30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 10:02

Emirates ayant choisi d’être le ticket le moins cher pour la Zambie, me voici à Dubaï le temps d’une escale de 9h… Hum. Que faire pendant 9h d’escale ? D’ordinaire, je me serais sûrement retrouvé caché entre deux rangs de sièges, la bouche entrouverte, rêvant à mon lit douillet. Mais Dubaï ne nécessitant pas de visa, je me dis que c’est le moment de voir à quoi ressemblent les Emirats Arabes Unis ! J’en profite pour faire tamponner pour la première fois mon nouveau passeport (l’ancien n’ayant plus de page disponible… oui, je me la pète ! mais c’est tout de même un beau symbole d’une jeunesse réussie !). Et je prends un taxi pour 5 euros (enfin, en dirhams), direction le centre-ville.

Des tours. Des tours. Des tours. Voilà à quoi ressemble Dubaï. La nuit, quand elles sont éclairées, ça donne une vision sympa.

Dubaï by night
Dubaï by night

Il n’empêche, un drôle de sentiment se dégage rapidement : être à Disneyland. Cet ensemble de bâtiments semble irréel. Il y a plein de couleurs. Avec la musique du monde des poupées, on s’y croirait sans doute. Il est loin le temps de la ville des pêcheurs de perles de la fin du XIXème. 1 000 habitants en 1800, 2 millions aujourd'hui ! Dubaï s’est développé à très grande vitesse, et j’ai l’impression que l’artificialité des îles rejaillit sur l’ensemble de la ville. Il est deux heures du matin, il fait au moins 35 degrés, et je croise seulement des balayeurs venus du sous-continent indien. Sensation bizarre.

Mon objectif de la nuit est le Burj Khalifa. Depuis 2009, elle est la tour la plus haute du monde : 828 mètres ! Forcément, ça donne le torticolis. Et j’ai beau réfléchir et me déplacer cinquante fois : impossible de l’avoir en entier sur une photo !

Dubaï by night

Difficile également de montrer cette hauteur impressionnante. A quoi correspondent 828 mètres ? 2 tours Eiffel et demi. Pour mieux comprendre, je vous mets une photo de la tour avec les autres qui, en comparaison, ressemblent à de vulgaires cabanons en bois (c’est pourtant les tours que vous voyez sur les deux premières photos !)

Dubaï by night

La ville veut être la destination du luxe par excellence. Clairement, c’est sans aucun doute ce qui me correspond le moins au monde. Je suis venu. J’ai vu. Je ne reviendrai plus.

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 13:23

Cinq ans plus tard, me revoici dans la capitale britannique, arpentant des rues bien connues puisque tant de fois empruntées à une époque erasmussienne. Londinium, son agglo de 11 millions d’individus, ses 28 millions de touristes par an. Et moi, arrivé dans mon petit bus Eurolines à la gare de Victoria. Quatre jours pleins pour voir et revoir les charmes de la perfide. Car oui, Londres est cool. Voici les trois raisons principales :

- des musées gratuits

La National Gallery, l’un de mes musées préférés. Surplombant Trafalgar Square, où trône le grand Nelson, le musée propose quelques tableaux incroyables (les Ambassadeurs d’Holbein, les quatre âges de l’homme de Valentin de Boulogne) et d’autres ultra-connus (les Tournesols de Van Gogh, 19 Monet…). Or, quel est le prix de l’entrée ? 0. Enfin, le musée nous propose de l’aider, avec des troncs postés dans des endroits stratégiques. Le prix est le même au British Museum ou au Tate… Génial.

J’en ai profité pour découvrir le musée d’histoire naturelle (dont l’entrée fait très église !), peut-être moins impressionnant qu’à New York, mais qui vaut le détour.

Londres, I’m back

- des parcs gigantesques

Londres est verte. Bon, attention, ce n’est pas un parc naturel ! Il y a des voitures, des métros, du bruit etc. un peu partout en ville. Mais, contrairement à Paris, l’extrême centre-ville est vraiment fourni en parcs : Green Park, Saint-James Park, Hyde Park, Regent’s Park, les jardins de Kensington (avec son palais, où résident William, Kate et leurs charmants bambins….vive la République ! pardon, un réflexe).

Londres, I’m back

En vérité, il faut remercier la couronne pour ces parcs et pour cause : ce sont des parcs royaux ! A la base, ils étaient souvent des anciennes réserves de chasse de la famille royale, et aujourd’hui ils sont mis à la disposition du public grâce au bon vouloir de la monarchie (car ils appartiennent toujours en propre à la reine !). Sympa hein ! 22km² de parcs royaux sont donc présents dans le Grand Londres.

Je me suis dirigé vers Greenwich, l’un des parcs que je n’avais jamais vu… grave erreur ! C’est sans doute l’un des plus beaux ! Il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco pour abriter l’observatoire royal : le point de départ du méridien le plus célèbre !

Londres, I’m back

La vue en haut du parc est époustouflante : on peut y voir le tout Londres ! Enfin presque ! De la City au quartier d’affaire de Canary Wharf jusqu’à l’O² Arena. La vue plongeante permet d’observer le parc, avec au fond, au centre, le musée maritime (installé dans la maison de la reine…puisqu’on vous dit qu’elle est sympa !) Juste derrière, un ensemble architectural impressionnant, l’Old Royal Naval College, aujourd’hui aux mains de l’université de Greenwich.

Londres, I’m back
Londres, I’m back
Londres, I’m back
Londres, I’m back

- une ville qui bouge

Là, une nouvelle fois, je vais comparer à Paris. Non, Paris n’est pas mort. Mais ce n’est clairement pas la ville de la fête en Europe. Londres, par contre, a une belle réputation en la matière. Mais je ne veux pas simplement parler des soirées ou boîtes de nuit. Londres vit et bouge dans son architecture. J’ai refait ma traditionnelle marche le long de la Tamise (connue de tous ceux qui sont venus me voir à l’époque). Et j’ai été surpris par le rythme des constructions ! De grandes tours ont surgi en cinq années ! J’ai notamment découvert le « talkie-walkie », surnom du 20 Fenchurch Street, terminé en 2014. Cette tour est géniale car…on peut aller au dernier étage gratuitement pour profiter de la vue ! Il faut réserver à l’avance, mais le Sky Garden vaut clairement le détour.

Bon, cette tour est également source de sacrées polémiques… (aspect visuel pour la tour de Londres, réfléchissement des vitres qui permet de faire cuire un œuf au sol dans les rues environnantes (la température peut atteindre 90°C !)). Mais pour le touriste que j’étais, elle est pratique (et cela manquait à la capitale britannique).

Londres, I’m back
Londres, I’m back
Londres, I’m back

J’ai également eu la chance d’assister au BBC Proms, festival de musique classique, à l’intérieur du Royal Albert Hall…. Outch ! Ouf ! Argh ! Oui, c’est un peu mon résumé de cette salle de concert mythique, qui peut encore réunir 5 500 spectateurs (8 000 à la base). Je pense que c’est la plus belle salle que j’ai vue dans ma vie. Le concert débute avec la toccata et fugue de Bach, sur le deuxième plus grand orgue d’Angleterre… Au niveau du son, ça envoie ! Puis l’orchestre prend le relais, avec une présentation très show à l’américaine. Une centaine d’enfants font les chœurs. La Valkyrie. Bizet…. C’était selon le Daily Telegraph le meilleur prom de l’année. Pour 12 pounds. Merci !

Londres, I’m back
Londres, I’m back

Bon, Londres reste une grande ville, et je refuserais quand même d’y habiter pour 4 000 euros par mois… beaucoup trop de monde !! Les touristes étaient partout (une queue incroyable pour le musée d’histoire naturelle, Greenwich, et surtout à Camden Town, soi-disant haut-lieu punk et altermondialiste, mais qui pue l’arnaque touristique). La qualité de vie reste moyenne, le métro coûte un bras (et tu y perds une heure de vie par jour), la bouffe est loin d’être extra et la pollution est impressionnante pour le campagnard que je suis (mon nez était en sang chaque soir). Mais pour visiter, surtout quand on habite dans le Nord (bus aller-retour Lille-Londres pour 40€…), ça serait dommage de se priver !

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 21:52

Je dois admettre que ces vieilles cartes postales de Saint-Omer me passionnent. Une nouvelle livraison m’est parvenue récemment, et je replonge donc dans la correspondance de mes aîné-e-s au début des années 1900, avec une ville qui a souvent bien changé…

Saint-Omer, à l’ancienne (2)
Saint-Omer, à l’ancienne (2)

La place Victor-Hugo Cette carte est datée du 1er juillet 1910. Elle est envoyée par Eulalie Guilbert à Edmond Beaurain, domicilié à Mitry-Claye (Seine et Marne), pour un « Bonjour amical, Mes meilleurs vœux ». On peut remarquer le peu d’évolution dans l’architecture de la petite place audomaroise (hormis les deux grands arbres). Aujourd’hui immense parking, elle est simplement empruntée par deux chevaux et un charretier sur la carte.

Saint-Omer, à l’ancienne (2)
Saint-Omer, à l’ancienne (2)

Le marché aux poissons. Là, nous sommes aujourd'hui sur la place Pierre Bonhomme, au sortir de la Grand’ Place. La différence est importante, puisque la halle aux poissons a disparu (et même le nom de la place a changé). Construite en 1884, elle est détruite en 1945. Les maisons à l'arrière sont par contre restées très similaires. J’aime beaucoup cette carte pour le public présent : travailleuses avec des espèces de grands seaux ou paniers, hommes souriants à l’arrière (notamment celui avec son chapeau), femmes aux longues robes…

Saint-Omer, à l’ancienne (2)
Saint-Omer, à l’ancienne (2)

La place Sainte-Marguerite. Si, si, j’vous jure, c’est le même endroit ! Pas évident à première vue, je le reconnais. La carte est datée du 3 septembre 1907. La place Sainte-Marguerite tire son nom de l’église éponyme. Je la connaissais pour une raison : dans mes recherches généalogiques, je me suis retrouvé avec un acte de naissance de Saint-Omer (Sainte-Marguerite), qui est l’une des six paroisses de la ville. Bref, cette église est détruite à la révolution française. Mais la place garde son nom… jusqu’à Alexandre Ribot (c’est le nom de la place aujourd’hui). Aujourd’hui, la poste de Saint-Omer trône au milieu de la place. La seule similitude tient au bâtiment à l’arrière de la poste, qui est le même que celui derrière le kiosque : l’école Jules Ferry. La place fait clairement plus bucolique en 1907, avec le kiosque et les arbres. Trois hommes semblent d'ailleurs tranquillement profiter du lieu. 


La carte est envoyée par Eulalie Guilbert à Edmond Beaurain. Au-delà du message, assez classique ("Sincères amitiés et meilleurs souhaits"), c'est le lieu de destination qui est intéressant, car Edmond Beaurain est domicilié à cette période à Champigny : Pivot d'armes, 4ème escadron, 19ème chasseurs !

Saint-Omer, à l’ancienne (2)
Saint-Omer, à l’ancienne (2)

Le monument de Jacqueline Robins. Pour cette première carte postale en format portrait, c’est un peu le jeu des 7 différences ! Et pour cause, le monument de Jacqueline Robins a été remplacé par celui d’Alexandre Ribot (toujours dans les bons coups !) sur la place du Vainquai (en face du Bretagne). La tour de l’abbaye Saint-Bertin s’écroule quant à elle en 1947, ce qui fait qu’aujourd’hui, en plus de la végétation beaucoup plus fournie, on ne puisse plus rien observer en arrière-plan.

Mais qui est cette Jacqueline Robins ? Là, c’est une histoire un peu folle. Cette veuve serait une batelière qui réussit à sauver la ville d’un siège en 1710, au péril de sa vie (elle navigue jusque Dunkerque, et ramène du ravitaillement). La statue est inaugurée en 1884. Le problème, c’est qu’en 1710 la ville n’est pas assiégée… et toute l’histoire semble peu à peu ressembler à une légende ! Au-delà de la véracité des faits, cette statue est bien présente en août 1908, datation de la carte ! Elle est ensuite déplacée place de la Ghière en 1936 avant d’être fondue par les Allemands en 1942 !

Cette carte est destinée à la famille Sergent-Guilbert à Muncq-Nieurlet, par Ruminghem : « Chers parents. Veuillez, je vous prie, me renvoyer mes souliers, par Marie Hermant samedi sans faute car si je continue de mettre mes bottines, je vais avoir fait vite [je pense qu’elle a oublié un mot]. Donc samedi j’irai voir si elle les a et je vous écrirai pour vous dire. A samedi. ». Tout ça, c’est écrit normalement. Et puis la carte part dans tous les sens, c’est écrit en vertical « Bonne santé ». Et à l’envers (!) : « Nous sommes rentrés à bon port et vous autres. Des compliments à tous. Mes baisers à Germaine. Votre fille et soeur dévouée. E. G. »

Saint-Omer, à l’ancienne (2)
Saint-Omer, à l’ancienne (2)

La dernière, avec Saint-Omer aviation (!), les ruines de l’abbaye Saint-Bertin et le quai du Commerce. Cette carte est datée du 1er août 1910, elle est adressée à Mr et et Mme Beaurain, cantonnier au chemin de fer par la famille Guilbert-Sergent : « Bien le bonjour ». Oui, c’est ce qu’on appelle un roman !

L’architecture du quai du commerce n’a pas évolué. On peut remarquer plusieurs péniches accostées (il y en a une autre aujourd’hui, accostée un peu plus loin, mais c’est…différent !)

Voilà pour les cartes postales audomaroises en ma possession. J'en ai un bon paquet d'autres endroits, je fais le tri et je reviens vite !

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 13:53

Une boîte métallique chez une personne âgée contient souvent 1000 trésors. Par deux fois, très récemment, j'ai pu découvrir cela. Aujourd'hui, c'est grâce à de vieilles cartes postales que je vous emmène dans un périple historique, à travers Saint-Omer.

Saint-Omer, à l’ancienne
Saint-Omer, à l’ancienne

La fameuse rue de Dunkerque, l'artère commerciale historique de la ville. Ce qui est amusant sur cette carte, c'est que la rue est à l'arrêt : tout le monde regarde le photographe.
Cette carte est datée du 2 novembre 1907, c’est-à-dire la veille de la naissance de mon arrière-grand-mère, Léa Sergent. C’est sa tante Eulalie qui écrit à sa sœur Elodie Sergent, enceinte : « Affectueux baisers de loin. Eulalie ».

Saint-Omer, à l’ancienne
Saint-Omer, à l’ancienne

Le boulevard de Strasbourg. On peut remarquer au centre un cheval tirant une charrette. Une deuxième est visible en arrière-plan, tandis qu’un homme est sur son vélo. Le Grand Garage Audomarois fait le coin avec la rue de Calais. Les couvre-chefs sont une institution.

Cette carte est datée du 24 août 1910. Elle est envoyée par un certain R. S. (Sergent ?) à Mr Sergent Guilbert. « Envoyer linge aujourd’hui mercredi. Bonjour. »

Saint-Omer, à l’ancienne
Saint-Omer, à l’ancienne

La caserne de la Barre, loin d'être un parking ! Cette carte est datée du 17 septembre 1929. Elle est envoyée par un certain Boyaval Guillemant. « Chers cousin et cousine. De la part de Louis, je vous envoie deux mots, il vous attend à la ducasse, et François pourra venir avec son fusil pour tuer du gibier. Bien le bonjour à tous ».

Saint-Omer, à l’ancienne
Saint-Omer, à l’ancienne

La Caserne de Bueil (écrit Rueil sur cette carte). Aujourd’hui, c’est localisé dans la rue Carnot (pour ce qui est l'un des bâtiments les plus horribles de Saint-Omer, le jaune et le vert pomme n'aidant pas !). Sur la droite, on peut lire l'inscription "buvette militaire". Cette carte est datée du 17 janvier 1906. Elle est envoyée par Eulalie à mon arrière-arrière-grand-mère, Elodie Sergent : « Chère sœur. Sois assez bonne de venir au devant de moi demain jeudi, car je vais être très chargée. Ne viens pas plus loin que le pont de Recques. Je descendrai là pour ne pas perdre de temps et je partirai de suite. Viens pour être là vers onze heures s.t.p. Ta sœur qui t’aime ».

Saint-Omer, à l’ancienne
Saint-Omer, à l’ancienne

Le faubourg de Lysel. Cet endroit a été asséché depuis (c'est la rue Saint-Martin, juste après le pont de la gare, en allant vers Clairmarais) Cette carte est datée du 4 janvier 1909. « Bonne et heure année. Reniez-Soupé ». Elle est destinée à Mr et Mme Sergent Guilbert et Mme veuve Guilbert, à Muncq Nieurlet, par Ruminghem.

On peut remarquer le prix du timbre : 5 centimes !

Saint-Omer, à l’ancienne

L’arsenal et l’hopital militaire. Cette carte est datée du 12 décembre 1908. « Remerciement. Votre amie. S C ». Elle est destinée à Elodie Guilbert.

Saint-Omer, à l’ancienne

Le jardin public. Elle est datée du 1er février 1906. « Chère sœur, j’arriverai samedi soir au train de 4 heures, dis à maman qu’elle repasse par chez toi, j’irai là. Peut-être que Monsieur Delattre vient samedi, s’il ne part pas trop tard je retournerai peut-être avec lui en voiture, mais je monterai chez toi tout de même. Mes baisers à Germaine. Ta sœur qui t’aime. Eulalie. »

Ce n’est pas une photo mais un dessin. On remarque les ombrelles utilisées par les femmes pour se protéger du soleil. Tout le monde porte des longs habits.

Saint-Omer, à l’ancienne

La gare, sur une carte datée du 14 mars 1906.  La gare de Saint-Omer est facilement reconnaissable, de par sa forme. Elle est inaugurée deux ans plus tôt, en 1904 (sur le fronton actuel, on peut lire 1903). Deux différences avec le bâtiment actuel : sur le toit, un clocheton trone. Il n’existe plus aujourd’hui. Sur le fronton, on peut lire « chemin de fer du Nord ». L’inscription a également disparu aujourd’hui.

Sur la place, on peut remarquer plusieurs calèches à droite et à gauche, et une au centre : celle-ci porte l’inscription « Grand hôtel de France ». Je présume que l’hôtel vient chercher à la gare ses clients. Les longues robes des femmes.

« Chère sœur. Les carottes seront à Recques jeudi soir, monsieur allant demain à Leulinghem, va les mettre là où monsieur Delattre doit les prendre demain, donc tu peux aller à Recques vendredi matin. Mon retour a bien été. Peut-être à D. ou une lettre ( ?) ; des compliments à tous. Mille baisers à Germaine. Ta sœur qui t’aime. Bonne santé. Eulalie ».

Si le sujet vous intéresse, un site est consacré aux vieilles cartes postales de Saint-Omer (la base de données a 366 cartes postales !) http://www.cpa-saint-omer.fr/cartes-recherche.html

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 17:07

« Mais, qu’est-ce que tu vas faire après ta thèse ? ». Si tu fais un doctorat, tu devras répondre à cette question environ 437 fois! (elle vient en tête, suivie de très près par « c’est quoi ton sujet au fait ? » et « mais à quoi ça sert un doctorat ? »). Bon, j’ai un problème : j’ai changé de discours environ 436 fois. Et alors que la fin de ma thèse approche à grands pas (je dirais même plus : au grand galop), il me faut un peu anticiper. Gouverner, c’est prévoir. Juillet, c’est relecture. Septembre, c’est le dépôt. Novembre, c’est la soutenance. Et puis ?

 

Deux plans. Tout d’abord le plan A. Comme Adulte. Septembre, je me mets en remplaçant en professeur d’histoire dans l’académie de Lille. J’ai toujours eu envie d’enseigner au collège ou en lycée. Là, une remarque que j’ai déjà entendue 53 fois : « mais pourquoi ne pas enseigner à l’université ? ». Deux raisons : les postes, qui sont beaucoup (beaucoup) plus nombreux dans le secondaire. Et surtout cette envie d’enseigner à des adolescents. Beaucoup pensent que je suis fou (c’est le cas), que je serais bien plus tranquille à l’université etc. Mais ce n’est pas mon envie du moment. Je ne veux pas être tranquille (pas avant la retraite en tout cas). Et je veux me confronter à cette expérience du collège ou du lycée.

« Oui, mais après ? » Après, si ça me plaît, je peux passer les concours. Je peux regarder d’un peu plus près les lycées français de l’étranger. En vérité, après, ça me paraît trop loin. Il y a trop d’étapes avant ça. Surtout qu’il y a le plan F.

 

Le plan F. Comme Folie.

Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Voilà comment avancent les secondes avant mes 30 ans. Certains pensent que c’est un cap. Que c’est vraiment là où l’on peut se dire adulte. Ils n’ont pas forcément tort. Mais j’ai une autre définition d’adulte, et je m’y tiens depuis plusieurs années, persuadé que c’est la bonne : on devient un adulte le jour où l’on travaille (pour de vrai). C’est la fin des études qui vous fait tomber dans cette catégorie. Car travail dit salaire, appelle appartement, demande déclaration de revenus etc. Aujourd’hui, ma vie n’est pas celle d’un adulte, malgré mes 29 ans sur ma tête (oui, oui). Je reste un étudiant. Pas en première année de licence, certes, mais sans salaire, sans appartement, et avec une déclaration de revenus qui s’effectue en deux minutes montre en main.

La fin de ma thèse m’oblige forcément à rencontrer ce mur, cette barrière, cette porte (attendez, je cherche une métaphore correcte). Ce toboggan ! Oui, c’est ça. La fin de la thèse peut me faire entrer dans un toboggan, celui du travail. Une fois dedans, ça glisse, parfois très vite, jusqu’à la fin. Oui, je sais, ma vision du travail est un peu subjective, mais c’est l’impression qui m’est renvoyée par ceux qui m’entourent. Trouver un travail, c’est devenir un adulte. Et j’ai l’impression qu’il n’y a pas vraiment de marche arrière. Surtout à 30 ans.

Tic. Tac. Tic. Tac. Or, je remarque un autre toboggan, juste à côté. Un toboggan très différent, plus incertain, très sombre. Je ne vois pas vraiment ce qui s’y cache, mais il a clairement un look un peu plus sexy. A l’intérieur, il peut y avoir du travail, mais il y a aussi du voyage, des rencontres, un exil. C’est sans aucun doute un toboggan qui me fait glisser sur un autre continent, pas encore arpenté. Il n’empêchera pas de revenir sur le toboggan travail dans quelques mois ou années, car celui-là, il ne bouge pas. Il restera là, bien ancré sur ses fondations. L’autre, par contre, est un toboggan éphémère. La porte est ouverte à la fin de ma thèse. C’est peut-être la dernière fois.

Devenir un adulte, c’est une question de choix. De volonté. Je peux franchir le pas. Une partie de moi en a envie, parfois. Travail. Famille. (non, non, pas patrie). Ami-e-s. Et je suis sûr que je rencontrerai des grands moments de bonheur si je me mets à glisser là-dessus. Mais une autre partie de moi fait l’éloge de la folie. Du Carpe Diem. Me rappelle le temps qui passe. Ceux qui partent avec des regrets. Ceux qui l’auraient vécu différemment. Une vie. Une seule.

Alors je regarde un carte du monde, comme je l’ai fait tant de fois. Tic. Tac.

Devenir un adulte
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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 18:44

3 sauts à l’élastique manqués en raison de la météo. Une entreprise qui fait faillite/se barre avec la caisse. Clairement, j’avais l’impression d’être le chat noir. Et je me demandais : « dois-je vraiment faire un saut ou est-ce que quelqu’un m’envoie un message ??! ».

Ce samedi, direction Marck, ville voisine de Calais. C’était là où je voulais sauter, et pas ailleurs. Je rêvais de voir le détroit de la Manche et les falaises anglaises du ciel. Mon certificat médical en poche (pas comme François Pignon), je fais mon inscription, et mes ami(e)s/ma famille payent (pratique !). Ca y est. Je n’ai jamais été aussi près/prêt ! Nous voyons les avions décoller, nous voyons les parachutistes atterrir. Tous ont des grands sourires, et des mots dans la bouche, de ceux que l’on n’utilise pas tous les jours (« incroyable », « fou », « génial »). Julie est à mes côtés, Sarah et Lucas nous ont rejoints. Cette belle équipe va partager ce rêve.

Après une mini formation (quelle position adopter pendant la chute, où placer les bras etc.), je mets ma combinaison, et en route ! Nous grimpons dans un petit avion. Nous sommes neuf, et clairement, on est super serré ! Mais ça n’entame pas ma bonne humeur : pas stressé, et en forme !

 

Le grand saut / Skydiving
Le grand saut / Skydiving
Le grand saut / Skydiving
Le grand saut / Skydiving

Calais vu du ciel. Le sable, la Manche, les étangs et en bas à droite le camp de réfugiés.

Le grand saut / Skydiving

Je me régale pendant le vol. Nous observons les falaises du Kent au loin, tandis que la mer du Nord vue du ciel est bleu turquoise !!! (sauf au niveau du port, où les taches d’huile ne font pas rêver à une baignade).

Altitude : 4 000 mètres. C’est l’heure. Mon moniteur me rappelle les consignes, m’attache au plus près de lui. 4 types sont là avant nous, ils vont sauter pour aller faire des figures. La porte de l’avion s’ouvre. Là, j’hallucine un peu. C’est bizarre cette sensation d’ouvrir la porte d’un avion alors que l’on est en vol ! Les 4 paras se mettent près du bord et….hop !

Le grand saut / Skydiving

D’où je suis assis, j’ai l’impression qu’ils partent à 200 km/h ! Impressionnant ! Pas le temps de tergiverser que je passe ma jambe droite au-dessus du banc, et me rapproche de la porte. Je m’assois, les pieds dans le vide. J’ai l’air souriant, mais c’est forcé pour la vidéo ! Une pensée me traverse : pourquoi suis-je là ??? Mon pouls monte à 200, et si ça ne tenait qu’à moi, je ferais demi-tour illico ! Mais c’est mon moniteur qui me tient, et lui ne me pose pas la question cruciale ! Il saute ! Enfin, nous sautons !

Le grand saut / Skydiving
Le grand saut / Skydiving

Là, j’ai l’impression de boire la tasse. Une énorme tasse d’air ! Ma tête tourne dans tous les sens, j’ai mal aux oreilles, les larmes me montent aux yeux ! J’ai ressenti la sensation de tomber pendant deux secondes, et puis nous nous stabilisons. La chute libre va durer 50 secondes, mais j’ai l’impression que ça dure à la fois 15 secondes et bien trop longtemps ! Je vais subir la chute libre. Mes oreilles souffrent énormément. J’ai envie de regarder la terre, mais je sais que je dois regarder l’horizon. J’observe la mer, je regarde mon caméraman, qui vient me serrer la main ! Je reste souriant, mais je vous garantis que je souffre, surtout quand le moniteur m’explique que l’on va faire quelques tours sur nous-mêmes !

Le grand saut / Skydiving

Nous prenons de la vitesse, beaucoup de vitesse : proche des 200 km/h ! Ça décoiffe ! A 1500 mètres d’altitude, c’est la fin de la chute libre, le moniteur tire le parachute !

Le grand saut / Skydiving

Là, une impression : le silence ! Un énorme silence ! Plus d’air à travers les oreilles (et l’ensemble du corps), plus de vitesse, tout paraît calme, paisible. Je peux enfin regarder le sol, la mer, la plage. Calais paraît petit, et j’ai l’impression de dominer le monde ! Clairement, ça va mieux ! Le moniteur me file les manettes du parachute, m’explique comment faire des virages. Et puis il se fait plaisir et fait lui-même des virages énormes ! Je me prends une force centrifuge assez incroyable, j’ai des fourmis qui naissent dans mes chaussures et sur les jambes. Il arrête, et je souffle !

La piste se rapproche. Le vent est assez fort (les sauts suivants sont d’ailleurs repoussés). Mais mon moniteur est facile (ça fait 43 ans qu’il saute !). Nous nous posons tranquillement.

Le grand saut / Skydiving

Quel est le bilan de tout ça ? Dingue. Fou. Cinglé. Et tout autre synonyme. Quelque chose à faire dans sa vie. A refaire ? Je ne sais pas. Sentiment mitigé. Chute libre en souffrance, parachute génial. Mais j’ai clairement l’air heureux, une fois sur terre !

Le grand saut / Skydiving

Et si vous en voulez plus, la vidéo en-dessous !

Certes, le coût est élevé (235€ + 75€ si vous voulez la vidéo, dont j'ai extrait ces photos), mais c'est un souvenir d'une vie !
Les parachutistes de Dunkerque ici : http://www.parachutisme-nord.com/

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 18:12

Pendant mes jeunes années, l'escapade était le nom du café où je devais tourner, sur la gauche, pour rejoindre le stade de l'Essor. Les entraînements, les matchs. J'échappais à ma routine de collégien et de lycéen le temps d'une heure trente, où les efforts n'étaient pas comptés, et où le plaisir était décuplé.

Aujourd'hui, mes escapades sont un peu différentes. Il me reste le football, le dimanche matin, et un plaisir presque inégalable. Mais l'escapade, cette action d'échapper un certain temps aux obligations de la vie quotidienne, est aussi (et comme souvent avec moi) dans les voyages.

La routine est quelque chose d'ennuyeux à vivre, mais c'est pire encore à raconter. Si je n'écris pas beaucoup depuis plusieurs mois, c'est que je partage ma vie avec ce mot que je déteste tant ! Routine de travail, qui peut se résumer ainsi : réveil, bibliothèque, repas, bibliothèque, repas, dodo. Bon, j'en rajoute un peu, et je sors souvent le soir, mais ça n'empêche, ma vie n'est pas très bandante. Et lorsque l'on me demande « quelles nouvelles ? » ou « qu'est-ce que tu as fait cette semaine ? », je ne peux pas m'empêcher de faire une moue dubitative : « j'écris ma thèse ». Je commence lentement à voir le bout du tunnel, et c'est l'occasion de parler un peu périple. Faut pas déconner non plus, j'ai un peu bougé, notamment ces dernières semaines.

Je commence avec une semaine de ski, ou plutôt de snowboard (ou plutôt assis dans la neige diront les témoins de la scène). C'était la première fois que je partais une semaine au ski, en compagnie de sept jeunes ou moins jeunes (et surtout des témoins). Saint-François Longchamp, une vue magnifique sur le Mont-Blanc, des soirées remplies de Néerlandais(es), raclette, fondue, pâtes, Agricola. Oh, merde, j'aime Agricola. Un énorme bol d'air, je comprends les gens qui partent chaque année.

L'escapade

Pas le temps de se reposer que je repartais en Belgique, direction Gand, avec un énorme coup de cœur. Une ville magnifique, un musée à ciel ouvert, mais vivant (à la différence de Bruges). J'adore les villes belges, et surtout celle-là. A 1h30 de Saint-O, foncez !

L'escapade
L'escapade

S'il y avait quelque chose que je voulais vraiment voir depuis plusieurs années pas loin de chez moi, c'était les falaises d'Etretat. Courbet, Monet, Flaubert, Maupassant, Arsène Lupin... l'endroit inspire. L'endroit respire. Cette craie blanche, l'arche, l'aiguille. Et même un phoque qui se balade au milieu de tout ça !

L'escapade
L'escapade
L'escapade
L'escapade

Changement de décor trois jours plus tard avec quelques foufous pour un enterrement de vie de garçon dans le Sud de la Belgique. On est des fous, on est des dingues (on est des cochons-dindes), à vélo, 50 bornes. A l'aller, le long d'une grande route. Pas le plus agréable, mais un bon entraînement pour le retour. Ca monte. Puis ça descend. Ca monte. Puis ça descend. Ca monte. Puis ça descend. Non, je ne radote pas (encore). Nous avons souffert ensemble, mais nous l'avons fait. Je regardais le goudron, mètre par mètre. Plus question de regarder devant, ça faisait trop mal au moral. Mais un véritable plaisir une fois à Chimay. Et une fierté. Nous l'avons fait. Sikora aime ça.

L'escapade
L'escapade

Enfin, un retour en Allemagne avec quelques autres foufous. Aix-la-Chapelle, une ville que je connaissais déjà. Mais cette soirée années 90.... l'une des meilleures de l'année ! Quelle ambiance ! Quelle musique ! Et ces Allemand(e)s, toujours aussi sympa !

L'escapade
L'escapade

Le fait de regarder en arrière me rassure un peu. Ma vie n'est pas bandante tous les jours (désolé pour le terme, je vois que je l'utilise trop!), mais ces escapades m'ont permis de tenir le choc. Ca n'est clairement pas un mauvais début d'année, au contraire. Et ça me donne beaucoup de motivation pour repartir une fois la thèse terminée. Ca tombe bien, j'y arrive.

Je n'ai pas oublié mon séjour à Marseille (j'attends les photos)

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 20:19

Il y a des inventions fantastiques. Couchsurfing. Un Banana Split. Le football. Et plus récemment, à Saint-Omer, le café polyglotte.

Le principe est plutôt simple : une rencontre chaque mercredi, dans un bar de la ville (à tour de rôle le Dreams, le café de France et le Spey), pour discuter dans une autre langue. La part belle est faite à l’anglais, mais vous entendrez parfois de l’allemand, de l’espagnol ou de l’arabe. Bien sûr, le franglais est également très pratiqué !

L’idée est très bonne, encore faut-il qu’il y ait du monde…et là, c’est la surprise de mon retour dans l’Audomarois : il y a énormément d’étrangers à Saint-Omer ! Ou plus précisément d’étrangères ! (oui, c’est encore mieux !). La faute aux assistantes de langue qui pullulent dans les collèges et lycées du coin. Ainsi, je peux croiser Anglaises, Américaines, Canadiennes, Allemandes, Espagnole, Australien ou Marocains chaque mercredi, depuis l’automne... Bien sûr, il y a aussi quelques Français, chanceux qu'ils sont d'être si bien entourés ! Les discussions sont variées, passant de la qualité de la nourriture australienne (?) au funny fact about Canada, mélangés à ce qu'aurait pensé Freud de tout ça. Un petit jeu est organisé chaque semaine pour animer la soirée.

Le café polyglotte

Idée géniale n°2 : le café polyglotte ne se cantonne pas à sa réunion hebdomadaire. Une association est créée, les polyglottes audomarois. Et elle organise des activités ! Une soirée karaoké où j'ai pu faire étalage de ma maladie vocale. Direction Lewarde et son centre historique minier, à 4 voitures. Puis visite de Douai, pour une journée organisée sur le thème du ch'ti !

Le café polyglotte

Semaine après semaine, ces gens sont devenus mon rituel du mercredi. Un endroit que j’adore fréquenter. L’exemple d’un monde où les peuples se mélangent, où les cultures se confrontent, et apprennent tellement des uns des autres. Certains rient quand je dis que je pars. Car, 30 minutes plus tard, je suis toujours là. Que voulez-vous, c’est difficile de vous quitter et j’avoue n’avoir qu’une envie, c’est de passer des heures, des jours et des semaines en votre compagnie.

Je me devais d’organiser quelques activités, et montrer les choses sympas de la région (oui, oui, il y en a, par dizaines !). Direction Lille et son ambiance festive, Dunkerque et son carnaval déjanté.

Le café polyglotte
Le café polyglotte

Forcément, ça me change de ma routine et de l’écriture de ma thèse. Forcément, ça me rappelle un peu mon Erasmus. Encore plus cette semaine. Car, une par une, elles se sont envolées. Direction leur pays d’origine ou des voyages de fous à travers l’Europe. Alors les sourires sont un peu partis, et des larmes ont coulé. Au revoir, et souvent adieu. C’est ainsi la vie. C’est ainsi ma vie. Une rencontre avec des gens formidables, vivre l’instant présent, et se dire au revoir. Qu’importe, mon retour à la maison est facile, aussi grâce à ces gens-là. Regardez, j'ai même l'impression de voler !

Merci à Lucie et Tim de gérer tout ça d’une main de maître.

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 19:41

Drôle de sensation. Je vole. Il a suffi de pas grand-chose. Un SMS. Je l’attendais. Le téléphone avait vibré deux heures plus tôt, mais ce n’était pas le prénom espéré. Cette fois, c’est le bon. Je souris, un grand sourire. J’attends un peu, je savoure le moment. Et puis je le lis.

 

J’ai un crush. Ce que nous appellerions dans notre si belle langue française un béguin. Ça fait bizarre. Ça faisait longtemps. Cette attente des SMS, des messages Fb. Les souvenirs reviennent. Bien sûr, elle n’est pas française. Bien sûr, c’est une histoire impossible. Forcément. Sinon ça serait trop facile. Sinon, je n’aurais pas été intéressé, sans doute. Ce n’est pas volontaire. C’est ce que je suis. Il faut apparemment que la fille soit étrangère, et que l’histoire soit très compliquée.

 

Comment la décrire. Une folie. Un ouragan. Une machine à conversation. Des blagues en rafale, avec un taux de réussite moyen. C’est irrésistible. Quelque chose dans le regard. Un mélange de bonheur, et une pointe de tristesse.

Difficile de la lire, de la comprendre. Elle est énigmatique. Exubérante et timide à la fois. Un peu susceptible, terriblement insecure. Pourtant, elle a tout pour elle. Je pourrais lui écrire 100 compliments, et la cuddler pendant des heures.

 

J’aurais pu passer du temps avec elle avant. J’aurais peut-être dû. Mais c’est aussi bien comme ça. Je ne souffrirai pas. Car mon crush s’envole. Et ça ne m’empêche pas de sourire. Tellement content de le rencontrer, de la rencontrer. Un dernier câlin. Et le train partira.

 

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 14:40

           Lundi matin, Mamy est morte. Deux gros mois après Papy. « Ils se sont suivis de près ! », comme le disent les gens lors des visites au salon funéraire. Oui, et c’est sans doute mieux comme ça. Mamy n’avait plus envie. Mamy était malade. Mamy voulait rejoindre Papy. Son état s’était profondément dégradé la semaine dernière, et ce serait mentir que de dire que c’était une surprise lundi matin. Non, c’était plutôt un soulagement. Parce qu'à la douleur physique s’était ajoutée la douleur psychologique. Et que l’on n’y pouvait rien, parce que le cancer et les métastases gagnent toujours.

De mes dernières nuits passées avec elle, je retiens un moment. J’étais assis dans le salon, Mamy est allongée sur son lit d’hôpital. On discutait de ma cousine voyageant à Paris avec une amie, qui, elle, n’avait jamais vu la capitale. C’était son rêve. « C’est beau de vivre ses rêves », lâche-t-elle, les larmes aux yeux. Je réponds qu’elle prêche un converti, sans toutefois réussir à stopper les sanglots. Se lever, lui faire un câlin. Elle se met à pleurer de plus belle. « J’suis contente » qu’elle me dit. Et moi aussi, j’étais content.

L’été dernier, je suis allé interviewer Mamy. C’est une idée d’historien, de vouloir entendre le récit des anciens. Ça m’a passionné, et je compte faire de même prochainement avec d’autres. Je vous laisse donc en compagnie de ma grand-mère, qui vous raconte sa jeunesse. 

 

Thérèse

Une enfance de guerre

Je suis née en 1935 à Muncq-Nieurlet. J'ai été élevée par mes deux grands-parents maternels [François Sergent et Léonie Guilbert]. Pendant la guerre, nous étions tous ensemble. Ma grand-mère paternelle [Elise Wissocq] était remariée à Mentque-Norbecourt avec Emile Courbot. Le père de mon père [Eugène Fenet] s'était tué en 1921 en cueillant des cerises.

On allait en voiture à cheval ou à vélo. Derrière le cheval, c’était une sorte de diligence. On était heureux là-dedans. C’était le cheval à pépère François, mon grand-père de Muncq-Nieurlet, il me conduisait à l'école quand il faisait mauvais. Tout le monde avait ça, à part ptet un ou deux. On reconnaissait les voitures qui passaient du coup, ça c'est l'auto à Edmond etc...

J’me souviens des bombardements tout près. Mon grand-père avait construit un abri avec des ballots de paille. J'me rappelle de Denise qui disait « vite à l'abi-vite à l'abi ». Mon père [Albert Fenet] était prisonnier. Il a dû partir en 40. Il est revenu le 18 avril 1943, j'avais pas encore 8 ans. Il avait 3 enfants, et il avait eu le droit de rentrer. Tous les dimanches, mon grand-père allait jouer aux cartes à Polincove. Il revient blanc comme un mort, « Albert il revient ». Ça marque un enfant [voix qui tremble]. Il revient avec sa valise sur son épaule. Il est revenu au train, avec un autre de Muncq Nieurlet. L'autre, c’était le grand-père de Didier Dereuder, il s'est fait tuer par une bombe plus tard. Denise [sa sœur], elle était née en 1938, elle s'en rappelait plus beaucoup, en mangeant au soir « est-ce que je peux m'asseoir à côté du monsieur ? ». Les Allemands on les voyait souvent. Ils nous avaient apporté pour Noël des bonbons. Mémère [sa mère, Léa] avait tout mis dans le feu, de peur qu'on nous empoisonne [rire]. Nous ça nous faisait mal au cœur, on n’avait pas grand-chose comme bonbons ! J’me rappelle aussi du chat au grenier qui pisse sur la tête d’un militaire en dessous de lui ! [rire] « un petit peu d'eau » qu'il disait. Les Allemands venaient manger, demandaient pas la permission. Ils avaient réquisitionné pas mal de chevaux, mais pas celui de mon grand-père, par contre ils avaient pris la paille.

Vers la fin de la guerre, il y avait une petite Calaisienne qui était venue à la maison. Les enfants des villes, ils essayaient de les placer à la campagne, on mangeait mieux. Elle était venue. Elle habite encore Calais, Mireille, j'suis encore en relation avec elle. T'aurais vu comme elle était maigre ! Elle dit que c'était les meilleures années de sa vie à Muncq-Nieurlet. Elle arrivait au train, mon grand-père allait la chercher. Et elle restait toutes les grandes vacances.

On avait une carte de restriction qu'on montrait à la boulangerie. A Muncq, on devait aller à l'épicerie, et on l'utilisait. Mes grands-parents faisaient eux-mêmes du pain avec de la farine et des pommes de terre. A l'épicerie, t'avais un verre, tu remplissais ton verre de moutarde, ton paquet de café. Tout était en gros.

Le vin, il commençait à y en avoir à ce moment-là. Sur les cartes il y en avait, avant il y en avait pas. C'est comme ça qu'ils se sont mis à boire.

Y'a pas mal de Calaisiens qui venaient sur Muncq-Nieurlet se ravitailler, chercher des pommes de terre, du lard. C'est pour ça qu'il y a eu du marché noir, y'en a qui en ont profité.

 

En 1947, mon grand-père a pris sa retraite [à 70 ans]. Tout le monde a déménagé. Nous on a resté où mémère a fini. Mes grands-parents et nous on habitait dans la même maison. Il y avait une porte qui communiquait. A l'école, on y allait à pied, et de temps en temps mon grand-père nous amenait. On allait aussi au catéchisme, et à la messe tous les dimanches. On jouait avec ce qu'on avait. Avec Roland et Rolande, mes deux cousins on jouait ensemble avec mes deux sœurs. C’était une petite ferme, mais on n'a jamais eu faim, on n'avait jamais manqué de rien, pas l’abondance mais on a eu tout ce qu'il fallait.

 

L’école primaire

École primaire, classe unique, 5 ans jusqu'à 14 ans avec le certificat d'études. L’institutrice c’était madame Cornuel, une femme à poigne, parce qu’il y a avait des rudes numéros ! 9h-12h, 14h-17H, 5 jours par semaine, on avait notre jeudi. Lundi-mardi-mercredi, vendredi-samedi. On repartait manger à la maison, même si l’école était au centre du village. Quand on arrivait dans la classe, on allumait le feu, on lavait les tableaux, balayait les classes et tout. On était bien une trentaine. Les petits avec le CP, CE1, CE2, CM1, fin d'études. Je ne sais pas si le CM2 existait, oué p’tet. Les plus grands s'occupaient des plus petits. Celui qui travaillait bien, il finissait son boulot et participait avec les autres. Elle donnait du travail à tout le monde. Je me souviens des grandes cartes : les sciences, le corps humain. Récré le matin et l'après-midi, il y avait des punis forcément, consignés pendant la récré. Elle, elle habitait dans la cour de l'école. A côté de la mairie, là où il y a la salle maintenant. Nous, on faisait plus d'un kilomètre à pied, p’tet deux [réflexion], p’tet pas deux, 4 fois par jour. 20 minutes, on n'allait pas tellement vite, on n’était pas si grands. Quand maman travaillait dans les champs, c'est ma grand-mère qui s'occupait de nous 5. Quand les hommes n’étaient pas là, au début de la guerre, elles ont commencé à travailler puis elles ont continué après.

 

La vie à la ferme

Pendant les vacances on allait aider dans les champs, on était fin content ! C'était du 14 juillet jusqu'au 1er octobre, avec une semaine entre Noël et Nouvel An, pas de vacances d'hiver, une semaine avant Pâques et une semaine après Pâques. On faisait de tout, pas de moissonneuse-batteuse, mon grand-père avec une faucheuse, il coupait le tour du champ, nous on allait jeter les bottes. Après les pommes de terre, les haricots. On allait glaner avec ma grand-mère pour les poules. Elle avait une vieille voiture d'enfant on mettait toutes les glanes. On ramassait tous les épis, les poules étaient contentes. On n’avait pas le temps de s'ennuyer pendant les vacances. Il y avait des poules, des canards, ma tante avait des oies, nous 2-3 vaches, des cochons (c'est avec ça qu'on se nourrissait), une biquette… une fois ils l'avaient tuée avant qu'on se lève et ils disaient qu'elle était sauvée. Les cochons ça allait, on en avait à moitié peur. Les vaches avaient parfois des petits veaux. On arrivait à en vivre d'une petite terre comme ça, aujourd'hui ça serait plus rentable.
Le plus qu'on mangeait c'est du lard. Quand on tuait le cochon c'était la fête. On devait manger vite, parce qu’on n’avait pas de frigo. Il y avait du pâté de foie, des tripes... Des œufs beaucoup, des poules. Le dimanche c'était un bouillon de poule. Mais sur la semaine beaucoup de lard. Si on ne voulait pas de lard, on mangeait un œuf. Mais on n'avait pas beaucoup le choix. Des pommes de terre, des haricots. On avait des pommes, poires, prunes, pèches. J'sais même pas si on vendait à cette époque d'autres fruits. C'était pas la vie de maintenant.

Ma tante Germaine et Mémère allaient vendre des œufs sur le marché. Elles achetaient quelques bricoles, allaient à vélo. Le marché était à Audruicq, tous les mercredis.

 

La religion

C'était le curé qui faisait le catéchisme. Avec les bombardements on n’allait pas forcément à l'école. l'abbé Pronier, faisait le caté avant l'école. Mémère avait été le trouver, parce que c’était trop tôt pour nous et il en avait parlé à l'église, qu'une maman était venue le trouver, et qu'il a vu à ses yeux qu'elle n’était pas contente [rire] ! Il racontait des choses parfois ! Il avait un chien, il avait des poules. Le chien mangeait le blé de ses poules, alors quand le chien faisait caca, il redonnait le caca à ses poules pour qu'elles mangent le blé. ça valait bien le coup de nous faire lever pour raconter des conneries pareilles !

Pour la communion, on avait d’abord trois jours de retraite. Le jour de la communion, la basse messe, la grand’ messe et les vêpres. Le lendemain une autre messe. Quand Sandrine a fait la sienne, c'était encore comme ça. Quand on habite loin c'était compliqué. J'étais toute seule comme fille avec six garçons pour la communion. Il fallait réciter une prière à la Sainte Vierge devant la statue, les garçons la faisaient devant Saint-Joseph. On faisait aussi compliment au curé. Le curé était sourd, je lui faisais signe qu'il devait venir à côté de moi, les gens avaient ri dans l’audience.

Le lendemain après-midi, le maire nous offrait un goûter à sa maison, au fond de la Californie [rue du village]. On allait à pied, fin content. On faisait un diner, les parrains, marraines, les grands-parents. On mangeait un bon rôti de porc ou un bouillon de poule. On était content d'être tous réunis.

 

Les sorties d’enfance

On faisait des grand repas pendant les communions et les baptêmes. On ne se réunissait pas beaucoup en dehors. Ma tante de Paris c'était la fête quand elle venait. Lui, il travaillait aux chemins de fer, il n'y avait pas beaucoup de boulot par ici. Elle était garde-barrière. Ce sont les parents de Jeannette et Robert. Quand quelqu'un comme ça venait c'était la fête.

Le plus loin qu'on allait, c'était Eperlecques chez ma marraine, en voiture quand on était petite. Au nouvel An c'était à Mentque. Il n’y avait pas de téléphone, donc qu'importe le temps on devait y aller. On allait à pied, dans la neige. Le dimanche après nouvel an, c'était Eperlecques, dans la Westrove.
Là c'était la fête. On était reçu là mon dieu mon dieu, on mangeait tard, vers 3-4 heures. Et on repartait il faisait noir. On devait avoir une lanterne-tempête avec le cheval.

 

La jeunesse de Mamy

Il n'y avait pas grand-chose à part la ducasse de Muncq-Nieurlet. C'était notre seule sortie. Et le bal quand on était plus grande. Il n'y avait pas de manège quoi que ce soit. Je ne me rappelle plus. Le plus qu'on allait c'était à l'église. Il y avait aussi les missions. Des pères missionnaires qui venaient de je sais plus où. On leur faisait à manger, c'était un événement dirons-nous… On les répartissait dans les familles. On s'habillait, y’avait des bonnes sœurs, des curés. Denise elle y était, moi j'me souviens plus.

Noël on était tous ensemble, avec ma tante, on était 11 avec mes grands-parents. On allait à la messe de minuit à pied. J'crois pas que mon grand-père allait. On attendait minuit sans trop savoir quoi faire. On avait bien froid, on buvait un chocolat. Le lendemain, une orange, une brioche. Pas de jouet rien du tout. J’me souviens de la première boite de chocolats c'était Mémère qui allait travailler chez Alexis Lemaire, qui lui avait donné pour nous !

J'sais pas s'ils sont plus heureux maintenant, nous on était fin content avec ce qu'on avait. Ma grand-mère faisait p’tet un gâteau. C'était quand même mieux que la semaine.

 

Le collège et le lycée, à Saint-Omer

J'suis partie à l'école en octobre 1947 à Saint-Omer, on avait encore les tickets de rationnement. J'allais avoir 12 ans en décembre. C'était la fin de la guerre, on sentait encore des restrictions, on était mal nourri mon dieu l'horreur ! J'revenais tous les 15 jours. On prenait le train soit à Ruminghem soit à Audruicq. On allait à pied. Parfois on prenait le bus à Nordausques, il était plein alors on repartait et on prenait le train. Mémère venait avec, la valise sur le porte bagage, elle repartait à vélo. [Qui allait au collège ?] Les bons élèves, c'est l'instit qui décidait. On devait passer un examen d'entrée en sixième à Calais. Et après j'suis partie à Saint-Omer, la directrice Madame Darras connaissait madame Cornuel, mon instit.

On avait déjà été à Calais plusieurs fois en train. J'aimais pas grin’min [grandement] partir. On n’était tellement pas heureux là-bas. On était mieux à sa maison. Mémère me donnait des pommes, me donnait des brioches pour améliorer l'ordinaire. Une école avec que des filles, c'était un cours complémentaire, les garçons étaient place Ribot (à la poste), nous, c’était rue des Tribunaux juste en face du tribunal. La surveillante c'était Regina Obaton. On n'avait que des profs femmes, c’était 6ème-5ème comme maintenant, mais pas les mêmes matières. On était pensionnaire, on faisait nos devoirs là-bas. Notre prof d'anglais était en colère quand elle revenait, les pensionnaires qu'elle disait, on avait toujours fait quelque chose de travers !

J'ai eu une bourse pour y aller. Denise disait qu'elle n’aurait pas voulu y aller. On passait encore le certificat d'études à 14 ans, puis le brevet. Après le brevet, j'avais fait une année pour l'école normale, mais j'ai pas eu le concours. Alors j'suis partie au lycée.

On allait en promenade à Saint-Omer le dimanche avec le surveillant, puis le jeudi, avec le chapeau et un uniforme. Tous mes chapeaux sont en haut, dans une caisse. Il fallait du linge et tout ça. C'était des grandes chambrées, on était au moins 5-6 par chambre. L'ambiance... On se lavait à l'eau froide dans une cuvette, y’avait pas de toilettes, on avait un seau hygiénique. Pas forcément des bons souvenirs ! La toilette était vite faite à l'eau froide ! [Rire]. En étant à l'école normale on était plus formé. C'est pour ça que je voulais le passer. (anecdote de l’eau gelée pour se laver…)
La fille qui était avec moi, c’était Reine Roger, de Muncq-Nieurlet, elle était avec moi à l'école puis à Ribot.

Au Lycée Ribot. C'était nettement mieux. C’était en 1952. J’étais pensionnaire aussi, sur le même rythme. Ribot était mélangé garçons-filles, pas dans les dortoirs forcément. Il en avait un peu de toutes les races là-dedans [sic !] Y'avait anglais puis c'est tout, pas d'option. Pas d'allemand. Et du sport.

Le bac se déroulait en deux parties. La première partie à la fin de la première, et la deuxième partie à la fin de la terminale. J'avais passé sciences expérimentales, ça doit correspondre à ES, Y'avait math, philo et sciences expérimentales. La première partie j'l"ai eue du premier coup, la deuxième partie j'l'ai eue à l'oral.

 

Les sorties d’adolescence

[Avais-tu d’la visite ?] Mes parents venaient pas souvent sur Saint-Omer tu sais.

On sortait quand même plus au lycée, on allait au théâtre, au cinéma, toujours avec l'école. Il y avait le Famillia rue Gambetta, puis le Gaumont. J'ai encore été voir les Compagnons de la chanson en étant au lycée. Roland nous avait payé le cinéma avant d'aller faire le soldat, en 1953, à Audruicq. Ça m'avait frappé.

A la maison on écoutait les informations, mon grand-père surtout, on n’avait pas le droit de parler à ce moment-là. Mais j’ai eu ma première télé en 1964, à l'école.

On sortait au marché. Au concours agricole à Audruicq, il n'y avait rien par ici, alors aussitôt qu'il y avait quelque chose on y allait ! La neuvaine du 15 août à Recques, avec la messe à 6h45, on grimpait à la chapelle. On continuait d'y aller avec mémère.

 

On était bien. On ne serait jamais permis de répondre. Jamais malheureux, jamais on n'aurait reçu une claque. Élevés à la dure, mais ils n’avaient pas besoin de crier pour qu'on obéisse. Quelquefois on voulait aller quelque part, on demandait à ma mère qui disait « demande à ton père ». Et lui qui disait « demande à ta mère » [Rire]. Mais quand l'un des deux avait dit non, ça restait non, pas la peine de redemander.

Après on allait à la ducasse des villages autour (Eperlecques, Recques). Émile Prudhomme à Eperlecques, quand il y avait une vedette on y allait, parce qu'à Mentque il venait personne. Et j'suis allée une fois à la course de lévriers, c'est là que j'ai rencontré Babar.

La jeunesse de Mamy

Institutrice
En octobre 1955 j’suis devenue instit. J'ai eu vite un solex. Sinon avant j'faisais la route à vélo entre Norkerque et Muncq. J'avais reçu mes papiers débuts octobre, j'devais commencer le 4. Je connaissais même pas Nortkerque ! On n’avait pas de formation, on devenait instit’ juste après le bac.

Premier jour. Mon Dieu ! J'en avais 55. C’était une nouvelle classe. Pour que ça puisse ouvrir, il en fallait 50. Des enfants de 3 à 5 ans. Moi j’avais 20 ans. Ils se ressemblaient tous pour moi ! [rire]. La classe était dans la cantine de maintenant. Il y en avait un, André, cheveux longs. J'demandais à Madame Briez, la directrice, vous êtes sûr que vous ne vous êtes pas trompée, y'avait ptet un « e », c'est une fille ? Non ? [rire].

J'lai eu jusqu'en 1975. Après y'a eu deux classes (Mademoiselle Limousin).

Quand j'ai passé mon CAP en 1957, j'avais 68 enfants ! [ !!!!!!!!!!!] L'inspectrice m'avait dit d'aller en ville, vous auriez moins d'embarras. Le certificat d'aptitude pédagogique, elle m'la donné cette bonne femme. Imagine faire gym avec 67 enfants de 3 à 5 ans. Et musique. Et chant. Mais à ce moment-là tu pouvais y aller, les parents disaient rien. Tu pouvais donner une clique, les parents ne seraient pas venus te trouver, au contraire ! Et après j'ai eu les enfants de ceux que j'avais eus au départ. Deux générations.

Les plus grands, certains ne savaient pas lire quand ils partaient. Ils faisaient lecture, écriture. Les moyens qui se débrouillaient, avec les grands. Les petits du coloriage, du découpage, beaucoup de travail manuel. De la peinture... j’sais pas si tu te rends compte avec 68 enfants ! Mais ça allait, ils étaient gentils. Il ne faut pas avoir peur du bruit quand tu es dans une classe comme ça ! Et plus tu cries et plus eux ils crient aussi ! [rire]

J'suis arrivée en 1955 à l'école. J'avais le logement en 1957 au-dessus de l'école. Sinon l'hiver, je logeais dans le café-épicerie de mémére Suzanne. J'repartais le mercredi et le samedi soir. Entre-deux je logeais là. Après un ou deux ans j'me suis acheté un Solex. Mais quand y'avait de le neige ça n'allait pas. Mais c'était quand même mieux qu'à vélo. Le premier jour j'ai cru que j'allais jamais trouver Nortkerque. 15-20 kilomètres, par tous les temps !

Les cours j'les faisais ici, à Nortkerque, pour en reprendre le moins possible. Au coin du feu chez mémére Suzanne, j'me revois encore. Quelques fois je repartais le jeudi matin, pour dire de rien avoir à faire à Muncq.

 

 

La jeunesse de Mamy

Papy Babar


Après la rencontre à la course de lévriers. Il est parti fin 56 pour l'Algérie, ça devait être juste avant. Reine Roger connaissait un garçon de Houlle, c'était le voisin de Babar. On a fait la connaissance de Babar là-bas. J'lui ai écrit quand il était en Algérie. Il est revenu fin 1958, il était malade. Il avait eu la jaunisse. Et après il a fini son service à Amiens. J'étais sa marraine de guerre. Pendant la guerre il y en avait beaucoup qui faisaient ça.

La jeunesse de Mamy

Quand il revenait en permission on se revoyait quand même, on est ‘cor allé au bal à Audruicq.
J'suis plus sûre quand j'l’ai présenté, sans doute au concours à Audruicq. Ils ont trouvé qu'il était pas mal. S'il me plaisait à moi de toute façon…

Et Denise à peu près dans le même temps elle avait rencontré Octave, alors on sortait à 4, c'était mieux qu'à deux.

On s’est marié le 13 août 1960. Babar était à Houlle à la ferme de ses parents. Après il est parti à la fonderie d'Audruicq. La ferme n'était pas rentable. Moi j'étais déjà à Norkerque. Là c'était pas loin. Octave travaillait déjà là, depuis ses 14 ans, ça ne devait pas être gai à cette époque-là. Babar faisait la route à mobylette. Et en 1961 on a acheté une auto. J'aurais dû apprendre à conduire et passer mon permis [regard qui part dans la vide]…

Quand on s’est marié, on a toujours continué d'occuper le logement, jusqu'en 1974, avec la maison.

La jeunesse de Mamy
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