fossé avec son vélo), concours de déguisements pour enfants, course de sacs, baby-foot humain, combat du sumo, rodéo mécanique, ventriglisse ou encore le tiercé à poneys (où j’ai rassemblé deux photos de mon père, la première où il passe en tête, la seconde où il va tomber !). Le soir de la danse country, danse traditionnelle, du karaoké, un orchestre pour danser, la retransmission des matchs (en année de Coupe du monde ou d’Euro) et bien sûr le feu d’artifice !

  Football, sports sanglants et jeux bizarres de ducasse

J’ai aussi connu les intervillages comme celui organisé à Tilques dans la pâture de Philippe Dassonneville au tournant de la décennie 1990. J’ai retrouvé des traces vidéos d’un autre, le 26 juillet 1992, à Bonningues les Ardres. Il rassemble le village local vs. Tilques vs. Nordausques vs. Tournehem. J’y vois notamment un jeu où on doit attraper des truites, un relais enfant mélangeant course avec une roue de vélo et montée à la corde, un tir à la corde entre les hommes forts… on m’a d’ailleurs raconté que les hommes du village s’entraînaient au tir à la corde en face d’un… petit tracteur des Wavrant ![11] Le dernier jeu, le plus spectaculaire, était une traversée de piscine où il faut éviter les tirs de l’équipe adverse. J’ignore qui a gagné mais ce n’était pas le plus important ! D’ailleurs mes jeux préférés restent ceux quand il y a de l’eau ! Je termine donc avec une bataille de polochon au-dessus d’une piscine lors de la ducasse 1996 !

 


[1] Interview Colette Lemaire-Auxenfants, 29 avril 2020.

[2] Interview Didier Helleboid, 28 avril 2020.

[3] Interview Philippe Dassonneville, 26 avril 2020.

[4] Interview Philippe Dassonneville, 26 avril 2020.

[5] Interview Didier Helleboid, 28 avril 2020.

[6] Le mémorial artésien, 28 août 1887

[7] Le mémorial artésien, 23 février 1908.

[8] Le mémorial artésien, 20 juillet 1912.

[9] Le mémorial artésien, respectivement 15 juillet 1895 et 14 juillet 1896.

[10] PETROV Raïko, L’ABC de la lutte, FILA, 2003.

[11] Interview Philippe Dassonneville, 26 avril 2020.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Plus De Blogs